UNESCO Social and Human Sciences
 
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Colloque " Les mots de la ville "
Paris, 4-6 décembre 1997

Message de bienvenue

prononcé par le Sous-directeur général pour les sciences sociales et humaines de l’UNESCO, à l’ouverture du Colloque

Mesdames et Messieurs les coordinateurs scientifiques du projet " Les mots de la ville ", Mesdames et Messieurs les professeurs et chercheurs, membres de ce réseau international,

Au nom du Directeur général et en tant que Sous-directeur général pour les sciences sociales et humaines de l’UNESCO, je suis très heureuse de vous souhaiter la bienvenue au second séminaire international du projet "Les mots de la ville", qui va se dérouler aujourd’hui et demain dans notre maison et qui se poursuivra samedi matin à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales.

"Les mots de la ville" est un des premiers projets acceptés par le Comité Directeur Scientifique du Programme MOST (Management of Social Transformations) concernant le thème "La ville, lieu de transformations sociales rapides".

Par son angle d’approche qui est par définition interdisciplinaire, comparatif et international, ce projet "Les mots de la ville" répond tout particulièrement aux paramètres du Programme MOST. Le projet, en effet, mobilise des chercheurs appartenant à différentes disciplines, de l'histoire de l'architecture à la sociologie du langage, pratiquement de toutes les régions du monde. Conjointement, deux raisons principales nous font apprécier votre projet d’une manière particulière :

  • d’abord parce que son objet d’étude, c’est-à-dire la ville à travers ses mots (qui n'est ni celui des analyses urbaines les plus répandues ni celui d'une démarche strictement linguistique), pose une problématique nouvelle et s’achemine vers la production de connaissances inédites.
  • et ensuite, parce que vous êtes en train de développer au sein de votre réseau un dispositif favorisant les échanges et la mise en place des conditions de recherche entre les participants, leur pays et l’ensemble du réseau. Ceci apportera sans doute un plus au savoir méthodologique sur les études comparatives.
Parmi ces conditions, je pense tout particulièrement au développement du dialogue et de la coopération entre scientifiques et décideurs. Produire des connaissances utiles aux processus de prise de décision et à la formulation de politiques dans différents domaines de la vie publique est, en effet, l’un de nos principaux soucis et je vous invite à vous pencher sur ces questions dont les réponses devraient pouvoir nous apporter d’importants résultats au niveau de la gestion publique des espaces urbains et au niveau de leur gouvernabilité.

L’espace urbain et ses multiples formes particulières ne s’exprime en termes constants ni à travers la géographie, ni à travers l’histoire. Aucune réflexion, aucune action sur les problèmes de nos sociétés ne peut faire l’économie d’une discussion sur les mots pour dire les idées et concepts qui décrivent, expliquent et construisent ces problématiques. Les mots sont, en effet, porteurs de valeurs symboliques, de traditions culturelles et de sensibilités politiques, ils ont des sens à l’intérieur de champs sociaux spécifiques qui les définissent. La réduction à une formulation unique de type technologique ou à un projet d’internationalisation risque d’appauvrir, voire d’occulter les sens sociaux des termes.

Dans l’un des documents fondateurs de votre projet, vous écriviez ainsi que l'importance des "mots de la ville" apparaît à travers les malentendus auxquels les acteurs sociaux, opérateurs et usagers en rapport à l’urbanisme, l’aménagement du territoire et l’architecture, sont confrontés. De tels malentendus, que votre projet s'attache à dissiper, reposent sur deux illusions que vous dévoilez :

  • d'une part l'idée que le langage des ingénieurs et des planificateurs aurait la capacité d'exprimer toutes les significations ou encore des valeurs pratiques et culturelles partagées par tous,
  • d'autre part l'idée que, dans les relations entre aires linguistiques ou pays, on pourrait se satisfaire de l'usage d'une langue internationale unique, considérée comme possédant la transparence et la neutralité d'un médium universel.
Pierre angulaire de la dimension dialogique, la prise de parole renvoie aux domaines de l’altérité et de la sociabilité. Personne ne prononce un mot sans les autres et, si toute parole est dirigée vers l’écoute, l’acte de la parole implique nécessairement une rencontre entre les hommes, entre les groupes, entre les sociétés. S’il y a dialogue, celui-ci se réalise dans multiples situations concrètes qui changent selon l’ordre social, économique et politique, c’est-à-dire selon l’Histoire et non uniquement dans une pensée unique ou abstraite.

Vous êtes donc partis du principe selon lequel il existe une pluralité de types de langages ou de registres y compris au sein d'une même langue, à un moment donné de l'histoire. C’est pourquoi je comprends que votre projet s'intéresse plus spécialement aux processus de transformation, en étudiant des situations de réforme de la langue, des phénomènes de traduction et de contacts d'usage, ou des transferts lexicaux.

Bref, "Pour se comprendre, il faut d’abord s’entendre sur les mots" dit le vieil aphorisme, et ceci est donc la première difficulté que vous vous proposez de résoudre. La deuxième concerne une méthode originale et interdisciplinaire, nécessairement différente de celle que les analyses existantes utilisent pour la linguistique ou la sociolinguistique. Puisque votre problématique est nouvelle, sa méthodologie exige de nouveaux instruments de travail.

Les sept thèmes fondamentaux qui ont retenu votre attention dans l’organisation de ce séminaire, et qui vont des nouveaux territoires urbains aux processus de division et de "stigmatisation urbaine", me paraissent singulièrement pertinents. Vous vous pencherez à la fois sur les langues techniques et savantes, et sur les approches sociolinguistiques des espaces urbains. Une soixantaine de communications seront analysées et débattues concernant plus d’une dizaine de groupes linguistiques de toutes les régions du monde. Vaste et complexe terrain d’observation et d’étude qui devrait nous apporter des lumières sur les processus sociaux et culturels de catégorisation des phénomènes urbains contemporains.

Deux ans après le séminaire de lancement tenu à Paris en octobre 1995, le Projet "Les mots de la ville" commence aujourd’hui un deuxième séminaire international avec un acquis certain et une belle extension de son réseau. Au cours de ces années de travail, vous avez mis en œuvre une véritable structure qui garantie une excellente coordination à tous les niveaux. Des séminaires "régionaux" sont organisés dans différentes aires linguistiques ou géographiques qui vous permettent d’avancer en permanence, et qui vous ont permis de préparer, en l’occurrence, ce second séminaire international.

Vous avez su également mettre sur pied un lien régulier avec la recherche par le biais du séminaire mensuel que le Professeur Topalov dirige à l’Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris, comme un lieu où est communiquée une "expertise" extérieure sur des questions de méthode et qui fait également une place à l'exposé de résultats par des chercheurs du projet. Permettez-moi de vous féliciter pour toutes ces avancées.

Mesdames et Messieurs les coordinateurs scientifiques du projet "Les mots de la ville", Mesdames et Messieurs les professeurs et chercheurs, membres de ce réseau international, je suis sûre que ces journées intenses de travail seront pour vous l’occasion de confronter vos premiers résultats et de poursuivre la réflexion sur les méthodes et les thèmes retenus, en y associant des chercheurs qui vous ont rejoint à l’occasion de l’appel que vous avez lancé en 1996. J’en profite ici pour souhaiter particulièrement la bienvenue aux nouveaux chercheurs qui nous accompagnent aujourd’hui pour la première fois.

Le succès de votre aventure montre, à mes yeux, la pertinence de vos interrogations et la nécessité que nous avons de voir se développer des problématiques originales à la taille des défis urbains contemporains. Je suis certaine que les résultats de vos travaux vous apporteront de nouveaux éléments explicatifs et la consolidation du travail comparatif que vous avez déjà amorcé.

Je vous souhaite beaucoup de courage et un grand succès dans vos travaux.
 

    Francine Fournier


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