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Le second séminaire international du programme « Les mots
de la ville », qui s’est tenu les 4, 5 et 6 décembre 1997
à Paris, à l’UNESCO et à l’EHESS, a réuni quatre-vingt
chercheurs.
En octobre 1995, le premier séminaire, qui avait marqué
le lancement du programme, avait eu une visée en grande partie programmatique,
même si des travaux en cours et des premiers résultats y avaient
été présentés. Son ambition était surtout
de mettre à l’épreuve ses hypothèses constitutives
et sa capacité de fonctionner en réseau en développant
une démarche comparative. Il avait abouti notamment à la
rédaction et au lancement, en mai 1996, d’un appel à propositions
international destiné à renforcer et élargir la recherche
coopérative.
Préparé par les réunions du groupe de pilotage
(d’une périodicité mensuelle), par des séminaires
« régionaux » (Shanghai, juin 1996 ; Rome, décembre
1996 ; Tunis, mars 1997 ; Milan, novembre 1997), par une rencontre thématique
consacrée à la stigmatisation (Paris, juin 1996), et par
le séminaire mensuel de l’EHESS (Paris), le second séminaire
international de décembre 1997 avait pour objectif la confrontation
des méthodes et la discussion comparative des résultats.
Le souci que cette rencontre soit productive, qui explique les délais
plus longs que prévu de sa préparation, a présidé
au choix des méthodes de travail : il a été décidé
que chaque atelier devrait être introduit par un rapport présentant
les points essentiels des communications (qui ne donneraient lieu qu’à
de brèves interventions) et les questions transversales qu’elles
soulèvent, une large place étant réservée à
la discussion, « stimulée » par les remarques d’un commentateur.
Les thèmes des ateliers ont été sélectionnés,
notamment à la lumière des réponses à l’appel
à propositions lancé en 1996, en fonction des priorités
du programme et des recherches effectivement en cours, c’est-à-dire
des intérêts manifestés par les chercheurs eux-mêmes.
Ils correspondent donc à une conjoncture et n’épuisent pas
les domaines explorés par le programme.
Deux échelles ont continué d’être privilégiées,
qui font problème pour l’aménagement urbain comme pour le
vécu quotidien : celle de la ville appréhendée en
tant qu’entité (désignations qui distinguent ce qui est urbain
de ce qui ne l’est pas et classent l’urbain en catégories) et celles
des divisions de la ville et des territoires, nouveaux ou non, qui la composent
(plus spécialement les unités prenant place entre la sphère
domestique et la ville dans son ensemble).
Trois thèmes principaux avaient été abordés
lors du premier séminaire, « le savant et le populaire »,
« changement et transformations dans les pratiques langagières
», « la réforme des mots de la ville ». Celui
des frontières et des échelles, c’est-à-dire des procédures
selon lesquelles le langage structure l’espace, et celui de la périphérie
urbaine à l’évidence suscitaient également des convergences,
ainsi que les lexiques de la stigmatisation. Sur cette base, deux catégories
de thèmes avaient été proposés dans un premier
temps :
-
d’une part, des champs sémantiques, des registres de langue ou des
situations linguistiques pouvant être comparés à partir
de travaux empiriques réalisés dans diverses aires linguistiques.
-
d’autre part, des modes d’enquête ou de corpus spécifiques
utilisés par plusieurs équipes et pouvant faire l’objet d’une
réflexion méthodologique commune.
Seule la première catégorie a été en définitive
retenue, les thèmes de la seconde, qui ne sont pas abandonnés,
seront traités dans l’avenir au sein de groupes de travail. On notera
que l’un des trois axes du premier séminaire, la « réforme
des mots de la ville », n’apparaît plus dans celui-ci en tant
que tel, mais plutôt comme un élément contextuel récurrent
: nombreux en effet sont les situations ou les cas décrits qui s’inscrivent
dans une logique de réforme (réforme de la ville, réforme
des mots).
Résultats et perspectives
En souhaitent que cette rencontre soit productive, ses organisateurs l’ont
conçue dans une perspective éditoriale.
D’une part les travaux et les publications propres aux treize réseaux,
qui correspondent à des aires linguistiques ou géographiques,
doivent se poursuivre à travers les Cahiers les mots de la ville,
des contributions à des périodiques, des ouvrages de plus
longue haleine, comme le dictionnaire historique mis en chantier par les
collègues du réseau « Chine » et des glossaires
techniques élaborés à la demande du Ministère
français des Affaires étrangères. D’autre part, dans
l’immédiat seront réunis dans un Cahier « les mots
de la ville » les rapports des ateliers et les résumés
des communications présentées au séminaire de décembre
1997. Celles-ci vont alimenter des ouvrages thématiques et plurilingues
qui impliqueront une sélection des travaux les plus pertinents,
et devront généralement s’élargir à d’autres
auteurs. Des ouvrages, c’est-à-dire aussi bien des livres (le premier
programmé sera consacré aux lexiques de la stigmatisation),
dans diverses langues, entrant dans une série - la création
d’une collection avec les éditions Maisonneuve et Larose (Paris)
et d’une collection au Brésil est en projet - que des contributions
substantielles ou des numéros spéciaux commandés par
des revues comme Urbanisme, Langage et société, Espaço
e debate, Planning perspectives, Genèses. Diverses autres possibilités,
offertes notamment par l’Unesco (à commencer par La revue internationale
des sciences sociales), sont en cours d’examen.
Un ouvrage-type devra combiner des approches plus méthodologiques
et problématiques, mettant l’accent sur la comparaison des études
monographiques et des éléments lexicographiques.
Atelier 1
Nommer les nouveaux territoires urbains
Naming new urban areas
Nombrar los nuevos territorios urbanos
Aujourd’hui comme hier, les villes ont des périphéries incertaines.
L’urbanisation de l’ère moderne a fait de celles-ci les sites principaux
de la croissance urbaine et, plus récemment, dans certaines régions
du monde, la frontière s’est brouillée entre ce qui est la
ville et ce qui ne l’est plus. En outre, les transformations du tissu urbain
font constamment naître de nouveaux quartiers ou territoires qui
sont interprétés dans de nouvelles catégories. Comment
les lexiques urbains ont-il, à diverses époques et dans divers
lieux, donné identités et sens aux nouveaux espaces – spontanés
ou planifiés, riches ou pauvres, légaux ou illégaux
– qui se forment dans les villes et à leurs frontières
Atelier 2
La ville : les catégories de l’urbain
Town and city: urbanism categorized
Ciudad : las categorias del urbano
Les agglomérations humaines sont affectées de divers noms
communs qui permettent à la fois de distinguer ce qui est urbain
de ce qui ne l’est pas et de classer l’urbain en catégories: c’est
le lexique des désignations génériques et classificatoires
des villes. Si ce lexique est stable sur de longues périodes (l’apport
des historiens et, notamment, de ceux qui s’intéressent aux sociétés
d’Ancien Régime est attendu) il peut connaître des moments
changement brusque qui doivent retenir l’attention: bouleversements politiques
et institutionnels, changements massifs des formes d’urbanisation, réformes
de la langue. Ce lexique varie sensiblement selon les Etats et, plus fortement
encore, selon les "aires culturelles": des comparaisons Occident/Orient
et Nord/Sud s’imposent particulièrement.
Atelier 3
Registres socio-linguistiques et production langagière urbaine
Socio-linguistic registers in urban language production
Registros socio-lingüísticos y producción de
los lengüages urbanos
La ville se produit par des dénominations et des catégorisations
qui sont les effets de processus sociaux et qui sont l’objet d’enjeux de
pouvoirs (matériels, symboliques, relationnels). Différents
registres (populaire, journalistique, administratif, juridique, urbanistique,
etc.) se confrontent et s’articulent dans des usages et des relations interlocutoires
différenciés. Les processus "venus du haut" et les processus
"venus du bas" sont en interaction, dans des relations d’opposition et
de complémentarité entre registres discursifs et entre pratiques
"populaires" et étatiques.
Atelier 4
Langues savantes, langues techniques
Learned and technical languages
Idiomas sabios y técnicos
Certains groupes sociaux font profession d’étudier les villes et
d’intervenir sur elles: ils parlent et agissent au nom d’une compétence
définie comme discipline scientifique (par exemple, la géographie)
ou savoir-faire rationnel (par exemple, l’urbanisme). Un vocabulaire spécialisé
est constitutif de leurs savoirs et permet de décrire, d’expliquer,
de prescrire. L’objet de cet atelier est d’étudier quelques unes
de ces langues savantes ou techniques, leurs modes de formation et d’évolution,
les particularités de leur fonctionnement. Bien que centrée
sur un registre de langue spécifique, la réflexion peut s’attacher
aussi aux rapports entre langues savantes et langue commune. Elle s’intéressera
aussi aux interactions entre les aires linguistiques qui divisent les mondes
savants.
Atelier 5
Les vocabulaires de la stigmatisation urbaine
Languages of urban stigma
Lenguages de la estigmatización urbana
Il y a dans les villes de bons et de mauvais lieux: que ces derniers soient
d’étroits quartiers réservés ou de vastes districts
populaires, dans les vieux centres ou les périphéries éloignées,
ils sont désignés par un vocabulaire de la stigmatisation,
brutale ou euphémisée. Cette terminologie marque des types
de bâti, des espaces, des populations, des modes de vie. Elle donne
forme à des regards du dehors et du dessus: ceux des classes supérieures,
des mouvements de réforme, des législations sanitaires ou
urbaines. Ces langages sont donc constitutifs des différents moments
ou visages de la "question urbaine". Ils se confrontent aussi aux langages
des habitants eux-mêmes.
Atelier 6
Pluriliguisme et création lexicale en ville
Multilinguism and urban lexical creation
Pluralismo lingüístico y creación lexical urbana
Chaque langue découpe dans la ville ses objets de façon particulière
et l’on ne peut présumer que ces systèmes de classement soient
suffisamment semblables pour permettre la traduction. Or, celle-ci ne cesse
de se faire et les langues de changer au contact les unes des autres. Cet
atelier permettra d’observer des situations où sont produites des
équivalences locales, où sont également produits les
mots de la ville elle-même et de nouvelles langues urbaines. Les
sites d’une telle étude peuvent être des villes dont les populations
ne parlent pas la même langue, des situations de domination (dans
un empire ancien ou une situation coloniale), des moments de réforme
de la langue nationale ou des réunions internationales.
Atelier 7
Les divisions de la ville
Districting cities
Las divisiones de la ciudad
Les mots divisent les villes, de multiples façons, en divers territoires.
Les échelles de ces découpages sont variables, entre l'unité
d'habitation et l'aglomération dans son ensemble. Leurs modalités,
aussi, sont diverses : tantôt un espace est désigné
par un trait social ou morphologique, tantôt un territoire est précisément
délimité. Les découpages politico-administratifs et
ceux qui résultent de pratiques des habitants ne se superposent
pas toujours, mais ils sont rarement étrangers les uns aux autres.
Cet atelier envisage dans son ensemble et dans la longue période
le thème des divisions de la ville, abordé sous des angles
particuliers dans les ateliers "nouveaux territoires" et "stigmatisation".
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