UNESCO Social and Human Sciences
 
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PROGRAMME INTERNATIONAL « LES MOTS DE LA VILLE » 
Projet et réseau de recherches comparatives internationales

également disponible en anglais


 
 

Le pourquoi du projet

Les villes changent de plus en plus vite, mais les mots pour décrire et comprendre ces changements suivent avec retard. Cependant, l’innovation terminologique ne fait pas défaut pour autant: elle vient parfois des experts, du monde scientifique, parfois des populations elles-mêmes et peut rester longtemps inaperçue des responsables des politiques publiques urbaines.

Les mots de la ville sont aussi l’objet de multiples tensions, décalages et malentendus et les efforts pour faire participer les habitants aux décisions en matière de politique urbaine se heurtent souvent à l’incompatibilité des façons de parler de la ville chez les planificateurs et les populations concernées. Le dialogue entre spécialistes de diverses nations n’est parfois pas plus facile et les vocabulaires standards nécessaires à l’échange et à la traduction, peuvent masquer artificiellement des différences réelles dans la perception des problèmes.

Problématique

L'étude du système classificatoire qu'est le langage permet de saisir, d'une manière originale, les dynamiques sociales qui font la réalité de la ville, notamment en identifiant les conflits d'intérêts qu'implique l'élaboration de nouvelles nomenclatures administratives. Cette approche va à l'encontre de l'idée selon laquelle un langage technique ou savant aurait la capacité de traduire pour tous les mêmes valeurs pratiques et culturelles ; ou selon laquelle, dans les relations entre aires linguistiques ou pays, une langue standard pourrait être un medium universel. Une telle illusion est la cause de fréquents malentendus, que ce projet, en les analysant, s'attache à dissiper.

Une pluralité de types de langages existe, y compris au sein d'une même langue, non seulement à travers le temps, mais à un moment donné de l'histoire (par exemple, le vocabulaire des professionnels de l'aménagement et les parlers vernaculaires, populaires ou savants). A ce propos, le projet a entrepris de repérer les écarts ainsi que les interactions complexes entre les différents registres, notamment entre celui de la langue administrative " officielle " et celui du parler ordinaire.

Le projet s'attache donc aux registres de dénomination de la ville et de ses territoires en usage dans différentes aires linguistiques. Il mobilise diverses disciplines, principalement la géographie, l’anthropologie, la sociologie, la sociolinguistique, l’urbanisme et l’histoire.
 

Objectifs et thèmes

« Les mots de la ville » propose d’identifier les difficultés de traduction et de contribuer à l'évaluation de divers outils destinés aux techniciens devant travailler en coopération.

En comparant et mettant en relation de façon systématique les vocabulaires des politiques publiques et ceux des populations, le projet entreprend aussi de connaître et d’analyser ces différences pour surmonter quelques difficultés de compréhension.

Principaux thèmes de recherche :

    les termes génériques désignant la ville (ville, cité, city, town, citta, ciudad...) ;

    les divisions de l’espace urbain (quartier, district, neighbourhood, barrio...) ;

    les dénominations nouvelles (grand ensemble, ensanche, extensión...) ;

    les langages savants et techniques (en particulier celui des urbanistes) ;

    les pratiques langagières ordinaires, et la manière dont elles adoptent, adaptent, inventent, transforment le lexique urbain ;

    le vocabulaire de la stigmatisation urbaine (slums, favelas, faubourgs, banlieues, bassi...).

Fonctionnement

« Les mots de la ville » fonctionne en réseau de réseaux, ce qui prend tout son sens dans un large partenariat engageant les institutions des pays concernés. Des rencontres nationales, régionales ou plénières sont en particulier l'occasion de développer les échanges. En outre, sont organisés des séminaires réguliers, associant enseignement et recherche.
 

Valorisation et transferts des résultats

Les chercheurs du projet travaillent en relation avec diverses institutions d'enseignement et de planification, effectuent des expertises auprès de centres de documentation spécialisés, participent à la formation d'opérateurs et de décideurs, ainsi qu'à des actions de vulgarisation en direction des usagers (séminaires et conférences ouvertes).

Ils élaborent aussi des instruments de travail utilisables par les opérateurs de l'urbanisme. Production de dictionnaires et glossaires multilingues de l’urbanisme, de l’aménagement et de la gestion urbaine (glossaires français-anglais, français-anglais-hindi, français-anglais-chinois, français-anglais-russe, français-anglais-arabe), consultables sur Internet dans ce site du MOST Clearing House et à l’adresse du Centre de Documentation de l’Urbanisme : http://www.urbanisme.equipement.gouv.fr/cdu/accueil/glossairesf.htm
 

Pertinences et applicabilité

    Mener des recherches sur "les mots de la ville", sur la manière dont les mots concourent à structurer la ville et les espaces qui la composent, à les qualifier et à les ordonner, en les nommant, en les surnommant, en les commentant, en les classant, c'est travailler sur un objet qui constitue aujourd'hui un enjeu. Un enjeu dans les relations entre citoyenneté, territoires et formes urbaines, dans les dynamiques, qui se manifestent avec une acuité particulière dans les phénomènes de stigmatisation, sans se limiter à eux, et selon lesquelles les identités se construisent, se stabilisent, se défont, à diverses échelles territoriales, celles du proche, du local - le voisinage, le quartier... - ou celles de plus grandes entités urbaines. C'est nécessairement étudier, en tentant d’en évaluer la portée, en une période historique marquée par une mondialisation "généralisée", les incessants transferts, importations, impositions, d'une langue vers une autre, de cet "outillage mental" que constituent les nomenclatures urbaines. 

    Le recours à une nouvelle lingua franca technologique pourrait sembler être un moyen de favoriser notamment l'indispensable dialogue entre techniciens et politiques, mais l'expérience montre que l'apparente transparence opératoire d'un medium universel promu par les ingénieurs et les planificateurs est trompeuse. Loin d'avoir la capacité d'exprimer toutes les significations ou des valeurs pratiques et culturelles partagées, il est susceptible, au contraire, de faire obstacle à la communication. Et dans les échanges internationaux l'usage d'une langue standard entretient souvent, en prétendant les lever, nombre de malentendus.

    On s'en doute, déplorer et dans le même mouvement dénoncer des tendances qu'on juge inquiétantes, en déployant quelques propos généreux et généraux, n'est pas de la plus grande efficacité. Pour leur part les chercheurs engagés dans le projet "les mots de la ville", soucieux de l'applicabilité de leurs travaux, souhaitent tout spécialement mettre en relief quelques modalités et processus, précisément définis, pour contribuer à leur intelligibilité.

    La plus grande difficulté à laquelle nous sommes confrontés ne réside pas dans le fait qu’existent, y compris à l'intérieur d'une même langue, diverses façons de dire la ville et ses territoires. Il n'est pas concevable, en effet que, à l'intérieur d'une même formation sociale, une langue unique soit capable de rendre compte de la pluralité des rapports à l'espace urbain (ou soit jugée exclusivement légitime pour le faire). On ne peut non plus concevoir les différents registres et lexiques qui coexistent comme des monades étanches. C'est pourquoi il nous paraît important de prêter attention aux langages des institutions et des acteurs qui entendent légiférer dans le domaine des mots de la ville - le droit, les administrations, les aménageurs, les scientifiques, les lettrés de façon plus générale, jouant des rôles majeurs - sans pour autant les traiter isolément ou les privilégier. Et, réciproquement, aux pratiques "populaires", sans négliger les langues "administrantes". Il s'agit de repérer non seulement les écarts, mais les interactions entre celles-ci et les façons de dire ordinaires, d'identifier les perméabilités qui, d'un registre à l'autre, se manifestent, les tensions et les résistances éventuelles, les détournements ou les retournements. Et d'observer, également, les tendances à la standardisation nationale ou internationale, ainsi que les pratiques qui mettent celles-ci en défaut.

    Il ne s'agit donc pas de chercher un dépassement de la diversité des pratiques et des registres, des écarts entre langues administrantes et langues populaires, et moins encore la mise au point une langue commune, qui, de coloration le plus souvent fortement humaniste, relève des utopies technocratiques, mais de comprendre comment des passages entre registres peuvent s'effectuer et à quelle condition les écarts, en demeurant identifiables et identifiés pour ce qu’ils sont, participent d’une diversité culturelle et sociale qui ne saurait être automatiquement assimilée à un « babélisme », à un blocage de la communication, voire à un mutisme, dont le risque ne saurait pour autant être négligé.

    La réforme comme laboratoire

    A cet égard, les situations de réforme s’offrent à l’observation comme des situations expérimentales de fait. Le thème de la réforme, qui est un des centres d'intérêt initiaux du projet "Les mots de la ville", est resté sans doute trop souvent au second plan des activités des réseaux. Or c'est principalement à travers lui que des recherches, historiques notamment, qui pourraient sembler détachées de tout souci d'application et de toute utilité sociale, s'articulent en fait aux problèmes qu'ont à résoudre les agents des politiques publiques portant sur la ville, urbanistes, techniciens de l'aménagement, cadres et élus territoriaux, et aux instruments dont ils disposent... En effet s'intéresser de près à la réforme, c'est évaluer, dans des contextes politiques économiques sociaux et linguistiques dont il importe de repérer les composants, comment des nomenclatures sont capables de faciliter ou, au contraire, de rendre plus difficile la perception des évolutions urbaines et donc l’élaboration de solutions efficaces et acceptables par tous les partenaires concernés. Analyser les chemins de l’innovation terminologique et de la communication à la lumière d’étude de cas concrets, c’est s’efforcer de comprendre les raisons et les conditions institutionnelles et informelles des succès et des échecs dans ce domaine, et produire les moyens de faciliter l’émergence de vocabulaires mieux partagés et plus performants.

    De telles analyses, on le voit, ont des implications dans l’action au terme de détours nécessaires, souvent jugés excessivement longs par certains qui, à juste titre soucieux d’efficacité politique et sociale, sont tentés par l’impatience. Parmi les enseignements utiles qu’il est possible d’en tirer, il convient de mettre l’accent sur ce qu’elles nous apprennent concernant la durée, la vitesse, sur les conditions et les facteurs temporels du changement. Retracer des « aventures de mots », démarche caractéristique du projet « Les Mots de la ville », éclaire cette dimension diachronique, comme elle contribue à situer le rôle de certains acteurs spécialisés, variable selon les périodes historiques et selon les pays, selon leurs traditions culturelles, scientifiques et techniques - par exemple en Italie la conception de l’architecture comme approche culturelle de la société. Selon, également, la division du travail où prend place l’aménagement urbain et celle qui prévaut en son sein. On doit continuer à s’attacher aux éventuels décalages entre des groupes qui ont une fonction de dénomination dans le domaine de l’espace urbain, plus symbolique pour les uns (c’est le cas dans diverses situations pour les architectes à l’époque contemporaine), plus pratique pour d’autres (aujourd’hui les ingénieurs).

    Mieux identifier les acteurs spécialisés, opérateurs et médiateurs

    Une meilleure connaissance de la place des différents acteurs dans l’élaboration des catégories urbaines formulées dans des nomenclatures, de la manière dont ils ont pu et peuvent être mobilisés - qu’on pense à l’intervention spécifique des géographes, en position activement intermédiaire, car à la fois ils sont à l’écoute des langages vernaculaires et ils construisent ou réactualisent des classifications scientifiques - est donc souhaitable. Elle permet, en outre, de mieux repérer les lieux où s’effectue, mieux qu’ailleurs, l'embrayage entre des connaissances urbaines méthodiquement élaborées, notamment, par les sciences de l’homme et la société, et des savoir-faire (architecturaux, urbanistiques, réglementaires...) capables de les intégrer. 

    Dans tous les cas les institutions d’enseignement spécialisées (en architecture, urbanisme, ingénierie...) où se forment les aménageurs et ceux qui seront amenés à être les interlocuteurs et les partenaires des politiques, doivent être attentivement prises en considération et sollicitées. Et d’autant plus que bien souvent elles sont des lieux de purilinguisme technique, où se conforte l’idée, explicite ou non, d’une possible lingua franca moderne.

    Une intervention « en amont », dans des cursus pédagogiques, ne saurait être dissociée d’une mission d'information et de diffusion, en aval, auprès d’acteurs, qui constituent des interlocuteurs prioritaires non seulement en tant qu’opérateurs des nomenclatures, mais en tant qu’intermédiateurs entre les groupes sociaux, dont les compétences sont différentes, et entre les registres de langue correspondants. Il importe donc qu'on les associe davantage encore aux recherches sur « les mots de la ville », qui se caractérisent, déjà, par une pluridisciplinarité dont le profil varie, comme on peut en juger en comparant la composition des équipes animant les réseaux, selon les traditions culturelles et technologiques et les relations entre culture et action technique propres aux pays ou aux aires linguistiques.


Pour plus d’informations, prenez contact avec :

    City Words
    Marie-José Ferriz 
    Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme 
    5, rue du Château de l'Horloge 
    B.P. 647 
    13094 Aix-en-Provence Cedex 2 
    FRANCE 
    Tel: 33 (0)4 42 52 40 44 
    Fax: 33 (0)4 42 52 43 66 
    E-mail: ferriz@mmsh.univ-aix.fr


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© Photos: Sylvie Théveny & Agnès Favrier