UNESCO Social and Human Sciences
 
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International Seminar « City Words » 1997
Séminaire International « Les mots de la ville » 1997

ABSTRACT OF THE PAPERS
RESUMES DES COMMUNICATIONS

ATELIER 1

Naming new urban areas
Nombrar los nuevos territorios urbanos
Nommer les nouveaux territoires urbains


DIRE LES NOUVEAUX TERRITOIRES
DU STIGMATE DE LA BANLIEUE A L’UBIQUITE DU PAYSAGE

Germain ADELL, Xavier CAPODANO
CHR / LOUEST UMR 220 CNRS

L’évolution du regard et de la dénomination de ce qu’on appellera provisoirement les nouveaux territoires peut être analysée en fonction des mots qui sont apparus pour les désigner. Les conditions d’apparition de ces mots, surtout de ceux en provenance du milieu scientifique peuvent apporter des éléments importants pour l’analyse des réalités qu’ils contribuent à produire. Nous proposons de classer ces mots selon trois types de définition de ce qu’à été à chaque époque le territoire du dehors, du nouveau, face aux espaces connus de la ville centre historique. Chacun de ces trois types aurait une forme d’évolution et des mots qui lui appartiennent.

Le premier groupe est constitué des mots les plus anciens dont l’origine se perd même si l’on connaît leur étymologie: il s’agit essentiellement de faubourg et banlieue. Le phénomène suburbain à Paris est historiquement lié à ces deux termes. Si les faubourgs originaux étaient incorporés successivement à l’enceinte de Paris, les banlieues avaient perdu leur caractère juridique de départ (qui avait donné origine au mot) pour se constituer en conglomérat de communes suburbaines. Ce type de mot reste le plus ancré dans le langage populaire.

Le deuxième groupe est formé par des termes issus d’une démarche intellectuelle, souvent scientifique, consistant à créer des mots qui servent à décrire une certaine réalité que l’on veut mettre en valeur. Issus d’une démarche par définition descriptive, ces vocables auraient surgi avec une caractéristique spéciale: la référence du mot à un positionnement spatial ou à une hiérarchie. Des mots issus de la géographie où l’aménagement périphérie (de la ville) périurbain ou rurbain gardent les traces visibles d’un ordre préexistant face auquel le territoire à nommer se positionne désavantageusement. En général, ce type de mot est en fait une paire, dont l’un des membres est soit présent dans le mot (qui les unifie, comme périphérie et urbain pour périurbain, ou rural et urbain pour rurbain), soit implicite: lorsque l’on utilise le mot périphérie, on fait toujours référence au centre.

Le troisième groupe est lui aussi d’origine savante, disciplinaire et scientifique. Il est contemporain et, tout en répondant à la même vocation poétique de création de la réalité que l’on décrit, il essaierait d’une part de dépasser les mots qui font référence à une position relative désavantageuse. Pour ce faire, on remarquera en général l’utilisation du mot ville (qui redonnerait une certaine légitimité à ces territoires) dans un terme composé qui cherche à décrire soit certaines caractéristiques fondamentales de ces espaces comme leur fragmentation (ville éclatée, ville archipel, ville à la cartes, etc...), soit leur condition originale dans une histoire urbaine qui s’explique en addendum au terme: c’est le cas de la troisième ville. D’autre part, le foisonnement actuel de termes qui essayent de décrire les nouveaux territoires appelle sans doute à une analyse en termes de pouvoir et savoir et de l’attribution et fonctionnement des légitimités scientifiques. On serait tenté de dire « qui dénomme domine » et c’est cette course à l’originalité, au terme juste, qui paraît être en toile de fond de ces essais où les logiques particulières s’imposent sur une nécessité éventuelle (qui reste à démontrer) d’unification des critères pour dépasser le stade descriptif « originaire ». Les avancées scientifiques réelles se produisent sur un travail commun sur des objets communs, ce qui permet l’échange et l’avance conjoint sur les problématiques.

Si les mots des nouveaux territoires en provenance des sciences et des disciplines de l’espace ont tant de mal à s’imposer c’est peut être à cause de ce stigmate originaire du positionnement spatial désavantageux qui ne faisait que doubler celui dont le quotidien avait déjà affublé des mots comme banlieue. En effet, le terme banlieue recouvre aujourd’hui, surtout dans le langage courant, un glissement sémantique majeur, consistent à faire coïncider un problème social, celui de la ségrégation, avec un fait spatial, celui d’habiter dans les grands ensembles en première ou deuxième couronne. Même si juridiquement le ban a disparu, il survit toujours dans l’imaginaire de la ville, relayé efficacement par les médias. Peut être la seule force à opposer à cette insidieuse prégnance du terme est celle du paysage que ces territoires constituent. Un paysage qui se construit partout en Europe, dont tout le territoire devient urbain, et qui devance dans sa matérialité la course au meilleur mot pour le nommer.

Si les nouveaux mots de ces paysages ne s’imposent au sein même de la communauté scientifique qui les produit, leur passage au langage courant (duquel découlera leur efficacité dans la production d’une nouvelle réalité urbaine connue et reconnue) restera dépendant des aléas d’un événement médiatique ou d’une utilisation dans le discours politique qui pour l’instant, se borne à assurer son effet et sa plus grande portée en ayant recours aux vieux mots connus de tous.


Jihozápadní Mësto, PRAGUE 13, Luziny:
QUELQUES REFLEXIONS SUR DES ENJEUX
DE LA DENOMINATION D’UN ESPACE INCERTAIN

Laurent BAZAC-BILLAUD
CEFRES , Prague

Jihozápadní Mësto, dont la construction a débuté en 1983 est le dernier des grands ensembles élevés à la périphérie de Prague, pendant la période communiste. Il s’agit d’une vaste zone de 15 Km2, construite uniquement de « panelaky », de grands immeubles en panneaux préfabriqués.

Attribué, après concours, à un collectif d’architectes représentant la « nouvelle génération » de l’époque (la fin des années 60), ce projet prenait place dans un vaste programme d’aménagement de l’ensemble de l’agglomération de Prague; il s’agissait de construire trois « villes satellites », au nord (Severní Mësto), au sud (Jizní Mësto) et enfin au sud-ouest (Jihozápadní Mësto) de la capitale. L’objectif était, à terme de se doter des moyens de loger, dans ces nouveaux quartiers 300.000 habitants, près du tiers de la population de la ville à l’époque. L’ambition était bien de construire des « villes » (le mot « Mësto » = ville, ne laisse aucun doute là-dessus), permettant, au niveau de l’agglomération un équilibre stable et rationnel: le nom et donc l’identité de ces villes renvoi à leur position par rapport aux points cardinaux.

L’idée directrice des jeunes architectes en charge du projet « Jihozápadní Mësto » relevait également de cette ambition. Cependant, à la différence de ceux, responsables des deux autres projets (dessinés au début des années 60), trop éclatés ou trop déconcentrés, ils voulaient que leur « ville » soit « urbaine ». Ils la divisent en « quartiers » (les obytné soubory qui ont tous un motif urbanistique différent), conçoivent des « blocks » (c’est le nom qui, en tchèque, désigne les pâtés de maisons typiques de l’urbanisme de la fin du XIXème siècle), imaginent des « búlvar ». L’organisation de l’espace est rationnelle et cohérente. On crée des pôles d’attraction et de centralité autour des stations de métro: la ligne de métro sert d’ailleurs de colonne vertébrale à la « ville », reliant les « quartiers » entre eux et représentant le lien avec Prague. Les noms des différentes parties de l’ensemble sont puisés dans le stock des toponymes de l’endroit.

Cependant, avec l’arrivée des habitants, le bel équilibre du modèle se modifie: les obytné soubory deviennent des « sídlištë ». L’appropriation de l’espace par les habitants se traduit, en effet, dans le domaine linguistique, par un certain nombre d’inventions. La plus spectaculaire est celle qui transforme les « superblock » de Luziny, motif caractéristique du quartier, en « rondely », mot rare d’origine française, utilisé essentiellement par les historiens de l’art pour désigner des constructions de forme ronde.

Plus généralement, le « sídlištë » est un type d’urbanisme tellement lié à la période communiste que le mot en est venu à désigner plus qu’un espace géographique particulier, un type d’habitat, un mode de vie, un certain rapport à la ville. Déménager dans le « sídlištë » c’est en fait rejoindre une certaine norme, avoir accès à un cadre de vie connu au confort quasiment indépassable à l’époque communiste, un monde qui a ses caractéristiques propres (architecturales, démographiques, aménagement, mélange social). Au-delà, le « sídlištë » représente aussi un certain rapport à l’urbain: ce n’est ni la ville, ni la campagne, mais un type intermédiaire qui combine les avantages des deux situations.

« Jihozápadní Mësto » est le siège d’une administration locale qui a à sa tête un maire, élu par les habitants. Ce dernier a une double ambition pour son quartier: lui donner un rôle dans le cadre de l’ensemble de l’agglomération de Prague tout en créant une forte identité locale (drapeau, blason, devise). Le changement de nom du quartier (qui devient « Prague 13 » en 1994), lié également à un changement de statut juridique du quartier, doit être analysé dans cette double perspective:

- cela permet de se débarrasser d’un terme (Jihozápadní Mësto) trop technique, trop « froid », trop peu identitaire.

- cela permet également de réintroduire, dans le nom, le rapport à la capitale, à Prague. L’ambition finale étant de faire de « Prague 13, la porte de l’Europe », un « quartier qui serait à Prague, ce que la défense est à Paris ».

C’est un autre objectif que poursuivent les habitants du village de « Stodûlky » autour duquel a été édifié le grand ensemble. Ceux-ci vivent comme adossés au « Sídlištë ». Ils stigmatisent ces quartiers modernes et, en se rebaptisant « stariusedlici » (littéralement vieux implantés), cherchent à défendre leur identité villageoise.

« Jihozápadní Mësto, Prague 13, Sídlištë Luziny ou Staré Stodûlky », à travers cette querelle des dénominations, c’est bien un débat sur la nature réelle du quartier et sur son rapport à la ville qui semble s’instaurer.


DYNAMIQUES URBAINES, COMPOSITION TOPONYMIQUE.
Le cas de Bamako (Mali)

Monique BERTRAND
Université de Caen

La capitale du Mali suggère une lecture croisée des modes de composition géographique et toponymique. La dynamique d’ensemble des paysages révèle d’abord les clivages (nord/sud), les gradients (densités décroissantes du centre aux périphéries) et les ruptures (ville lotie/quartiers irréguliers) de la progression urbaine. D’autres schémas d’insertion (habitat de cours, effet de générations citadines, régularisation de l’informel) dépassent pourtant ces grandes oppositions ou les nuancent au niveau très fin d’une véritable marqueterie urbaine. Dans ces périphéries que l’on voit successivement contrastées, unifiées et fragmentées en offre foncières kaléidoscopiques, difficile alors de cadrer l’analyse du processus de dénomination à une échelle spatiale dominante.

Une seconde lecture s’appuie sur l’analyse des noms et des référents sociaux qui les inspirent. Des strates toponymiques se sont bien ancrées dans l’espace urbain. Mais leur distribution géographique ne coïncide pas souvent avec la carte des structures démographiques et morphologiques. En effet, l’agglomération a multiplié sa population par dix dans les quarante dernières années. Ses divisions en lotissement, quartiers irréguliers et villages péri-urbains n’induisent guère de spécificité dans les types d’énoncés linguistiques, les registres lexicaux et les histoires toponymiques. Dans le cas de Bamako, où le bambara standard s’est fortement imposé comme langue véhiculaire, les typologies de noms conduisent donc à souligner de fréquentes discordances et diverses incertitudes sur la reconnaissance administrative de bien des quartiers et secteurs. Les éléments les plus marquants de cette fluidité urbaine sont les changements de noms et le chevauchement des logiques sociales (positives ou de crise, souvent fortement personnalisées) qui président aux pratiques de dénomination depuis plusieurs générations.

Comment interpréter ces écarts ? Compromis de la modernité citadine qui se coulerait mal dans le moule d’une catégorisation par trop univoque ? Biais de « modes populaires d’action politique », qui entrent en concurrence, par le bas de la société citadine, avec les cadres institutionnels de l’urbanisme ? Jeux de mots, raccourcis et termes hybrides concurrent en effet à figurer l’espace social de la ville, en désignant les protagonistes d’une périlleuse quête de sécurité résidentielle ou d’une plus rare réussite citadine. Ainsi les transformations de Bamako renvoie-t-elle l’interprétation des mots à une combinaison de formes anciennes et nouvelles. On retiendra surtout que la dénomination des quartiers entérine ou catalyse une démarche d’appropriation foncière qui transforme l’espace en enjeu et en patrimoine. Dans cette optique, l’étude ne doit pas se limiter aux effets de lieux. Elle met également en lumière différentes temporalités de la socialisation citadine: le temps long d’une transition foncière, qui confronte des acteurs coutumiers et la raison domaniale moderne; les rythmes décennaux des encadrements politiques maliens, qui ont permis à trois républiques d’imprimer leurs marqueurs toponymiques dans la ville; enfin, les temps précipités d’une actualité de crise et les urgences de l’urbanisme opérationnel, qui combinent non sans heurts des emprunts toponymiques extérieurs et des inventions endogènes.

Au total, l’occasion nous est donnée d’articuler une perspective structuraliste, avec le cortège de catégories spatiales qu’elle fonde, et un regard relativiste qui postule le primat du citadin-locuteur pour justifier des choix de mots temporaires. Dans l’une comme dans l’autre, la production des noms apparaît bien partie prenante d’une modernité en devenir. Révélateurs de conflits d’appropriation foncière et de bornages territoriaux, les énoncés donnent sens à la dialectique des espaces et des sociétés. Ancrés et mobiles tout à la fois, ils impriment leurs effets contradictoires dans une carte incertaine et vivante. Termes fossilisés, héritages réactualisés, innovations bigarrées en sont les ingrédients essentiels, auxquels la plasticité du bambara continue de transmettre ses ressources.


L’EVOLUTION DE LA TERMINOLOGIE DES NOUVEAUX QUARTIERS
EN ESPAGNE AU XIXe SIECLE

Laurent COUDROY de LILLE
Vie urbaine, Institut d’Urbanisme de Paris

En Espagne au XIXe siècle le lexique des nouveaux quartiers urbains connaît des turbulences (exploitation d’un corpus de sources généralistes sur la ville): fossilisation de certains termes, tandis que d’autres tombent en désuétude ou connaissent une brève émergence. Cependant, le terme d’ensanche semble s’imposer, à partir des années 1840, à la fois dans le vocabulaire du droit de l’urbanisme, dans la toponymie et dans les catégories génériques de l’espace urbain. Face à tous les termes concurrents, ensanche est celui qui affirme de façon la plus nette l’homogénéité, la cohérence ou la continuité d’un espace urbain en transformation et surtout en pleine expansion. Ce terme semble construire ou du moins entretenir une représentation unitaire de la ville, semble-t-il délégatrice des mutations urbaines en cours.


NOUVEAUX TERRITOIRES URBAINS: LA BANLIEUE-OUEST DE GENES
DENOMINATIONS OFFICIELLES ET OFFICIEUSES

Antida GAZZOLA
Université de Gènes

Gênes a eu un développement urbain tout à fait particulier pour des raisons liées à la morphologie de la région (avec très peu de place entre la mer et les montagnes) et aux choix urbanistiques qui à la fin du XIXe siècle avaient positionnés dans la vallée du torrent Bisagno tous les services urbains « gênants » (cimetière, incinérateur des ordures, abattoir...) sur la côte-est les quartiers résidentiels riches, sur la côte-ouest les quartiers populaires et, toujours à l’ouest et dans la vallée du torrent Polcevera les industries.

En 1926, à la suite d’une loi du gouvernement, la ville fût transformée en métropole (la Grande Genova) avec l’annexion (forcée) de quelques communes à l’est et, surtout à l’ouest de Gênes. C’est toujours à l’ouest (près des lieux des travail et loin du centre et de la banlieue riche) qu’on commence après la seconde Guerre Mondiale à construire le logement social et c’est au même endroit qu’on choisi, dès les années 1960, les zones à urbaniser en application de la loi 167/62 où l’espace résidentiel a été souvent utilisé d’une manière informelle (potagers, baraques, etc...).

Au cours des années, il y a eu des changements dans la toponymie, dans la désignation des lieux, des quartiers, des types des logements (par exemple; CEP Case Economiche Popolari; ERP Edilizia Residenziale Publica; ERS Edilizia Rezidenziale Sociale; etc... peut-être pour respecter la pudeur croissante des décideurs au sujet de l’existence des pauvres, d’un côté, et, de l’autre, la susceptibilité des petits bourgeois ou de l’affluent society ouvrière propriétaires des logements « in convenzionata », c’est à dire édifiés aux frais des particuliers, avec quelque petite facilité offerte par l’Etat, la Région ou la Commune).

La ville des décideurs ne s’appelle toujours pas comme la ville des citoyens autochtones, ni comme la ville des immigrés, provenant du sud d’Italie jusqu’à la fin des années 1960 et, plus tard, des pays en voie de développement.

« Les groupes sociaux désignent tous les aspects de la ville et ils confèrent leur véritable existence » écrivait Pierre Sansot (Poétique de la ville, 1984).

Ma communication est axée sur un bref aperçu des éléments historiques et territoriaux dont la connaissance est préliminaire à l’analyse des mots et des discours des différents acteurs (élus, décideurs, techniciens, citoyens autochtones et immigrés) qui aura le but d’essayer de comprendre, par rapport aux différentes parties de la ville et à ses objets, le sens et les motivations des mots, leur évolution dans la période considérée et les conséquences sur la vie sociale et l’image de l’espace.


URBAN DEVELOPMENTS IN CAIRO AT THE END OF THE 19TH CENTURY
AND THE BEGINNING OF THE 20TH CENTURY

Nelly HANNA
Université américaine du Caire

The cities of the Arab Middle East underwent important, sometimes even drastic changes, in the courses of the 19th century. Very often Scholars have tended to understand or analyse these changes within the framework of a European city: indigenous city, the European city representing what is modern, efficient, the traditional city representing the more historical side or aspect.

With regard to Cairo, the period when most changes occurred in the 19th century was at the end of the century. The paper analyses these changes not in terms of European versus traditional or modern versus indigenous (that is in cultural terms) but rather in economic terms. A new kind of economy was emerging, one which required a modern efficient city with good transport and communication etc... But much of the city was not included. The city grew tremendously at the turn of the century. Most often, the new population consisted of rural migrants, or peasants no longer able to pay the taxes on their land. The areas of the city where these reside were to provide cheap labour for the many new building projects being undertaken.

With the rise of criminality and vagrancy, due to the critical social conditions of many of the inhabitants of the city, space was conceived and divided in a different way. Laws were established in order to protect the modern, European, city, and to restrict the presence of disorderly elements of the population.

The paper analyses this process in terms of the law that appear, in terms of the vocabulary, or the words, that come to be used, and in terms of the space divisions that emerge.


NOMMER LES BANLIEUES DE TEHERAN

Bernard HOURCADE, Azadeh KIAN
CNRS, Monde iranien, Ivry

Les banlieues de Téhéran n’existent pas. La notion n’existe pas vraiment, et il y a plusieurs mots persans pour désigner ces nouveaux espaces urbanisés où vivent près de 20% des 9 millions de Téhéranais.

La structuration socio-spatiale ancienne de la ville de Téhéran entre le nord riche et le sud pauvre continue de marquer le vocabulaire urbain, de même que l’opposition ville/campagne. Cela n’est pas sans implications sur l’identité, l’image et la gestion des banlieues.


LA CONSTRUCCIÓN DEL SUBURIO EN BUENOS AIRES (1925-1947)

Alicia NOVICK, Horacio CARIDE
FADU, Universidad de Buenos Aires

El objetivo de este trabajo es la génesis de la noción de suburbio en Buenos Aires, a partir de su utilización en los textos de los técnicos.

Durante la décda del veinte la noción de aglomeración -que incluye la ciudad y sus localidades adyacentes- eclipsó el resto de las denominaciones. Es una noción clásica para el urbanismo, pero su incorporación al léxico de los técnicos locales tuvo lugar en sugestivo contraste con la realidad en la cual estaban inmersos.

El término es traducido literalmente del francés por parte de profesionales formados en Europa, quienes lo introdujeron en una ciudad federalizada (1880) que incluvó dentro de sus fronteras administrativas vastos terrenos deshabitados (1887). A punto tal que, aún a mediatos de los años veinte, el problema de los « barrios suburbanos » continuaba planteándose, de hecho, dentro de los limites de la Capital. Que los urbanistas locales tomasen en cuenta en ese momento las comunas « extraurbanas » prueba que su óptica estaba influenciada por el internacional contemporáneo sobre la expansión metropolitana.

Dicha óptica provocó un cambio profundo en los modos de representación de la ciudad y sus problemas. La noción aglomeración bonarense-más tarde Gran Buenos Aires- no es simplemente una respuesta ante los problemas de crecimiento de la ciudad. En el caso de la capital argentina, tras la noción aglomeración subyace una solución (el Plan Regulador) a la búsqueda de problema. El encuentro entre ambos términos de la ecuación se produjo recién en el transcurso de los años treinta, cuando, contrariamente a las previsiones, la densificación de la Capital comenzó a declinar en forma inversamente proporcional a la expansión de las localidades periféricas.

En 1947 el Cuarto Censo Nacional de Población y Vivienda oficializó una categoria territorial, el Gran Buenos Aires, área comprendida por la Capital Federal y diecisiete partidos fronterizos. Esta nueva denominación equivalió a un reconocimiento oficial del notable crecimiento de la aglomeración que, como veremos, es el punto de llegada del peculiar modo de combinación entre ideas urbanisticas y realidades urbanas en la historia de Buenos Aires.


EDGE (OF) CITY DEVELOPMENTS: NAMING « NEW » URBAN SPACES

Nick OATLEY
University of the West of England,
Faculty of the Built Environment, Bristol

Within the current literature on cities and urbanisation there is much discussion of transition and new urban spaces. Epochal shifts have been taking place in economic, social, cultural and political processes. Accompanying these transitions have been a number of pronounced changes in the spaces within, and the spatial relationship between, cities. These changes are apparent at a number of geographical scales. The influence of post-modern architectural styles and the creation of new (privatised) public spaces have affected the appearance and feel of individual buildings and the spaces around them. At the other end of the geographical scale, a new international division of cities has emerged out of the global economic order in which cities fall into a well defined functional hierarchy. In between these two extremes there have been changes in the spatial form of individual cities. There is also a dimension that is the product of social spatialisation, in which space is socially constructed at the level of the social imaginary involving collective mythologies and presuppositions as well as real interventions and practices in the landscape/built environment. This space is simultaneously real and imagined, a symbolic place (Shields 1991 p 31).

The focus of this paper is one of the most striking changes in patterns of urbanisation, namely the development of a multi-fonctional landscape on the periphery of existing cities. A variety of names have been given to this phenomenon. These include « technoburb » (Fishman 1987), defined as a peripheral zone containing growth corridors of shopping malls, industrial parks, campus like office complexes, hospitals, schools, and of course housing, all spread along major highways: « technopole » which is evocative of a new industrial space - planned, low, discreet buildings, usually displaying a certain air of quit good taste set amidst impeccable landscaping and campus like atmosphere (Hall and Castells 1994). Other terms include galactic cities, pepperonni-pizza cities, a city of realms, superburbia, disurb, perimeter cities, peripheral centres, megacities, metroplex, posturbia, heteropolis, exopolis, and perimetropolitan bow waves.

However, it is Garreau’s (1991 p 51) « Edge City » which has caught the popular imagination. These are defined as « high rised, semi-autonomous, job-laden, road-clogged communities of enormous size, springing up on the edges of old urban fabric where nothing existed ten years ago but residential suburbs or cow pastures ». They consist of areas with more than 5m sq ft (450,000 square metres) of leasable office space -the workplace of the information age; 600,000 sq. ft (55,000 square metres) of leasable retail space; an area with more jobs than bedrooms; an area that is perceived by the population as one place (catering for jobs, shopping, and entertainment) and an area that was nothing like a city 30 years ago when the area might have been farmland or suburbs.

Although the word « Edge » suggests a literal edge, a periphery these are not the marginalised places referred to in Shields’ (1991) work, nor are they peripheral in economic terms. They represent the peripheralisation of the centre and the centralisation of the periphery and as spaces of representation embody what Zukin (1991 p 20) would term « landscapes of power », based on the relocation of corporate America. These are not the marginal edges of society, they are the « cutting edge » of how cities are being created world-wide, they represent the search for « competitive edge », often the locations for innovative milieux. For Garreau (1991), who coined the term, « Edge Cities » are central to the resurgence of the American spirit in the 1980s and 1990s. « Edge City » is « the representation of the American spirit and dream working itself out through history. Edge city is the phenomenal form, the latest embodiment...of the spirit in time » (Sharpe and Wallock 1992 p 393).

Using the word of Lefebvre (1991), and his three concepts of space (spatial practices, representations of space and spaces of representation) this paper sets out to explore the (social) construction of urban meaning as represented in these edge (of) city developments (see Figure 1). In relation to spatial practices and representations of spaces, the emergence of Edge City is intimately linked to changing social and economic processes, technological changes and investment decisions. Harvey (1989 p 250) observed « the accumulation of capital entails the perpetual reshaping of urban spaces to match the requirements of growth in production and consumption, of expansion and transformation of labour markets, of new physical and social infrastructures, to say nothing of the imposition of new technological forms ».

Edge cities can be interpreted as the outcome of a global process of capitalist urbanisation, as a wave of investment in the built environment resulting from technological innovations that have enabled radical shifts in the way that space is organised opening up new possibilities for the urban process. The new spatial forms that have resulted owe a great deal to satellite telecommunications, fibre optics, and computer technologies which is reflected in some of the labels given to these new urban spaces (« technoburb », « flexspace »). In this sense the new peripheries can be seen as « the projection spaces of the emerging global post-Fordist economy » (Keil 1994 p 134).

Interpreted in terms of spaces of representation (or the process of social spatialisation as Shields would describe it), these edge of city developments reveal an interesting social construction of urban meaning based on the collective mythology of the pioneering settler in the « New Frontier ». In this context « Edge City emerges as the representation of the American spirit and dream working itself out through history. Edge city is the phenomenal form, the latest embodiment... of the spirit in time »(Sharpe and Wallock 1992 p393).

Based on this analysis, the paper raises the question whether these processes of global social, economic and technological change are leading to similar outcomes in the built form in other counties. Through a brief analysis of the suburbanisation process in America and the UK, the paper explores the contextual factors that might account for different mediations in different countries (economic, political, legal and the cultural) and warns against « an insensitive dependence on macro-scale conceptualisation (which) may uncritically conflate form and process and injure appreciation of the cultural specificity of suburban edge city forms » (Freestone 1996 p3).

The paper also observes that current debates about naming « new » urban spaces has echoes with similar during the 1960s and 1970s. The new lexicon that has emerged cab be seen as an exercice in neology (the aptitude for inventing new words or giving new significance to old words). The paper urges caution in applying uncritically terms and processes which may have a culturally-locationally specific meaning and which are mediated in very different ways by socio-institutional processes. We should be careful to distinguish between those terms which are used to connote a physical or spatial phenomenon (e.g edge city, outer city, suburban downtowns etc...) and those terms which are used to describe or at least suggest certain processes which explain the development of urban areas.

We also need to be sensitive to social spatialisations, the creation of symbolic spaces which convey complex messages about imagined geographies. To develop a better understanding of both the real and imagined landscapes of contemporary urbanisation we need to direct our attention towards the processes which are creating these suburban metropolitan areas and at the same time decode the social construction of meaning implied in their symbolism and iconography. the paper ends with a brief research agenda.


NOUVEAUX TERRITOIRES URBAINS ET RECOMPOSITIONS IDENTITAIRES EN MAURITANIE

Philippe POUTIGNAT et Jocelyne STREIFF-FENART
Université de Nice

Isakha DIAGANA
Université de Nouakchott

Cette communication s’appuie sur les premiers résultats d’une enquête sur les deux villes de Nouakchott et de Nouadhibou qui représentent dans le contexte mauritanien l’ensemble des référents qui servent à construire la représentation d’une identité citadine «  moderne ». ON examinera plus particulièrement les catégories à travers lesquelles sont interprétés les nouveaux espaces urbains qui se sont constitués à la périphérie de ces deux villes au cours du processus d’urbanisation accélérée qu’elles ont connu.

A Nouakchott, l’alternance entre « déguerpissements » et la laisser-faire (ou régularisations) a rendu possible que se développe un marché plus ou moins clandestin de terrain et in commerce pratiqué à grande échelle, entretenu et animé par des filières d’accession à la propriété foncière. Les quartiers périphériques qui se sont édifiés à la suite des opérations de déguerpissements et de la mise en place de nouveaux lotissements sont interprétés à travers des catégories urbaines comme celles de Kebbe (dépotoir/bidonville) et Gazra (usurpation du domaine public/ anarchie)qui, en même temps qu’elles donnent sens à ces nouveaux espaces, sont succeptibles d’être mobilisées dans des descriptions de personnes, des attributions de motifs ou des jugements de valeur ou encore dans la construction des réalités urbaines comme phénomènes politiques, dans le registre des débats de société de la presse nouakchottoise.

La situation de Nouadhibou est à cet égard fondamentalement différente, du fait d’abord de sa nature de ville régionale opposée à la centralité politique et administrative de la capitale : les qualifications et les différenciations de l’espace ne s’y stabilisent guère dans des systèmes de catégories socio-spatiales, faute sans doute de la possibilité d’une totalisation de cet espace dans un registre tient au rôle déterminant qu’ont joué dans son urbanisation les grandes sociétés industrielles liées à l’exploitation des ressources minières et halieutiques. La cité de Cansado, gérée par la Société Nationale d’Industrie Minière, exemplifie cette spécificité du processus d’urbanisation : l’organisation socio-spatiale y reflète la visée administrative de l’entreprise se traduisant par une tentative de codification rigide de l’espace et de totalisation des différentes dimensions de la vie quotidienne dans l’univers industriel. L’essentiel de nos observations sur ce terrain ont porté sur la dynamique actuelle qui tend à l’intégration de ce territoire « réservé » dans l’espace urbain de Nouadhibou et à sa requalification comme banlieue résidentielle.


 DE GUADALAJARA A RECIFE ET SALVADOR:
Du vocabulaire de l’action à celui de la légitimité urbaine

Hélène RIVIERE D’ARC
Avec la collaboration de Maurizio MEMOLI
CREDAL / CNRS, Paris

Face à une extension urbaine dont les rythmes ont été, au Mexique et au Brésil, les plus forts du monde pendant trente ans, le mot de periferia a, à lui tout seul, contenu toutes les contradictions et problèmes sociaux qu’induisaient ces rythmes. Cependant, il n’est pas utilisé par les populations qui participent de ce type d’urbanisation qui, elles, divisent l’espace, le hiérarchisent, le rendent complexe.

Cela se traduit par des désignations diverses, non achevées, profondément porteuses de connotations sociologiques, en pleine évolution, mais dont on a la surprise d’observer que malgré leur signification encore peu consolidée, ces mots reflètent l’histoire d’une construction urbaine très différente entre le Mexique et le Brésil. Et cela en dépit d’un modèle actuel qui circule dans toute l’Amérique latine.

Cette communication rend compte de la première étape d’une enquête menée à Guadalajara (Mexique), à Recife et à Salvador (Brésil) dans les alentours semi-urbanisés populaires où le désir d’intégration succède à la valorisation de l’action collective.


ATELIER 2

Town and city: urbanism categorized
Ciudad: las categorias del urbano
La ville: les catégories de l’urbain


CITY IN CHINESE

Li DEHUA
Université Tongji, Shanghai, Chine

En chinois (langue Han), de nombreux mots servent à désigner la ville dans sa globalité : cette communication analyse les origines de ces différentes dénominations, ainsi que l'évolution de leurs sens et emplois jusqu'à nos jours.

La ville est aujourd'hui le plus couramment désignée par le mot cheng shi, composé de deux mots cheng et shi, qui ont des sens propres lorsqu'ils sont employés séparément, et qui ensemble forment le mot "ville".

Cheng désigne à l'origine une structure défensive, et plus particulièrement l'enceinte urbaine ; mais aujourd'hui on emploie pour "enceinte" cheng qiang ou cheng yuan. Par extension, cheng a pris le sens de "ville fortifiée". Ultérieurement, il désigne encore le territoire urbain qu'il soit ou pas borné par des murs, et a donc le sens de "ville" en général. Aujourd'hui, cheng est rarement employé seul, mais plutôt dans des combinaisons : utilisé comme préfixe, il permet de former des mots se rapportant soit à l'enceinte, soit à une ville fortifiée, soit à la ville en général ; précédé par d'autres mots, il permet des combinaisons qui désignent des types de ville (par exemple jing chen, capitale ou xin cheng, ville nouvelle).

Shi est également un mot ancien dont le sens, à l'origine, est celui de "marché". C'est seulement depuis une époque récente qu'il signifie aussi "ville". Il est utilisé au sens de division administrative, c'est-à-dire "municipalité" (cf. The English-Chinese Glossary in Housing, Urban Planning and Construction Management, 1987). Il sert aussi à former des mots se rapportant au marché comme chao shi (supermarché), ou à la ville comme shi qu (district urbain). Mais il est surtout employé avec cheng (cheng shi : ville). Cheng shi permet à son tour de former divers mots de la ville : catégories de l'urbain (xiao cheng shi, petite ville), ou ce qui appartient à la ville (cheng shi wen hua, culture urbaine ; cheng shi ren kou, population urbaine).

La communication analyse aussi certains synonymes de cheng shi comme par exemple zhen qui désigne un centre plus petit, ou encore jing ou du pour ville capitale, et d'autres termes aujourd'hui d'un emploi plus rare.

L'analyse est attentive aux processus proprement langagiers de formation des mots pour désigner les catégories de l'urbain, ainsi qu'à l'évoluation historique du sens des termes, et à leur usage plus ou moins étendu.


NOMMER LA VILLE EN SITUATION

Chawqi DOUAIHY
CERMOC, Beyrouth

C’est à partir de l’exemple de deux villes libanaises, Beyrouth et Tripoli que l’ensemble de ces réflexions concernant la désignation de la ville, sont faites. Si une ville a connu plusieurs noms, depuis celui de bâtin et zâhir al madina, jusqu’au madina tout court et madina koubra (grande ville), en passant par madina idâriyya (ville municipale) comme c’est le cas de Beyrouth, d’autres villes n’ont, par contre, connu qu’un seul nom, celui de madina, comme il en est de Tripoli. En partant de l’hypothèse que la multiplicité des appellations dans un cas, et l’unicité dans l’autre, sont le produit, d’une part, du degré de l’extension de la ville, et d’autre part de l’identité des habitants qui habitent les agglomérations qui entourent la ville, et plus particulièrement des asabiyas qui en découlent. Plus celles-ci sont fortes, plus les mots qui rendent compte des différents territoires entourant la ville rendent à se resserrer. Plus ces asabiyas s ’étiolent, plus la madina a plus de chance de déborder, ne serait-ce que par l’appellation, sur l’ensemble de ces territoires. Ce qui nous entraîne à dire que le principe qui régit cette appellation réside plutôt à l’extérieur de la madina qu’à son intérieur.

Voilà pour le langage savant. Qu’en est-il du côté du langage vernaculaire ? Plusieurs paramètres entrent en jeu. Le premier est celui du temps. Il paraît que chaque période ait sa propre nomenclature pour désigner la ville. Mis de côté la période ottomane, on a pu en repérer quatre. La première s’étale des années vingt de ce siècle jusqu’aux années quarante, dans laquelle la ville est appelée madina et son centre aussi. Donc un seul mot pour traduire deux réalités. La seconde qui s’étale des années quarante jusqu’à la veille de la guerre au Liban (1975) se caractérisait par un changement qui a touché le centre ville. De madina, il est devenu balad. Durant les années de guerre (1975-1990) qui constituent la troisième période, un autre changement s’est produit touchant toujours le centre ville, théâtre des combats les plus violents. Au balad pour désigner le centre ville est venu s’ajouter deux noms: celui de aswaqs (pluriel de souk), et de wasat (milieu). Cette cohabitation qui ne durera que les deux premières années de la guerre ne tardera pas à éclater entraînant la disparition du mot balad. Si la disparition du mot balad est un prolongement logique de ce que ce centre est advenu (centre vide), ce qui est intriguant c’est la persistance du mot aswaqs et du mot wasat qui d’ailleurs n’avaient plus rien du marché ni du centre. Il a fallu attendre l’arrêt des combats pour que tous ces mots disparaissent, et plus précisément à partir de l’année 1993, le jour où une société (SOLIDERE) fut chargée de la reconstruction de ce centre. Faute de nom, car il les a tous perdus, le centre s’appelle aujourd’hui manaqat SOLIDERE (la région de SOLIDERE). S’agissant de Tripoli, la ville est désignée par deux noms, celui de madina et de balad. Donc deux mots pour traduire une seule réalité (c’est une des différences avec Beyrouth). Ce qui correspond à balad à Beyrouth est appelé souk à Tripoli.

Le second paramètre est celui d’où l’on désigne la ville. Là aussi nous avons repéré quatre lieux. De l’extérieur lointain de la ville, celle-ci est désignée par son toponyme. De son extérieur proche, par son toponyme et par madina (c’est le cas de beyrouth), par balad s’agissant de Tripoli. De l’intérieur de la ville c’est la madina qui est utilisée. Et de ce dernier le centre ville est nommé balad (un autre point qui distingue nos deux villes). Si on emprunte le chemin inverse, en partant du centre ville vers les autres territoires, une autre logique plus réductrice est à l’oeuvre. Du centre, tous les autres territoires, à n’importe quel lieu ils appartiennent, perdront leurs noms, et seront désignés par leur toponyme.

Un seul territoire fit défaut à cette logique, puisqu’une partie des agglomérations qui entourent la ville du côté sud a un nom, celui de dhâhiya (banlieue), territoire qui abritait les nouveaux venus chiites en ville, comme il abritait tous les mouvements et organisations politiques issus de cette communauté.

Ce dernier point nous amène au dernier paramètre, celui de l’identité, entendue ici, celle de ceux qui désignent la ville. En effet les originaires de la ville la désignent, il est vrai dans un contexte bien déterminé, d’une façon autre que ceux qui sont considérés comme étrangers. Chaque fois que, la ville dans la bouche de ses originaires voulait exprimer son désarroi, défendre ce qu’elle appelle son intégrité, elle ne manquait pas d’afficher sa personnalité qu’elle considère menacée. Beyrouth a un mot pour cela: « Beyrouth refuse » ou « Beyrouth n’est plus à ses enfants ». Tripoli a un autre mot, celui de balad: « les enfants de la balad » ou «les droits de la balad ». Dans ce contexte les deux mots, Beyrouth et balad sont des indicateurs d’identité.


NOMMER LES VILLES A L’EPOQUE MODERNE EN FRANCE: LE DISCOURS DES GEOGRAPHES

Christine LAMARRE
Université Jean Moulin, Lyon III

Pour comprendre la conception que l’on avait autrefois de la ville dans les milieux savants, les écrits des géographes constituent une des meilleures introductions. A l’exhaustivité des dictionnaires et des cartes soucieux de qualifier toutes les agglomérations, ils ajoutent une explication des symboles cartographiques et des termes qui était bien nécessaire à une époque où les cartes ne disposent pas de légendes.

Comme toute science de l’époque moderne, la géographie s’est édifiée d’abord par référence à l’antiquité, à l’oeuvre de Ptolémée précisément. Elle conserve la forte image d’une comparaison des villes aux étoiles, puis, un classement diffus de ces mêmes villes établi sur la notion ambiguë de magnitude (éclat et grandeur). La magnitude s’appliquait aux étoiles, elle est transposée aux villes. La répartition s’opère en catégories centrées mais aux limites floues et discontinues. Cette typologie s’observe jusqu’en 1771.

Pourtant, dès le XVIIème siècle, l’observation de la réalité urbaine d’une France bien diverse dans son peuplement que ces géographes (souvent aussi ingénieurs-militaires) ont pratiquée, les a rapidement amenés à critiquer les classements ptoléméens. L’histoire, l’évolution des villes, plaide aussi contre toute liste immuable, comme s’y oppose la diversité des appellations données au même genre d’agglomérations dans les provinces. L’expérience n’apporte que confusion et nécessité de reconstruire une notion uniforme de la ville dans le cadre du royaume.

Cela se fera au prix d’une transformation de la définition de la ville. Petit à petit de lieu consacré par l’histoire, elle devient pour les géographes une agglomération peuplée et active dont le révélateur est uniquement le nombre des habitants. Ensuite la rigueur des chiffres poussera naturellement à désigner des seuils à partir desquels naît la ville, ce que feront abondamment la législation révolutionnaire puis les statistiques du XIXème siècle.

L’acceptation universelle de ce nouvel indicateur simple et tranché a entraîné la perte de tout un vocabulaire qui s’appliquait au « presque ville » ou à « l’encore ville », de la villace à la bourgadelette, ce qui assure le triomphe au moins apparent du quantitatif sur le qualitatif.


LE LEXIQUE POLITIQUE DE LA CITE D’ANCIEN REGIME EN AMERIQUE ESPAGNOLE

Annick LEMPERIERE
Université Paris I

L’exposé se propose d’une part de recenser le vocabulaire employé pour désigner les établissements humains dans l’Amérique hispanique, d’autre part de mettre en évidence les paramètres culturels (théologiques, juridiques, politiques) qui permettent d’interpréter les valeurs collectives dont était porteur le lexique de la ville sous l’Ancien Régime. La première partie tente de montrer les points communs, d’origine théologique et juridique, entre cité (ciudad) et village (pueblo), à travers la notion , ici chrétienne, de « république », qui permet d’intégrer juridiquement et politiquement les Indiens vaincus et évangélisés. La seconde met l’accent sur la spécifité de la cité, du point de vue de sa constitution et de ses fonctions politiques: sièges des autorités royales, rôle de représentation des intérêts des habitants face à la couronne, autogouvernement et « police » au sens large. Enfin, la troisième partie évoque les représentations de l’urbanité à l’époque des Lumières, la différenciation culturelle entre cité et village et, à l’intérieur de la cité, entre la traza et les barrios, les quartiers extramuros.


ISTANBUL OU LES IMPASSES DE TOUTE QUALIFICATION DE L'URBAIN"

Jean-François PEROUSE
CIEU, Toulouse

On sait qu'il existe dans la langue turque actuelle, concomitamment (et concuremment ?), deux termes correspondant au mot français "ville" : l'un, issu de l'ottoman (et emprunté au persan) : sehir, l'autre plus öztürk (c'est-à-dire plus "turc pur") : kent. A ces deux traductions ou équivalents on pourrait ajouter les termes anglais (town ou city), non turcisés, parfois usités. Les qualifications de la ville se forgent davantage à partir de la forme kent, dans la mesure où, en tant qu'öztürk, elle est réputée mieux se prêter au principe d'agglutination de la langue turque.

Ceci posé, on soulignera d'emblée le peu de pertinence, pour notre propos, de la définition officielle, c'est-à-dire statistique en définitive, de la ville turque : puisque selon les termes de la "loi sur le rural" (köy yasasi) est considérée comme ville toute "unité de peuplement" (yerlesim birim) de plus de 10.000 habitants. Cette définition (grossière) conduit en effet à caractériser comme ville, sans distinction a priori, à la fois le Grand Istanbul, la commune centrale d'un arrondissement d'Istanbul (par exemple Sultanbeyli) et une simple commune périphérique de l'aire urbaine. Cette première catégorisation officielle, même nuancée de critères morphologiques (continuité du bâti) se double d'une autre, purement administrative celle-ci, qui a trait au statut (avantageux et convoité) de "municipalité", accordé aux communes en fonction de "qualités" diverses et variables, définies de façon assez arbitraire. Ce statut, de fait, est attribué à des unités de peuplement dont la population peut osciller de 2.000 à 25.000 habitants..., en fonction de logiques très politiciennes : les affinités des "leaders locaux" avec le (ou les) partis au pouvoir national semblent déterminantes dans cette promotion.

Parallèlement, on rappellera le lien fort qui existe dès l'origine (1923) en Turquie entre réforme de la langue et aménagement urbain. En effet, l'épuration de la langue (entreprise à partir du début des années 1930) est allée de pair avec une volonté de "mise aux normes occidentales" de l'espace urbain (en tout cas de la capitale, et des plus grandes agglomérations). Malgré tout, cette exigence de pureté lexicale demeure de nos jours, bien que largement déconnectée de celle d'un ordre urbain. Dans cette optique, on pourrait évoquer les réactions suscitées par le rapport officiel de la partie turque pour la conférence "Habitat II" (qui s'est tenue à Istanbul en juin 1996). Une de celles-ci, parue dans un grand quotidien turc, dénonçait l'utilisation indue et systématique, en urbanisme, de termes "étrangers" (classés en fonction de leurs origines étrangères par son auteur outré), préférés à tort à des mots öztürk existant.


THE EMERGENCE OF « FAUBOURG » AND « BANLIEUE » AS URBAN TERMS OF SOCIAL REPROBATION AND COLLECTIVE IDENTITY IN NINETEENTH-CENTURY FRANCE

John MERRIMAN
Université de Yale, Etats-Unis

My paper explores the geographic underpinnings of the emergence of a language of urban reprobation in nineteenth-century France, as the concept of social marginality became increasingly associated with specifically defined (but usually fairly recently developed) spaces on the edge of growing towns and cities. The identification of social marginality with peripheral spaces was, to be sure, not new: however, increased large-scale industrialisation, the embourgeoisement of some central districts, and, in the obvious case of Paris (but also Lyon, Marseille, Montpellier), projects of urban renewal during the Second Empire accentuated the dichotomy between center and periphery. The edge of the city increasingly became the unprivileged space of unwanted activities (slaughterhouses, asylums, « dirty industries ») and unwanted people. Assuming that both space and language are dimensions of social change. I will concentrate on the role of language in this evolution, as the terms « faubourg » and « banlieue » took on ever more pejorative connotations. At the same time, while the people of the faubourgs and banlieue were rejected and feared by urban elites, the sense of exclusion could contribute to the emergence of a sense of collective identity, as well as of political challenge, on the periphery.


PREMIERES REFLEXIONS AUTOUR DES TERMES DE CASALI ET BORGATE:
Permanence et efficacité du vocabulaire rural dans les villes d’Italie

Colette VALLAT
Professeur
Université d’Artois, Lille

On remarque, dans la péninsule italienne, une réelle inadéquation du vocabulaire administratif à la réalité contemporaine. Alors que les termes techniques de rioni, quartieri, suburbi et circoscrizione sont apparus progressivement pour désigner légalement des territoires urbains toujours plus étendus, ils semblent fort peu usités et les toponymes anciens sont plus utilisées que la froide et fonctionnelle numérotation officielle des circonscriptions.

Mais sans doute y a-t-il lieu de s’interroger, en Italie, sur des persistances étymologiques qui dépassent la préservation de simples toponymes pour faire de termes spécifiquement ruraux comme ceux de Borgate (bourgades) ou de Casali (hameaux) des termes urbains génériques alors que, comme partout en Europe, les cités italiennes ont franchi leurs remparts,fait éclater leurs limites administratives et conquis de vastes aires rurales sous l’effet de pressions démographiques, sociologiques et économiques. On apporte un début d’explication à ce fait curieux en remarquant que cette persistance répond au fait:

-que longtemps la campagne comme à Rome a cerné de très près la ville,

-que bien des terres arables ont été gagnées de haute lutte sur une nature ingrate (bonifications de zones paludéennes, riches mais dangereux sols volcaniques),

-que l’urbanisation s’est souvent greffée sur des bourgs de colonisation agricole ou sur des bourgs approvisionnant traditionnellement une grande ville dont ils dépendaient statutairement,

-que la notion de métropole est encore bien floue en Italie, elle se met en place par défaut et n’est pas, par conséquent une notion forte.


ATELIER 3

Socio-linguistic registers and the city
Los registros socio-lingüisticos y la ciudad
Les registres socio-linguistiques et l’urbain


« LE BROUHAHA DES PETITES MEMOIRES A LA RENCONTRE DES LANGAGES SAVANTS:
ESTHETIQUE MODERNE ET CITOYENNETE A SAO PAULO DE 1890 A 1940

Stella BRESCIANI
Université de São Paulo, Brésil

Dans tous les textes qui évoquent la capitale de l’état de São Paulo se retrouve la persistante affirmation d’une ville qui est passée par un développement extraordinaire pendant les vingt-trente dernières années du XIXe siècle. Que ce soit au travers de la présence des voies ferrées dès 1870 ou de l’arrivée en masse d’immigrants européens depuis 1885, il y a toujours une façon de dire la ville qui la partage entre le bourg paisible des « paulistes » et des étudiants de la Faculté de Droit du Largo (place) de São Francisco et la ville moderne, commerciale et industrielle, pleine de vie et constamment renouvelée par les oeuvres urbanistiques et architectoniques; une ville modifiée de fond en comble par la présence et l’activité de ses nouveaux habitants. Ville ancienne, désignée par le mot « burgo » et ville moderne, désignée par le mot « métropole ». Ce partage de la ville en deux temps dure jusqu’aux années cinquante, moment où la ville vit un essor inouï en terme d’extension territoriale, et où l’hégémonie de l’esthétique moderne des nouveaux immeubles l’emporte sur les styles plus anciens, surtout l’éclectique massive, et sur la façon de vivre de ses habitants. « São Paulo a été trois villes pendant le siècle ». Cette maxime est pratiquement devenue une évidence en soi, une certitude que personne ne nierait: la ville en « taipa » (pisé) avait en effet été substituée par la ville en brique, elle-même remplacée, quelques années après, par la ville en béton.

Retracer les mots qui ont produit une ville moderne: São Paulo au XXe siècle, est l’objectif central de cette communication. Nous commencerons par nous pencher sur les professionnels de la ville: les écrits des autorités administratives, des médecins sanitaires, des ingénieurs et urbanistes dresseront un autre registre de langage, le langage technique et savant sur la coupure de la ville en deux temps.

Nous nous attacherons ensuite aux mémoires des vieux habitants, des articles de la grande presse et de la presse ouvrière pour répertorier le lexique populaire qui forme un brouhaha mouvant, instable et parfois même moqueur sur la ville et ses territoires différenciés, sur le décalage entre le vieux centre-ville, les quartiers populeux, industriels et ouvriers et , les beaux quartiers nouveaux, aménagés et bâtis selon les plus modernes conceptions urbanistiques et architectoniques. C’est là, pour ainsi dire, un registre populaire du partage entre l’ancien bourg et la ville moderne.

Notre hypothèse de travail pour ces registres de langage porte sur les échanges entre ces deux réseaux sémantiques qui s’articulent, bon gré mal gré, sur les présupposés du savoir des sanitaristes, mais aussi sur l’empreinte de l’aménagement urbain/ « urban improvments »: « melhoramentos urbanos ». Le terme « melhoramentos » sert donc de mot-clef dans les enjeux déterminant la façon dont on envisage la ville, désigne les questions à résoudre et intervient dans le tissu urbain.

Dans les rapports des présidents (gouverneurs) de la province de São Paulo des années 1880, les expressions « saúde pública », « salubridade pública » et « higiene pública » constituent les sous-titres des activités octroyées au Département des Travaux Publics en ce qui concerne l’eau potable et le tout-à-l’égout, mais aussi le nettoyage des rues, des places et des jardins publics, sans oublier, les préoccupations avec les épidémies (surtout le choléra morbus) venues d’Europe par le port de Santos.

L’expression « melhoramentos materlais » désigne toutes les initiatives des pouvoirs publics et de particuliers souhaitant doter la province des moyens matériels pour assurer son « progrès », encore un mot-clef. Le terme « melhoramentos » est donc lié à l’aménagement de la ville de São Paulo en tant que domaine privilégié dès le rapport présidentiel de l’année 1886 et recouvre le drainage des marais riverains des rivières Tamnduatei et Anhangabaú, toutes deux pratiquement en plein centre ville: l’édification de l’Hospedaria dos imigrantes, de la Penitentiaire, de l’Hospice des Aliénés, de l’Ecole Normale et des gares; l’élargissement et le prolongement de rues anciennes et le percement de rues nouvelles; l’éclairage des espaces publics d’où l’on veut retirer les ambulants et dont les « kiosques » devront être réglementés. Et c’est encore ce même mot « melhoramentos » que l’on retrouve dans les textes savants des années 1940, aussi bien que dans la presse et les conférences académiques, que dans les projets d’aménagements pour la ville produits par des ingénieurs et urbanistes. Bref, nous y voyons un noyau des réseaux sémantiques où les notions sanitaires et les préceptes d’une esthétique « moderne » restent sous-jacents aux textes.

Un réseau sémantique à peu près semblable peut être retrouvé dans les petites mémoires des habitants de la ville, les chroniques de la presse et les récits des mémorialistes. Les mauvaises conditions hygiénique des quartiers populaires, l’entassement des « cortiços » et le manque des gares des autorités publiques pour les commodités nécessaires à une vie saine et productive sont l’objet de dénonciations continuelles de la presse ouvrière de l’époque et font toujours surface dans les mémoires écrites ou orales de leurs anciens habitants. Mais leurs récits évoquent aussi la suspension du temps gris du travail quotidien aux moments où les crues de la rivière Tamanduatei transforment les quartiers de Brás et Mooca (les plus grands quartiers ouvriers) en une Venise brésilienne. La logique des mémoires populaires, moins rigide, entremêle donc souvenirs affectifs et considérations critiques pour nous offrir une autre ville, pleine d’aspects contradictoires.

Trois ans après la proclamation de la République en 1889, les quartiers populaires plus anciens, surtout Santa Ifigênia, ont été l’objet d’un rapport très détaillé de la part d’un comité de la mairie de São Paulo. Le mot « cortiço » est alors au centre des préoccupations du gouvernement pour la santé et la morale de la population ouvrière, et les rapporteurs s’occupent de classer ces « habitations collectives » en catégories différenciées en fonction de leur organisation architectonique et de leur emplacement dans la ville. C’est déjà une ébauche de plan pour le développement de la ville que de la diviser en zones urbaine et suburbaine; en centre ville, quartiers anciens et quartiers nouveaux. La maison, riche ou pauvre, devient dans les récits la cellule ou bien l’unité minimale de la ville, donc l’objet d’attention privilégié des autorités. Ce sont les maisons populaires, surtout, qui sont encore l’objet de projets et d’un congrès d’habitation tenu à São Paulo en 1931. La presse ouvrière publie régulièrement des articles faisant également mention aux mauvais effets des « cortiços » sur la santé et la morale populaire.

Les voies de communications-percements de rue, élargissement et prolongement de rues anciennes, désencombrent des places, drainage des marais, construction de ponts sur rivières et de viaducs sur les nombreuses vallées de la ville à topographie accidentée et les équipements urbains, l’éclairage des rues, les transports collectifs, le tout-à-l’égout et la distribution d’eau potable sont le centre permanent de l’attention des pouvoirs publics et des habitants de la ville. C’est non seulement l’existence de jardins publics et d’arbres dans les rues, mais surtout la présence/ absence de ces services qui sert de base au classement en bons et mauvais quartiers. L’architecture- styles, maximisation de la rentabilité/ occupation de l’espace, fonctionnalité sont autant d’autres préoccupations qui viennent unir le sanitarisme et l’esthétique entre 1890 à 1940. La condition de citoyen passe, ne saurait être isolée de la participation active dans les « melhoramentos » de la ville, aussi bien du côté de la population aisée, que de la classe ouvrière.

Melhoramentos/improvements/aménagement
Progresso/progress/progrès
Cidadania/citizenship/citoyenneté
Modernidade/modernism/modernité


SOME OBSERVATIONS ON THE POPULAR REPRESENTATION OF THE URBAN SPACE : THE SANTA LUCIA QUARTER IN NAPLES

Alessandra BROCCOLINI
Dipartimento di Studi Glottoantropologici
University "La Sapienza", Rome

My monographic anthropological research, which I have been conducting in the historical centre of Naples, is the starting point of my contribution. Its intent is to provoke a debate about the relationship between the popular representation of the urban space and the community-type ways of living: housing and social life. As well as offering a wider view on the interaction between the vernacular and the elite languages. The urban area examined is the Santa Lucia quarter in the historical centre of Naples.

First of all, I will compare the high culture denominations of this portion of urban space with the local terminology used to define the space itself: borgo, rione, quartiere. I will proceed then to identify some of the vernacular terminologies commonly used to define inner and outer parts of the specific urban space and its local usages. Ultimately I will try to make evident the anthropological relationship which interacts between the popular language characterizing the urban space, and how that space is inhabited.

The examination of these three dimensions allows me to put forward two hypotheses, hoping they will incite a comparative discussion on the issue.

1) Where an established vernacular tradition exists, as in Naples, the usages of the vernacular and elite languages, is not only an expression of social dynamics, but of specific cultural dynamics as well, related to the issue of urban identity.

2) In some specific urban contexts, particularly layered and complex like the Neapolitan one, the relationship between space and language cannot be explored without considering the importance the way of living assumes in the definition of the urban space. The sociolinguistic production related to the space seems to be influenced by a way of living that is characterized by residential stability, obligatory kin ties and neighbourhood ties.


LOS SITIOS DE LA CIUDAD

Angel APARICIO
Luis GALIANA
Carmen GAVIRA
Agustin HERNANDEZ
Universidad Politécnica de Madrid

A partir de 1986, tras la informalizacion del Servicio Postal en España, es posible disponer de una base de datos en la que se recoge la totalidad del viario de las 75 ciudades españolas mas importantes.

Cerca de 150.000 denominaciones de calles identifican el espacio urbano de España y permiten NOMBRAR LOS LUGARES, es decir, diferenciarlos cargardos de sentido en relacion a la historia, al lugar, a la técnica o a la propia planificacion de la ciudad. Y a la vez, encontar una identidad urbana sobre el conjunto del pais.

La completa historia de la ciudad en España, su amalgama de culturas, su lento crecimiento y su reciente explosion metropolitana, hacen dificil la busqueda de elementos que identifiquen EL HECHO URBANO de forma general.

Pretendemos con este trabajo, analizar las denominaciones de esta extensa red viaria sobre la totalidad del territorio y encontrar los terminos generales de LOS SITIOS DE LA CIUDAD.

Eliminando los toponimos nominales y los extrictamente historicos (que evidentemente darian lugar a otro aspecto no menos importante de estudio), hemos creado tres grupos de terminos para realizar nuestro analisis :

    - GEOGRAFICOS (Topografia y fenomenos fisicos)
    - TECNICOS (Arquitectura e Ingeniera)
    - URBANISTICOS (Estructura y Extension)
La forma en la que estas denominaciones aparecen, se repiten y se refuerzan, en las distintas ciudades, en relacion a accidentes, construcciones o modificaciones del territorio, o nuevas figuras de planificacion y crecimiento, nos permite realizar una lectura del espacio urbano, en la que la toponimia se convierte en la mas fidel description de la ciudad, obedeciendo a una logica mas sabia y mas rica que sirve de nexo entre el saber popular sobre el territorio y las denominaciones tecnicas de aquellos que lo planifican y controlan.


LE « RAB » ET LE « AQAR » A TUNIS A L’EPOQUE MODERNE

Abdelhamid HENIA
IRMC, Tunis

Cette communication retrace dans la longue durée les « aventures » de deux mots relevant du lexique foncier de la ville de Tunis ; le rab et le aqar. A l’origine, dans la langue arabe classique, le mot rab désigne la « résidence confortable ». Aujourd’hui, il désigne la partie couverte des souks de la Médina. Le mot aqar a connu, dans le passé, des usages différents d’un lieu à l’autre et d’une époque à une autre. A quoi correspond l’évolution sémantique de ces deux mots ? Quelle en est la signification ?

Au premier stade de son évolution, le mot rab ne désigne plus à Tunis au XIVème siècle, une « résidence confortable » comme avant, mais les boutiques (h’ânût), unités de base des souks dans la Médina. En Egypte, en revanche, le mot de rab continue toujours de désigner un immeuble d’habitation jusqu'à nos jours. Cependant, seules les habitations collectives destinées à la location sont concernées par cette appellation. Nous saisissons là le facteur commun se trouvant à l’origine de l’évolution sémantique du mot rab tant en Egypte qu’en Tunisie. Ici et là, le mot a évolué pour s’identifier, presque exclusivement, aux biens de rapport de type urbain. Par conséquent, la maison d’habitation dans la ville de Tunis, n’étant guère perçue comme un bien de rapport, perd sa qualité de rab.

Ce premier stade de changement sémantique correspond à une époque (XIII-XVs.) au cours de laquelle la ville de Tunis connaît une importante prospérité grâce aux profits du grand commerce, facteur décisif dans le développement de l’activité artisanale et commerciale qu’abritent les boutiques dans les souks de la ville.

A Tunis, quand plus tard la nature des biens urbains à usage d’habitation évoluera (ils passeront de la valeur d’usage à la valeur marchande), le mot rab connaît un autre stade dans son évolution sémantique. Il se réalise progressivement, à partir de la seconde moitié du XVIIIème siècle. A l’époque, Tunis connaît une pression démographique qui a provoqué la création d’un marché de location des biens à usage d’habitation. Devenus biens de rapport, ces derniers se voient, eux aussi, promus au rang de rab. C’est ainsi que le mot rab en vient à partir XVIIIème siècle à exprimer à Tunis, sans discrimination particulière, toutes sortes de biens-fonds urbains.

Quant au mot aqar, il a connu lui aussi une évolution sémantique, significative à plus d’un égard. Depuis la fin du XIXème siècle jusqu'à nos jours, sous l’influence du droit européen en matière foncière, le mot se présente comme une notion juridique abstraite désignant tout bien-fonds de quelque nature qu’il soit. Pourtant à l’origine, le mot prend un emploi différent selon l’endroit et l’époque. A Tozeur, au sud-ouest de la Tunisie, les actes notariés du XVIIIème siècle attribuent au mot aqar le sens de maison par opposition au mot jidâr (littéralement petit mur de terre pour retenir l’eau d’irrigation) qui, lui, sert à désigner les biens-fonds ruraux dans la palmeraie.

Au XVIIIème siècle, on assiste à Tunis à un changement progressif dans la nature des sources de revenus de la classe dirigeante. C’est l’époque où la l’agriculture s’érige en source importante de revenus et l’appropriation de la terre prend une autre valeur. Ceci se réalise surtout à la suite de la croissance de la demande internationale en produits céréaliers. La terre devient de plus en plus l’une des principales sources de revenus ; sont alors apparus des changements au niveau de la terminologie foncière. Jusque là, on avait pas encore dans la terminologie foncière de l’époque un terme autre que le mot rab pour exprimer d’une manière nuancée les biens-fonds. Il faut attendre le XVIIIème siècle, pour que se développe dans les actes notariés l’usage du mor aqar pour désigner exclusivement les biens-fonds ruraux.

L’évolution sémantique que subissaient ces deux mots à l’époque moderne, résulte directement de la transformation de la nature économique de la propriété des biens-fonds dans le milieu tunisois.


DU QUARTIER A L'AGGLOMERATION : LES GLISSEMENTS DE SENS DU MOT MANILA (MANILLE, PHILIPPINES) AU XIXE SIECLE ET L'EMERGENCE D'UN NOUVEAU TERRITOIRE URBAIN

Xavier HUETZ DE LEMPS
Université de Nice-Sophia Antipolis,
Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine

L'appropriation par une communauté d'une série de territoires emboîtés et d'échelles spatiales variables est un phénomène très complexe où se mêlent les relations entre l'individu et son environnement ainsi que des processus d'identification collective tout aussi opaques et variables d'un groupe à l'autre. La dynamique chronologique complique encore ces problèmes et il peut sembler difficile, voire impossible d'étudier l'histoire des processus d'apprentissage et d'identification à des territoires.

Pourtant, les glissements de sens ou plutôt, dans le cas qui nous intéresse, les extensions de sens de certains toponymes nous semblent être de bons indices de la naissance de nouveaux territoires. Nous nous proposons d'étudier ici l'évolution d'un toponyme qui ne semble pas, à première vue, poser problème : Manila. En fait, si l'on prend garde de s'interroger systématiquement sur l'espace urbain que ce mot recouvre, des mutations très importantes apparaissent clairement au long du XIXe siècle. La comparaison de la situation du début du XIXe siècle et à la fin de ce siècle permet de résumer l'ampleur des changements. Au début du siècle, Manila ne désigne qu'un quartier très précis (la place-forte) d'une agglomération qui est pourtant déjà parfaitement repérable dans l'espace. Les autres quartiers sont qualifiés d'arrabales identifiés par opposition à cette Manille emmurée. A la veille de la Révolution de 1896, Manila désigne désormais clairement et presque unanimement l'ensemble de l'agglomération, composée de la place-forte (que l'on appelle désormais Intramuros) des trois quartiers de rive gauche (Ermita, Malate, San Fernando de Dilao) et des cinq quartiers de rive droite (Binondo, Tondo, Santa Cruz, Quiapo, Sampaloc).

L'extension de sens est donc indéniable, mais peut-on proposer une chronologie plus fine de cette évolution et existe-t-il des résistances ? Les sources (registres fiscaux, adresse des éditeurs) sont malheureusement très imparfaites. L'extension semble en fait résulter d'un consensus de plus en plus large sur les réalités spatiales que doit recouvrir le toponyme Manille mais cet apprentissage est très lent et, à la fin du siècle, quelques habitants continuent de réserver l'usage de Manila à la seule place-forte alors qu'inversement une nouvelle extension qui engloberait des communes limitrophes est en gestation.

La lenteur des évolutions est un indice de la complexité des forces qui sous-tendent ces phénomènes d'appropriation, et les variations de sens du mot Manila semblent résulter d'un faisceau de causes au sein desquelles il est difficile d'établir une hiérarchie. L'évolution du découpage politique de la ville joue un rôle indéniable : de nouvelles combinaisons politiques sont mises en place tout au long du XIXe siècle et ces dernières tendent à épouser graduellement les limites réelles de l'agglomération. Pourtant, l'importance de cet ajustement ne doit pas être surestimée. Tout d'abord, les entités politiques restent longtemps trop larges ou trop étroites par rapport aux limites de l'agglomération. De plus, la chronologie de l'invention de ces nouveaux découpages administratifs ne correspond qu'imparfaitement à celle des changements de sens que nous avons repéré précédemment : parfois en avance, les nouvelles divisions politiques pourraient jouer le rôle de guide dans l'apprentissage de la population ; parfois en retard, elles ne seraient que le reflet d'un changement des mentalités.

L'évolution du sens du toponyme Manila semble aussi entretenir d'étroites relations avec les profondes mutations spatiales que connaissent les fonctions de l'agglomération. L'extension du port, la spécialisation de certains quartiers mais aussi l'apparition dans les anciens faubourgs de fonctions jadis réservées à la seule place-forte entraînent une multiplication des rapports fonctionnels entre les différentes parties de l'agglomération. De plus, la séparation de plus en plus fréquente et nette entre lieu de résidence et lieu de travail (qu'elle soit voulue ou subie) ou la mise en place de nouveaux réseaux de transport ont pour conséquence de multiplier les déplacements et, sans doute, de faciliter par ce biais l'apprentissage d'un espace urbain plus étendu.

Ces modifications profondes de l'espace politique ou économique de Manille ne doivent cependant pas nous faire oublier l'importance des clivages spatiaux, sociaux, raciaux et culturels au sein de l'agglomération : l'évolution du toponyme est-elle réellement le fait de l'ensemble des couches de la population urbaine ? Traduit-elle une appropriation symbolique partagée par tous ? Le manque absolu de sources pour une large part de la population nous interdit de répondre à cette interrogation et des conclusions bâties grâce aux documents produits par les élites de la fortune et de la culture ne peuvent être étendues sans risque à tous les groupes socio-ethniques.


LA VILLE DES AUTRES

A. MOUSSAOUI
Université d’Oran, Algérie

Les urbanisations massives, depuis l’indépendance, ont entraîné une prolifération de nouveaux quartiers urbains dans les périphéries de toutes les villes algériennes. Produits dans l’urgence, ces territoires urbains ont été dénommés également dans l’urgence. Cependant les différentes appellations de ces nouveaux tissus obéissent à des logiques de désignation qui varient selon les auteurs et les usages.

Deux systèmes coexistent de manière générale: celui de l’administration et celui des usagers. L’un et l’autre se présentent sous forme de champs discursifs obéissant à des logiques différentes, voire opposées. Celui développé par l’administration (glorification de la puissance militaire nationale, affirmation de l’enracinement culturel dans le monde arabo-musulman et stigmatisation de la colonisation) a pour objectif la construction de l’Etat-nation. Quant à l’autre système de désignation, il est fait de groupes différenciés obéissant à des déterminants multiples (âge, origine sociale et géographique, statuts et rôles etc...). Ce deuxième système (désaveu du système officiel) véhicule un vécu et un imaginaire communs.

Ce système informel de nomination a préexisté à l’Etat indépendant. Il continue aujourd’hui encore à bousculer les logiques des pouvoirs centraux. A côté de l’adaptation phonétique, la réappropriation du nom par sa traduction dans l’imaginaire endogène est la modalité d’expression de la langue de l’usager.

En Algérie, les caractéristiques de ce registre informel sont l’humour, la dérision et la stigmatisation. Par ce moyen, sont décriées , et la sphère politique et les pratiques sociales.

A travers une telle problématique se profile la question de la langue et de la mémoire collective, autrement dit celle du lien social.


GAGNER PARCELLE AU BURKINA FASO

Liliane PIERRE
I.U.P / Vie Urbaine / U.M.R L.O.U.E.S.T., Paris

Cette contribution au séminaire « les mots de la ville » est une première étape de la construction d’une méthode d’observation de la famille terminologique pour dire l’attribution des terrains destinés au logement dans le cadre d’opérations contrôlées par la puissance publique.

La démarche présentée est un repérage de fragments de dire qui nous sont apparus porteurs de questionnement intéressant pour l’observateur extérieur qui vient interroger un moment très fort d’une histoire nationale.

Faute d’un appareil méthodologique spécifique au texte urbanistique, c’est un appareil méthodologique d’analyse du discours existant pour le texte littéraire qui est appliqué au dire de l’évenement-attribution de parcelles.

Un extrait de compte-rendu de réunion de la Commission Nationale d’Urbanisme est, du point de vue de la mise en scène énonciative, soumis à un triple questionnement:

- Peut-on lui reconnaître une appartenance à un genre de discours spécifique ?
- Peut-on y déceler des registres langagiers de référence ?
- Comment qualifier le rôle donné à l’objet du discours qui était un avant-projet de lotissement?

Dans le cheminement que nous avons appelé du lexique au discours ce sont, outre les comptes rendus de réunions, des textes réglementaires, des lettres et des notes de services qui sont prétextes à l’observation de cas d’hybridation énonciative et langagière. Un exemple est donné par l’expression « il faut épargner les investissements » dont notre expérience de terrain nous a permis de savoir qu’elle est un détour métaphorique financier pour dire: il faut éviter de détruire les constructions présentes.

Sous le titre manières de dire et de non-dire nous observons le sort fait à la suppression, dans la réglementation foncière, de la propriété privée des particuliers dans des formulations juridiques, administratives et médiatiques. Cela nous permet d’établir que, dans le discours urbanistique, la question de l’identité du sujet énonciateur est essentielle et de montrer que c’est la manière de dire qui appartient à l’un ou l’autre langage, pas la chose dite. Le langage administratif et le langage médiatique ont pris la forme langagière juridique de la propriété indépendamment de la mise en acte de la loi, dans une logique de contamination uniquement lexicale.


LOS LÉXICOS DEL SUBURBIO DE BUENOS AIRES : UN APORTE METODOLÓGICO
A PARTIR DE LA PERSPECTIVA DEL ANÁLISIS CRITICO DEL DISCURSO

Irene VASILACHIS DE GIALDINO
CEIL CONICET , Buenos Aires

El objetivo de esta presentación fue analizar comparativamente, desde una perspectiva interdisciplinaria en la que se unen la sociologia y la linguistica, très textos eruditos (dos escritos por Della Paulera y uno y por Hardoy y Saterthwaite) producidos en distintos momentos históricos a fin de determinar la relación entre los modelos interpretativos de la realidad presupuestos en cada texto por los hablantes y el léxico utilizado para caracterizar, en especial : a) a la ciudad y a sus alrededores ; b) a la relación entre ambos y a los procesos de su transformación y c) a los sujetos que participan en la planificación y construcción de esas ciudades. El análisis de estos textos fue, a su vez, léxico, sintáctico y semántico y se emplearon los conceptos de red semántica, nudos de la red semántica y modelos interpretativos de la realidad. Se estudiaron, asi, tanto los paradigmas argumentativos utilizados en textos como el uso de metáforas y las distintas formas de representar la acción social.

Las conclusiones que han surgido de este trabajo podrian resumirse de la siguiente manera :

  1. Los hablantes emplean diferentes recursos lingüísticos para convencer, en este caso, al lector acerca de la oportunidad, legitimidad y validez de sus afirmaciones y de las propuestas que realizan.
  2. Esas afirmaciones y propuestas so expresan en los textos por medio del empleo de diferentes paradigmas argumentativos los que suponen : a) algún modelo de sociedad y de organización social, b) una o varias formas de diferenciación o jerarquización entre sus miembros ; c) un tipo de relaciones sociales predominante y, por tanto, d) una mayor o menor posibilidad de los actores sociales individuales o colectivos de construir y trensformar la sociedad. El conjunto de estos supuestos constituyen el modelo interpretativo en el que se basa el hablante. Este modelo se manifiesta por los vocablos, las palabras que se reiteran en las redes semánticas tejidas en el texto. Esos términos configuran los nudos de esa red. De esta manera, en los textos de Della Paulera, las palabras « organización » y « orden », ligadas al paradigma argumentativo afirmativo señalan el enraizamiento de la concepción de este autor en un modelo interpretativo basado en el cientificismo positivista. Por su parte, en el texto de Hardoy y satterhwaite el término « ilegal » constituye el núcleo de una red semantica que orienta al lector al cambio de contenido significativo de esa palabre, una vez reconocido el modelo interpretativo de esros autores que abreva de los paradigmas epistemológicos materialista-histórico e interpretativo. De este modo, lo « ilegal » de la ocupación de tierras pierde su vinculo con la común exigencia de una sanción juridica por estar representado como consecuencia de un estado de necesidad, el que exime de responsabilidad a los sujetos que realizan la acción.
  3. El empleo en los textos de Della Paulera y en el texto de Hardoy y Satterhwaite de iguales o similares vocablos pero con diferente contenido semántico da cuenta, por un lado, de la dificultad de realizar un análisis léxico de los textos sin efectuar, al mismo tiempo, un análisis sintáctico y semántico y, por el otro, del requisto de vincular este análisis semántico con los modelos interpretativos de la realidad presupuestos por los hablantes.

ATELIER 4

Learned and technical languages
Idiomas sabios y técnicos
Langues savantes, langues techniques


LA VILLE DES INGENIEURS: ROME 1870-1890

Denis BOCQUET
Université de Provence, Aix-en-Provence

Rome devient capitale de l’Italie après la prise de la ville en septembre 1870 par les troupes italiennes et la chute du pouvoir pontifical. Elle est frappée quelques semaines plus tard, au cours des derniers jours de 1870, par une grave inondation du Tibre, qui met d’emblée sur le devant de la scène politique la question des travaux publics, au travers du besoin urgent de remédier à cette situation de vulnérabilité face aux crues du fleuve.

Dès les premiers jours de l’inondation, et pour des décennies, fleurit toute une littérature technique sur la ville, fruit le plus souvent du travail des ingénieurs, qu’ils soient du Ministère des Travaux Publics, du Génie Civil, de la Commune, de Sociétés privées ou indépendantes.

Les travaux durent jusqu’aux lendemains de la première guerre mondiale, et les décisions prises par le ministère ne tarissent pas le flot des publications, chaque péripétie du chantier et de la politique locale ou nationale étant bonne pour proposer de nouveau des projets auparavant écartés, pour critiquer ce qui se fait, pour demander des comptes, des explications.

Tous ces ingénieurs proposent des solutions pour protéger la ville du fleuve, et tous voudraient que leurs idées soient retenues. Derrière ces propositions on lit bien souvent la volonté de tel ou tel camp politique, les garibaldiens ou les cléricaux notamment, de marquer la ville de son empreinte.

Un nouveau lexique fait à cette occasion, son entrée dans la vie romaine, celui de la technique, débordant souvent même le cadre de la seule littérature de spécialistes, les débats trouvant de larges échos dans la presse.

Il semble qu’au travers de l’analyse du vocabulaire employé par les ingénieurs, on puisse mettre à jour une véritable vision de ce qu’est la ville, de ce qu’elle devrait être et des moyens pour passer des difficultés de la ville inondée à la ville idéale, digne capitale de la nouvelle Italie.

Le premier fait marquant concerne sans doute le lexique de la ville ancienne, affublé de connotations péjoratives, et celui du traitement que l’on veut faire subir à cette ville trop vulnérable aux inondations, et donc indigne d’être comparée aux grandes métropoles européennes.

Au-delà de ce diagnostic, on peut distinguer dans la littérature étudiée l’affirmation d’un lexique de l’idéal technique d’une ville que l’on veut rattacher par les travaux publics à la modernité européenne, en la régularisant et en l’aménageant.

Puis, dans une troisième phase, distincte chronologiquement, on voit poindre, à l’extrême fin du XIXe siècle, le lexique d’une ville de la technique qui bute sur celle de la spéculation puis sur celle du patrimoine.


GENESE D’UNE LANGUE DE L’URBANISME EN EUROPE (1909-1942)

Hartmut FRANK
HFBK, Hambourg

Véronique FAUCHEUR
Berlin

Panos MANTZIARAS
Paris

Problematique

La recherche se fonde sur l’hypothèse que, parallèlement à la constitution de l’urbanisme en tant que discipline autonome, on assiste à une homogénéisation des termes décrivant les concepts, les méthodes, les outils, de l’urbanisme en Europe.

Cette homogénéisation se ferait selon le processus suivant:

a- Introduction d’un terme au vocabulaire disciplinaire d’un pays;
b- Evolution initiale du signifiant correspondant à une phase de précision du signifié;
c- Fixation du terme, afin de faciliter la communication au sein d’un même espace linguistiques et entre différents aires linguistiques.

Cette fixation-institutionalisation d’un terme, qui dévoile un rapprochement d’idées et de pratiques peut avoir deux conséquences sur le rapport entre le signifié et le signifiant:

a- La cristallisation du signifié et sa conséquence incapacité d’évoluer sur la base de nouvelles données, ou
b- Le glissement sémantique du terme suivant l’évolution du signifié qui ne s’enregistre plus au niveau du signifiant.

Notre intérêt est davantage celui d’historiens de l’urbanisme que de linguistes. Il se porte sur la constitution de l’urbanisme en tant que nouvelle discipline au tournant du siècle et sur son évolution. Cependant la constitution d’un langage disciplinaire ainsi que son évolution nous semblent être des indicateurs précieux de ces processus. Les analyses parallèles des termes employés, de l’évolution des rapports entre signifiants et signifiés et de l’évolution des traductions nous fournirons des éléments qui permettrons de confirmer ou d’infirmer diverses hypothèses concernant la discipline. Ces hypothèses émergeront tantôt de l’analyse pure des textes de notre corpus, tantôt du croisement de cette analyse avec des données provenant de notre savoir général d’historiens de l’urbanisme.

Corpus

La recherche est menée à partir des publications de la Fédération Internationale de l’Habitat et de l’Urbanisme (International Federation for Housing and Town Planning) qui d’une part ont l’avantage d’être parus régulièrement en trois langues (Allemand, Anglais, Français), d’autre part représentant la mémoire d’un des « lieux » de discussion les plus importants en Europe en ce qui concerne la constitution de l’urbanisme en tant que nouvelle discipline.

Notons, à titre indicatif, qu’en 1928, Raymond Unwin prend la présidence de la fédération suite au décès de Hebenezer Howard. Les vices présidents sont, à l’époque, Louis Bonnier pour la France et le Dr. R. Schmidt pour l’Allemagne. Parmi les membres des pays affiliés (Angleterre, France, Allemagne, Espagne, Bulgarie, Italie...) figurent Cornelius Gurlitt, Hermann Jansen et Joseph Stubben, Marcel Poète et Henri Cellier.

Ces publications regroupent:

- Les comptes-rendus des 17 congrès qui ont eu lieu entre 1924 et 1939,

- Le journal mensuel de l’association publié jusqu’en 1944.


DE LA « URBANIZACION » DE CERDA (1860) AL « URBANESIMO » MODERNO (1902)

Javier GARCIA-BELLIDO
Ministerio de Fomento, Madrid

Se ha comenzado rastreando la aparición del concepto denominativo de lo que hoy día se entiende como la disciplina del urbanismo, mediante las palabras con la raiz urban. Con independencia de la aparición en Francia en 1842 (Radonvilliers) de la palabra urbanisme descontextualizada, la primera acuñación de un término específico para denominar l’art de bâtir les villes, Stadt-baukunst, civic or public art o ‘arte de construcción de ciudades’ que se usaba en toda Europa, fué sistemática y conscientemente creado y extendido por CERDA en 1860 con el amplio concepto disciplinar de urbanización y su publicación del primer tratado moderno de urbanismo con la Teoría General de la Urbanización en 1867. A partir de ahí se ha seguido su aparición en Francia en 1873 con urbaniser (ABOUT), en inglés en 1884-88 con to urbanize o urbanize, en Austria y alemania en 1889-1890 con su equivalente Städtebau (SITTE y STÜBBEN), el city planning aparece en USA en 1902 (OLMSTEDT) y el town planning en Inglaterra en 1904 (HARSFALL), en Italia se crea la terminación en -ismo con urbanismo y urbanesimo en 1902 (CONTENTO) y 1910 (RINALDI), en francia aparece urbanisme en 1910 (CLERGET) desde cuya lengua se expanderá como movimiento artístico y social (-isme) de concentración en las ciudades, recibiéndose en España en 1919 con el término de urbanismo, para toda la prática y estudio disciplinar, restringiendo la primitiva voz cerdiana de urbanización a su acepciòn actual de ‘proceso de construcción de las infraestructuras básicas para las casas de la ciudad’.


DES EGOUTS A L’HORIZON REGIONAL

Sônia MARQUES - Université de Pernambouc, Brésil

Fernando DINIZ MOREIRA - DAU- UFPE, Brésil

Telma de BARROS CORREA - EESC- USP, Brésil

Ce texte est un des premiers produits des recherches du GROUPE RECIFE concernant les catégories de l’urbain. Il s’intéresse plus particulièrement aux catégories savantes, aux mots dont se sont servis les différents spécialistes et intellectuels lorsqu’ils envisagent les problèmes de la ville et de ses territoires, depuis le début du siècle jusqu’aux années soixante-dix.

Au niveau des pratiques opérationnelles, cette période débute avec la visée « sous-terraine », qui va de pair avec les actions pour l’embellissement de la ville, assainir et embellir sont les mots d’ordre (Diniz). Bientôt, cependant, la cible pour l’intervention n’est plus la ville elle-même, mais la région, puisque les causes des problèmes urbains sont censés exogènes. D’une approche régionale, celle de la planification des années cinquante, (Marques), on viendra rapidement à celle du territoire national, trajectoire parsemée d’interventions concernant le logement qui vont du genre cités ouvrières: les vilas aux grands ensembles modernes (Corrêa).

Le changement de dimension spatiale se fait accompagner d’un changement du temps prévu pour l’intervention. Alors que le sanitarisme intervient sur le présent, le développement régional annonce ou en tout cas, prétend annoncer un devenir. La planification technocratique lors du régime militaire quant à elle sera capable de travailler sur les deux temps: elle annonce un nouveau pays que les techniciens sont en train de planifier mais qui résultera d’interventions très concrètes et bien visibles.

Néanmoins, les discours changent de façon beaucoup moins nette, le glissement du langage est assez subtil, plein de détours et de nuances. Lors des premières décennies, en effet, ville et corps humain sont associés très nettement, comme l’attestent les nombreuse analogies entre espace urbain et organismes vivant remplis des mots que les spécialistes empruntent de la biologie et de la médecine. Mais dès que l’horizon régional apparaît on assistera au déclin progressif de la référence biologique au profit d’un langage technocratique, moins figuratif et plus abstrait.


LE LEXIQUE PARTAGE DES ARCHITECTES ET PAYSAGISTES, ENTRE LANGUE SAVANTE ET LANGUE ORDINAIRE

Frédéric POUSIN
LOUEST, Paris

Les concepteurs, architectes, paysagistes, ont recours à un vocabulaire fluctuant, non stabilisé que chacun charge de signification particulières. Les termes que nous étudions, paysage urbain, espace public, espace vert, parc expriment néanmoins un savoir revendiqué qui chevauche le domaine de l’architecture et du paysagisme. Ils sont censés appartenir à un vocabulaire spécialisé, mais en réalité, dans leur usage, ils fonctionnent plutôt comme des termes de la langue commune. C’est à partir des situations de conception et des pratiques qui les sous-tendent que nous cherchons à comprendre comment se construit le sens d’un terme à partir d’une polysémie de départ.

L’objectif de cette recherche consiste à établir les valeurs sémantiques des mots ou locutions utilisés par les concepteurs des espaces de la ville, pour les confronter ensuite aux valeurs sémantiques de ces mêmes mots, telles qu’elles apparaissent dans une métalangue (ouvrages théoriques, définition de dictionnaires, d’encyclopédies...). Il s’agit d’examiner les continuités et discontinuités entre un vocabulaire intimement lié à la maîtrise d’une pratique et un vocabulaire savant issu d’un souci de représentation donnant lieu à métalangage.

L’étude porte sur le temps présent et sur un corpus en langue française et anglaise, afin d’étudier les processus de sémantisation dans des contextes professionnels et culturels différents. Les perspectives de traduction, par les questions spécifiques qu’elles posent, apparaissent comme un enrichissement pour notre propos. En langue anglaise, nous étudions les termes urban landscape, townscape, public space, green area, green zone et park.

La communication présente le projet de recherche, quelques précisions sur le statut du lexique professionnel, la constitution d’un corpus d’énoncés recueillis principalement dans la presse professionnelle et la méthode d’interprétation sémantique inspirée de la théorie des prototypes, enfin, à titre d’exemple, l’analyse du terme espace public.


A PROPOS DE « RESEAU URBAIN ».AVENTURES DE MOTS DANS LE LEXIQUE SAVANT
( Le cas de la géographie)

Denise PUMAIN
Université Paris I

Marie-Claire ROBIC
EHGO, Paris

Les auteurs étudient les variantes des mots ou expressions exprimant l’existence d’un système de relations entre les villes et leur environnement spatial. Une forme, celle de « réseau urbain », s’est fixée dans la géographie française à la fin des années cinquante. Du point de vue de la théorie géographique, elle peut être associée à la « théorie des lieux centraux » élaborée notamment par W. Christaller (1933) et par A. Lösch (1940), qui a été adoptée par la communauté scientifique internationale pendant la décennie cinquante-soixante.

D.Pumain et M-C.Robic examinent quelques avatars de l’expression de « réseau urbain » (voire « réseau de villes », « système de ville », « modalité »...) dans la géographie française. En envisageant d’abord la longue durée (depuis le début du XIXe), elles tentent d’analyser les connotations qui l’entourent, et dont témoignent des définitions, des méthodes d’étude, des catégories savantes associées à la recherche sur l’objet ainsi désigné, ainsi que des représentations graphiques ou cartographiques. Elles rappellent les controverses et les substitutions terminologiques qui se sont produites dans le champ de la recherche urbaine lors de périodes d’échanges entre géographes d’appartenance nationale différente (cf. Les relations franco-britanniques du début XXe), et lors de périodes caractéristiques de l’aménagement du territoire: Années soixante et années quatre-vingts, quatre-vingt-dix.

Elles tenteront d’éclairer ces observations du jeu entre mots et concepts dans la pratique scientifique par trois points de vue:

1- Celui de l’affirmation identitaire et des rapports de force (corporatiste, disciplinaire, idéologique...).
2- Celui des transferts de vocabulaire scientifique.
3- Celui de l’imaginaire des formes associé aux mots de la langue savante.

VILLAS ET JARDINS PRISONNIERS
Le lexique de la ségrégation à São Paulo dans le discours de ses architectes, urbanistes et réformateurs (1890-1990)

Margareth DA SILVA PEREIRA
Universidade federal fluminense, Rio de Janeiro

Le texte explore les silences, les glissements de sens et la fixation des contenus dans la désignation des zones d’expansion urbaine à São Paulo. Ville libérale, la forme matérielle de l’agglomération est le résultat de l’action de l’initiative privée de même que le lexique employé pour désigner ses fragments de tissus urbains et de communautés. Il n’y est pas des désignations techno-administrative « normatives », « neutres » ou encore de nature « générale » destinées à nommer des phénomènes d’urbanisation globaux. Parmi la mosaïque de noms propres qui désignent les lotissements qu’ont formé la ville, la plupart exhibe des noms composés commencés soit du mot « vila » soit du mot « jardim ». A l’examen d’un siècle d’action technique et administrative, il s’agira d’analyser les enjeux idéologiques et pratiques qui guident le « choix » de ces mots.


ATELIER 5

Languages of urban stigma
Lenguajes de la estigmatización urbana
Les vocabulaires de la stigmatisation urbaine


"L’ITALIEN " DANS LA TOURNEE DU SIECLE ET LE "FAVELADO" D’AUJOURD’HUI.

Maria RUTH AMARAL de SAMPAIO et Anna Lucia D. LANNA
Faculté d’architecture et d’urbanisme de l’Université de São Paulo - Brésil

São Paulo avait à la fin du 19e siècle une population de presque de 240.000 habitants dont environ 40% étaient d’Italiens qui faisaient dans la ville les tâches les plus diverses. La culture du café à l’intérieur de l’état de São Paulo avait attirée un courant d’immigration qui remplaçait l’esclavage, à partir des dernières années du siècle passé.

D’ un abord qui privilégie les aspects culturales du problème, dans une perspective anthropologique, notre but dans cette communication sera d’éclaircir le processus d’intégration des Italiens dans la société « paulista » pendant ses premières années d’adaptation, où des conflits et préjugés des deux cotés ont caractérisés les relations entre les anciens habitants et les nouveaux arrivés.

Les « favelados » ont commencé a avoir une présence plus visible à São Paulo a partir de 1970, bien que dans les années 40, ils avaient déjà dans la ville quelques favelas. Cette population était vue par les pouvoirs publiques comme des vagabonds, des criminels, des voleurs, des ivrognes et des prostituées. A partir de 1970, quand le phénomène s’élargit, il était plus difficile de continuer à définir la population de la même façon. Aujourd’hui, la population « favelados » est a peu près de 20% des habitants de São Paulo et est encore plus victime d’une série de préjugés, de discriminations et de spoliation.

Etudier ces processus, montrant comme cette population, qui est arrivée à São Paulo a la recherche de travail, en deux époques diverses, soit les Italiens du début du siècle, soit les favelados d’aujourd’hui a été stigmatisée, c’est un des objectifs de cette communication.


MADINA / MEDINA
Ecarts et glissements de sens. Mots de l’espace et identités territorales.
Le cas du Maroc

Abdelmajid ARRIF
IREMAM, Aix-en-Provence

Définition de « médina » en français courant:

a- Petit Larousse: (mot arabe signifiant ville), Ville arabe près de laquelle s’élève une ville européenne
b- Petit Robert, 1972 (mot arabe): Partie musulmane d’une ville (opposée à la ville européenne) en Afrique du Nord (spécialement au Maroc)
Les définitions citées en exergue, datant bien des années après l’indépendance des pays concernés (1972), gardent la mémoire d’une période bien datée; à savoir la période coloniale. Le sens donné au mot « médina » trahit le grand partage au centre des perceptions et des représentations du territoire urbain marocain de cette période. Celles-ci nous restituent un espace double, marocain et européen, que règle un ordre de « proximité » et de distance, voire d’ « opposition ».

Cette manière de voir, cristallisée et sanctionnée par un lexique, renvoie à un moment historique des villes marocaines qui correspond à la période coloniale où la ville est posée en terme de frontalité et de juxtaposition de deux territoires urbains dont la désignation et la qualification seront, dès les premières années du protectorat au Maroc, fixées. On parle, alors, de ville indigène, de vieille médina et de nouvelle médina et, par opposition, de ville européenne. Ces désignations et qualifications connotent, au travers d’un opérateur symbolique qu’est la toponymie, une forme d’identification par différenciation et catégorisation de deux entités territoriales et sociales marquées par une proximité spatiale.

Les catégories de « médina  » et de « ville européenne » deviennent des catégories génériques pour désigner non seulement un espace mais concomitamment un mode de vie, une organisation sociale et un ensemble de valeurs différenciant la société marocaine de celle européenne.

Alors que le terme « médinn » dans l’usage qu’en font les marocains avant et après le protectorat français, renvoie à un ensemble territorial urbain large opposé à l’espace rural, ce terme, dans l’usage européen, voit sa référence territoriale se rétrécir pour ne concerner, dans un espace urbain en extension, que le territoire historique des villes marocaines. Il ne s’applique pas, dans l’usage qu’en font les différents acteurs de la ville coloniale, les voyageurs, habitants européens, chercheurs, etc..., aux extensions urbaines réalisées pendant cette période qui sont situées à distance de cet espace historique.

Ces extensions seront désignées comme éléments de la ville européenne en constitution, fondateurs d’une nouvelle territorialité, comme éléments de rupture historique et de différences culturelles, ou bien comme éléments fondateurs de la Nouvelle médina: nouvel espace de résidence des marocains. Cette dernière désignation marque bien la qualification ethnicisante attachée au mot médina. Elle s’intègre à un ensemble de désignations marquant des oppositions entre:

- ville musulmane / ville européenne
- ville arabe / ville européenne
- ville blanche / ville indigène
- vieille ville / ville nouvelle
- etc.
Ces formes de classement des territoires dans la ville et du territoire de la ville relèvent de deux registres: - l’un de nature cognitive: description d’un territoire, de ses propriétés, ses formes spatiales et sociales;
- et l’autre, de nature stéréotypique: description relevant des jugements de valeur, des représentations de l’Autre et de son espace, ethnocentrisme, construction identitaire (ethno-types), etc...
La frontière entre ces deux registres n’est pas forcément étanche.

Cette variation d’échelle (toute la ville ou une partie), de désignation et de signification que subit le terme de médina à des moments historiques différents (avant le protectorat, pendant le protectorat, après le protectorat) mérite d’être interrogée.


"THE GENOA’S WESTSIDE BETWEEN STEREOTYPE AND STIGMATISATION"

Sabrina CAPRA
Université de Gênes, Italie

This intervention deals with the Genoa’s Westside and the processes of territorial stereotyping and stigmatisation. The word STEREOTYPE refers to beliefs which are « preconceived », resulting from routinized habits of judgement and expectation, not always or not necessarily negative that however conveys a simplificated image of external world. The concept of STIGMA underlines the « mark », the « blemish » attributed to individuals, groups (and territories) that disqualifies the stigmatised object from full social acceptance and that frequently involves forms of real discrimination and/or of exclusion. In the urban context, specifically, the social disfavoured conditions of certain neighbourhoods take to a real stigmatisation and rejection of their places and of their inhabitants. In the Genoa’s suburban Westside, it’s possible to find numerous examples of these situations. Genoa has a particular position in its area, it stretches for 33 kilometres along the coast of Liguria and, in its hinterland, along the valleys (Polcevera and Bisagno). The present dispositions is due to its industrial development starting from the second half of the 19th Century, when the different parts of the town acquired different complementary functions and industries and plants concentrated in the Westside and in the valley of Polcevera.

After the second World War, the industrialisation of those areas grew up increasingly and produced the arrivals of immigrants, c