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ATELIER 1
Naming new urban areas
Nombrar los nuevos territorios urbanos
Nommer les nouveaux territoires urbains
DIRE LES NOUVEAUX TERRITOIRES DU STIGMATE DE LA BANLIEUE A L’UBIQUITE DU PAYSAGE
Germain ADELL, Xavier CAPODANO
CHR / LOUEST UMR 220 CNRS
L’évolution du regard et de la dénomination de ce qu’on
appellera provisoirement les nouveaux territoires peut être
analysée en fonction des mots qui sont apparus pour les désigner.
Les conditions d’apparition de ces mots, surtout de ceux en provenance
du milieu scientifique peuvent apporter des éléments importants
pour l’analyse des réalités qu’ils contribuent à produire.
Nous proposons de classer ces mots selon trois types de définition
de ce qu’à été à chaque époque le territoire
du dehors, du nouveau, face aux espaces connus de la ville centre historique.
Chacun de ces trois types aurait une forme d’évolution et des mots
qui lui appartiennent.
Le premier groupe est constitué des mots les plus anciens dont
l’origine se perd même si l’on connaît leur étymologie:
il s’agit essentiellement de faubourg et banlieue. Le phénomène
suburbain à Paris est historiquement lié à ces deux
termes. Si les faubourgs originaux étaient incorporés successivement
à l’enceinte de Paris, les banlieues avaient perdu leur caractère
juridique de départ (qui avait donné origine au mot) pour
se constituer en conglomérat de communes suburbaines. Ce type de
mot reste le plus ancré dans le langage populaire.
Le deuxième groupe est formé par des termes issus d’une
démarche intellectuelle, souvent scientifique, consistant à
créer des mots qui servent à décrire une certaine
réalité que l’on veut mettre en valeur. Issus d’une démarche
par définition descriptive, ces vocables auraient surgi avec une
caractéristique spéciale: la référence du mot
à un positionnement spatial ou à une hiérarchie. Des
mots issus de la géographie où l’aménagement périphérie
(de la ville) périurbain ou rurbain gardent les traces
visibles d’un ordre préexistant face auquel le territoire à
nommer se positionne désavantageusement. En général,
ce type de mot est en fait une paire, dont l’un des membres est soit présent
dans le mot (qui les unifie, comme périphérie et urbain pour
périurbain, ou rural et urbain pour rurbain), soit implicite:
lorsque l’on utilise le mot périphérie, on fait toujours
référence au centre.
Le troisième groupe est lui aussi d’origine savante, disciplinaire
et scientifique. Il est contemporain et, tout en répondant à
la même vocation poétique de création de la
réalité que l’on décrit, il essaierait d’une part
de dépasser les mots qui font référence à une
position relative désavantageuse. Pour ce faire, on remarquera en
général l’utilisation du mot ville (qui redonnerait
une certaine légitimité à ces territoires) dans un
terme composé qui cherche à décrire soit certaines
caractéristiques fondamentales de ces espaces comme leur fragmentation
(ville éclatée, ville archipel, ville à la cartes,
etc...), soit leur condition originale dans une histoire urbaine qui s’explique
en addendum au terme: c’est le cas de la troisième ville.
D’autre part, le foisonnement actuel de termes qui essayent de décrire
les nouveaux territoires appelle sans doute à une analyse en termes
de pouvoir et savoir et de l’attribution et fonctionnement des légitimités
scientifiques. On serait tenté de dire « qui dénomme
domine » et c’est cette course à l’originalité,
au terme juste, qui paraît être en toile de fond de ces essais
où les logiques particulières s’imposent sur une nécessité
éventuelle (qui reste à démontrer) d’unification des
critères pour dépasser le stade descriptif « originaire
». Les avancées scientifiques réelles se produisent
sur un travail commun sur des objets communs, ce qui permet l’échange
et l’avance conjoint sur les problématiques.
Si les mots des nouveaux territoires en provenance des sciences et des
disciplines de l’espace ont tant de mal à s’imposer c’est peut être
à cause de ce stigmate originaire du positionnement spatial désavantageux
qui ne faisait que doubler celui dont le quotidien avait déjà
affublé des mots comme banlieue. En effet, le terme banlieue
recouvre aujourd’hui, surtout dans le langage courant, un glissement
sémantique majeur, consistent à faire coïncider un problème
social, celui de la ségrégation, avec un fait spatial, celui
d’habiter dans les grands ensembles en première ou deuxième
couronne. Même si juridiquement le ban a disparu, il survit
toujours dans l’imaginaire de la ville, relayé efficacement par
les médias. Peut être la seule force à opposer à
cette insidieuse prégnance du terme est celle du paysage
que ces territoires constituent. Un paysage qui se construit partout en
Europe, dont tout le territoire devient urbain, et qui devance dans sa
matérialité la course au meilleur mot pour le nommer.
Si les nouveaux mots de ces paysages ne s’imposent au sein même
de la communauté scientifique qui les produit, leur passage au langage
courant (duquel découlera leur efficacité dans la production
d’une nouvelle réalité urbaine connue et reconnue) restera
dépendant des aléas d’un événement médiatique
ou d’une utilisation dans le discours politique qui pour l’instant, se
borne à assurer son effet et sa plus grande portée en ayant
recours aux vieux mots connus de tous.
Jihozápadní Mësto, PRAGUE
13, Luziny:
QUELQUES REFLEXIONS SUR DES ENJEUX
DE LA DENOMINATION D’UN ESPACE INCERTAIN
Laurent BAZAC-BILLAUD
CEFRES , Prague
Jihozápadní Mësto, dont la construction a débuté
en 1983 est le dernier des grands ensembles élevés à
la périphérie de Prague, pendant la période communiste.
Il s’agit d’une vaste zone de 15 Km2, construite uniquement de «
panelaky », de grands immeubles en panneaux préfabriqués.
Attribué, après concours, à un collectif d’architectes
représentant la « nouvelle génération »
de l’époque (la fin des années 60), ce projet prenait place
dans un vaste programme d’aménagement de l’ensemble de l’agglomération
de Prague; il s’agissait de construire trois « villes satellites
», au nord (Severní Mësto), au sud (Jizní
Mësto) et enfin au sud-ouest (Jihozápadní Mësto)
de la capitale. L’objectif était, à terme de se doter des
moyens de loger, dans ces nouveaux quartiers 300.000 habitants, près
du tiers de la population de la ville à l’époque. L’ambition
était bien de construire des « villes » (le
mot « Mësto » = ville, ne laisse aucun doute là-dessus),
permettant, au niveau de l’agglomération un équilibre stable
et rationnel: le nom et donc l’identité de ces villes renvoi à
leur position par rapport aux points cardinaux.
L’idée directrice des jeunes architectes en charge du projet
« Jihozápadní Mësto » relevait également
de cette ambition. Cependant, à la différence de ceux, responsables
des deux autres projets (dessinés au début des années
60), trop éclatés ou trop déconcentrés, ils
voulaient que leur « ville » soit « urbaine
». Ils la divisent en « quartiers » (les
obytné soubory qui ont tous un motif urbanistique différent),
conçoivent des « blocks » (c’est le nom qui,
en tchèque, désigne les pâtés de maisons typiques
de l’urbanisme de la fin du XIXème siècle), imaginent des
« búlvar ». L’organisation de l’espace est rationnelle
et cohérente. On crée des pôles d’attraction et de
centralité autour des stations de métro: la ligne de métro
sert d’ailleurs de colonne vertébrale à la « ville
», reliant les « quartiers » entre eux et
représentant le lien avec Prague. Les noms des différentes
parties de l’ensemble sont puisés dans le stock des toponymes de
l’endroit.
Cependant, avec l’arrivée des habitants, le bel équilibre
du modèle se modifie: les obytné soubory deviennent
des « sídlištë ». L’appropriation de l’espace
par les habitants se traduit, en effet, dans le domaine linguistique, par
un certain nombre d’inventions. La plus spectaculaire est celle qui transforme
les « superblock » de Luziny, motif caractéristique
du quartier, en « rondely », mot rare d’origine française,
utilisé essentiellement par les historiens de l’art pour désigner
des constructions de forme ronde.
Plus généralement, le « sídlištë
» est un type d’urbanisme tellement lié à la période
communiste que le mot en est venu à désigner plus qu’un espace
géographique particulier, un type d’habitat, un mode de vie, un
certain rapport à la ville. Déménager dans le «
sídlištë » c’est en fait rejoindre une certaine norme,
avoir accès à un cadre de vie connu au confort quasiment
indépassable à l’époque communiste, un monde qui a
ses caractéristiques propres (architecturales, démographiques,
aménagement, mélange social). Au-delà, le «
sídlištë » représente aussi un certain rapport
à l’urbain: ce n’est ni la ville, ni la campagne, mais un type intermédiaire
qui combine les avantages des deux situations.
« Jihozápadní Mësto » est le
siège d’une administration locale qui a à sa tête un
maire, élu par les habitants. Ce dernier a une double ambition pour
son quartier: lui donner un rôle dans le cadre de l’ensemble de l’agglomération
de Prague tout en créant une forte identité locale (drapeau,
blason, devise). Le changement de nom du quartier (qui devient «
Prague 13 » en 1994), lié également à un
changement de statut juridique du quartier, doit être analysé
dans cette double perspective:
- cela permet de se débarrasser d’un terme (Jihozápadní
Mësto) trop technique, trop « froid », trop peu
identitaire.
- cela permet également de réintroduire, dans le nom,
le rapport à la capitale, à Prague. L’ambition finale étant
de faire de « Prague 13, la porte de l’Europe », un
« quartier qui serait à Prague, ce que la défense
est à Paris ».
C’est un autre objectif que poursuivent les habitants du village de
« Stodûlky » autour duquel a été
édifié le grand ensemble. Ceux-ci vivent comme adossés
au « Sídlištë ». Ils stigmatisent ces quartiers
modernes et, en se rebaptisant « stariusedlici » (littéralement
vieux implantés), cherchent à défendre leur identité
villageoise.
« Jihozápadní Mësto, Prague 13, Sídlištë
Luziny ou Staré Stodûlky », à travers cette
querelle des dénominations, c’est bien un débat sur la nature
réelle du quartier et sur son rapport à la ville qui semble
s’instaurer.
DYNAMIQUES URBAINES, COMPOSITION TOPONYMIQUE.
Le cas de Bamako (Mali)
Monique BERTRAND
Université de Caen
La capitale du Mali suggère une lecture croisée des modes
de composition géographique et toponymique. La dynamique d’ensemble
des paysages révèle d’abord les clivages (nord/sud), les
gradients (densités décroissantes du centre aux périphéries)
et les ruptures (ville lotie/quartiers irréguliers) de la progression
urbaine. D’autres schémas d’insertion (habitat de cours, effet de
générations citadines, régularisation de l’informel)
dépassent pourtant ces grandes oppositions ou les nuancent au niveau
très fin d’une véritable marqueterie urbaine. Dans ces périphéries
que l’on voit successivement contrastées, unifiées et fragmentées
en offre foncières kaléidoscopiques, difficile alors de cadrer
l’analyse du processus de dénomination à une échelle
spatiale dominante.
Une seconde lecture s’appuie sur l’analyse des noms et des référents
sociaux qui les inspirent. Des strates toponymiques se sont bien ancrées
dans l’espace urbain. Mais leur distribution géographique ne coïncide
pas souvent avec la carte des structures démographiques et morphologiques.
En effet, l’agglomération a multiplié sa population par dix
dans les quarante dernières années. Ses divisions en lotissement,
quartiers irréguliers et villages péri-urbains n’induisent
guère de spécificité dans les types d’énoncés
linguistiques, les registres lexicaux et les histoires toponymiques. Dans
le cas de Bamako, où le bambara standard s’est fortement
imposé comme langue véhiculaire, les typologies de noms conduisent
donc à souligner de fréquentes discordances et diverses incertitudes
sur la reconnaissance administrative de bien des quartiers et secteurs.
Les éléments les plus marquants de cette fluidité
urbaine sont les changements de noms et le chevauchement des logiques sociales
(positives ou de crise, souvent fortement personnalisées) qui président
aux pratiques de dénomination depuis plusieurs générations.
Comment interpréter ces écarts ? Compromis de la modernité
citadine qui se coulerait mal dans le moule d’une catégorisation
par trop univoque ? Biais de « modes populaires d’action politique
», qui entrent en concurrence, par le bas de la société
citadine, avec les cadres institutionnels de l’urbanisme ? Jeux de mots,
raccourcis et termes hybrides concurrent en effet à figurer l’espace
social de la ville, en désignant les protagonistes d’une périlleuse
quête de sécurité résidentielle ou d’une plus
rare réussite citadine. Ainsi les transformations de Bamako renvoie-t-elle
l’interprétation des mots à une combinaison de formes anciennes
et nouvelles. On retiendra surtout que la dénomination des quartiers
entérine ou catalyse une démarche d’appropriation foncière
qui transforme l’espace en enjeu et en patrimoine. Dans cette optique,
l’étude ne doit pas se limiter aux effets de lieux. Elle met également
en lumière différentes temporalités de la socialisation
citadine: le temps long d’une transition foncière, qui confronte
des acteurs coutumiers et la raison domaniale moderne; les rythmes décennaux
des encadrements politiques maliens, qui ont permis à trois républiques
d’imprimer leurs marqueurs toponymiques dans la ville; enfin, les temps
précipités d’une actualité de crise et les urgences
de l’urbanisme opérationnel, qui combinent non sans heurts des emprunts
toponymiques extérieurs et des inventions endogènes.
Au total, l’occasion nous est donnée d’articuler une perspective
structuraliste, avec le cortège de catégories spatiales qu’elle
fonde, et un regard relativiste qui postule le primat du citadin-locuteur
pour justifier des choix de mots temporaires. Dans l’une comme dans l’autre,
la production des noms apparaît bien partie prenante d’une modernité
en devenir. Révélateurs de conflits d’appropriation foncière
et de bornages territoriaux, les énoncés donnent sens à
la dialectique des espaces et des sociétés. Ancrés
et mobiles tout à la fois, ils impriment leurs effets contradictoires
dans une carte incertaine et vivante. Termes fossilisés, héritages
réactualisés, innovations bigarrées en sont les ingrédients
essentiels, auxquels la plasticité du bambara continue de
transmettre ses ressources.
L’EVOLUTION DE LA TERMINOLOGIE DES NOUVEAUX QUARTIERS
EN ESPAGNE AU XIXe SIECLE
Laurent COUDROY de LILLE
Vie urbaine, Institut d’Urbanisme de Paris
En Espagne au XIXe siècle le lexique des nouveaux quartiers urbains
connaît des turbulences (exploitation d’un corpus de sources généralistes
sur la ville): fossilisation de certains termes, tandis que d’autres tombent
en désuétude ou connaissent une brève émergence.
Cependant, le terme d’ensanche semble s’imposer, à partir
des années 1840, à la fois dans le vocabulaire du droit de
l’urbanisme, dans la toponymie et dans les catégories génériques
de l’espace urbain. Face à tous les termes concurrents, ensanche
est celui qui affirme de façon la plus nette l’homogénéité,
la cohérence ou la continuité d’un espace urbain en transformation
et surtout en pleine expansion. Ce terme semble construire ou du moins
entretenir une représentation unitaire de la ville, semble-t-il
délégatrice des mutations urbaines en cours.
NOUVEAUX TERRITOIRES URBAINS: LA BANLIEUE-OUEST
DE GENES
DENOMINATIONS OFFICIELLES ET OFFICIEUSES
Antida GAZZOLA
Université de Gènes
Gênes a eu un développement urbain tout à fait particulier
pour des raisons liées à la morphologie de la région
(avec très peu de place entre la mer et les montagnes) et aux choix
urbanistiques qui à la fin du XIXe siècle avaient positionnés
dans la vallée du torrent Bisagno tous les services urbains «
gênants » (cimetière, incinérateur des ordures,
abattoir...) sur la côte-est les quartiers résidentiels riches,
sur la côte-ouest les quartiers populaires et, toujours à
l’ouest et dans la vallée du torrent Polcevera les industries.
En 1926, à la suite d’une loi du gouvernement, la ville fût
transformée en métropole (la Grande Genova) avec l’annexion
(forcée) de quelques communes à l’est et, surtout à
l’ouest de Gênes. C’est toujours à l’ouest (près des
lieux des travail et loin du centre et de la banlieue riche) qu’on commence
après la seconde Guerre Mondiale à construire le logement
social et c’est au même endroit qu’on choisi, dès les années
1960, les zones à urbaniser en application de la loi 167/62 où
l’espace résidentiel a été souvent utilisé
d’une manière informelle (potagers, baraques, etc...).
Au cours des années, il y a eu des changements dans la toponymie,
dans la désignation des lieux, des quartiers, des types des logements
(par exemple; CEP Case Economiche Popolari; ERP Edilizia Residenziale Publica;
ERS Edilizia Rezidenziale Sociale; etc... peut-être pour respecter
la pudeur croissante des décideurs au sujet de l’existence des pauvres,
d’un côté, et, de l’autre, la susceptibilité des petits
bourgeois ou de l’affluent society ouvrière propriétaires
des logements « in convenzionata », c’est à
dire édifiés aux frais des particuliers, avec quelque petite
facilité offerte par l’Etat, la Région ou la Commune).
La ville des décideurs ne s’appelle toujours pas comme la ville
des citoyens autochtones, ni comme la ville des immigrés, provenant
du sud d’Italie jusqu’à la fin des années 1960 et, plus tard,
des pays en voie de développement.
« Les groupes sociaux désignent tous les aspects de
la ville et ils confèrent leur véritable existence »
écrivait Pierre Sansot (Poétique de la ville, 1984).
Ma communication est axée sur un bref aperçu des éléments
historiques et territoriaux dont la connaissance est préliminaire
à l’analyse des mots et des discours des différents acteurs
(élus, décideurs, techniciens, citoyens autochtones et immigrés)
qui aura le but d’essayer de comprendre, par rapport aux différentes
parties de la ville et à ses objets, le sens et les motivations
des mots, leur évolution dans la période considérée
et les conséquences sur la vie sociale et l’image de l’espace.
URBAN DEVELOPMENTS IN CAIRO AT THE END OF THE
19TH CENTURY
AND THE BEGINNING OF THE 20TH CENTURY
Nelly HANNA
Université américaine du Caire
The cities of the Arab Middle East underwent important, sometimes even
drastic changes, in the courses of the 19th century. Very often Scholars
have tended to understand or analyse these changes within the framework
of a European city: indigenous city, the European city representing what
is modern, efficient, the traditional city representing the more historical
side or aspect.
With regard to Cairo, the period when most changes occurred in the 19th
century was at the end of the century. The paper analyses these changes
not in terms of European versus traditional or modern versus indigenous
(that is in cultural terms) but rather in economic terms. A new kind of
economy was emerging, one which required a modern efficient city with good
transport and communication etc... But much of the city was not included.
The city grew tremendously at the turn of the century. Most often, the
new population consisted of rural migrants, or peasants no longer able
to pay the taxes on their land. The areas of the city where these reside
were to provide cheap labour for the many new building projects being undertaken.
With the rise of criminality and vagrancy, due to the critical social
conditions of many of the inhabitants of the city, space was conceived
and divided in a different way. Laws were established in order to protect
the modern, European, city, and to restrict the presence of disorderly
elements of the population.
The paper analyses this process in terms of the law that appear, in
terms of the vocabulary, or the words, that come to be used, and in terms
of the space divisions that emerge.
NOMMER LES BANLIEUES DE TEHERAN
Bernard HOURCADE, Azadeh KIAN
CNRS, Monde iranien, Ivry
Les banlieues de Téhéran n’existent pas. La notion n’existe
pas vraiment, et il y a plusieurs mots persans pour désigner ces
nouveaux espaces urbanisés où vivent près de 20% des
9 millions de Téhéranais.
La structuration socio-spatiale ancienne de la ville de Téhéran
entre le nord riche et le sud pauvre continue de marquer le vocabulaire
urbain, de même que l’opposition ville/campagne. Cela n’est pas sans
implications sur l’identité, l’image et la gestion des banlieues.
LA CONSTRUCCIÓN DEL SUBURIO EN BUENOS AIRES (1925-1947)
Alicia NOVICK, Horacio CARIDE
FADU, Universidad de Buenos Aires
El objetivo de este trabajo es la génesis de la noción
de suburbio en Buenos Aires, a partir de su utilización en
los textos de los técnicos.
Durante la décda del veinte la noción de aglomeración
-que incluye la ciudad y sus localidades adyacentes- eclipsó el
resto de las denominaciones. Es una noción clásica para el
urbanismo, pero su incorporación al léxico de los técnicos
locales tuvo lugar en sugestivo contraste con la realidad en la cual estaban
inmersos.
El término es traducido literalmente del francés por parte
de profesionales formados en Europa, quienes lo introdujeron en una ciudad
federalizada (1880) que incluvó dentro de sus fronteras administrativas
vastos terrenos deshabitados (1887). A punto tal que, aún a mediatos
de los años veinte, el problema de los « barrios suburbanos
» continuaba planteándose, de hecho, dentro de los limites
de la Capital. Que los urbanistas locales tomasen en cuenta en ese momento
las comunas « extraurbanas » prueba que su óptica
estaba influenciada por el internacional contemporáneo sobre la
expansión metropolitana.
Dicha óptica provocó un cambio profundo en los modos de
representación de la ciudad y sus problemas. La noción aglomeración
bonarense-más tarde Gran Buenos Aires- no es simplemente
una respuesta ante los problemas de crecimiento de la ciudad. En el caso
de la capital argentina, tras la noción aglomeración
subyace una solución (el Plan Regulador) a la búsqueda
de problema. El encuentro entre ambos términos de la ecuación
se produjo recién en el transcurso de los años treinta, cuando,
contrariamente a las previsiones, la densificación de la Capital
comenzó a declinar en forma inversamente proporcional a la expansión
de las localidades periféricas.
En 1947 el Cuarto Censo Nacional de Población y Vivienda oficializó
una categoria territorial, el Gran Buenos Aires, área
comprendida por la Capital Federal y diecisiete partidos fronterizos. Esta
nueva denominación equivalió a un reconocimiento oficial
del notable crecimiento de la aglomeración que, como veremos, es
el punto de llegada del peculiar modo de combinación entre ideas
urbanisticas y realidades urbanas en la historia de Buenos Aires.
EDGE (OF) CITY DEVELOPMENTS: NAMING «
NEW » URBAN SPACES
Nick OATLEY
University of the West of England,
Faculty of
the Built Environment, Bristol
Within the current literature on cities and urbanisation there is much
discussion of transition and new urban spaces. Epochal shifts have been
taking place in economic, social, cultural and political processes. Accompanying
these transitions have been a number of pronounced changes in the spaces
within, and the spatial relationship between, cities. These changes are
apparent at a number of geographical scales. The influence of post-modern
architectural styles and the creation of new (privatised) public spaces
have affected the appearance and feel of individual buildings and the spaces
around them. At the other end of the geographical scale, a new international
division of cities has emerged out of the global economic order in which
cities fall into a well defined functional hierarchy. In between these
two extremes there have been changes in the spatial form of individual
cities. There is also a dimension that is the product of social spatialisation,
in which space is socially constructed at the level of the social imaginary
involving collective mythologies and presuppositions as well as real interventions
and practices in the landscape/built environment. This space is simultaneously
real and imagined, a symbolic place (Shields 1991 p 31).
The focus of this paper is one of the most striking changes in patterns
of urbanisation, namely the development of a multi-fonctional landscape
on the periphery of existing cities. A variety of names have been given
to this phenomenon. These include « technoburb » (Fishman
1987), defined as a peripheral zone containing growth corridors of shopping
malls, industrial parks, campus like office complexes, hospitals, schools,
and of course housing, all spread along major highways: « technopole
» which is evocative of a new industrial space - planned, low,
discreet buildings, usually displaying a certain air of quit good taste
set amidst impeccable landscaping and campus like atmosphere (Hall and
Castells 1994). Other terms include galactic cities, pepperonni-pizza cities,
a city of realms, superburbia, disurb, perimeter cities, peripheral centres,
megacities, metroplex, posturbia, heteropolis, exopolis, and perimetropolitan
bow waves.
However, it is Garreau’s (1991 p 51) « Edge City »
which has caught the popular imagination. These are defined as «
high rised, semi-autonomous, job-laden, road-clogged communities of enormous
size, springing up on the edges of old urban fabric where nothing existed
ten years ago but residential suburbs or cow pastures ». They
consist of areas with more than 5m sq ft (450,000 square metres) of leasable
office space -the workplace of the information age; 600,000 sq. ft (55,000
square metres) of leasable retail space; an area with more jobs than bedrooms;
an area that is perceived by the population as one place (catering for
jobs, shopping, and entertainment) and an area that was nothing like a
city 30 years ago when the area might have been farmland or suburbs.
Although the word « Edge » suggests a literal edge,
a periphery these are not the marginalised places referred to in Shields’
(1991) work, nor are they peripheral in economic terms. They represent
the peripheralisation of the centre and the centralisation of the periphery
and as spaces of representation embody what Zukin (1991 p 20) would term
« landscapes of power », based on the relocation of
corporate America. These are not the marginal edges of society, they are
the « cutting edge » of how cities are being created
world-wide, they represent the search for « competitive edge
», often the locations for innovative milieux. For Garreau (1991),
who coined the term, « Edge Cities » are central to
the resurgence of the American spirit in the 1980s and 1990s. «
Edge City » is « the representation of the American
spirit and dream working itself out through history. Edge city is the phenomenal
form, the latest embodiment...of the spirit in time » (Sharpe
and Wallock 1992 p 393).
Using the word of Lefebvre (1991), and his three concepts of space (spatial
practices, representations of space and spaces of representation) this
paper sets out to explore the (social) construction of urban meaning as
represented in these edge (of) city developments (see Figure 1). In relation
to spatial practices and representations of spaces, the emergence of Edge
City is intimately linked to changing social and economic processes, technological
changes and investment decisions. Harvey (1989 p 250) observed «
the accumulation of capital entails the perpetual reshaping of urban spaces
to match the requirements of growth in production and consumption, of expansion
and transformation of labour markets, of new physical and social infrastructures,
to say nothing of the imposition of new technological forms ».
Edge cities can be interpreted as the outcome of a global process of
capitalist urbanisation, as a wave of investment in the built environment
resulting from technological innovations that have enabled radical shifts
in the way that space is organised opening up new possibilities for the
urban process. The new spatial forms that have resulted owe a great deal
to satellite telecommunications, fibre optics, and computer technologies
which is reflected in some of the labels given to these new urban spaces
(« technoburb », « flexspace »).
In this sense the new peripheries can be seen as « the projection
spaces of the emerging global post-Fordist economy » (Keil 1994
p 134).
Interpreted in terms of spaces of representation (or the process of
social spatialisation as Shields would describe it), these edge of city
developments reveal an interesting social construction of urban meaning
based on the collective mythology of the pioneering settler in the «
New Frontier ». In this context « Edge City emerges
as the representation of the American spirit and dream working itself out
through history. Edge city is the phenomenal form, the latest embodiment...
of the spirit in time »(Sharpe and Wallock 1992 p393).
Based on this analysis, the paper raises the question whether these
processes of global social, economic and technological change are leading
to similar outcomes in the built form in other counties. Through a brief
analysis of the suburbanisation process in America and the UK, the paper
explores the contextual factors that might account for different mediations
in different countries (economic, political, legal and the cultural) and
warns against « an insensitive dependence on macro-scale conceptualisation
(which) may uncritically conflate form and process and injure appreciation
of the cultural specificity of suburban edge city forms » (Freestone
1996 p3).
The paper also observes that current debates about naming «
new » urban spaces has echoes with similar during the 1960s and
1970s. The new lexicon that has emerged cab be seen as an exercice in neology
(the aptitude for inventing new words or giving new significance to old
words). The paper urges caution in applying uncritically terms and processes
which may have a culturally-locationally specific meaning and which are
mediated in very different ways by socio-institutional processes. We should
be careful to distinguish between those terms which are used to connote
a physical or spatial phenomenon (e.g edge city, outer city, suburban downtowns
etc...) and those terms which are used to describe or at least suggest
certain processes which explain the development of urban areas.
We also need to be sensitive to social spatialisations, the creation
of symbolic spaces which convey complex messages about imagined geographies.
To develop a better understanding of both the real and imagined landscapes
of contemporary urbanisation we need to direct our attention towards the
processes which are creating these suburban metropolitan areas and at the
same time decode the social construction of meaning implied in their symbolism
and iconography. the paper ends with a brief research agenda.
NOUVEAUX TERRITOIRES URBAINS ET RECOMPOSITIONS
IDENTITAIRES EN MAURITANIE
Philippe POUTIGNAT et Jocelyne STREIFF-FENART
Université de Nice
Isakha DIAGANA
Université de Nouakchott
Cette communication s’appuie sur les premiers résultats d’une
enquête sur les deux villes de Nouakchott et de Nouadhibou qui représentent
dans le contexte mauritanien l’ensemble des référents qui
servent à construire la représentation d’une identité
citadine « moderne ». ON examinera plus particulièrement
les catégories à travers lesquelles sont interprétés
les nouveaux espaces urbains qui se sont constitués à la
périphérie de ces deux villes au cours du processus d’urbanisation
accélérée qu’elles ont connu.
A Nouakchott, l’alternance entre « déguerpissements
» et la laisser-faire (ou régularisations) a rendu possible
que se développe un marché plus ou moins clandestin de terrain
et in commerce pratiqué à grande échelle, entretenu
et animé par des filières d’accession à la propriété
foncière. Les quartiers périphériques qui se sont
édifiés à la suite des opérations de déguerpissements
et de la mise en place de nouveaux lotissements sont interprétés
à travers des catégories urbaines comme celles de Kebbe
(dépotoir/bidonville) et Gazra (usurpation du domaine public/
anarchie)qui, en même temps qu’elles donnent sens à ces nouveaux
espaces, sont succeptibles d’être mobilisées dans des descriptions
de personnes, des attributions de motifs ou des jugements de valeur ou
encore dans la construction des réalités urbaines comme phénomènes
politiques, dans le registre des débats de société
de la presse nouakchottoise.
La situation de Nouadhibou est à cet égard fondamentalement
différente, du fait d’abord de sa nature de ville régionale
opposée à la centralité politique et administrative
de la capitale : les qualifications et les différenciations de l’espace
ne s’y stabilisent guère dans des systèmes de catégories
socio-spatiales, faute sans doute de la possibilité d’une totalisation
de cet espace dans un registre tient au rôle déterminant qu’ont
joué dans son urbanisation les grandes sociétés industrielles
liées à l’exploitation des ressources minières et
halieutiques. La cité de Cansado, gérée par la Société
Nationale d’Industrie Minière, exemplifie cette spécificité
du processus d’urbanisation : l’organisation socio-spatiale y reflète
la visée administrative de l’entreprise se traduisant par une tentative
de codification rigide de l’espace et de totalisation des différentes
dimensions de la vie quotidienne dans l’univers industriel. L’essentiel
de nos observations sur ce terrain ont porté sur la dynamique actuelle
qui tend à l’intégration de ce territoire « réservé
» dans l’espace urbain de Nouadhibou et à sa requalification
comme banlieue résidentielle.
DE GUADALAJARA A RECIFE ET SALVADOR:
Du vocabulaire de l’action à celui de la
légitimité urbaine
Hélène RIVIERE D’ARC
Avec la collaboration de Maurizio MEMOLI
CREDAL / CNRS, Paris
Face à une extension urbaine dont les rythmes ont été,
au Mexique et au Brésil, les plus forts du monde pendant trente
ans, le mot de periferia a, à lui tout seul, contenu toutes
les contradictions et problèmes sociaux qu’induisaient ces rythmes.
Cependant, il n’est pas utilisé par les populations qui participent
de ce type d’urbanisation qui, elles, divisent l’espace, le hiérarchisent,
le rendent complexe.
Cela se traduit par des désignations diverses, non achevées,
profondément porteuses de connotations sociologiques, en pleine
évolution, mais dont on a la surprise d’observer que malgré
leur signification encore peu consolidée, ces mots reflètent
l’histoire d’une construction urbaine très différente entre
le Mexique et le Brésil. Et cela en dépit d’un modèle
actuel qui circule dans toute l’Amérique latine.
Cette communication rend compte de la première étape d’une
enquête menée à Guadalajara (Mexique), à Recife
et à Salvador (Brésil) dans les alentours semi-urbanisés
populaires où le désir d’intégration succède
à la valorisation de l’action collective.
ATELIER 2
Town and city: urbanism categorized
Ciudad: las categorias del urbano
La ville: les catégories de l’urbain
CITY IN CHINESE
Li DEHUA
Université Tongji, Shanghai, Chine
En chinois (langue Han), de nombreux mots servent à désigner
la ville dans sa globalité : cette communication analyse les origines
de ces différentes dénominations, ainsi que l'évolution
de leurs sens et emplois jusqu'à nos jours.
La ville est aujourd'hui le plus couramment désignée par
le mot cheng shi, composé de deux mots cheng et shi,
qui ont des sens propres lorsqu'ils sont employés séparément,
et qui ensemble forment le mot "ville".
Cheng désigne à l'origine une structure défensive,
et plus particulièrement l'enceinte urbaine ; mais aujourd'hui on
emploie pour "enceinte" cheng qiang ou cheng yuan. Par extension,
cheng a pris le sens de "ville fortifiée". Ultérieurement,
il désigne encore le territoire urbain qu'il soit ou pas borné
par des murs, et a donc le sens de "ville" en général. Aujourd'hui,
cheng est rarement employé seul, mais plutôt dans des
combinaisons : utilisé comme préfixe, il permet de former
des mots se rapportant soit à l'enceinte, soit à une ville
fortifiée, soit à la ville en général ; précédé
par d'autres mots, il permet des combinaisons qui désignent des
types de ville (par exemple jing chen, capitale ou xin cheng,
ville nouvelle).
Shi est également un mot ancien dont le sens, à l'origine,
est celui de "marché". C'est seulement depuis une époque
récente qu'il signifie aussi "ville". Il est utilisé au sens
de division administrative, c'est-à-dire "municipalité" (cf.
The English-Chinese Glossary in Housing, Urban Planning and Construction
Management, 1987). Il sert aussi à former des mots se rapportant
au marché comme chao shi (supermarché), ou à
la ville comme shi qu (district urbain). Mais il est surtout employé
avec cheng (cheng shi : ville). Cheng shi permet à
son tour de former divers mots de la ville : catégories de l'urbain
(xiao cheng shi, petite ville), ou ce qui appartient à
la ville (cheng shi wen hua, culture urbaine ; cheng shi ren
kou, population urbaine).
La communication analyse aussi certains synonymes de cheng shi
comme par exemple zhen qui désigne un centre plus petit,
ou encore jing ou du pour ville capitale, et d'autres termes
aujourd'hui d'un emploi plus rare.
L'analyse est attentive aux processus proprement langagiers de formation
des mots pour désigner les catégories de l'urbain, ainsi
qu'à l'évoluation historique du sens des termes, et à
leur usage plus ou moins étendu.
NOMMER LA VILLE EN SITUATION
Chawqi DOUAIHY
CERMOC, Beyrouth
C’est à partir de l’exemple de deux villes libanaises, Beyrouth
et Tripoli que l’ensemble de ces réflexions concernant la désignation
de la ville, sont faites. Si une ville a connu plusieurs noms, depuis celui
de bâtin et zâhir al madina, jusqu’au madina
tout court et madina koubra (grande ville), en passant par madina
idâriyya (ville municipale) comme c’est le cas de Beyrouth, d’autres
villes n’ont, par contre, connu qu’un seul nom, celui de madina,
comme il en est de Tripoli. En partant de l’hypothèse que la multiplicité
des appellations dans un cas, et l’unicité dans l’autre, sont le
produit, d’une part, du degré de l’extension de la ville, et d’autre
part de l’identité des habitants qui habitent les agglomérations
qui entourent la ville, et plus particulièrement des asabiyas
qui en découlent. Plus celles-ci sont fortes, plus les mots
qui rendent compte des différents territoires entourant la ville
rendent à se resserrer. Plus ces asabiyas s ’étiolent,
plus la madina a plus de chance de déborder, ne serait-ce
que par l’appellation, sur l’ensemble de ces territoires. Ce qui nous entraîne
à dire que le principe qui régit cette appellation réside
plutôt à l’extérieur de la madina qu’à
son intérieur.
Voilà pour le langage savant. Qu’en est-il du côté
du langage vernaculaire ? Plusieurs paramètres entrent en jeu. Le
premier est celui du temps. Il paraît que chaque période ait
sa propre nomenclature pour désigner la ville. Mis de côté
la période ottomane, on a pu en repérer quatre. La première
s’étale des années vingt de ce siècle jusqu’aux années
quarante, dans laquelle la ville est appelée madina et son
centre aussi. Donc un seul mot pour traduire deux réalités.
La seconde qui s’étale des années quarante jusqu’à
la veille de la guerre au Liban (1975) se caractérisait par un changement
qui a touché le centre ville. De madina, il est devenu balad.
Durant les années de guerre (1975-1990) qui constituent la troisième
période, un autre changement s’est produit touchant toujours le
centre ville, théâtre des combats les plus violents. Au balad
pour désigner le centre ville est venu s’ajouter deux noms: celui
de aswaqs (pluriel de souk), et de wasat (milieu). Cette
cohabitation qui ne durera que les deux premières années
de la guerre ne tardera pas à éclater entraînant la
disparition du mot balad. Si la disparition du mot balad est
un prolongement logique de ce que ce centre est advenu (centre vide), ce
qui est intriguant c’est la persistance du mot aswaqs et du mot
wasat qui d’ailleurs n’avaient plus rien du marché ni du
centre. Il a fallu attendre l’arrêt des combats pour que tous ces
mots disparaissent, et plus précisément à partir de
l’année 1993, le jour où une société (SOLIDERE)
fut chargée de la reconstruction de ce centre. Faute de nom, car
il les a tous perdus, le centre s’appelle aujourd’hui manaqat SOLIDERE
(la région de SOLIDERE). S’agissant de Tripoli, la ville est désignée
par deux noms, celui de madina et de balad. Donc deux mots
pour traduire une seule réalité (c’est une des différences
avec Beyrouth). Ce qui correspond à balad à Beyrouth
est appelé souk à Tripoli.
Le second paramètre est celui d’où l’on désigne
la ville. Là aussi nous avons repéré quatre lieux.
De l’extérieur lointain de la ville, celle-ci est désignée
par son toponyme. De son extérieur proche, par son toponyme et par
madina (c’est le cas de beyrouth), par balad s’agissant de
Tripoli. De l’intérieur de la ville c’est la madina qui est
utilisée. Et de ce dernier le centre ville est nommé balad
(un autre point qui distingue nos deux villes). Si on emprunte le chemin
inverse, en partant du centre ville vers les autres territoires, une autre
logique plus réductrice est à l’oeuvre. Du centre, tous les
autres territoires, à n’importe quel lieu ils appartiennent, perdront
leurs noms, et seront désignés par leur toponyme.
Un seul territoire fit défaut à cette logique, puisqu’une
partie des agglomérations qui entourent la ville du côté
sud a un nom, celui de dhâhiya (banlieue), territoire qui
abritait les nouveaux venus chiites en ville, comme il abritait tous les
mouvements et organisations politiques issus de cette communauté.
Ce dernier point nous amène au dernier paramètre, celui
de l’identité, entendue ici, celle de ceux qui désignent
la ville. En effet les originaires de la ville la désignent, il
est vrai dans un contexte bien déterminé, d’une façon
autre que ceux qui sont considérés comme étrangers.
Chaque fois que, la ville dans la bouche de ses originaires voulait exprimer
son désarroi, défendre ce qu’elle appelle son intégrité,
elle ne manquait pas d’afficher sa personnalité qu’elle considère
menacée. Beyrouth a un mot pour cela: « Beyrouth refuse
» ou « Beyrouth n’est plus à ses enfants ».
Tripoli a un autre mot, celui de balad: « les enfants
de la balad » ou «les droits de la balad
». Dans ce contexte les deux mots, Beyrouth et balad sont
des indicateurs d’identité.
NOMMER LES VILLES A L’EPOQUE MODERNE EN FRANCE:
LE DISCOURS DES GEOGRAPHES
Christine LAMARRE
Université Jean Moulin, Lyon III
Pour comprendre la conception que l’on avait autrefois de la ville dans
les milieux savants, les écrits des géographes constituent
une des meilleures introductions. A l’exhaustivité des dictionnaires
et des cartes soucieux de qualifier toutes les agglomérations, ils
ajoutent une explication des symboles cartographiques et des termes qui
était bien nécessaire à une époque où
les cartes ne disposent pas de légendes.
Comme toute science de l’époque moderne, la géographie
s’est édifiée d’abord par référence à
l’antiquité, à l’oeuvre de Ptolémée précisément.
Elle conserve la forte image d’une comparaison des villes aux étoiles,
puis, un classement diffus de ces mêmes villes établi sur
la notion ambiguë de magnitude (éclat et grandeur). La magnitude
s’appliquait aux étoiles, elle est transposée aux villes.
La répartition s’opère en catégories centrées
mais aux limites floues et discontinues. Cette typologie s’observe jusqu’en
1771.
Pourtant, dès le XVIIème siècle, l’observation
de la réalité urbaine d’une France bien diverse dans son
peuplement que ces géographes (souvent aussi ingénieurs-militaires)
ont pratiquée, les a rapidement amenés à critiquer
les classements ptoléméens. L’histoire, l’évolution
des villes, plaide aussi contre toute liste immuable, comme s’y oppose
la diversité des appellations données au même genre
d’agglomérations dans les provinces. L’expérience n’apporte
que confusion et nécessité de reconstruire une notion uniforme
de la ville dans le cadre du royaume.
Cela se fera au prix d’une transformation de la définition de
la ville. Petit à petit de lieu consacré par l’histoire,
elle devient pour les géographes une agglomération peuplée
et active dont le révélateur est uniquement le nombre des
habitants. Ensuite la rigueur des chiffres poussera naturellement à
désigner des seuils à partir desquels naît la ville,
ce que feront abondamment la législation révolutionnaire
puis les statistiques du XIXème siècle.
L’acceptation universelle de ce nouvel indicateur simple et tranché
a entraîné la perte de tout un vocabulaire qui s’appliquait
au « presque ville » ou à « l’encore
ville », de la villace à la bourgadelette, ce qui assure
le triomphe au moins apparent du quantitatif sur le qualitatif.
LE LEXIQUE POLITIQUE DE LA CITE D’ANCIEN REGIME
EN AMERIQUE ESPAGNOLE
Annick LEMPERIERE
Université Paris I
L’exposé se propose d’une part de recenser le vocabulaire employé
pour désigner les établissements humains dans l’Amérique
hispanique, d’autre part de mettre en évidence les paramètres
culturels (théologiques, juridiques, politiques) qui permettent
d’interpréter les valeurs collectives dont était porteur
le lexique de la ville sous l’Ancien Régime. La première
partie tente de montrer les points communs, d’origine théologique
et juridique, entre cité (ciudad) et village (pueblo), à
travers la notion , ici chrétienne, de « république
», qui permet d’intégrer juridiquement et politiquement
les Indiens vaincus et évangélisés. La seconde met
l’accent sur la spécifité de la cité, du point de
vue de sa constitution et de ses fonctions politiques: sièges des
autorités royales, rôle de représentation des intérêts
des habitants face à la couronne, autogouvernement et «
police » au sens large. Enfin, la troisième partie évoque
les représentations de l’urbanité à l’époque
des Lumières, la différenciation culturelle entre cité
et village et, à l’intérieur de la cité, entre la
traza et les barrios, les quartiers extramuros.
ISTANBUL OU LES IMPASSES DE TOUTE QUALIFICATION
DE L'URBAIN"
Jean-François PEROUSE
CIEU, Toulouse
On sait qu'il existe dans la langue turque actuelle, concomitamment
(et concuremment ?), deux termes correspondant au mot français "ville"
: l'un, issu de l'ottoman (et emprunté au persan) : sehir,
l'autre plus öztürk (c'est-à-dire plus "turc pur")
: kent. A ces deux traductions ou équivalents on pourrait
ajouter les termes anglais (town ou city), non turcisés, parfois
usités. Les qualifications de la ville se forgent davantage à
partir de la forme kent, dans la mesure où, en tant qu'öztürk,
elle est réputée mieux se prêter au principe d'agglutination
de la langue turque.
Ceci posé, on soulignera d'emblée le peu de pertinence,
pour notre propos, de la définition officielle, c'est-à-dire
statistique en définitive, de la ville turque : puisque selon les
termes de la "loi sur le rural" (köy yasasi) est considérée
comme ville toute "unité de peuplement" (yerlesim birim)
de plus de 10.000 habitants. Cette définition (grossière)
conduit en effet à caractériser comme ville, sans distinction
a priori, à la fois le Grand Istanbul, la commune centrale
d'un arrondissement d'Istanbul (par exemple Sultanbeyli) et une simple
commune périphérique de l'aire urbaine. Cette première
catégorisation officielle, même nuancée de critères
morphologiques (continuité du bâti) se double d'une autre,
purement administrative celle-ci, qui a trait au statut (avantageux et
convoité) de "municipalité", accordé aux communes
en fonction de "qualités" diverses et variables, définies
de façon assez arbitraire. Ce statut, de fait, est attribué
à des unités de peuplement dont la population peut osciller
de 2.000 à 25.000 habitants..., en fonction de logiques très
politiciennes : les affinités des "leaders locaux" avec le (ou les)
partis au pouvoir national semblent déterminantes dans cette promotion.
Parallèlement, on rappellera le lien fort qui existe dès
l'origine (1923) en Turquie entre réforme de la langue et aménagement
urbain. En effet, l'épuration de la langue (entreprise à
partir du début des années 1930) est allée de pair
avec une volonté de "mise aux normes occidentales" de l'espace urbain
(en tout cas de la capitale, et des plus grandes agglomérations).
Malgré tout, cette exigence de pureté lexicale demeure de
nos jours, bien que largement déconnectée de celle d'un ordre
urbain. Dans cette optique, on pourrait évoquer les réactions
suscitées par le rapport officiel de la partie turque pour la conférence
"Habitat II" (qui s'est tenue à Istanbul en juin 1996). Une de celles-ci,
parue dans un grand quotidien turc, dénonçait l'utilisation
indue et systématique, en urbanisme, de termes "étrangers"
(classés en fonction de leurs origines étrangères
par son auteur outré), préférés à tort
à des mots öztürk existant.
THE EMERGENCE OF « FAUBOURG »
AND « BANLIEUE » AS URBAN TERMS OF SOCIAL REPROBATION
AND COLLECTIVE IDENTITY IN NINETEENTH-CENTURY FRANCE
John MERRIMAN
Université de Yale, Etats-Unis
My paper explores the geographic underpinnings of the emergence of a
language of urban reprobation in nineteenth-century France, as the concept
of social marginality became increasingly associated with specifically
defined (but usually fairly recently developed) spaces on the edge of growing
towns and cities. The identification of social marginality with peripheral
spaces was, to be sure, not new: however, increased large-scale industrialisation,
the embourgeoisement of some central districts, and, in the obvious case
of Paris (but also Lyon, Marseille, Montpellier), projects of urban renewal
during the Second Empire accentuated the dichotomy between center and periphery.
The edge of the city increasingly became the unprivileged space of unwanted
activities (slaughterhouses, asylums, « dirty industries »)
and unwanted people. Assuming that both space and language are dimensions
of social change. I will concentrate on the role of language in this evolution,
as the terms « faubourg » and « banlieue
» took on ever more pejorative connotations. At the same time,
while the people of the faubourgs and banlieue were rejected and feared
by urban elites, the sense of exclusion could contribute to the emergence
of a sense of collective identity, as well as of political challenge, on
the periphery.
PREMIERES REFLEXIONS AUTOUR DES TERMES DE CASALI
ET BORGATE:
Permanence et efficacité du vocabulaire
rural dans les villes d’Italie
Colette VALLAT
Professeur
Université d’Artois, Lille
On remarque, dans la péninsule italienne, une réelle inadéquation
du vocabulaire administratif à la réalité contemporaine.
Alors que les termes techniques de rioni, quartieri, suburbi et
circoscrizione sont apparus progressivement pour désigner
légalement des territoires urbains toujours plus étendus,
ils semblent fort peu usités et les toponymes anciens sont plus
utilisées que la froide et fonctionnelle numérotation officielle
des circonscriptions.
Mais sans doute y a-t-il lieu de s’interroger, en Italie, sur des persistances
étymologiques qui dépassent la préservation de simples
toponymes pour faire de termes spécifiquement ruraux comme ceux
de Borgate (bourgades) ou de Casali (hameaux) des termes
urbains génériques alors que, comme partout en Europe, les
cités italiennes ont franchi leurs remparts,fait éclater
leurs limites administratives et conquis de vastes aires rurales sous l’effet
de pressions démographiques, sociologiques et économiques.
On apporte un début d’explication à ce fait curieux en remarquant
que cette persistance répond au fait:
-que longtemps la campagne comme à Rome a cerné de très
près la ville,
-que bien des terres arables ont été gagnées de
haute lutte sur une nature ingrate (bonifications de zones paludéennes,
riches mais dangereux sols volcaniques),
-que l’urbanisation s’est souvent greffée sur des bourgs de colonisation
agricole ou sur des bourgs approvisionnant traditionnellement une grande
ville dont ils dépendaient statutairement,
-que la notion de métropole est encore bien floue en Italie,
elle se met en place par défaut et n’est pas, par conséquent
une notion forte.
ATELIER 3
Socio-linguistic registers and the city
Los registros socio-lingüisticos y la ciudad
Les registres socio-linguistiques et l’urbain
« LE BROUHAHA DES PETITES MEMOIRES A
LA RENCONTRE DES LANGAGES SAVANTS:
ESTHETIQUE MODERNE ET CITOYENNETE A SAO PAULO
DE 1890 A 1940
Stella BRESCIANI
Université de São Paulo, Brésil
Dans tous les textes qui évoquent la capitale de l’état
de São Paulo se retrouve la persistante affirmation d’une ville
qui est passée par un développement extraordinaire pendant
les vingt-trente dernières années du XIXe siècle.
Que ce soit au travers de la présence des voies ferrées dès
1870 ou de l’arrivée en masse d’immigrants européens depuis
1885, il y a toujours une façon de dire la ville qui la partage
entre le bourg paisible des « paulistes » et des étudiants
de la Faculté de Droit du Largo (place) de São Francisco
et la ville moderne, commerciale et industrielle, pleine de vie et constamment
renouvelée par les oeuvres urbanistiques et architectoniques; une
ville modifiée de fond en comble par la présence et l’activité
de ses nouveaux habitants. Ville ancienne, désignée par le
mot « burgo » et ville moderne, désignée
par le mot « métropole ». Ce partage de la ville
en deux temps dure jusqu’aux années cinquante, moment où
la ville vit un essor inouï en terme d’extension territoriale, et
où l’hégémonie de l’esthétique moderne des
nouveaux immeubles l’emporte sur les styles plus anciens, surtout l’éclectique
massive, et sur la façon de vivre de ses habitants. «
São Paulo a été trois villes pendant le siècle
». Cette maxime est pratiquement devenue une évidence
en soi, une certitude que personne ne nierait: la ville en «
taipa » (pisé) avait en effet été substituée
par la ville en brique, elle-même remplacée, quelques années
après, par la ville en béton.
Retracer les mots qui ont produit une ville moderne: São Paulo
au XXe siècle, est l’objectif central de cette communication. Nous
commencerons par nous pencher sur les professionnels de la ville: les écrits
des autorités administratives, des médecins sanitaires, des
ingénieurs et urbanistes dresseront un autre registre de langage,
le langage technique et savant sur la coupure de la ville en deux temps.
Nous nous attacherons ensuite aux mémoires des vieux habitants,
des articles de la grande presse et de la presse ouvrière pour répertorier
le lexique populaire qui forme un brouhaha mouvant, instable et parfois
même moqueur sur la ville et ses territoires différenciés,
sur le décalage entre le vieux centre-ville, les quartiers populeux,
industriels et ouvriers et , les beaux quartiers nouveaux, aménagés
et bâtis selon les plus modernes conceptions urbanistiques et architectoniques.
C’est là, pour ainsi dire, un registre populaire du partage entre
l’ancien bourg et la ville moderne.
Notre hypothèse de travail pour ces registres de langage porte
sur les échanges entre ces deux réseaux sémantiques
qui s’articulent, bon gré mal gré, sur les présupposés
du savoir des sanitaristes, mais aussi sur l’empreinte de l’aménagement
urbain/ « urban improvments »: « melhoramentos
urbanos ». Le terme « melhoramentos » sert
donc de mot-clef dans les enjeux déterminant la façon dont
on envisage la ville, désigne les questions à résoudre
et intervient dans le tissu urbain.
Dans les rapports des présidents (gouverneurs) de la province
de São Paulo des années 1880, les expressions «
saúde pública », « salubridade pública
» et « higiene pública » constituent
les sous-titres des activités octroyées au Département
des Travaux Publics en ce qui concerne l’eau potable et le tout-à-l’égout,
mais aussi le nettoyage des rues, des places et des jardins publics, sans
oublier, les préoccupations avec les épidémies (surtout
le choléra morbus) venues d’Europe par le port de Santos.
L’expression « melhoramentos materlais » désigne
toutes les initiatives des pouvoirs publics et de particuliers souhaitant
doter la province des moyens matériels pour assurer son «
progrès », encore un mot-clef. Le terme « melhoramentos
» est donc lié à l’aménagement de la ville
de São Paulo en tant que domaine privilégié dès
le rapport présidentiel de l’année 1886 et recouvre le drainage
des marais riverains des rivières Tamnduatei et Anhangabaú,
toutes deux pratiquement en plein centre ville: l’édification de
l’Hospedaria dos imigrantes, de la Penitentiaire, de l’Hospice des Aliénés,
de l’Ecole Normale et des gares; l’élargissement et le prolongement
de rues anciennes et le percement de rues nouvelles; l’éclairage
des espaces publics d’où l’on veut retirer les ambulants et dont
les « kiosques » devront être réglementés.
Et c’est encore ce même mot « melhoramentos »
que l’on retrouve dans les textes savants des années 1940, aussi
bien que dans la presse et les conférences académiques, que
dans les projets d’aménagements pour la ville produits par des ingénieurs
et urbanistes. Bref, nous y voyons un noyau des réseaux sémantiques
où les notions sanitaires et les préceptes d’une esthétique
« moderne » restent sous-jacents aux textes.
Un réseau sémantique à peu près semblable
peut être retrouvé dans les petites mémoires des habitants
de la ville, les chroniques de la presse et les récits des mémorialistes.
Les mauvaises conditions hygiénique des quartiers populaires, l’entassement
des « cortiços » et le manque des gares des
autorités publiques pour les commodités nécessaires
à une vie saine et productive sont l’objet de dénonciations
continuelles de la presse ouvrière de l’époque et font toujours
surface dans les mémoires écrites ou orales de leurs anciens
habitants. Mais leurs récits évoquent aussi la suspension
du temps gris du travail quotidien aux moments où les crues de la
rivière Tamanduatei transforment les quartiers de Brás et
Mooca (les plus grands quartiers ouvriers) en une Venise brésilienne.
La logique des mémoires populaires, moins rigide, entremêle
donc souvenirs affectifs et considérations critiques pour nous offrir
une autre ville, pleine d’aspects contradictoires.
Trois ans après la proclamation de la République en 1889,
les quartiers populaires plus anciens, surtout Santa Ifigênia, ont
été l’objet d’un rapport très détaillé
de la part d’un comité de la mairie de São Paulo. Le mot
« cortiço » est alors au centre des préoccupations
du gouvernement pour la santé et la morale de la population ouvrière,
et les rapporteurs s’occupent de classer ces « habitations collectives
» en catégories différenciées en fonction
de leur organisation architectonique et de leur emplacement dans la ville.
C’est déjà une ébauche de plan pour le développement
de la ville que de la diviser en zones urbaine et suburbaine; en centre
ville, quartiers anciens et quartiers nouveaux. La maison, riche ou pauvre,
devient dans les récits la cellule ou bien l’unité minimale
de la ville, donc l’objet d’attention privilégié des autorités.
Ce sont les maisons populaires, surtout, qui sont encore l’objet de projets
et d’un congrès d’habitation tenu à São Paulo en 1931.
La presse ouvrière publie régulièrement des articles
faisant également mention aux mauvais effets des « cortiços
» sur la santé et la morale populaire.
Les voies de communications-percements de rue, élargissement
et prolongement de rues anciennes, désencombrent des places, drainage
des marais, construction de ponts sur rivières et de viaducs sur
les nombreuses vallées de la ville à topographie accidentée
et les équipements urbains, l’éclairage des rues, les transports
collectifs, le tout-à-l’égout et la distribution d’eau potable
sont le centre permanent de l’attention des pouvoirs publics et des habitants
de la ville. C’est non seulement l’existence de jardins publics et d’arbres
dans les rues, mais surtout la présence/ absence de ces services
qui sert de base au classement en bons et mauvais quartiers. L’architecture-
styles, maximisation de la rentabilité/ occupation de l’espace,
fonctionnalité sont autant d’autres préoccupations qui viennent
unir le sanitarisme et l’esthétique entre 1890 à 1940. La
condition de citoyen passe, ne saurait être isolée de la participation
active dans les « melhoramentos » de la ville, aussi
bien du côté de la population aisée, que de la classe
ouvrière.
Melhoramentos/improvements/aménagement
Progresso/progress/progrès
Cidadania/citizenship/citoyenneté
Modernidade/modernism/modernité
SOME OBSERVATIONS ON THE POPULAR REPRESENTATION
OF THE URBAN SPACE : THE SANTA LUCIA QUARTER IN NAPLES
Alessandra BROCCOLINI
Dipartimento di Studi Glottoantropologici
University "La Sapienza", Rome
My monographic anthropological research, which I have been conducting
in the historical centre of Naples, is the starting point of my contribution.
Its intent is to provoke a debate about the relationship between the popular
representation of the urban space and the community-type ways of living:
housing and social life. As well as offering a wider view on the interaction
between the vernacular and the elite languages. The urban area examined
is the Santa Lucia quarter in the historical centre of Naples.
First of all, I will compare the high culture denominations of this
portion of urban space with the local terminology used to define the space
itself: borgo, rione, quartiere. I will proceed then
to identify some of the vernacular terminologies commonly used to define
inner and outer parts of the specific urban space and its local usages.
Ultimately I will try to make evident the anthropological relationship
which interacts between the popular language characterizing the urban space,
and how that space is inhabited.
The examination of these three dimensions allows me to put forward two
hypotheses, hoping they will incite a comparative discussion on the issue.
1) Where an established vernacular tradition exists, as in Naples, the
usages of the vernacular and elite languages, is not only an expression
of social dynamics, but of specific cultural dynamics as well, related
to the issue of urban identity.
2) In some specific urban contexts, particularly layered and complex
like the Neapolitan one, the relationship between space and language cannot
be explored without considering the importance the way of living assumes
in the definition of the urban space. The sociolinguistic production related
to the space seems to be influenced by a way of living that is characterized
by residential stability, obligatory kin ties and neighbourhood ties.
LOS SITIOS DE LA CIUDAD
Angel APARICIO
Luis GALIANA
Carmen GAVIRA
Agustin HERNANDEZ
Universidad Politécnica de Madrid
A partir de 1986, tras la informalizacion del Servicio Postal en España,
es posible disponer de una base de datos en la que se recoge la totalidad
del viario de las 75 ciudades españolas mas importantes.
Cerca de 150.000 denominaciones de calles identifican el espacio urbano
de España y permiten NOMBRAR LOS LUGARES, es decir, diferenciarlos
cargardos de sentido en relacion a la historia, al lugar, a la técnica
o a la propia planificacion de la ciudad. Y a la vez, encontar una identidad
urbana sobre el conjunto del pais.
La completa historia de la ciudad en España, su amalgama de culturas,
su lento crecimiento y su reciente explosion metropolitana, hacen dificil
la busqueda de elementos que identifiquen EL HECHO URBANO de forma general.
Pretendemos con este trabajo, analizar las denominaciones de esta extensa
red viaria sobre la totalidad del territorio y encontrar los terminos generales
de LOS SITIOS DE LA CIUDAD.
Eliminando los toponimos nominales y los extrictamente historicos (que
evidentemente darian lugar a otro aspecto no menos importante de estudio),
hemos creado tres grupos de terminos para realizar nuestro analisis :
- GEOGRAFICOS (Topografia y fenomenos fisicos)
- TECNICOS (Arquitectura e Ingeniera)
- URBANISTICOS (Estructura y Extension)
La forma en la que estas denominaciones aparecen, se repiten y se refuerzan,
en las distintas ciudades, en relacion a accidentes, construcciones o modificaciones
del territorio, o nuevas figuras de planificacion y crecimiento, nos permite
realizar una lectura del espacio urbano, en la que la toponimia se convierte
en la mas fidel description de la ciudad, obedeciendo a una logica mas
sabia y mas rica que sirve de nexo entre el saber popular sobre el territorio
y las denominaciones tecnicas de aquellos que lo planifican y controlan.
LE « RAB » ET LE «
AQAR » A TUNIS A L’EPOQUE MODERNE
Abdelhamid HENIA
IRMC, Tunis
Cette communication retrace dans la longue durée les «
aventures » de deux mots relevant du lexique foncier de la ville
de Tunis ; le rab et le aqar. A l’origine, dans la langue
arabe classique, le mot rab désigne la « résidence
confortable ». Aujourd’hui, il désigne la partie couverte
des souks de la Médina. Le mot aqar a connu, dans le passé,
des usages différents d’un lieu à l’autre et d’une époque
à une autre. A quoi correspond l’évolution sémantique
de ces deux mots ? Quelle en est la signification ?
Au premier stade de son évolution, le mot rab ne désigne
plus à Tunis au XIVème siècle, une « résidence
confortable » comme avant, mais les boutiques (h’ânût),
unités de base des souks dans la Médina. En Egypte, en revanche,
le mot de rab continue toujours de désigner un immeuble d’habitation
jusqu'à nos jours. Cependant, seules les habitations collectives
destinées à la location sont concernées par cette
appellation. Nous saisissons là le facteur commun se trouvant à
l’origine de l’évolution sémantique du mot rab tant
en Egypte qu’en Tunisie. Ici et là, le mot a évolué
pour s’identifier, presque exclusivement, aux biens de rapport de type
urbain. Par conséquent, la maison d’habitation dans la ville de
Tunis, n’étant guère perçue comme un bien de rapport,
perd sa qualité de rab.
Ce premier stade de changement sémantique correspond à
une époque (XIII-XVs.) au cours de laquelle la ville de Tunis connaît
une importante prospérité grâce aux profits du grand
commerce, facteur décisif dans le développement de l’activité
artisanale et commerciale qu’abritent les boutiques dans les souks de la
ville.
A Tunis, quand plus tard la nature des biens urbains à usage
d’habitation évoluera (ils passeront de la valeur d’usage à
la valeur marchande), le mot rab connaît un autre stade dans
son évolution sémantique. Il se réalise progressivement,
à partir de la seconde moitié du XVIIIème siècle.
A l’époque, Tunis connaît une pression démographique
qui a provoqué la création d’un marché de location
des biens à usage d’habitation. Devenus biens de rapport, ces derniers
se voient, eux aussi, promus au rang de rab. C’est ainsi que le
mot rab en vient à partir XVIIIème siècle à
exprimer à Tunis, sans discrimination particulière, toutes
sortes de biens-fonds urbains.
Quant au mot aqar, il a connu lui aussi une évolution
sémantique, significative à plus d’un égard. Depuis
la fin du XIXème siècle jusqu'à nos jours, sous l’influence
du droit européen en matière foncière, le mot se présente
comme une notion juridique abstraite désignant tout bien-fonds de
quelque nature qu’il soit. Pourtant à l’origine, le mot prend un
emploi différent selon l’endroit et l’époque. A Tozeur, au
sud-ouest de la Tunisie, les actes notariés du XVIIIème siècle
attribuent au mot aqar le sens de maison par opposition au mot jidâr
(littéralement petit mur de terre pour retenir l’eau d’irrigation)
qui, lui, sert à désigner les biens-fonds ruraux dans la
palmeraie.
Au XVIIIème siècle, on assiste à Tunis à
un changement progressif dans la nature des sources de revenus de la classe
dirigeante. C’est l’époque où la l’agriculture s’érige
en source importante de revenus et l’appropriation de la terre prend une
autre valeur. Ceci se réalise surtout à la suite de la croissance
de la demande internationale en produits céréaliers. La terre
devient de plus en plus l’une des principales sources de revenus ; sont
alors apparus des changements au niveau de la terminologie foncière.
Jusque là, on avait pas encore dans la terminologie foncière
de l’époque un terme autre que le mot rab pour exprimer d’une
manière nuancée les biens-fonds. Il faut attendre le XVIIIème
siècle, pour que se développe dans les actes notariés
l’usage du mor aqar pour désigner exclusivement les biens-fonds
ruraux.
L’évolution sémantique que subissaient ces deux mots à
l’époque moderne, résulte directement de la transformation
de la nature économique de la propriété des biens-fonds
dans le milieu tunisois.
DU QUARTIER A L'AGGLOMERATION : LES GLISSEMENTS
DE SENS DU MOT MANILA (MANILLE, PHILIPPINES) AU XIXE SIECLE ET L'EMERGENCE
D'UN NOUVEAU TERRITOIRE URBAIN
Xavier HUETZ DE LEMPS
Université de Nice-Sophia Antipolis,
Centre de la Méditerranée moderne
et contemporaine
L'appropriation par une communauté d'une série de territoires
emboîtés et d'échelles spatiales variables est un phénomène
très complexe où se mêlent les relations entre l'individu
et son environnement ainsi que des processus d'identification collective
tout aussi opaques et variables d'un groupe à l'autre. La dynamique
chronologique complique encore ces problèmes et il peut sembler
difficile, voire impossible d'étudier l'histoire des processus d'apprentissage
et d'identification à des territoires.
Pourtant, les glissements de sens ou plutôt, dans le cas qui nous
intéresse, les extensions de sens de certains toponymes nous semblent
être de bons indices de la naissance de nouveaux territoires. Nous
nous proposons d'étudier ici l'évolution d'un toponyme qui
ne semble pas, à première vue, poser problème : Manila.
En fait, si l'on prend garde de s'interroger systématiquement sur
l'espace urbain que ce mot recouvre, des mutations très importantes
apparaissent clairement au long du XIXe siècle. La comparaison de
la situation du début du XIXe siècle et à la fin de
ce siècle permet de résumer l'ampleur des changements. Au
début du siècle, Manila ne désigne qu'un quartier
très précis (la place-forte) d'une agglomération qui
est pourtant déjà parfaitement repérable dans l'espace.
Les autres quartiers sont qualifiés d'arrabales identifiés
par opposition à cette Manille emmurée. A la veille de la
Révolution de 1896, Manila désigne désormais
clairement et presque unanimement l'ensemble de l'agglomération,
composée de la place-forte (que l'on appelle désormais Intramuros)
des trois quartiers de rive gauche (Ermita, Malate, San Fernando de Dilao)
et des cinq quartiers de rive droite (Binondo, Tondo, Santa Cruz, Quiapo,
Sampaloc).
L'extension de sens est donc indéniable, mais peut-on proposer
une chronologie plus fine de cette évolution et existe-t-il des
résistances ? Les sources (registres fiscaux, adresse des éditeurs)
sont malheureusement très imparfaites. L'extension semble en fait
résulter d'un consensus de plus en plus large sur les réalités
spatiales que doit recouvrir le toponyme Manille mais cet apprentissage
est très lent et, à la fin du siècle, quelques habitants
continuent de réserver l'usage de Manila à la seule
place-forte alors qu'inversement une nouvelle extension qui engloberait
des communes limitrophes est en gestation.
La lenteur des évolutions est un indice de la complexité
des forces qui sous-tendent ces phénomènes d'appropriation,
et les variations de sens du mot Manila semblent résulter
d'un faisceau de causes au sein desquelles il est difficile d'établir
une hiérarchie. L'évolution du découpage politique
de la ville joue un rôle indéniable : de nouvelles combinaisons
politiques sont mises en place tout au long du XIXe siècle et ces
dernières tendent à épouser graduellement les limites
réelles de l'agglomération. Pourtant, l'importance de cet
ajustement ne doit pas être surestimée. Tout d'abord, les
entités politiques restent longtemps trop larges ou trop étroites
par rapport aux limites de l'agglomération. De plus, la chronologie
de l'invention de ces nouveaux découpages administratifs ne correspond
qu'imparfaitement à celle des changements de sens que nous avons
repéré précédemment : parfois en avance, les
nouvelles divisions politiques pourraient jouer le rôle de guide
dans l'apprentissage de la population ; parfois en retard, elles ne seraient
que le reflet d'un changement des mentalités.
L'évolution du sens du toponyme Manila semble aussi entretenir
d'étroites relations avec les profondes mutations spatiales que
connaissent les fonctions de l'agglomération. L'extension du port,
la spécialisation de certains quartiers mais aussi l'apparition
dans les anciens faubourgs de fonctions jadis réservées à
la seule place-forte entraînent une multiplication des rapports fonctionnels
entre les différentes parties de l'agglomération. De plus,
la séparation de plus en plus fréquente et nette entre lieu
de résidence et lieu de travail (qu'elle soit voulue ou subie) ou
la mise en place de nouveaux réseaux de transport ont pour conséquence
de multiplier les déplacements et, sans doute, de faciliter par
ce biais l'apprentissage d'un espace urbain plus étendu.
Ces modifications profondes de l'espace politique ou économique
de Manille ne doivent cependant pas nous faire oublier l'importance des
clivages spatiaux, sociaux, raciaux et culturels au sein de l'agglomération
: l'évolution du toponyme est-elle réellement le fait de
l'ensemble des couches de la population urbaine ? Traduit-elle une appropriation
symbolique partagée par tous ? Le manque absolu de sources pour
une large part de la population nous interdit de répondre à
cette interrogation et des conclusions bâties grâce aux documents
produits par les élites de la fortune et de la culture ne peuvent
être étendues sans risque à tous les groupes socio-ethniques.
LA VILLE DES AUTRES
A. MOUSSAOUI
Université d’Oran, Algérie
Les urbanisations massives, depuis l’indépendance, ont entraîné
une prolifération de nouveaux quartiers urbains dans les périphéries
de toutes les villes algériennes. Produits dans l’urgence, ces territoires
urbains ont été dénommés également dans
l’urgence. Cependant les différentes appellations de ces nouveaux
tissus obéissent à des logiques de désignation qui
varient selon les auteurs et les usages.
Deux systèmes coexistent de manière générale:
celui de l’administration et celui des usagers. L’un et l’autre se présentent
sous forme de champs discursifs obéissant à des logiques
différentes, voire opposées. Celui développé
par l’administration (glorification de la puissance militaire nationale,
affirmation de l’enracinement culturel dans le monde arabo-musulman et
stigmatisation de la colonisation) a pour objectif la construction de l’Etat-nation.
Quant à l’autre système de désignation, il est fait
de groupes différenciés obéissant à des déterminants
multiples (âge, origine sociale et géographique, statuts et
rôles etc...). Ce deuxième système (désaveu
du système officiel) véhicule un vécu et un imaginaire
communs.
Ce système informel de nomination a préexisté à
l’Etat indépendant. Il continue aujourd’hui encore à bousculer
les logiques des pouvoirs centraux. A côté de l’adaptation
phonétique, la réappropriation du nom par sa traduction dans
l’imaginaire endogène est la modalité d’expression de la
langue de l’usager.
En Algérie, les caractéristiques de ce registre informel
sont l’humour, la dérision et la stigmatisation. Par ce moyen, sont
décriées , et la sphère politique et les pratiques
sociales.
A travers une telle problématique se profile la question de la
langue et de la mémoire collective, autrement dit celle du lien
social.
GAGNER PARCELLE AU BURKINA FASO
Liliane PIERRE
I.U.P / Vie Urbaine / U.M.R L.O.U.E.S.T., Paris
Cette contribution au séminaire « les mots de la ville
» est une première étape de la construction d’une
méthode d’observation de la famille terminologique pour dire
l’attribution des terrains destinés au logement dans le cadre d’opérations
contrôlées par la puissance publique.
La démarche présentée est un repérage de
fragments de dire qui nous sont apparus porteurs de questionnement intéressant
pour l’observateur extérieur qui vient interroger un moment très
fort d’une histoire nationale.
Faute d’un appareil méthodologique spécifique au texte
urbanistique, c’est un appareil méthodologique d’analyse du discours
existant pour le texte littéraire qui est appliqué au
dire de l’évenement-attribution de parcelles.
Un extrait de compte-rendu de réunion de la Commission Nationale
d’Urbanisme est, du point de vue de la mise en scène énonciative,
soumis à un triple questionnement:
- Peut-on lui reconnaître une appartenance à un genre de
discours spécifique ?
- Peut-on y déceler des registres langagiers de référence
?
- Comment qualifier le rôle donné à l’objet du
discours qui était un avant-projet de lotissement?
Dans le cheminement que nous avons appelé du lexique au discours
ce sont, outre les comptes rendus de réunions, des textes réglementaires,
des lettres et des notes de services qui sont prétextes à
l’observation de cas d’hybridation énonciative et langagière.
Un exemple est donné par l’expression « il faut épargner
les investissements » dont notre expérience de terrain
nous a permis de savoir qu’elle est un détour métaphorique
financier pour dire: il faut éviter de détruire les constructions
présentes.
Sous le titre manières de dire et de non-dire nous observons
le sort fait à la suppression, dans la réglementation foncière,
de la propriété privée des particuliers dans des formulations
juridiques, administratives et médiatiques. Cela nous permet d’établir
que, dans le discours urbanistique, la question de l’identité du
sujet énonciateur est essentielle et de montrer que c’est la manière
de dire qui appartient à l’un ou l’autre langage, pas la chose dite.
Le langage administratif et le langage médiatique ont pris la forme
langagière juridique de la propriété indépendamment
de la mise en acte de la loi, dans une logique de contamination uniquement
lexicale.
LOS LÉXICOS DEL SUBURBIO DE BUENOS AIRES
: UN APORTE METODOLÓGICO
A PARTIR DE LA PERSPECTIVA DEL ANÁLISIS
CRITICO DEL DISCURSO
Irene VASILACHIS DE GIALDINO
CEIL CONICET , Buenos Aires
El objetivo de esta presentación fue analizar comparativamente,
desde una perspectiva interdisciplinaria en la que se unen la sociologia
y la linguistica, très textos eruditos (dos escritos por Della Paulera
y uno y por Hardoy y Saterthwaite) producidos en distintos momentos históricos
a fin de determinar la relación entre los modelos interpretativos
de la realidad presupuestos en cada texto por los hablantes y el léxico
utilizado para caracterizar, en especial : a) a la ciudad y a sus alrededores
; b) a la relación entre ambos y a los procesos de su transformación
y c) a los sujetos que participan en la planificación y construcción
de esas ciudades. El análisis de estos textos fue, a su vez, léxico,
sintáctico y semántico y se emplearon los conceptos de red
semántica, nudos de la red semántica y modelos interpretativos
de la realidad. Se estudiaron, asi, tanto los paradigmas argumentativos
utilizados en textos como el uso de metáforas y las distintas formas
de representar la acción social.
Las conclusiones que han surgido de este trabajo podrian resumirse de
la siguiente manera :
-
Los hablantes emplean diferentes recursos lingüísticos para
convencer, en este caso, al lector acerca de la oportunidad, legitimidad
y validez de sus afirmaciones y de las propuestas que realizan.
-
Esas afirmaciones y propuestas so expresan en los textos por medio del
empleo de diferentes paradigmas argumentativos los que suponen : a) algún
modelo de sociedad y de organización social, b) una o varias formas
de diferenciación o jerarquización entre sus miembros ; c)
un tipo de relaciones sociales predominante y, por tanto, d) una mayor
o menor posibilidad de los actores sociales individuales o colectivos de
construir y trensformar la sociedad. El conjunto de estos supuestos constituyen
el modelo interpretativo en el que se basa el hablante. Este modelo se
manifiesta por los vocablos, las palabras que se reiteran en las redes
semánticas tejidas en el texto. Esos términos configuran
los nudos de esa red. De esta manera, en los textos de Della Paulera, las
palabras « organización » y « orden
», ligadas al paradigma argumentativo afirmativo señalan
el enraizamiento de la concepción de este autor en un modelo interpretativo
basado en el cientificismo positivista. Por su parte, en el texto de Hardoy
y satterhwaite el término « ilegal » constituye
el núcleo de una red semantica que orienta al lector al cambio de
contenido significativo de esa palabre, una vez reconocido el modelo interpretativo
de esros autores que abreva de los paradigmas epistemológicos materialista-histórico
e interpretativo. De este modo, lo « ilegal » de la
ocupación de tierras pierde su vinculo con la común exigencia
de una sanción juridica por estar representado como consecuencia
de un estado de necesidad, el que exime de responsabilidad a los sujetos
que realizan la acción.
-
El empleo en los textos de Della Paulera y en el texto de Hardoy y Satterhwaite
de iguales o similares vocablos pero con diferente contenido semántico
da cuenta, por un lado, de la dificultad de realizar un análisis
léxico de los textos sin efectuar, al mismo tiempo, un análisis
sintáctico y semántico y, por el otro, del requisto de vincular
este análisis semántico con los modelos interpretativos de
la realidad presupuestos por los hablantes.
ATELIER 4
Learned and technical languages
Idiomas sabios y técnicos
Langues savantes, langues techniques
LA VILLE DES INGENIEURS: ROME 1870-1890
Denis BOCQUET
Université de Provence, Aix-en-Provence
Rome devient capitale de l’Italie après la prise de la ville
en septembre 1870 par les troupes italiennes et la chute du pouvoir pontifical.
Elle est frappée quelques semaines plus tard, au cours des derniers
jours de 1870, par une grave inondation du Tibre, qui met d’emblée
sur le devant de la scène politique la question des travaux publics,
au travers du besoin urgent de remédier à cette situation
de vulnérabilité face aux crues du fleuve.
Dès les premiers jours de l’inondation, et pour des décennies,
fleurit toute une littérature technique sur la ville, fruit le plus
souvent du travail des ingénieurs, qu’ils soient du Ministère
des Travaux Publics, du Génie Civil, de la Commune, de Sociétés
privées ou indépendantes.
Les travaux durent jusqu’aux lendemains de la première guerre
mondiale, et les décisions prises par le ministère ne tarissent
pas le flot des publications, chaque péripétie du chantier
et de la politique locale ou nationale étant bonne pour proposer
de nouveau des projets auparavant écartés, pour critiquer
ce qui se fait, pour demander des comptes, des explications.
Tous ces ingénieurs proposent des solutions pour protéger
la ville du fleuve, et tous voudraient que leurs idées soient retenues.
Derrière ces propositions on lit bien souvent la volonté
de tel ou tel camp politique, les garibaldiens ou les cléricaux
notamment, de marquer la ville de son empreinte.
Un nouveau lexique fait à cette occasion, son entrée dans
la vie romaine, celui de la technique, débordant souvent même
le cadre de la seule littérature de spécialistes, les débats
trouvant de larges échos dans la presse.
Il semble qu’au travers de l’analyse du vocabulaire employé par
les ingénieurs, on puisse mettre à jour une véritable
vision de ce qu’est la ville, de ce qu’elle devrait être et des moyens
pour passer des difficultés de la ville inondée à
la ville idéale, digne capitale de la nouvelle Italie.
Le premier fait marquant concerne sans doute le lexique de la ville
ancienne, affublé de connotations péjoratives, et celui du
traitement que l’on veut faire subir à cette ville trop vulnérable
aux inondations, et donc indigne d’être comparée aux grandes
métropoles européennes.
Au-delà de ce diagnostic, on peut distinguer dans la littérature
étudiée l’affirmation d’un lexique de l’idéal technique
d’une ville que l’on veut rattacher par les travaux publics à la
modernité européenne, en la régularisant et en l’aménageant.
Puis, dans une troisième phase, distincte chronologiquement,
on voit poindre, à l’extrême fin du XIXe siècle, le
lexique d’une ville de la technique qui bute sur celle de la spéculation
puis sur celle du patrimoine.
GENESE D’UNE LANGUE DE L’URBANISME EN EUROPE (1909-1942)
Hartmut FRANK
HFBK, Hambourg
Véronique FAUCHEUR
Berlin
Panos MANTZIARAS
Paris
Problematique
La recherche se fonde sur l’hypothèse que, parallèlement
à la constitution de l’urbanisme en tant que discipline autonome,
on assiste à une homogénéisation des termes décrivant
les concepts, les méthodes, les outils, de l’urbanisme en Europe.
Cette homogénéisation se ferait selon le processus suivant:
a- Introduction d’un terme au vocabulaire disciplinaire d’un pays;
b- Evolution initiale du signifiant correspondant à une phase
de précision du signifié;
c- Fixation du terme, afin de faciliter la communication au sein d’un
même espace linguistiques et entre différents aires linguistiques.
Cette fixation-institutionalisation d’un terme, qui dévoile un
rapprochement d’idées et de pratiques peut avoir deux conséquences
sur le rapport entre le signifié et le signifiant:
a- La cristallisation du signifié et sa conséquence incapacité
d’évoluer sur la base de nouvelles données, ou
b- Le glissement sémantique du terme suivant l’évolution
du signifié qui ne s’enregistre plus au niveau du signifiant.
Notre intérêt est davantage celui d’historiens de l’urbanisme
que de linguistes. Il se porte sur la constitution de l’urbanisme en tant
que nouvelle discipline au tournant du siècle et sur son évolution.
Cependant la constitution d’un langage disciplinaire ainsi que son évolution
nous semblent être des indicateurs précieux de ces processus.
Les analyses parallèles des termes employés, de l’évolution
des rapports entre signifiants et signifiés et de l’évolution
des traductions nous fournirons des éléments qui permettrons
de confirmer ou d’infirmer diverses hypothèses concernant la discipline.
Ces hypothèses émergeront tantôt de l’analyse pure
des textes de notre corpus, tantôt du croisement de cette analyse
avec des données provenant de notre savoir général
d’historiens de l’urbanisme.
Corpus
La recherche est menée à partir des publications de la
Fédération Internationale de l’Habitat et de l’Urbanisme
(International Federation for Housing and Town Planning) qui d’une part
ont l’avantage d’être parus régulièrement en trois
langues (Allemand, Anglais, Français), d’autre part représentant
la mémoire d’un des « lieux » de discussion
les plus importants en Europe en ce qui concerne la constitution de l’urbanisme
en tant que nouvelle discipline.
Notons, à titre indicatif, qu’en 1928, Raymond Unwin prend la
présidence de la fédération suite au décès
de Hebenezer Howard. Les vices présidents sont, à l’époque,
Louis Bonnier pour la France et le Dr. R. Schmidt pour l’Allemagne. Parmi
les membres des pays affiliés (Angleterre, France, Allemagne, Espagne,
Bulgarie, Italie...) figurent Cornelius Gurlitt, Hermann Jansen et Joseph
Stubben, Marcel Poète et Henri Cellier.
Ces publications regroupent:
- Les comptes-rendus des 17 congrès qui ont eu lieu entre 1924
et 1939,
- Le journal mensuel de l’association publié jusqu’en 1944.
DE LA « URBANIZACION » DE
CERDA (1860) AL « URBANESIMO » MODERNO (1902)
Javier GARCIA-BELLIDO
Ministerio de Fomento, Madrid
Se ha comenzado rastreando la aparición del concepto denominativo
de lo que hoy día se entiende como la disciplina del urbanismo,
mediante las palabras con la raiz urban. Con independencia de la
aparición en Francia en 1842 (Radonvilliers) de la palabra urbanisme
descontextualizada, la primera acuñación de un término
específico para denominar l’art de bâtir les villes,
Stadt-baukunst, civic or public art o ‘arte de construcción
de ciudades’ que se usaba en toda Europa, fué sistemática
y conscientemente creado y extendido por CERDA en 1860 con el amplio concepto
disciplinar de urbanización y su publicación del primer
tratado moderno de urbanismo con la Teoría General de la Urbanización
en 1867. A partir de ahí se ha seguido su aparición en
Francia en 1873 con urbaniser (ABOUT), en inglés en 1884-88
con to urbanize o urbanize, en Austria y alemania en 1889-1890
con su equivalente Städtebau (SITTE y STÜBBEN), el city
planning aparece en USA en 1902 (OLMSTEDT) y el town planning en
Inglaterra en 1904 (HARSFALL), en Italia se crea la terminación
en -ismo con urbanismo y urbanesimo en 1902 (CONTENTO)
y 1910 (RINALDI), en francia aparece urbanisme en 1910 (CLERGET)
desde cuya lengua se expanderá como movimiento artístico
y social (-isme) de concentración en las ciudades, recibiéndose
en España en 1919 con el término de urbanismo, para
toda la prática y estudio disciplinar, restringiendo la primitiva
voz cerdiana de urbanización a su acepciòn actual
de ‘proceso de construcción de las infraestructuras básicas
para las casas de la ciudad’.
DES EGOUTS A L’HORIZON REGIONAL
Sônia MARQUES - Université de Pernambouc,
Brésil
Fernando DINIZ MOREIRA - DAU- UFPE, Brésil
Telma de BARROS CORREA - EESC- USP, Brésil
Ce texte est un des premiers produits des recherches du GROUPE RECIFE
concernant les catégories de l’urbain. Il s’intéresse plus
particulièrement aux catégories savantes, aux mots dont se
sont servis les différents spécialistes et intellectuels
lorsqu’ils envisagent les problèmes de la ville et de ses territoires,
depuis le début du siècle jusqu’aux années soixante-dix.
Au niveau des pratiques opérationnelles, cette période
débute avec la visée « sous-terraine »,
qui va de pair avec les actions pour l’embellissement de la ville, assainir
et embellir sont les mots d’ordre (Diniz). Bientôt, cependant, la
cible pour l’intervention n’est plus la ville elle-même, mais la
région, puisque les causes des problèmes urbains sont censés
exogènes. D’une approche régionale, celle de la planification
des années cinquante, (Marques), on viendra rapidement à
celle du territoire national, trajectoire parsemée d’interventions
concernant le logement qui vont du genre cités ouvrières:
les vilas aux grands ensembles modernes (Corrêa).
Le changement de dimension spatiale se fait accompagner d’un changement
du temps prévu pour l’intervention. Alors que le sanitarisme intervient
sur le présent, le développement régional annonce
ou en tout cas, prétend annoncer un devenir. La planification technocratique
lors du régime militaire quant à elle sera capable de travailler
sur les deux temps: elle annonce un nouveau pays que les techniciens sont
en train de planifier mais qui résultera d’interventions très
concrètes et bien visibles.
Néanmoins, les discours changent de façon beaucoup moins
nette, le glissement du langage est assez subtil, plein de détours
et de nuances. Lors des premières décennies, en effet, ville
et corps humain sont associés très nettement, comme l’attestent
les nombreuse analogies entre espace urbain et organismes vivant remplis
des mots que les spécialistes empruntent de la biologie et de la
médecine. Mais dès que l’horizon régional apparaît
on assistera au déclin progressif de la référence
biologique au profit d’un langage technocratique, moins figuratif et plus
abstrait.
LE LEXIQUE PARTAGE DES ARCHITECTES ET PAYSAGISTES,
ENTRE LANGUE SAVANTE ET LANGUE ORDINAIRE
Frédéric POUSIN
LOUEST, Paris
Les concepteurs, architectes, paysagistes, ont recours à un vocabulaire
fluctuant, non stabilisé que chacun charge de signification particulières.
Les termes que nous étudions, paysage urbain, espace public,
espace vert, parc expriment néanmoins un savoir revendiqué
qui chevauche le domaine de l’architecture et du paysagisme. Ils sont censés
appartenir à un vocabulaire spécialisé, mais en réalité,
dans leur usage, ils fonctionnent plutôt comme des termes de la langue
commune. C’est à partir des situations de conception et des pratiques
qui les sous-tendent que nous cherchons à comprendre comment se
construit le sens d’un terme à partir d’une polysémie de
départ.
L’objectif de cette recherche consiste à établir les valeurs
sémantiques des mots ou locutions utilisés par les concepteurs
des espaces de la ville, pour les confronter ensuite aux valeurs sémantiques
de ces mêmes mots, telles qu’elles apparaissent dans une métalangue
(ouvrages théoriques, définition de dictionnaires, d’encyclopédies...).
Il s’agit d’examiner les continuités et discontinuités entre
un vocabulaire intimement lié à la maîtrise d’une pratique
et un vocabulaire savant issu d’un souci de représentation donnant
lieu à métalangage.
L’étude porte sur le temps présent et sur un corpus en
langue française et anglaise, afin d’étudier les processus
de sémantisation dans des contextes professionnels et culturels
différents. Les perspectives de traduction, par les questions spécifiques
qu’elles posent, apparaissent comme un enrichissement pour notre propos.
En langue anglaise, nous étudions les termes urban landscape,
townscape, public space, green area, green zone et park.
La communication présente le projet de recherche, quelques précisions
sur le statut du lexique professionnel, la constitution d’un corpus d’énoncés
recueillis principalement dans la presse professionnelle et la méthode
d’interprétation sémantique inspirée de la théorie
des prototypes, enfin, à titre d’exemple, l’analyse du terme espace
public.
A PROPOS DE « RESEAU URBAIN ».AVENTURES
DE MOTS DANS LE LEXIQUE SAVANT
( Le cas de la géographie)
Denise PUMAIN
Université Paris I
Marie-Claire ROBIC
EHGO, Paris
Les auteurs étudient les variantes des mots ou expressions exprimant
l’existence d’un système de relations entre les villes et leur environnement
spatial. Une forme, celle de « réseau urbain »,
s’est fixée dans la géographie française à
la fin des années cinquante. Du point de vue de la théorie
géographique, elle peut être associée à la «
théorie des lieux centraux » élaborée notamment
par W. Christaller (1933) et par A. Lösch (1940), qui a été
adoptée par la communauté scientifique internationale pendant
la décennie cinquante-soixante.
D.Pumain et M-C.Robic examinent quelques avatars de l’expression de
« réseau urbain » (voire « réseau
de villes », « système de ville »,
« modalité »...) dans la géographie française.
En envisageant d’abord la longue durée (depuis le début du
XIXe), elles tentent d’analyser les connotations qui l’entourent, et dont
témoignent des définitions, des méthodes d’étude,
des catégories savantes associées à la recherche sur
l’objet ainsi désigné, ainsi que des représentations
graphiques ou cartographiques. Elles rappellent les controverses et les
substitutions terminologiques qui se sont produites dans le champ de la
recherche urbaine lors de périodes d’échanges entre géographes
d’appartenance nationale différente (cf. Les relations franco-britanniques
du début XXe), et lors de périodes caractéristiques
de l’aménagement du territoire: Années soixante et années
quatre-vingts, quatre-vingt-dix.
Elles tenteront d’éclairer ces observations du jeu entre mots
et concepts dans la pratique scientifique par trois points de vue:
1- Celui de l’affirmation identitaire et des rapports de force (corporatiste,
disciplinaire, idéologique...).
2- Celui des transferts de vocabulaire scientifique.
3- Celui de l’imaginaire des formes associé aux mots de la langue
savante.
VILLAS ET JARDINS PRISONNIERS
Le lexique de la ségrégation à
São Paulo dans le discours de ses architectes, urbanistes et réformateurs
(1890-1990)
Margareth DA SILVA PEREIRA
Universidade federal fluminense, Rio de Janeiro
Le texte explore les silences, les glissements de sens et la fixation
des contenus dans la désignation des zones d’expansion urbaine à
São Paulo. Ville libérale, la forme matérielle de
l’agglomération est le résultat de l’action de l’initiative
privée de même que le lexique employé pour désigner
ses fragments de tissus urbains et de communautés. Il n’y est pas
des désignations techno-administrative « normatives »,
« neutres » ou encore de nature « générale
» destinées à nommer des phénomènes
d’urbanisation globaux. Parmi la mosaïque de noms propres qui désignent
les lotissements qu’ont formé la ville, la plupart exhibe des noms
composés commencés soit du mot « vila »
soit du mot « jardim ». A l’examen d’un siècle
d’action technique et administrative, il s’agira d’analyser les enjeux
idéologiques et pratiques qui guident le « choix »
de ces mots.
ATELIER 5
Languages of urban stigma
Lenguajes de la estigmatización urbana
Les vocabulaires de la stigmatisation urbaine
"L’ITALIEN " DANS LA TOURNEE DU SIECLE
ET LE "FAVELADO" D’AUJOURD’HUI.
Maria RUTH AMARAL de SAMPAIO et Anna Lucia D.
LANNA
Faculté d’architecture et d’urbanisme de
l’Université de São Paulo - Brésil
São Paulo avait à la fin du 19e siècle une population
de presque de 240.000 habitants dont environ 40% étaient d’Italiens
qui faisaient dans la ville les tâches les plus diverses. La culture
du café à l’intérieur de l’état de São
Paulo avait attirée un courant d’immigration qui remplaçait
l’esclavage, à partir des dernières années du siècle
passé.
D’ un abord qui privilégie les aspects culturales du problème,
dans une perspective anthropologique, notre but dans cette communication
sera d’éclaircir le processus d’intégration des Italiens
dans la société « paulista » pendant
ses premières années d’adaptation, où des conflits
et préjugés des deux cotés ont caractérisés
les relations entre les anciens habitants et les nouveaux arrivés.
Les « favelados » ont commencé a avoir
une présence plus visible à São Paulo a partir de
1970, bien que dans les années 40, ils avaient déjà
dans la ville quelques favelas. Cette population était vue par les
pouvoirs publiques comme des vagabonds, des criminels, des voleurs, des
ivrognes et des prostituées. A partir de 1970, quand le phénomène
s’élargit, il était plus difficile de continuer à
définir la population de la même façon. Aujourd’hui,
la population « favelados » est a peu près de
20% des habitants de São Paulo et est encore plus victime d’une
série de préjugés, de discriminations et de spoliation.
Etudier ces processus, montrant comme cette population, qui est arrivée
à São Paulo a la recherche de travail, en deux époques
diverses, soit les Italiens du début du siècle, soit
les favelados d’aujourd’hui a été stigmatisée,
c’est un des objectifs de cette communication.
MADINA / MEDINA
Ecarts et glissements de sens. Mots de l’espace
et identités territorales.
Le cas du Maroc
Abdelmajid ARRIF
IREMAM, Aix-en-Provence
Définition de « médina » en français
courant:
a- Petit Larousse: (mot arabe signifiant ville), Ville arabe près
de laquelle s’élève une ville européenne
b- Petit Robert, 1972 (mot arabe): Partie musulmane d’une ville (opposée
à la ville européenne) en Afrique du Nord (spécialement
au Maroc)
Les définitions citées en exergue, datant bien des années
après l’indépendance des pays concernés (1972), gardent
la mémoire d’une période bien datée; à savoir
la période coloniale. Le sens donné au mot « médina
» trahit le grand partage au centre des perceptions et des représentations
du territoire urbain marocain de cette période. Celles-ci nous restituent
un espace double, marocain et européen, que règle un ordre
de « proximité » et de distance, voire d’ «
opposition ».
Cette manière de voir, cristallisée et sanctionnée
par un lexique, renvoie à un moment historique des villes marocaines
qui correspond à la période coloniale où la ville
est posée en terme de frontalité et de juxtaposition de deux
territoires urbains dont la désignation et la qualification seront,
dès les premières années du protectorat au Maroc,
fixées. On parle, alors, de ville indigène, de
vieille médina et de nouvelle médina et, par opposition,
de ville européenne. Ces désignations et qualifications
connotent, au travers d’un opérateur symbolique qu’est la toponymie,
une forme d’identification par différenciation et catégorisation
de deux entités territoriales et sociales marquées par une
proximité spatiale.
Les catégories de « médina »
et de « ville européenne » deviennent des catégories
génériques pour désigner non seulement un espace mais
concomitamment un mode de vie, une organisation sociale et un ensemble
de valeurs différenciant la société marocaine de celle
européenne.
Alors que le terme « médinn » dans l’usage
qu’en font les marocains avant et après le protectorat français,
renvoie à un ensemble territorial urbain large opposé à
l’espace rural, ce terme, dans l’usage européen, voit sa référence
territoriale se rétrécir pour ne concerner, dans un espace
urbain en extension, que le territoire historique des villes marocaines.
Il ne s’applique pas, dans l’usage qu’en font les différents acteurs
de la ville coloniale, les voyageurs, habitants européens, chercheurs,
etc..., aux extensions urbaines réalisées pendant cette période
qui sont situées à distance de cet espace historique.
Ces extensions seront désignées comme éléments
de la ville européenne en constitution, fondateurs d’une nouvelle
territorialité, comme éléments de rupture historique
et de différences culturelles, ou bien comme éléments
fondateurs de la Nouvelle médina: nouvel espace de résidence
des marocains. Cette dernière désignation marque bien la
qualification ethnicisante attachée au mot médina. Elle s’intègre
à un ensemble de désignations marquant des oppositions entre:
- ville musulmane / ville européenne
- ville arabe / ville européenne
- ville blanche / ville indigène
- vieille ville / ville nouvelle
- etc.
Ces formes de classement des territoires dans la ville et du territoire
de la ville relèvent de deux registres:
- l’un de nature cognitive: description d’un territoire, de ses propriétés,
ses formes spatiales et sociales;
- et l’autre, de nature stéréotypique: description relevant
des jugements de valeur, des représentations de l’Autre et de son
espace, ethnocentrisme, construction identitaire (ethno-types), etc...
La frontière entre ces deux registres n’est pas forcément
étanche.
Cette variation d’échelle (toute la ville ou une partie), de
désignation et de signification que subit le terme de médina
à des moments historiques différents (avant le protectorat,
pendant le protectorat, après le protectorat) mérite d’être
interrogée.
"THE GENOA’S WESTSIDE BETWEEN STEREOTYPE AND STIGMATISATION"
Sabrina CAPRA
Université de Gênes, Italie
This intervention deals with the Genoa’s Westside and the processes
of territorial stereotyping and stigmatisation. The word STEREOTYPE refers
to beliefs which are « preconceived », resulting from
routinized habits of judgement and expectation, not always or not necessarily
negative that however conveys a simplificated image of external world.
The concept of STIGMA underlines the « mark », the
« blemish » attributed to individuals, groups (and
territories) that disqualifies the stigmatised object from full social
acceptance and that frequently involves forms of real discrimination and/or
of exclusion. In the urban context, specifically, the social disfavoured
conditions of certain neighbourhoods take to a real stigmatisation and
rejection of their places and of their inhabitants. In the Genoa’s suburban
Westside, it’s possible to find numerous examples of these situations.
Genoa has a particular position in its area, it stretches for 33 kilometres
along the coast of Liguria and, in its hinterland, along the valleys (Polcevera
and Bisagno). The present dispositions is due to its industrial development
starting from the second half of the 19th Century, when the different parts
of the town acquired different complementary functions and industries and
plants concentrated in the Westside and in the valley of Polcevera.
After the second World War, the industrialisation of those areas grew
up increasingly and produced the arrivals of immigrants, coming from Southern
Italy, concentrated above all here. In the urban imaginary, the «
Westside », talking about the Westside, progressively meant and
stereotyped the « urban question of area », the «
slums’area ». Some Westside areas became progressively places
with an high concentration of economic and social disease, of deviance,
of environmental pollution, of spatial segregation. In the long run, the
places and the inhabitants underwent labelling, stigmatizing processes,
the names of certain neighbourhoods, of certain streets or of specific
buildings became synonyms of deviance, of possible dangerousness or, in
the meantime, of difficulty, of suspicion or of pity. The suburban position
herself, climbed on steep hills, the material problems of access to those
areas, accentuated the perception of these neighbourhoods as «
segregated » and « remote ». In our research,
we consider some neighbourhoods, regarded as specially significant, the
« area della 167 » (« 167 areas »),
so named because built in consequence of a national law of 1962 (Legge
167/62) that allowed a great increase of « edilizia residenziale
publica » (« social public buildings »),
both in « convenzionata » (with private builders, under
public contracts, that sell the flats to people, while the public powers
attend to the works of first urbanization) and in « sovvenzionata
» (« found buildings »: the buildings are
public and they are rent to particular groups of people, with the economic
and/or social problems). In particular, we have chosen the areas of «
Ca’Nuova »(Pra), Pegli 3 and Begato. The first results of the
research show old and news forms of stigmatization, applied both to the
places and to their inhabitants, where architectural structures and social
groups are jointed into a sole negative image. In fact, one of the most
interesting thing of the phenomenon of the Genoa’s Westside stigmatization
is the inextricable interlacing elements (structures, buildings and their
forms, economic living standards) and the symbolic image evoked by the
« names » of things in the rest of the town. Besides,
it’s also very important the inhabitants’ perception of themselves, the
« names » used to call people, streets, buildings and
thus to place themselves in the world. In the course of our research, we’re
going to gather, through the survey, the social images and judgements,
coming out of the names that the inhabitants of the Genoa’s Westside give
to the different parts of their neighbourhoods. We’re going to point out
two others elements, too: the « memory’s words », the
evolution of the semantic designations during the time, the sense of their
changing, and the relevance of the « architectural sign »
for the creation of the definitions and of the urban imaginary. From data
analysis and from gathered informations, we’ll try to grasp the words’
meanings and motivations, their changements during the time, and the consequences
on social life and on the inhabitants’space perceptions.
STIGMATIZATION OF URBAN PROCESSES: AN ANALYSIS
OF THE TERMINOLOGY EMERGING OR ASSOCIATED WITH SLUM SITUATIONS IN INDIA
Amitabh KUNDU
Gujarat institute of New Delhi, India
As a consequence of the process of urbanisation in India, two types
of negative terminology have emerged. One, those that view or describe
urbanisation itself as a negative phenomenon - a process of generating
problems. The problems are of exploitation of resources, destabilising
agrarian economy, pollution, congestion, segregation, increasing inequality
that have adverse impact on the entire society. Many urbanities, who benefit
from the positive aspects of urbanisation, would also be using or coining
such terminologies. Then, there are the rural people in the hinterland
who have to suffer the negative consequences without partaking in the benefits
viz. withdrawal of able bodied manpower, degradation of ecology and social
values. Some of these terms are, thus, coined by these people in the region
who rightly or wrongly feel aggrieved, considering themselves at the receiving
end of some of the problems created through urbanisation.
The second type of negative terminology is due to segmentation of space
within the cities and emergence of slum areas. There are terms used by
the gentry to describe these areas, their nature and socio-economic characteristics.
These capture the unhappiness and apathy of this elite class towards slums
as also their apprehensions about its adverse impact. Similarly, people
residing in the slums develop their own vocabulary for describing the city
life in general and their own existence in particular. These, in several
ways, reflect their helplessness, anguish and anger. It would be useful
to examine the evolution of all these of the present time. Further, one
may like to see how certain their use in urban setting. This would help
in understanding the conflict of interests and of values in the urban scene
and their possible role in the dynamics of future development.
The paper analyses the words belonging to both the categories. This
would help in examining the dynamics of urban development in India and
understanding the conflicting forces that determine its nature and spatial
structure.
DU TAUDIS A LA CITE 1945-1975
Numa MURARD
GRASS, Paris
Le vocabulaire de la stigmatisation est une désignation des écarts
négatifs à la moyenne, l'inverse du vocabulaire de
la distinction, qui est la désignation des écarts positifs
à cette même moyenne. Sur la période considérée,
la moyenne correspond à l'idée consensuelle d'une France
unanimiste, sans riche ni pauvre, sans conflits. Dans les faits, la "résidence"
s'oppose terme à terme au taudis.
Mais la désignation négative n'est pas seulement une affaire
de catégorisation écrite, officielle. Elle s'exprime aussi
dans les sensibilités, révélant un conflit : entre
les habitants, qui veulent être valorisés, quitte à
stigmatiser eux-mêmes ceux qui peuvent l'être, et les acteurs
- experts, fonctionnaires et élus, militants - qui doivent stigmatiser
les lieux et leurs occupants pour les réhabiliter, pour déclencher
une action.
La guerre au taudis, qui s'achève en 1975, est une illustration
de ce processus. Aucun discours officiel ne veut stigmatiser, tous les
discours sont porteurs de promotion, d'égalité. Mais le discours
de l'égalité est trop vague, trop abstrait, pour contrer
la valorisation qui résulte de l'ancienneté dans la ville,
et c'est pourquoi le HLM n'aura jamais la légitimité du logement
ancien, inscrit dans la topographie et l'histoire de la ville. De plus,
les discours de la promotion portent en eux-mêmes une négativité,
dans la mesure où ils valorisent une population particulière
en dévalorisant une autre population, dans la mesure où,
pour imposer la nécessité de sauver un groupe, ils décrivent
ce groupe en situation de perdition. La stigmatisation est le produit de
la pitié, la rançon des politiques du cœur. Elle décrit
les hommes à sauver comme des hommes dominés par l'empire
du besoin, incapables d'autonomie, devant être appareillés
(notamment par le logement) pour accéder à cette autonomie.
Dans les cités qui ont permis d'assécher les taudis, le
stigmate poursuit la famille nombreuse et le célibataire infâme,
passés du bidonville horizontal au bidonville vertical.
Du taudis à la cité s'impose la même compassion,
ignorante des capacités dont les hommes font preuve pour résister
à cette stigmatisation.
LES VOCABULAIRES DE LA STIGMATISATION EN CHINE:
Histoire des quartiers « penghu »
SHI LU
Institut d’Asie Orientale, Lyon
Comme dans toutes les sociétés, il existe également
de bons et de mauvais quartiers dans les villes chinoises. L’histoire des
quartiers « penghu » a été liée
à l’ouverture de la Chine au commerce étranger dans la deuxième
moitié du 19e siècle. Au fur et à mesure que les secteurs
industriels se sont développés, les quartiers «
penghu » ont connu une poussée de croissance en particulier
à partir des années 1920. Les vocabulaires utilisés
pour désigner les habitats et les habitants de ces quartiers étaient
à la fois riches et homogènes dans la langue officielle comme
dans la langue populaire.
Après 1949, sous le régime communiste, ces quartiers «
penghu » ont connu de grandes transformations. Les vocabulaires
de la stigmatisation sur les mauvais quartiers ont été euphémisés
dans la langue officielle. Cependant, ils existent toujours dans le langage
populaire.
Les réformes politiques et économiques de la Chine lancées
à la fin des années 1970 ont provoqué un nouveau mouvement
migratoire des paysans, autrement dit l’exode agricole. Des milliers et
des milliers de paysans quittent leur pays à la recherche de l’or
dans les villes. On assiste ainsi aujourd’hui à une renaissance
des quartiers « penghu ». Certains termes utilisés
avant 1949 pour désigner ces quartiers réapparaissent aujourd’hui.
L’histoire des quartiers « penghu » du milieu du
19e siècle jusqu’aujourd’hui montre que si avant 1949, date de la
prise du pouvoir par les communistes chinois, le vocabulaire de la stigmatisation
était riche et brutal, il devient plus masqué et euphémisé
de nos jours. La comparaison entre la langue officielle et la langue populaire
dans ce domaine nous semble significative surtout pour la période
après 1949.
HIDDEN WORDS : PLACES OF THE MOCAMBO IN RECIFE
José TAVARES CORREIA DE LIRA
Université de São Paulo
The etymology of the African word « Mocambo » tells
us that the prefix « mu » together with the root «
Kambu » means « hide out » or «
root free ». It probably arrived in Brazil through Portuguese
West African languages from the 16th to the 17th
Centuries. At that time, it refered to the dwellings or settlements built
in the woods by the runaway black slaves in the northern part of the country.
More commonly addressed by the word « Quilombo », Mocambo
identified these forms of social, military and political resistance of
the enslaved all along colonial and imperial days.
Since early 20th Century though, while its original sense
would be confined to the historical literature, language studies, and dictionaries,
representations of urban growth after slavery abolition would inaugurate
a totally different meaning of the word. In the largest Brazilian North-eastern
cities, « Mocambo » began to appear both in learned
and ordinary vocabulary as a regional most appropriate translation to «
Slums ». In Recife, where contemporary observers were shocked
by the physical, moral and social conditions of the urban poor, several
parts of the city would be called « zonas de mocambos ».
There were thousands of these shacks and humble dwellings sprawling through
never drained lands, almost at sea level with soaking underground, areas
covered by water surfaces and mangroves, by the rivers or to the western
heights. The whole city could perfectly be named « Mocambopolis
» or « Cidade dos Mocambos ».
This modern sense of the word helped to legitimate housing policies
and technical discourses on city planning there. But their intolerance
against such degrading places was clearly flowing from a very influencing
ethnological interpretation of society at the time. After all the Mocambos
resembled Negro settlements in Senegal or Angola. Even worse. Their «
bastard solutions » had nothing of the enchanting African pictorial
barbarian. On the contrary, they were source of shame and disgust for the
bad sanitation and backwardness of this pretentiously civilised city.
However, the Mocambo phenomena would also serve -not only to diminish
and discriminate, but - to laud and demonstrate the black’s contribution
to the country’s racial and cultural background. Stimulated by an interest
on national cultural values, it could be seen as an allegory of an ancient
and wide miscegenation process taking place in Brazil. From the 20s onwards
indeed, the Mocambo would frequently appeal to the local sensibility in
search of a linguistic and anthropological identity. In the Brazilian Nordeste
for instance, and in Recife in especial, a whole Regionalist Movement would
celebrate it as one of the most significant figures of vernacular architecture.
During the1930s and 40s, the local artistic and sociological imagination
would merge some old and new ideas concerning popular culture. Environmental
or climatic prejudices, Neo-colonial aesthetics, Luso-brazilian revival,
Primitivism or Expressionism in painting, graving and literature, Human
Ecology would all help to elaborate a respectful commentary upon the Mocambos.
For some intellectuals and artists, they seemed to portray an organic world
capable to resist against the dismantling and standardisation of Brazilian
supposedly convenial characteristics. Just as much as the colonial city,
Mocambos held a certain architectural and urbanistic coherence of their
own and could not be simply destroyed by sanitarian and governmental measures.
According to these educated men and women, they had to be carefully seen,
studied and even preserved for they ennobled the no-way out situation of
the urban miserable masses.
This paper tries to examine these contemporary acceptation’s of the
word in order to help understanding the means by which Recife itself would
be recognised / named along the first half of the 20th Century.
ATELIER 6
Language variation and urban lexical evolution
Varición lingüistica y evolución lexical urbana
Variation langagière et évolution lexicale en ville
CONTACTS D’USAGE ET CIRCULATION DES MOTS EN MEDITERRANNEE
ORIENTALE
Jean-Charles DEPAULE
CNRS-IREMAM, Aix-en-Provence
La Méditerranée est, à travers les siècles,
un lieu d’échanges, de relations et de conflits, y compris pour
les mots, qui circulent, se transfèrent, s’imposent, s’opposent,
coexistent, s’adaptent, s’effacent.
Sans négliger d’autres époques, contextes ou mouvements,
cette étude privilégie la période contemporaine (à
partir du XIXème siècle), des situations de réforme,
et des circulations qui vont du nord vers l’Orient méditerranéen
(dans lequel on inclut le Maghreb), mais également des parcours
à l’intérieur de cette aire.
Réforme: il s’agit du processus de « modernisation
» ou de « rationalisation » urbaine d’ordre
administratif, législatif, fonctionnel, sanitaire, morphologique,
impliquant des changements langagiers, dans lesquels interviennent des
institutions spécialisées, et qui passent par des emprunts
à des lexiques étrangers, à partir desquels des termes
et des concepts sont traduits, décalqués, introduits tels
quels et adoptés.
De tels emprunts impliquent le plus souvent des rapports inégaux
de type impérialiste, mais il arrive qu’ils s’ effectuent selon
des schémas complexes: l’italien occupe une place spéciale,
et c’est moins la langue de l’occupant ou de la tutelle politique ou économique
que celle de la main d’oeuvre et des techniciens qui ont participé
de façon significative aux chantiers de « la ville moderne
» autour de la Méditerranée.
Un mot, avec ce qu’il désigne, peut traverser la mer (dans le
bagage d’un constructeur italien), du nord vers le sud, voyageant de la
sorte au long cours, il peut aussi se déplacer par cabotage.
Des types de trajectoire sont donc identifiables.
D’autre part, si le recours à un mot étranger correspond
à l’avènement d’un objet urbain (un équipement, par
exemple), d’un mode de découpage de l’espace de la ville, ou d’un
usage nouveau (le mot piazza, dans la Turquie du siècle dernier)
ou à un renouvellement du vocabulaire lui-même, ces correspondances
sont rarement synchrones. Il convient donc de distinguer des rythmes et
des temporalités propres.
Le destin d’un mot dans l’espace et le temps est indissociable du ou
des registres successifs auxquels il est intégré: alors que
la manifatura a disparu du lexique égyptien, l’isbitalia
(hôpital), terme levantin d’origine italienne, a quitté la
langue « officielle » où il a été
supplanté par un mot arabe, pour survivre, notamment au Maghreb,
dans l’usage populaire sous la forme sbiter ou sbital.
TUNIS, MISE EN MOTS
Nabiha JERAD
Université de Tunis
A partir d’une enquête sociolinguistique orale qui a porté
sur les points suivants:
a-Les désignations génériques de la ville de
Tunis,
b- Les désignations de ses lieux repères,
c- La nomination et la catégorisation de se nouveaux territoires,
d- Les valeurs sociales et symboliques associées aux noms de
lieux,
e- La représentation des frontières de la ville,
Nous avons essayé de montrer que les représentations de l’espace
d’une ville, de ses nouveaux territoires, de ses frontières sont
intimement liées aux pratiques sociales et que les noms de lieux
et la notion de l’espace de la ville sont interprétés dans
le cadre des références culturelles et des valeurs du vécu
quotidien.
On a également pu observer que dans une situation qui combine
réforme urbaine et réforme linguistique, les effets d’une
telle dynamique se traduisent par les télescopages de registres
de leur langue et d’hétérogénéité linguistique.
Dans l’ensemble, l’analyse du corpus recueilli permet d’avancer que
les mots du lexique de la ville sont objets de négociation, malentendu
et décalage entre signifiants, signifiés et référent.
LES DENOMINATIONS DES VOIES ET DES ESPACES OUVERTS
SUR LES PLANS DE ZAGREB
Skiljan DUBRAVKO
Institutum Studiorum Humanitatis
Ljubljana, Slovénie
Le corpus pour la recherche s’est limité à dix plans,
provenant de la période entre 1825 et 1995. Le but de la recherche
est de démontrer comment s’est changé le champ sémantique
des mots génériques qui désignaient des voies et des
places ouvertes à Zagreb. On a dégagé une liste des
noms communs classés dans trois catégories élémentaires,
celles de voie, de place et de parc. Du développement
de la ville résulta une augmentation nette du nombre de dénominations:
1825-2, 1845 et 1864 -4, 1878-1 et 1889-11, 1923-10, 1932-27, 1947-31,1973-50,
1995-47; on y remarque trois coupures placées en 1870, 1930 et 1960
environ, qui correspondent à l’apparition des nouveaux plans d’aménagement
urbanistique et aux commencements de leur application.
Il y a plusieurs répartitions possibles des mots de la ville
de Zagreb: la première est une classification des noms communs selon
les éléments de la structure urbaine qu’ils dénomment;
une autre concerne la différence entre les noms d’origine slave
et ceux qui sont empruntés; par le troisième partage on sépare
les noms « urbains » de ceux qui ont été
considérés comme « non-urbains ». En
partant de cette troisième classification, on peut esquisser une
autre taxinomie sémantique, où on distinguera trois champs
sémantiques élémentaires. Un premier groupe de noms
appartient sémantiquement aux mots qui sont des signes des composants
des habitats humains au sens propre: le champ de l’habitat. Le second
groupe rassemble les noms qui désignent des produits de l’activité
humaine qui ne sont pas spécifiquement liés aux habitats:
le champ de la culture. Au troisième se trouvent les notions
dénommant les parties de relief qui ne sont pas originairement résultat
d’une pratique humaine quelconque: le champ de la nature. Avant
1918, c’est le champ d’habitat qui produisit la majorité
des notions. Le champ de la culture a pris part dans la constitution
des dénominations surtout après 1918, et le rôle prédominant
du champ de la nature marque la dernière période,
après 1945.
La transformation du vocabulaire de la ville est, partiellement, de
la nature sociolinguistique: les guerres ont changé la structure
sociale de la population urbaine, et les habitants nouveaux, d’origine
le plus souvent rurale, ont apporté leurs propres coutumes, même
dans le domaine de l’appellation des rues et des places. D’autre part,
la logique administrative et urbanistique participe au choix des noms.
Enfin, le vocabulaire de la ville en croate est relativement limité
et presque toutes ses ressources ont été épuisées
au 19e siècle déjà, et on devait chercher son élargissement
« naturel » dans le champ sémantique «
de la culture », qui, de sa part , n’offrait que le nombre défini
d’entités nouvelles et était élargi par le champ «
de la nature ».
« DEFINING A CODE: TOWN BEMBA AS URBAN
HYBRIDITY »
Dr. Debra SPITULNIK
Department of Anthropology. Emory University.
Atlanta. USA.
This paper is part of a larger work in progress, entitled: The Language
of the City in Zambia: Defining Codes and Speech Communities in a Multilingual
Setting. The project focuses on issues of urban life, codeswitching,
language change, and the social implications of hybrid languages. I investigate
how Bemba (a Bantu language spoken in Zambia) has changed through interaction
with English, and I relate this to processes of community formation and
the experience of modernity in Africa. Data is from eighteen months of
ethnographic and linguistic research in Zambia; discourse analysis of conversations
and Radio Zambia programs; and current collaboration with Bemba speakers
in the U.S.
The present paper overviews Zambia’s multilingual landscape and focuses
on the variety known as « Town Bemba ». Town Bemba
is spoken throughout Zambia, and has roughly 2 millions speakers. I argue
that « Town Bemba » is both an ideological label for
a linguistic code and a description of a set of multilingual practices
in urban Zambia. Town Bemba has, in contrast to rural Bemba, a large number
of English loans and a high degree of Bemba-based linguistic innovation.
Its phonology and morphology differ in minor details; its syntax is basically
the same. Most dramatically, Town Bemba features extensive codeswitching
with English. Town Bemba is positioned in contrast to a more «
pure » rural Bemba. As such, it has the often contradictory social
values of being both a prestigious, cosmopolitan code and a corrupt,
devious code. In a less glamorous sense, Town Bemba is also unmarked: it
is simply the normal urban variety. The paper discusses how code polyvalency
and hybridity correlates with the social experience of urban Zambia as
a site of cultural fluidity, innovation, and blending.
A major component of the research focuses on Bemba expressions for the
city and the experience of city life. Two linguistic questions are engaged:
What semantic fields structure the vocabulary of the urban environment?
What linguistic principles underlie processes of Bemba-English codeswitching
and lexical transfer in expressions about the city? Preliminary research
indicates that 3 semantic fields are essentials: an « urban »
vs. « rural » dualism, distinctions of socio-economic
hierarchy, and evaluations of the city as « modern »,
e.g. exciting, fast, and fun. Significantly, the source domain for many
of the English loan words is imported mass media, thus highlighting the
significant role of transnational processes in defining the urban.
In summary, the case of Town Bemba has implications for several larger
issues across the fields of linguistics, sociology, and anthropology: What
counts as « a language » or « a code »?
What is the significance of linguistic hybridity in multilingual situations?
How do we locate the urban? How do people experience cities? And how do
transnational and global processes structure urban experience?
REPERAGES SOCIOLINGUISTIQUES DANS LES DESIGNATIONS
DE LA VILLE
(Dakar, Sénégal)
N’diassé THIAM
Centre de linguistique appliquée
Dakar
Les désignations de la ville semblent être animées
d’une intention catégorisante en ce qui concerne les acteurs qu’elles
impliquent, que ce soit du point de vue de leur localisation spatiale,
socioculturelle et socio-économique, ou du point de vue de leur
rapport au pouvoir symbolique véhiculé par le facteur linguistique.
Il serait permis, dès lors, de parler de catégorisations
sociolinguistiques dans les désignations de la ville.
A partir de cette hypothèse, on peut se demander si ce type de
catégorisation sociolinguistiques ne se situe pas en amont des désignations
de plusieurs quartiers de Dakar, des quartiers nouveaux en particuliers.
Cela ne serait qu’une perpétuation, en somme, d’une vieille démarche
pragmatique qui associe la désignation de la localité à
ce que celle-ci a de plus caractéristique, telles les désignations
« usine » (benn tali « à voie unique
»; naari tali « à double voies »,
du fait de l’implantation d’une biscuiterie perçue comme une usine
en ces lieux), « Crédit Foncier » et même
« Plateau », ou encore « Guy Mariama »
(le baobab de Mariama, lieu de prières situé à l’emplacement
de l’actuelle Cathédrale de dakar, où les anciens colons
célébraient la messe sous l’ombre d’un baobab «
guy »), « Làmbi Naas » (l’arène
de Naas, endroit qui abritait les compétitions de lutte traditionnelle,
baptisé du nom de son créateur et ayant donné, par
extension, son nom au quartier de son emplacement), et autre «
Naay cokker » (dune des perdrix: vaste surface où se groupaient
en permanence une multitude d’oiseaux appelés cokker «
perdrix »), etc..
Mais il y a aussi les désignations portant sur des distinctions
ethniques, économique et socio-culturelles lourdes de sens comme
« robinet laobe » (fontaine des Laobe, une ethnie
du Sénégal réputée fort bruyante et peu regardante
aux conventions culturelles, et ethniques en particulier), «
Xuru Naar » (vallée des Naar « maures
», dont l’activité principale, du moins en cet emplacement,
consiste au tannage des peaux de bêtes, ce qui lui donne une odeur
singulière et, plus important encore, une colonisation socio-économique
et culturelle toute particulière).
Quant aux désignations « Première porte »,
« deuxième porte » (Université et Mermoz),
»Jet d’eaux », etc..., elles réfèrent,
de toute évidence, à des réalités centrées
sur la modernité telle que localement acceptée, mettant en
avant un niveau socioculturel plus élevé et, on l’aura remarqué,
se traduisant par l’usage du français toponymique pour la totalité
de la population urbaine, y compris les non francophones. La différence,
sur l’axe historique, résiderait dans le sème-focus, la signification
mise en exergue pour le repérage: d’un coté il réfère
uniquement à une signification spatiale et/ou instrumentale, pour
les désignations anciennes, d’un autre coté, pour les désignations
plus récentes, on semble s’orienter vers une différenciation
du type qui constitue notre hypothèse.
Pour le vérifier, nous avons effectué un travail de relevé
des repères urbains sur trois axes que nous avons postulés
distincts des points économique, socioculturel, linguistique et
sociolinguistique, en suivant les itinéraires correspondants du
transport public informel (par distinction au transport public géré
par une société semi-étatique dont le fonctionnement
et le type d’usagers ne se prêtent pas tout-à-fait ce type
d’enquête). Des personnes ont été interrogées
sur leur perception des différentes dénominations qu’on a
recueillies pour une anlyse qualitative du corpus.
Les résultats de cette étude feront l’objet de ma communication
au séminaire international des « mots de la ville »
LE PLURILINGUISME DANS LES VILLES TCHEQUES
Zdenek UHEREK
Institut d’ethnologie, Prague
La situation linguistique dans les villes tchèques a évolué
au cours du temps en réagissant de façon très sensible
aux changements de climat politique et d’orientation culturelle de l’Etat.
En cela, la ville tchèque se différencie sensiblement du
cadre villageois, où la langue apparaît comme un élément
plus stable.
Les moments de rupture de la situation linguistique des villes tchèques
sont les suivants:
-XII-XIIIème siècle: au moment de la fondation des villes
selon les modèles allemands, italiens ou français, c’est
l’allemand qui domine dans les villes. Le bilinguisme tchèque-allemand
commence a être un phénomène fréquent et accompagne
la culture urbaine tchèque jusqu’au début du XXème
siècle. Dans le même temps, le latin s’impose comme langue
des lettrés.
-XIV-XVIème siècle: le tchèque prend l’avantage
dans les villes, car l’Etat tchèque indépendant crée
une structure stable et les migrations internationales perdent en intensité.
Le bilinguisme tchèque-allemand continue d’être un élément
important de même que l’influence du latin; à Prague, on trouve
également des groupes de Flamands, de Wallons invités à
la cour et qui y conservent leur langue.
-XVII-XVIIIème siècle: a nouveau l’allemand commence à
regagner l’avantage dans les villes. Ce phénomène est lié
à l’inclusion de la région dans l’Empire austro-hongrois.
- Au début du XIXème siècle se produit une renaissance
du tchèque dans les villes dans le cadre des efforts en vue de l’émancipation
nationale; l’utilisation de la langue cesse d’être une question d’origine
ou de statut social mais un indice de position nationaliste. La langue
devient une arme idéologique. En même temps que l’industrialisation
de masse, une forte immigration venue de la campagne peuple les villes.
Ce phénomène influence également la langue parlée
dans les villes.
- En 1918, les tchèques et les slovaques fondent ensemble un
état indépendant. Le bilinguisme tchèque-allemand
cesse d’être courant. Il diminue constamment jusqu’à disparaître
presque totalement en 1950.
-L’existence d’un Etat commun Tchèque et Slovaque n’a pas amené
à la naissance d’un bilinguisme tchèque-slovaque, mais à
une bonne connaissance passive de la deuxième langue.
- L’inclusion de la Tchécoslovaquie au bloc de l’est a eu pour
conséquence la mise en place d’un enseignement obligatoire du russe
dans les écoles. Mais le niveau de connaissance effective du russe
n’est pas, dans les Pays Tchèques, très élevé
et ne correspond pas à la tentative mise en place par le système
d’éducation socialiste.
Dans le lexique de la langue tchèque écrite des années
60 et 70, parmi les mots importés, dominaient les mots dérivés
du latin, puis du grec, en troisième place l’allemand et ensuite
le français. Les mots du latin, du grec et du français sont
le plus souvent des mots des registres spécialisés, les mots
venant de l’allemand apparaissent davantage dans la langue parlée,
et dans la le lexique artistique.
Actuellement, les mots importés viennent principalement de l’anglais.
ATELIER 7
Districting cities
Divisiones de la ciudad
Les divisions de la ville
AMENAGEMENT, ZONAGE ET DECENTRALISATION DE LA
GESTION:
Divisions de la ville et enjeux des pratiques
urbaines à Recife (Brésil)
Jan BITOUN
Université de Pernambuco
Recife (Brésil)
Cette communication présente les mots qui indiquent les divisions
de la ville de Recife, recueillis au long d’une double expérience:
celle d’un habitant, où l’on s’efforce de classer les mots du sens
commun; celle d’un universitaire engagé dans la gestion locale qui
cherche à comprendre la création de divisions techniques,
conçues à partir du zonage et de l’aménagement, et
de nouveaux mots et nouvelles divisions qui sont promus, depuis environ
10 ans, en fonction des pratiques de décentralisation de la gestion
locale.
Les mots utilisés par les citadins pour désigner les lieux
de la ville ne permettent pas de dessiner des limites précises.
L’homme commun ne construit pas une représentation cartographique
où chaque espace serait délimité, formant un puzzle
ordonné de morceaux qui se complètent. Les mots utilisés
à Recife expriment une expérience de processus historiques
de formation urbaine: l’un de temps long, correspondant à la lente
incorporation à la ville d’espaces ruraux et l’autre, de temps court,
associé à l’explosion urbaine contemporaine. Ces mots expriment
aussi des formes d’habiter qui sont situés sur une échelle
de valeur correspondant à différents degrés de ségrégation.
Plus qu’une relation à l’espace, les mots du sens commun sont fondés
sur une relation à l’espace-temps et ordonnés en fonction
de l’idée de progrès, associé à la modernité.
Afin d’échapper à la stigmatisation urbaine, les termes génériques
(subúrbio, vila, conjunto, invasão, favela) sont de
plus en plus remplacés par des désignations toponymiques
qui ne compromettent pas l’espoir que l’on a d’accéder à
l’urbanité et au statut de quartier (bairro). Au contraire,
les mots de l’aménagement et du zonage, étudiés au
travers des lois et des plans de 1961, 1983 et 1996, sont issus de la tradition
internationale de l’urbanisme fonctionnaliste qui, jusqu’aux années
80, ne rend pas compte des phénomènes d’auto-construction
qui marquent très fortement les pratiques urbaines. La reconnaissance
de ces lieux des pauvres et l’inclusion de la participation des associations
d’habitants dans le modèle de gestion de la ville se font au cours
des années 80 et 90. Chaque secteur de l’administration municipale,
entre autres les urbanistes chargés de la réhabilitation
de favelas et les professionnels de la Santé Publique, crée
ses mots et ses divisions afin d’organiser ses informations et d’encadrer
le dialogue avec les associations. Celles-ci font preuve d’une extrême
souplesse, adoptant les mots et les divisions proposés comme éléments
d’un jeu politique, au cours duquel elles comptent bien obtenir des avantages
réels. Les techniciens ont eux plus de mal à accepter le
caractère relatif et instrumental des divisions qu’ils ont crées
et les confondent souvent avec des cadres de vie dont ils cherchent à
prouver l’homogénéité. Ce faisant, ils risquent de
répéter les vieux errements de l’urbanisme de zonage.
NOMMER ET DIVISER LA VILLE PORTUAIRE:
LE LEXIQUE POLITICO-ADMINISTRATIF TOSCAN ET LE
PORT DE LIVOURNE
(XVIIIe- XIXe SIECLES)
Samuel FETTAH
Université de Provence, Aix-en-Provence
Livourne dans la politique administrative de l’Etat toscan: la règle
et l’exception
Les réformes du despotisme éclairé (deuxième
moitié du XVIIIe siècle) renforcent le rôle des villes
dans le dispositif administratif toscan. La ville est le centre d’une communauté
politique composée de propriétaires, chargée de responsabilités
administratives.
La ville de Livourne n’échappe pas à cette évolution
mais, principal port de la toscane, dotée de franchises douanières,
elle est aussi un enjeu spécifique, à la fois fiscal et territorial.
Elle se distingue des autres villes toscanes par son assise socio-économique
et son évolution spatiale et démographique (forte croissance
de la population urbaine, expansion précoce des faubourgs). Les
mots qui qualifient Livourne reflètent cette double réalité:
certains peuvent s’appliquer à d’autres villes toscanes, d’autres
sont des mots spécifiques.
Contours du corpus: qui produit les mots qui qualifient la ville
?
Il s’agit d’un corpus généraliste produit essentiellement
par des propriétaires. Il en découle une certaine homogénéité
de ton et de langage.
Mais l’administration toscane, si elle exclue de ses rangs une grande
partie des forces vives de la cité (cette exclusion apparaît
dans le corpus) n’est pas pour autant uniforme: entre les échelons
supérieurs et subalternes comme entre le pouvoir central et le pouvoir
local, on change clairement de groupes. L’apparente uniformité des
mots employés pour qualifier la ville reflète peut-être
le discours dominant des échelons supérieurs de l’administration
et masque d’éventuelles divergences d’appréciation sur la
ville.
Une ville-problème: le port et les faubourgs
Les mots qui se rapportent à l’espace portuaire traversent la
période. Le problème de l’intégration du port franc
de Livourne à l’espace toscan est une constante séculaire
de l’administration toscane (milieu XVIIIe- milieu XIXe siècles).
Une autre thématique importante concerne l’expansion de la ville
hors les murs. Le vocabulaire administratif des années 1820-1830
est marqué par la question de l’unité urbaine et se concentre
particulièrement sur les faubourgs.
Dans tous les cas, Livourne est un problème insoluble. Sa différence
gêne mais constitue en même temps un élément
nécessaire à l’économie toscane. Par ailleurs, conçue
comme un modèle de la politique princière en matière
d’urbanisme, elle déborde constamment des cadres que le pouvoir
central lui a assigné.
Le vocabulaire qui qualifie cette ville indique une anxiété
de l’espace (protéger l’intégrité de l’espace urbain
des dangers que constituent les dynamiques mal contrôlées
venues de la mer ou des faubourgs). Une forte stigmatisation des lieux
dangereux accompagne cette crainte. Elle se transmet aux habitants, particulièrement
ceux qui vivent du port et lui donne sa coloration sociologique particulière
(négociants, gens de mer, portefaix).
Le langage administratif met en valeur la situation particulière
de Livourne dans l’Etat toscan, second pôle du grand duché
mais aussi ville dominée.
Désigner pour mieux dominer.
Le journal La bourse egyptienne et ses
mots
au service d'une partition de la ville du Caire
au début des années 1910
Pascal Garret
IRMC, Rabat, Maroc
Notre corpus se compose d'une vingtaine d'articles, publiés au
Caire dans le journal francophone La Bourse Egyptienne entre juin
1911 et février 1912, dans lesquels on parle de cette ville dans
un contexte de forte reprise immobilière. Les enjeux sont tels que
certains entrepreneurs et promoteurs mobilisent tous les moyens possibles
pour parvenir à leurs fins. Parmi ceux-là, la presse utilisée
pour faire valoir des entreprises qui restent essentiellement spéculatives.
Les locuteurs, mobilisant les mots à des fins argumentaires face
à ces enjeux et ces conflits urbains, y délimitent et qualifient
des parties de la ville du Caire qui apparaît alors divisée
en plusieurs territoires singuliers qui sont mis en opposition.
Ainsi, étudier les modes de désignation de la ville et
de parties de la ville du Caire au sein de ce corpus, ce sera aussi analyser
comment une telle mise en situation de mots peut permettre de désigner
partialement des lieux pour ne plus, finalement, en valoriser qu'un seul,
celui dont on espère tirer profit.
LES DIVISIONS DE L'ESPACE URBAIN EN CHINE
Christian HENRIOT
Institut d'Asie orientale, Lyon
Cette contribution est une exploration préliminaire de la notion
de quartier et, plus généralement, des expressions associées
aux divisions du territoire urbain en chinois. Nous sommes partis de la
notion française de quartier pour tester la validité de ce
terme dans le contexte urbain chinois du XIXe-XXe siècle. Le constat
qui s'impose est celui d'un déséquilibre apparent entre la
langue officielle, qui a développé une palette assez large
de termes relatifs au territoire urbain, et la langue vernaculaire, qui
laisse apparaître un registre plus limité et pour une part
influencé par la langue officielle. Ce constat premier doit cependant
être nuancé. L'étude de la langue vernaculaire est
limitée par la paucité des sources ou la difficulté
de trouver des sources adéquates.
La Chine a une longue tradition urbaine, mais pas de tradition d'administration
municipale. De ce fait, les termes liés aux divisions du territoire
urbain n'apparaissent vraiment qu'au milieu du XIXe siècle au sein
des concessions étrangères, avant de se développer
dans les années vingt lorsque les grandes villes sont dotées
d'administrations municipales modernes. Un terme de base s'impose, celui
de "zone" (qu) qui sera ensuite décliné sous différentes
formes, par l'ajout d'épithètes divers. Le second constat
principal est celui d'une fusion des termes liés à deux registres
séparés, celui de l'administration territoriale et celui
du contrôle de la population. C'est une constante qui perdure jusqu'à
nos jours. Finalement, la langue officielle contemporaine ne fait pas de
place à la notion française de "quartier", ni à une
notion approchante. Les unités retenues sont au mieux celles d'ensembles
résidentiels, définis par le pouvoir selon des critères
techniques ou bureaucratiques, qui n'intègrent nullement l'idée
d'un espace spécifique "spontané".
Notre étude de la langue vernaculaire ne concerne à cette
étape que le vocabulaire contemporain. Elle est fondée sur
la lecture de sources écrites et quelques entretiens non systématiques.
Une évidence s'impose : il n'y a pas de notion générique
équivalente à la notion de quartier en Chine. L'organisation
administrative et politique des villes chinoises tend à donner un
rôle prééminent au "circuit de rues" (fiedao), une
sous-division de l'arrondissement, et au bureau qui l'administre. C'est
toutefois une entité relativement large et anonyme. L'environnement
le plus familier est en général plus réduit, celui
du groupe de rues proche de la résidence, mais aucun terme général
ne s'y applique. Les résidents urbains ont plutôt recours
aux noms propres, à la toponymie, pour désigner leur "quartier"
d'habitation. L'espace ainsi désigné est individualisé,
singularisé par le nom de la rue ou de la ruelle principale, qui
couvre cependant les artères et l'espace connexe.
LES DIVISIONS DE LA MEDINA DE KEROUAN
Mohamed KERROU
Université de Tunis
Les découpages administratifs et les projets de réorganisation
de l’espace urbain de la ville de Kairouan sont solidaires de stratégies
discursives de la part des autorités et des habitants. Toute une
rhétorique urbaine émerge et laisse apparaître des
jeux de mots autour des notions de quartier (houmat et parfois kartî)
et de faubourgs (rabadh vulgo r’bat).
L’interrogation théorique porte sur la modification des divisions
de la ville de Kairouan à travers l’histoire contemporaine (XIXè
et XXè siècles) afin de saisir les logiques qui structurent
les mots et les lieux en rapport avec le social et le politique.
L’enquête empirique permet de découvrir des lieux cachés
et oubliés où le faubourg contient en son sein une pluralité
de lieux généalogiquement appelés faubourgs et conservés
tels quels par le langage populaire. Le faubourg-mère tend à
devenir quartier alors que celui-ci contient également des faubourgs.
Bref, le travail sur les mots aide à saisir la dynamique interne
de la ville et notamment l’alternance ainsi que l’opposition entre l’urbain
et le rural dans un lieu « saint » où histoire
et mémoire sont, de plus en plus, confrontés aux changements
des structures et des mentalités.
NOMMER LES QUARTIERS D’ABIDJAN
François LEIMDORFER, IEDES, Paris
Dominique COURET, ORSTOM, Paris
Jérémie KOUADIO N’GUESSAN, Université
d’Abidjan
Christelle SOUMAHORO, ORSTOM Abidjan
Christine TERRIER, Abidjan
Abidjan, comme d’autres villes ouest-africaines, est d’origine récente
et est marquée à la fois par une urbanisation rapide, par
la colonisation, par de grandes opérations d’aménagement
et un certain développement « spontané »
de l’occupation de l’espace. La ville est un lieu d’aboutissement de migrations
importantes, ivoiriennnes et étrangères, et le pluriethnisme
et le plurilinguisme y sont généralisés, bien que
le français (et le « français populaire ivoirien
») soit la langue de communication urbaine la plus courante.
Dans un contexte où, comme dans d’autres villes africaines, il
n’y a pas de système d’adressage de rues, l’organisme de planification
urbaine a établi, au début des années 90, une liste
de noms de quartiers, à partir d’une enquête sur le terrain,
donc de recueil de nominations « populaires », et à
partir de leurs propres choix urbanistiques.
La nomination est un acte de parole majeur, qui dans ce cas précis
implique, pour qu’il soit « réussi », la reprise
et l’usage de ces noms dans diverses sphères de la vie sociale,
dans divers registres discursifs. La nomination est aussi un enjeu
du pouvoir d’énonciation, mais dont l’origine est ici centralisée
ou diffuse, et pour lequel l’opposition entre « etatique »
et « populaire » doit être nuancée dans
certains cas, abandonnée dans d’autres. D’autant que la liste officielle
des quartiers présente de très nombreux cas de «
double nomination ».
L’étude lexicale de la liste montre la diversité des langues
et leur légitimité, le rôle de la structuration «
traditionnelle » de l’espace, et renvoie à des postures
d’énonciation « topo-centrique » (à partir
du lieu), « panoramique » (au dessus du lieu) et de
« mise en série » (une énumération
de lieux). Enfin, la comparaison de la liste et de la carte nous apprend
l’histoire de la ville, et particulièrement l’histoire des migrations
intra-urbaines des Ebrié, premiers occupants du site.
Les mots du quartier Dans quelques villes italiennes
(XVI°-XX° siècles) :
inventorier, classer, interpréter
Brigitte MARIN
Université de Provence, Aix-en-Provence
La communication présente une recherche en cours visant à
comparer les mots du quartier dans différentes villes de l'aire
italienne. On rencontre en effet dans toutes ces villes des dénominations
du "quartier" entendu comme découpage à l'usage des autorités
urbaines. Ce lexique particulier et riche, d'origine politico-administrative,
renvoie à l'importance de la "territorialisation" des institutions
urbaines dans une longue continuité depuis le moyen âge, d'où
la nécessité d'aborder ce thème sur la longue durée.
Le corpus choisi est essentiellment composé de descriptions et guides
des villes, édités depuis le XVI° siècle :
on y a joint, ponctuellement, textes réglementaires et administratifs,
cartes et plans, dictionnaires.
Trois questions principales ont guidé la démarche: 1 La
lexique politico-administratif reflète la présence en ville
de pouvoirs concurrents, dont les découpages se surperposent et
donnent lieu à une stratification de dénominations qui perdurent,
ou qui, au contraire, ont connu des changements dus à des réformes.
Quelles sont les logiques et les enjeux de nouvelles dénominations?
2 A côté des mots de la langue administrante, on rencontre
des désignations du quartier dans les lexiques techniques et dans
les parlers communs. Existe-t-il des vocables spécifiques à
un registre? Lorsque les mêmes mots appartiennent à la langue
administrante et aux parlers communs, comment s'est effectué le
passage, quelles sont les logiques d'utilisation, y a-t-il des concurrences
et comment se manifestent-elles? 3. Les mots du quartier ne sont pas isolés.
Avec quels autres mots la ville font-ils système?
On a recherché, dans un premier temps, à constituer des
listes chronologiquement ordonnées des découpages politico-administratifs
selon les villes permettant de repérer les changements de désignations,
de les dater, et de mettre ainsi en relief des moments de réformes
ou de stabilité du lexique. Puis, pour dépasser l'analyse
des lexiques locaux, on a tenté de classer les mots à l'échelle
de la péninsule selon leur diffusion géographique et leur
capacité à être utilisé par des groupes de locuteurs
très différents. L'étude s'attarde en particulier
sur les mots les plus largement polysémiques, et d'un usage fort
étendu dans toute la péninsule, comme "quartiere", "contrada"
ou "rione". Enfin, sur le cas de Naples et Montalcino, on propose une interprération
des changements de dénominations impliquant les mots "quartiere"
et "contrada", ainsi que quelques reflexions sur les rapports entre la
langue administrante et les perceptions de l'espace des communautés
et des individus lorsque le lexique reste très stable comme à
Venise.
Il apparaît que les mots communs du quartier, pour l'aire linguistique
italienne, ne peuvent être classés en distinguant strictement
les mots de la langue administrante des mots du quartier vécu. La
richesse et la complexité de la question sont liées au contraire
aux différentes connotations et contenus que, selon les situations
locales, les locuteurs, et ce qu'est aussi le lexique partagé dans
tout l'aire italienne, peuvent prendre les mêmes mots.
COMMENT SE STRUCTURENT ET SE DENOMMENT LES PARTIES
D’UNE VILLE ?
LE CAS D’OUSSOUYE (Sénégal)
Marie-Louise MOREAU
Université de Mons-Hainaut, Belgique
La structure se décrit différemment selon les périodes.
Le village traditionnel, composé de deux quartiers eux-mêmes
subdivisés chacun en trois sous-quartiers, s’adjoint, dans las années
50 et 60, de nouveaux secteurs périphériques. En 1960, il
fusionne avec le village voisin de Calobone, ce qui permet à l’entité
d’avoir statut de commune.
Le premier volet d’une enquête (menée auprès de
56 sujets, des anciens sous-quartiers, des nouveaux secteurs et de Calobone)
a cherché à déterminer quelle perception les Ousouyois
avaient de leur commune, et quel découpage ils y pratiquaient préférentiellement.
Il ressort de l’étude que l’organisation traditionnelle reste la
plus prégnante chez la plupart des sujets, faisant écran
à la perception de la structuration moderne.
Dans un second volet de l’enquête, l’attention s’est porté
sur les stratégies utilisées par les Oussouyois pour dénommer
les lieux. La tendance la plus marquée consiste à les désigner
en faisant référence aux personnes qui habitent à
proximité. Les axes ne sont dénommés comme tels que
lorsqu’une étiquette est disponible, mais toutes les étiquettes
ne s’implantent pas de la même manière. Les toponymes à
caractère humoristique rencontrent un assez large succès.
Parmi les catégories de désignations proposées à
leur choix, les témoins marquent leur préférence pour
les noms de l’histoire traditionnelle; les références aux
personnages politiques sont en revanche reléguées à
la dernière position, ces choix illustrant les tendances observées
dans le premier volet: force du lien qui unit les sujets à la tradition
et relative indifférence pour l’organisation moderne de leur entité.
Titre provisoire:
« QUAND LES NOMS DE QUARTIERS RENSEIGNENT
SUR LES OPERATIONS IMMOBILIERES A ABIDJAN »
Christelle SOUMAHORO
ORSTOM , Abidjan
Notre communication s’appuiera sur l’étude d’une liste officielle
(à vocation exhaustive) des noms de quartiers de la ville d’Abidjan.
Cette liste de noms en comporte un certain nombre désignant des
opérations immobilières (il s’agit de logements livrés
clef en main par des sociétés immobilières publiques,
parapubliques et privées); aussi, notre communication tentera-t-elle
de répondre aux questions suivantes:
- parmi les 358 noms constituant la liste des quartiers d’Abidjan, combien
désignent des opérations immobilières ?
- en quoi ces noms nous renseignent-ils sur la nature des opérations
immobilières ? (lieux d’implantation, date de l’opération,
nom du promoteur, nombre de logements construits, niveau de standing, population
ciblée).
Ainsi, dans un premier temps, le comptage des noms désignant
une opération immobilière nous permettra d’évaluer
le poids du parc immobilier officiel dans la ville d’Abidjan. Dans un second
temps, la recherche des signifiants de ces noms nous conduira à
décrire les opérations immobilières d’un point de
vue géographique, architectural, historique, économique ou
social.
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