|
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION
L'ERE DES VILLES
LES TRANSFORMATIONS SOCIALES A L'OEUVRE
La ville planetaire
La ville disloquée
La ville multiculturelle et multi-ethnique
La ville gouvernée
La ville ecologique
La ville technologique
L'ENJEU : LA VILLE COMME ELARGISSEMENT DES POTENTIALITES
HUMAINES
REFERENCES
Introduction
Conçu par l'UNESCO, le programme MOST entend promouvoir la recherche
comparative internationale en sciences sociales portant sur trois aspects
essentiels des transformations sociales contemporaines : les sociétés
multiculturelles et multi-ethniques, les villes et l'articulation entre
les dynamiques mondiales et locales.
Le présent document a pour objet d'explorer le thème de
recherche "Les villes, lieux de transformation sociale accélérée"
et de circonscrire la place et le rôle du programme MOST dans le
paysage urbain, où nombre d'institutions interviennent déjà.
Il fait la synthèse des débats qui ont eu lieu lors d'une
réunion régionale organisée par l'UNESCO avec le concours
de la ville de Vienne, de la Commission canadienne pour l'UNESCO et du
Centre de recherche pour le développement international (Vienne,
10-12 février 1994), ainsi que des contributions rédigées
à cette occasion par différents spécialistes, à
la demande de l'UNESCO (1). Il ne s'agit pas ici de
passer systématiquement en revue l'abondante littérature
consacrée à cette question.
En cernant les domaines de recherche prioritaires, les participants
à la réunion ont suggéré que le programme MOST
s'attache à définir un cadre conceptuel plus large qui permette
d'appréhender comment les transformations sociales affectent aujourd'hui
la ville et la façonneront demain. Sans prétendre à
l'exhaustivité, ce document, qui reflète nécessairement
le point de vue de son auteur, poursuit la réflexion engagée
à Vienne : il se veut une simple étape dans la démarche
collective qui a pour but de délimiter la thématique de la
ville à l'intérieur du programme MOST - ainsi qu'une invitation
à participer au débat (2).
Le présent document comporte trois parties. Dans la première,
on plante le décor : l'avènement de la civilisation urbaine.
Dans la deuxième partie, on s'efforce d'esquisser les grandes transformations
sociales qui façonnent la ville et conditionnent la maîtrise
de son développement aujourd'hui et demain, suscitant sans cesse
de nouveaux problèmes pour les décideurs et, par voie de
conséquence pour la recherche comparative transdisciplinaire internationale.
Dans la troisième partie, on énonce les enjeux du programme
MOST.
L'ERE DES VILLES
Nous entrons dans une ère nouvelle - l'ère des villes - qui
marque le passage à une autre forme de civilisation : en l'an 2000,
la moitié de l'humanité - 3,2 milliards d'individus - vivra
dans les villes. Soixante-dix pour cent de cette population urbaine sera
concentrée dans les pays en développement ; dix-huit villes
du monde en développement auront une population de plus de 10 millions
d'habitants.
L'explosion urbaine sans précédent à laquelle on
assiste dans le Sud entraînera des problèmes dont quelques
chiffres permettent de mesurer l'ampleur. Selon les estimations de l'Organisation
des Nations Unies, entre 1980 et l'an 2000, le nombre de citadins aura
doublé dans le Sud, passant de 1 à 2 milliards de personnes.
Dans les vingt-cinq années qui suivront, il doublera une nouvelle
fois pour atteindre quatre milliards. Autrement dit, en moins d'un demi-siècle,
la population urbaine du Sud aura augmenté de trois milliards de
personnes. Au début du XXIe siècle, les citadins à
faible revenu des villes du tiers monde, s'entassant pour la plupart dans
des mégalopoles, représenteront une majorité au sein
de la population mondiale.
L'incidence de cette évolution varie quelque peu d'un continent
à l'autre. Dans plusieurs pays d'Amérique latine, l'urbanisation
a atteint un niveau comparable à celui de l'Europe et de l'Amérique
du Nord. En Afrique, le rythme de la croissance urbaine est extrêmement
rapide. En Asie, la proportion de la population touchée par le phénomène
est énorme. Mais la diversité des cas de figure offre précisément
à la recherche comparative internationale la possibilité
de mettre en évidence les différents schémas selon
lesquels s'effectuent les transformations sociales accélérées
qui se produisent dans toutes les grandes villes du monde.
"En 1990, d'après les statistiques, 1,4 milliard de personnes
vivaient dans les centres urbains du tiers monde. On estime qu'au moins
600 millions d'entre elles habitent dans des maisons ou des quartiers qui
constituent un danger pour la vie et la santé du fait de la mauvaise
qualité des logements et des déficiences des infrastructures
et des services dont disposent normalement les zones d'habitation - conduites
d'alimentation en eau, services d'hygiène, de voirie et d'assainissement,
chaussées et trottoirs aménagés, écoles et
dispensaires" (Arrosa et al., 1994, p. 3 ; voir également
Hardoy et al., 1990).
Miroirs de la société, les villes reflètent le
maldéveloppement et le prix de la modernité (Touraine, 1992).
L'impression dominante est celle de villes fragmentées ou duelles,
caractérisées par l'exclusion sociale, la ségrégation
spatiale et la montée de la violence urbaine. La forme prise par
la croissance économique et le changement social a joué un
rôle crucial dans l'émergence de nouveaux problèmes
dans les villes.
Ce tableau alarmant n'est nullement l'exclusivité des pays en
développement, encore que les problèmes ne revêtent
pas la même ampleur au Sud et au Nord, à l'Est et l'Ouest.
Un rapport récent de l'OCDE met l'accent sur l'extrême concentration
de l'inégalité des chances, du chômage, de la pauvreté
et de l'aliénation dans de nombreuses villes des pays membres de
l'OCDE, et insiste sur la nécessité d'adopter des politiques
qui favorisent la régénération urbaine, l'intégration
sociale et la création d'environnements plus vivables (OCDE, 1994,
voir aussi Jacquier, 1991 et Wieviorka, 1994).
Selon un rapport de la Commission des Communautés européennes
sur les fonctions de la ville dans la Communauté européenne,
"au cours de la prochaine décennie, qui verra l'Europe évoluer
vers une intégration économique et politique plus poussée,
les villes seront des acteurs encore plus déterminants ... Elles
seront aussi le point de focalisation de nombreux problèmes qui
se posent déjà avec acuité dans les années
90 ... L'avenir de l'Europe reflétera dans une large mesure celui
de ses villes. Il s'agit donc d'exploiter leur énorme potentiel
économique, social et culturel pour promouvoir la cohésion
sociale et économique dans toute la Communauté européenne.
A l'avenir, les villes devront figurer en bonne place à l'ordre
du jour de la Communauté" (CCE, 1992). Les villes sont un enjeu
politique majeur, au Nord comme au Sud.
Il faudra s'attaquer au double problème de l'explosion urbaine
et de la sévère dégradation de l'environnement - dont
les populations urbaines pauvres sont les premières victimes - dans
une conjoncture mondiale caractérisée par la faiblesse de
la croissance, la montée du chômage, le poids de l'ajustement
structurel et du service de la dette, ainsi que la nécessité
pour de nombreux pays de mettre en oeuvre des réformes institutionnelles.
L'avenir des villes dépendra dans une large mesure des solutions
qui seront trouvées localement à ces problèmes mondiaux.
Toutefois, une chose est claire : le problème urbain comme les problèmes
d'environnement ne peuvent être dissociés de la problématique
plus générale des modalités du développement
social et économique. Autrement dit, penser la ville, c'est avant
tout s'interroger sur l'économie politique du développement.
Même dans les villes qui sont le moteur de la mondialisation de
l'économie, le progrès économique va souvent de pair
avec la persistance de "poches" de dénuement et de ghettos. D'où
le danger d'accorder trop d'attention à la fonction économique
de la ville, en sous-estimant les dimensions sociales, environnementales,
politiques, culturelles, psychologiques et spatiales des transformations
en cours. L'expérience de plusieurs pays industrialisés montre
qu'il ne suffit pas de construire des logements et des équipements
en quantité raisonnable pour humaniser les villes et surmonter les
tensions sociales. L'emploi, l'intégration sociale et une réelle
démocratie à la base sont nécessaires pour que puisse
se développer un sentiment d'appartenance et de coresponsabilité
- sans lequel il ne peut y avoir de citoyenneté véritable.
La conception et la mise en oeuvre de politiques publiques systémiques
devraient
non seulement viser à améliorer la qualité
de la vie, mais aussi apporter la stabilité sociale et politique
à nos villes et, partant, à nos sociétés.
De même, il n'est pas raisonnable de penser qu'on pourra résoudre
des problèmes complexes, et, bien souvent uniques en leur genre,
en se contentant d'appliquer des modèles tout faits, même
si ces modèles ont déjà prouvé leur efficacité
sous d'autres latitudes et dans d'autres contextes. "Les villes sont comme
les individus, elles appartiennent à l'espèce urbaine mais
elles ont aussi leur personnalité propre. La réponse au défi
urbain doit intégrer l'ensemble des particularités physiques,
culturelles et sociopolitiques de chaque ville et prendre en compte son
histoire et sa tradition. Au lieu de proposer des solutions globalisantes
et uniformes, il faudrait considérer la diversité des villes
comme une valeur culturelle de la plus grande importance" (Sachs, I., 1994,
p. 332).
L'ampleur même de l'explosion urbaine au Sud, dont les effets
sont encore multipliés par les retards accumulés dans les
domaines de l'emploi, du logement, de l'environnement, de la santé
publique et de l'éducation - ce qu'on appelle "la dette sociale"
- interdit de reproduire dans le Sud les solutions actuellement appliquées
par le Nord : elles ne pourraient en effet qu'accroître les inégalités
existantes, en profitant à une minorité et en marginalisant
la majorité de la population urbaine. Vu l'échelle et la
nature des transformations urbaines, et leur probable amplification à
l'avenir, le modèle classique de développement des zones
d'habitation urbaines dans le cadre d'une économie de marché
ou d'une économie mixte, tel qu'il existe au Nord, ne fonctionne
pas dans l'immense majorité des centres urbains du tiers monde ;
du reste, même au Nord, il a démontré ses limites.
D'où la nécessité de rechercher des approches novatrices.
Dans les pays du tiers monde, le rythme de croissance des populations
urbaines a été beaucoup plus rapide que celui des capacités
institutionnelles nécessaires pour y faire face. Le noeud du problème
urbain, ce n'est pas tant la croissance de la population que l'ampleur
du décalage entre changement démographique et changement
institutionnel (Arrossi
et al., 1994).
Les villes sont devenues des territoires stratégiques pour tout
un ensemble de processus sociaux, économiques et politiques revêtant
une importance cruciale dans l'ère actuelle : mondialisation de
l'économie, migrations internationales, émergence du secteur
des services et de la finance comme "locomotives" de la croissance dans
les économies avancées, apparition des nouvelles formes de
pauvreté, entre autres ; parallèlement, elles sont aussi
devenues les lieux stratégiques de leur théorisation (Sassen,
1991 et 1994). Ce retour de la ville au premier rang des préoccupations
des sciences sociales peut être perçu comme la représentation
de la question sociale en termes urbains, la projection du clivage entre
marginalisation et intégration (Dubet, 1994 ; Rosanvallon, 1995).
Mais les villes ne sont pas seulement des lieux de transformation sociale,
elles sont aussi des acteurs de ce processus. C'est pourquoi il importe
de déterminer comment elles peuvent jouer le rôle de forces
motrices dans les domaines économique, social et culturel - devenir
des foyers d'innovation - et s'adapter au monde en pleine mutation, interdépendant
et incertain qui est le nôtre aujourd'hui, offrant ainsi une solution
à la crise des Etats-nations.
Les villes connaissent actuellement une profonde métamorphose,
dont on ne mesure pas encore pleinement toutes les conséquences.
Comme l'écrit Francis Godard, nous pouvons donc nous demander si
la crise des modèles d'urbanisation antérieurs traduit simplement
l'incapacité des villes de faire face à la nouvelle situation
mondiale, ou bien si nous n'assistons pas plutôt à l'émergence
d'une nouvelle civilisation urbaine, fondée sur de nouveaux rapports
entre les villes et le travail et entre les villes et les régions
?
Au milieu de tous ces bouleversements, la question urbaine constitue
peut-être l'aspect le plus complexe - mais aussi le plus crucial
- de la problématique du développement humain durable : elle
exige qu'on trouve des moyens concrets de concilier les impératifs
d'équité sociale, de rationalité écologique,
d'efficacité économique, de pluralisme culturel et d'intégration,
et de répartition spatialement équilibrée des activités
humaines et de l'habitat, faute de quoi les pays seraient condamnés
à devenir l'un après l'autre des archipels urbains isolés
au milieu de déserts ruraux. Il faut donc que ces impératifs
se traduisent dans une pluralité de solutions qui tiennent compte
de la spécificité des écosystèmes locaux, des
cultures, voire des sites : pour cela, il faut concevoir de nouveaux schémas
d'utilisation des ressources et de nouvelles méthodes de gestion,
ce qui implique un changement des mentalités, des attitudes et des
valeurs.
LES TRANSFORMATIONS SOCIALES A L'OEUVRE
Dans cette nouvelle civilisation urbaine en voie d'émergence, la
ville fonctionne au quotidien comme le révélateur et l'amplificateur
des grands problèmes sociaux, mais elle est aussi le creuset où
s'élaborent la plupart des changements créateurs. La ville
est un espace qui focalise et cristallise les principaux conflits et contradictions
d'une société en profonde mutation : c'est à elle
qu'il incombe, de plus en plus, de gérer ces transformations sociales
accélérées.
La mondialisation, l'exclusion, le multiculturalisme et l'affirmation
ethnique, la gouvernance, l'écologie, la science et la technologie
: tels sont les processus qui entraînent (de différentes manières
et à des degrés divers) les transformations sociales à
l'oeuvre dans les villes, et qui posent sans cesse de nouveaux défis
aux citadins comme aux décideurs. Cet ensemble de phénomènes
- déterminants dans l'optique d'une gestion durable de la ville
- constitue aussi le "noyau dur" de la recherche comparative transdisciplinaire
à mener dans le cadre du programme MOST.
Il ne s'agit pas pour autant de sous-estimer l'importance d'autres transformations
cruciales qui agissent en profondeur sur les villes : tendances démographiques
et migratoires (affrontements entre les sexes, modes de formation et de
dissolution de la famille, comportement en matière de procréation
et sexualité, pyramide des âges et accroissement de la population
active, migrations internationales), changements de la structure de l'emploi
s'accompagnant d'un accroissement du chômage et du sous-emploi, restrictions
budgétaires, rupture des équilibres population-territoire,
entre autres.
LA VILLE PLANETAIRE
Au cours de la dernière décennie, on a vu proliférer
toute une littérature analysant le phénomène de la
"mondialisation" et l'impact qu'ont sur la ville les grandes tendances
structurelles de notre époque, à savoir la mise en place
d'une économie mondiale et le nouveau paradigme techno-économique.
Pour Saskia Sassen (1994, p. 55), on assiste à "l'émergence,
aux niveaux mondial et régional transnational, d'un nouveau type
de système urbain, où les villes constituent des noeuds d'une
importance décisive pour la coordination internatioale et l'approvisionnement
en services d'économies transnationales"(3).
La mondialisation de l'économie favorise à la fois l'intégration
et l'exclusion, amoindrit la souveraineté nationale et renforce
l'autonomie du marché.
"La dispersion géographique des activités économiques
et l'intégration qui est au coeur de la période actuelle
de l'histoire économique ont concouru à conférer aux
très grandes villes un rôle stratégique dans la conjoncture
économique mondiale actuelle ... Ces villes sont aujourd'hui des
postes de commande dans l'organisation de l'économie mondiale, des
points d'ancrage et des marchés essentiels pour les activités
économiques pilotes du moment, la finance et les services spécialisés
aux entreprises, et aussi les lieux où s'élaborent les innovations
dans ces branches. Un petit nombre sont désormais des villes où
s'implantent les investissements et les entreprises, la production de services
et d'instruments financiers transnationaux, ainsi que divers marchés
internationaux" (Sassen, 1994, p. 62). Les villes planétaires jouent
un double rôle, placées comme elles le sont, à l'intersection
de l'économie mondiale et de l'Etat-nation.
Ce processus entraîne une concurrence entre les villes, qui rivalisent
pour devenir - et rester - des villes planétaires. Toutefois, ce
statut de ville planétaire comporte un coût social considérable
: la restructuration économique s'accompagne d'une polarisation
ou dualisation sociale croissante de la structure de l'emploi et des revenus,
qui se traduit par une ségrégation spatiale et ethnique très
marquée. La ville de São Paulo n'est qu'un exemple parmi
d'autres qui illustrent la contradiction entre la "réussite" de
la ville planétaire et le coût humain que la plupart de ses
habitants doivent payer pour y survivre (Sachs, 1990). Les luttes que mènent
les gens qui sont pris dans le piège d'une relative immobilité
territoriale et de la mobilité du capital international font partie
de la dynamique qui façonnera à la fois les villes planétaires
et le capitalisme mondial (Kowarick, 1994).
S'il modifie le tissu économique et social et l'environnement
des grandes zones urbaines, le processus de mondialisation redessine aussi
leur configuration spatiale. Les résultats diffèrent selon
les pays et les villes - l'articulation entre les deux phénomènes
dépend dans une large mesure de l'ampleur et des modalités
de l'intervention de l'Etat-providence, de la répartition des revenus,
des politiques d'urbanisme et des modes de régulation sociale.
Le décalage entre le rythme d'expansion des entreprises et le
rythme de l'aménagement urbain est un problème auquel les
villes, et en particulier les villes planétaires, doivent faire
face. Dans certains cas, la vie urbaine risque d'être étouffée
par une croissance économique débridée ; ailleurs,
ce sont au contraire les entreprises qui désertent les villes. Comment
les villes et les entreprises peuvent-elles concilier leurs besoins respectifs
?
Comment les mutations qui sont à l'origine de la mondialisation
et de l'interdépendance croissante des économies se manifestent-elles
dans les villes qui font office de noeuds régionaux et mondiaux
? Comment ces processus d'internationalisation s'articulent-ils avec les
autres éléments de la structure économique et sociale
d'une grande ville ? Quelles conséquences ces évolutions
ont-elles sur la situation socio-économique générale
des citadins ? Des recherches récentes montrent une nette aggravation
des inégalités socio-économiques et spatiales au sein
des grandes villes du monde développé : comment les processus
mondiaux affectent-ils la vie quotidienne dans les villes sur le plan des
valeurs, des modes de consommation, des styles de vie et des comportements
politiques ?
LA VILLE DISLOQUEE
Tout au long des siècles, les villes ont été des lieux
propices au progrès de la civilisation, des creusets assimilant
des peuples de cultures, de langues et de croyances différentes,
des espaces de tolérance et de convivialité. Synonymes de
sociabilité démocratique, elles ne sont que trop souvent
aujourd'hui synonymes d'exclusion, de racisme, de xénophobie et
de violence - tous phénomènes qui traduisent un renversement
des valeurs ("une urbanité disloquée"). L'Europe est parcourue
par les mêmes courants sous-jacents et la même logique qui
engendrent la haine, la peur et une incapacité croissante de reconnaître
et d'accepter l'autre (Baudrillard et al.,1981 ; Bourdieu, 1993
; Donzelot, 1991 ; Delarue, 1991 ; Geindre, 1993 ; Lipovetsky, 1983 ; Noirot,
1994 ; Roman, 1993 ; Wieviorka, 1992 et 1993).
L'exclusion urbaine signifie qu'on est passé d'un modèle
admettant l'inégalité au sein d'une entité sociale
cohésive à un modèle qui repose sur la fracture, l'isolement,
les poches de pauvreté, l'altérité radicale. Si rien
n'est fait pour enrayer ce glissement de l'intégration à
la ségrégation, on assistera à l'éclatement
des villes en secteurs séparés : d'un côté des
zones surprotégées et de l'autre, le danger des ghettos et
des zones "hors-la-loi".
Cette polarisation sociale et spatiale croissante des villes va de pair
avec la montée de la violence urbaine. Bien des formes de violence
dans la ville ne sont pas seulement politiques, mais sont liées
à l'exclusion sociale, économique et culturelle (Lapeyronnie,
1993). Teresa Caldeira (1992) montre que la criminalité violente
a augmenté à São Paulo dans les dix dernières
années, et que, parallèlement, se sont aussi développés
la peur de la criminalité et le discours sur cette criminalité,
illustrés concrètement sur les murs de la ville. "Si la peur
de la criminalité", soutient-elle, "et l'expansion de la violence
sont une réalité à São Paulo, et si la criminalité
fournit un langage au discours et à la réflexion sur bien
d'autres processus déstabilisateurs, il se trouve qu'avec l'aide
du discours sur la criminalité et la crise, on est en train de fabriquer
une ville où la ségrégation est beaucoup plus poussée,
une société où les inégalités sont beaucoup
plus marquées, et un système dans lequel les notions de justice
et les droits des citoyens s'estompent - au nom de la sécurité
et du convenable".
Ces dix dernières années, les inégalités
sociales sont devenues beaucoup plus criantes dans les villes, en même
temps que s'exacerbaient les antagonismes culturels et la fragmentation
politique. Le spectre de la déchirure sociale, politique et psychologique
hante notre société. Les divisions sociales détruisent
le tissu même de la vie urbaine ; il est donc clair que les villes
et les modes de vie urbains sont générateurs de conflits
et de souffrances qui risquent d'affaiblir la société dans
son ensemble. En tant qu'entités politiques, les villes sont confrontées
au choix suivant : deviendront-elles en se développant des systèmes
générateurs d'exclusion ou, au contraire, contribueront-elles
à promouvoir la citoyenneté et le bien-être, en s'appuyant
sur des pactes sociaux conclus au niveau local ? La quête de la citoyenneté
est, semble-t-il, universelle. Ainsi, pourrait-on voir dans la volonté
de permettre et de garantir le plein exercice de la citoyenneté
l'idée-force qui devra guider la civilisation urbaine à venir
(Sachs-Jeantet, 1993).
LA VILLE MULTICULTURELLE ET MULTI-ETHNIQUE
Les villes sont par définition, et par tradition, "cosmopolites".
L'urbanisation - et c'est sans doute là le changement le plus radical
qu'elle induit - rassemble et concentre sur un territoire restreint des
individus de cultures et de milieux différents. C'est ce qui constitue,
comme l'a souligné Mario Polèse, à la fois la principale
force de la ville - ce qui fait d'elle un lieu d'innovation sociale (la
culture urbaine) - et son talon d'Achille. Source de création, le
choc des cultures peut aussi être générateur de conflit.
Si la ville offre un puissant outil pour favoriser le changement social
positif, il n'en reste pas moins qu'en faisant vivre côte à
côte des étrangers, dont les valeurs et les perceptions divergent,
l'urbanisation engendre des tensions. Savoir gérer ces tensions
est peut-être la tâche la plus difficile de toutes pour une
société. Rares sont les sociétés qui ne sont
pas confrontées au spectre de la violence et des affrontements ethniques.
Empêcher le développement des tendances nationalistes,
renforcer l'intégration sociale face à la diversité
ethnique et culturelle tout en permettant à cette dernière
de s'épanouir : tel est l'un des grands défis que doit relever
aujourd'hui la politique de la ville, ou auquel elle doit se préparer
pour demain (4). Quels sont les principes à
respecter pour que tous bénéficient d'une certaine qualité
de vie dans les villes ? Qu'est-ce que l'expérience nous a appris
sur les règles de la coexistence multi-ethnique en milieu urbain,
et quelles sont les stratégies à mettre en oeuvre pour rendre
les citadins plus "cosmopolites" ?
LA VILLE GOUVERNEE
Véritables amplificateurs des problèmes "de société",
les villes sont devenues des foyers de crise plus ou moins gouvernables.
Les nouvelles tendances de l'urbanisation contemporaine soulèvent
le problème de la gouvernabilité sociale, économique
et politique des villes, en particulier des mégalopoles en voie
de constitution.
Comment la gestion de la chose publique - qui met en jeu le rapport
entre la cité civile et les pouvoirs publics aux différents
échelons - a-t-elle évolué sous l'effet de la mondialisation,
d'une part, et de la recherche d'une plus grande démocratie au niveau
local et de la volonté de responsabilisation et de transparence
d'autre part ? Quelles politiques d'autonomisation faut-il mettre en oeuvre
pour susciter de nouvelles formes de partenariat pour le développement
entre l'Etat, la ville, la société civile et le secteur privé,
de façon à garantir le droit à la ville et le plein
exercice de la citoyenneté - c'est-à-dire de droits politiques,
civils, économiques, sociaux, psychologiques et culturels qui sont
inaliénables ? Quels systèmes de gestion novateurs peut-on
trouver pour favoriser l'engagement civique et l'intégration des
minorités ethniques ?
Etats ou marchés ? La décentralisation, la municipalisation
et la privatisation des fonctions (services urbains) précédemment
assurées par le pouvoir central s'inscrivent dans le cadre plus
général des transformations structurelles de l'Etat, et de
la nécessité de repenser le rôle des collectivités
locales.
Comment des questions de gestion urbaine telles que la politique sociale,
les dépenses d'équipement, les transports publics, la politique
foncière, les finances et l'administration municipales, et les mesures
prises pour faire face aux crises sociales du milieu urbain conditionnent-elles
l'avenir des villes et leur capacité de faire face aux transformations
sociales et de guider le changement social, y compris la gestion des transitions
désirées ?
Guido Martinotti estime que, surtout dans les régions comme l'Europe,
où la ville a une histoire millénaire, les changements intervenus
dans la structure de l'urbanisation contemporaine - mise à l'épreuve
par l'apparition de nouveaux modes de rapports sociaux - soulèvent
le problème de la maîtrise sociale, économique et politique
des grands ensembles métropolitains. Si les autorités locales
sont élues par les citadins, on constate que, de plus en plus, les
intérêts économiques de la métropole dépendent
d'agents - les grandes sociétés financières et industrielles,
par exemple - qui, sur le plan politique, n'ont pas de comptes à
rendre à la ville proprement dite. Les politiques et les institutions
municipales traditionnelles ne semblent pas être en mesure de gouverner
ces nouvelles entités.
A vrai dire, la nouvelle morphologie urbaine est en grande partie la
résultante de la différenciation progressive des populations
qui gravitent autour des centres métropolitains. Avec la mobilité
accrue de la population, les relations entre population et territoire acquièrent
une forte dynamique. Nombre des problèmes sociaux que connaissent
les métropoles actuelles découlent de la coexistence, de
la concurrence et de la superposition de ces "strates urbaines" - résidents,
banlieusards, usagers, hommes d'affaires - et finissent par priver de fait
les citadins de leurs droits civiques. Martinotti soutient qu'on est mieux
à même d'aborder les problèmes de gouvernement des
nouvelles métropoles si l'on reconnaît ces multiples imbrications.
La dynamique urbaine actuelle a dans bien des cas rendu caduques les
limites administratives des centres traditionnels. Jusqu'ici, la démocratie
locale était conçue essentiellement comme une variante de
la notion originelle de communauté politique, mais la validité
de ce concept est désormais de plus en plus fragilisée par
la nouvelle morphologie sociale et physique de la ville (Martinotti, 1993).
LA VILLE ECOLOGIQUE
Une ville est un écosystème naturel et social complexe :
elle doit donc être gérée comme tel. Si l'on se place
sur le plan de la qualité de vie des populations concernées,
le bouleversement du cadre urbain est l'un des problèmes les plus
difficiles auxquels sont confrontées les mégalopoles du Sud.
Un aspect fondamental de ce problème, sur lequel insiste l'OMS (1992),
est le mauvais état de santé de très nombreux citadins
et la mort prématurée de millions d'individus (essentiellement
des nourrissons et des enfants) par suite de la malnutrition et de la pollution
de l'eau, de l'air et du sol (Hardoy et al., 1990 ; Hardoy et Satterthwaite,
1992). Au Nord, même si la situation n'est pas aussi dramatique,
la dégradation de l'environnement n'en demeure pas moins lourde
de conséquences pour les villes, dont elle compromet le devenir
à long terme.
Comment les villes peuvent-elles contribuer de manière décisive
à faire évoluer les politiques locales dans le sens d'un
plus grand respect de l'environnement, d'une volonté plus affirmée
de préserver l'avenir (Stren et al., 1992) ? L'élaboration
de stratégies urbaines soucieuses des priorités sociales
et de l'environnement, qui tiennent compte de la diversité des écosystèmes
et de leur potentiel de ressources en même temps que des besoins
ressentis par les collectivités locales, suppose que l'on abandonne
une gestion qui remédie après coup aux atteintes à
l'environnement, pour s'orienter vers des politiques de prévention
et de protection active de l'environnement. Pour cela, il faut promouvoir
une gestion plus rationnelle des ressources de façon à accroître
l'efficacité de l'économie urbaine : (i) en identifiant et
éliminant les gaspillages de ressources financières, matérielles
et humaines, ce qui permettra de dégager des ressources pour le
développement ; (ii) en prolongeant la durée de vie de l'infrastructure
et des équipements grâce à un meilleur entretien ;
(iii) en mobilisant les ressources latentes, sous-utilisées, mal
utilisées ou gaspillées de la ville "officielle" comme de
la ville "clandestine" : terrains vagues, bâtiments publics et privés
inoccupés, capacité d'investissement non commercial dans
la construction de logements par les habitants, recyclage des déchets,
économies d'énergie et d'eau (Alberti et al., 1994
; Sachs, I. et Silk, 1991)
(5).
LA VILLE TECHNOLOGIQUE
La science et la technologie sont déterminantes pour l'avenir des
villes. Dans un monde étroitement interdépendant, où
la compétitivité dépendra dans une large mesure de
la capacité de générer et d'utiliser les connaissances,
les capacités scientifiques et technologiques auront une influence
considérable sur les schémas de développement et d'aménagement
des espaces urbains ainsi que sur la gestion durable des villes. Les progrès
de la science et de la technologie ont rendu possible une amélioration
sans précédent du niveau de vie. Mais, à côté
de ce mieux-être matériel dont bénéficie une
fraction croissante de la population mondiale, on constate une stagnation,
et même une dégradation du niveau de vie de la majorité
des pauvres. La contradiction entre les nouvelles aspirations qui se font
jour et la réalité de la pauvreté omniprésente
est une source de tensions sociales.
Pour construire les villes de demain, il est nécessaire d'explorer
et d'évaluer les chances et les menaces que représentent
la science et la technologie pour la maîtrise de l'espace urbain
dans le cadre du nouveau paradigme techno-économique, et en particulier
les progrès des nouvelles technologies (technologie de l'information,
biotechnologie, nouveaux matériaux de pointe). Il faut des innovations
urbaines adaptées aux différents contextes écologiques,
culturels et socio-économiques, et il faut concevoir des villes
qui sachent conserver leurs ressources, en recourant à la fois aux
techniques les plus avancées et aux techniques traditionnelles (gestion
judicieuse du pluralisme technologique), abordables et accessibles pour
les pays en développement. Comment accroître la rentabilité
globale des investissements dans les équipements, les services et
les logements urbains en mettant au point de nouvelles solutions technologiques,
économes de ressources financières et humaines et écologiquement
rationnelles, qui fassent la preuve de leur efficacité ? Comment
la tendance à une spécialisation souple et la révolution
de la communication qui l'accompagne - phénomènes caractéristiques
du "deuxième choc industriel" (Piore et Sabel, 1984) peuvent-elles
modifier les rapports ville-campagne, par une "industrialisation diffuse"
à l'italienne ?
Reconnaître l'importance croissante de la science et de la technologie
ne signifie pas pour autant y voir la panacée pour l'humanité
et la ville de demain. La science et la technologie n'étant qu'un
processus social parmi d'autres, il faut récuser les modes de gestion
urbaine fondés sur la mystification du "destin technologique" (Salomon,
1992).
"La quête du développement est une entreprise incertaine
qui conduit nécessairement à faire de plus en plus appel
à la science et à la technologie. Cette quête est incertaine
parce que rien ne garantit a priori qu'elle sera couronnée de succès
(ni, si succès il y a, qu'il sera durable), mais surtout parce qu'elle
pose le problème du prix de la modernité : les avantages
qu'un pays peut en escompter sur les plans politique, économique,
social et culturel, ainsi que les sacrifices qu'il est prêt à
faire au nom de cette modernité... Bref, en dépit de ce que
promettait le rationalisme des Lumières, et, plus encore, le positivisme
du XIXe siècle, le progrès scientifique et technologique
ne coïncide pas forcément avec le progrès social et
moral... Au milieu des bouleversements qui marquent la fin du XXe siècle...
le monde entier est à la recherche de nouvelles voies et de nouvelles
solutions qui déboucheront sur un ordre social meilleur... La science
et la technologie peuvent apporter beaucoup au développement, mais
elles ne peuvent pas tout régler et elles ne sont certainement pas
la panacée à la crise des valeurs qu'engendre le choc entre
tradition et modernité... Le développement requiert... la
maîtrise des conséquences du changement scientifique et technologique"
(Salomon et al., 1994, p. 22 à 24).
L'ENJEU : LA VILLE COMME ELARGISSEMENT DES POTENTIALITES
HUMAINES
Réalité complexe, la ville est confrontée à
de redoutables défis dont les données ne cessent de se modifier
sous l'effet des changements politiques, économiques, sociaux, culturels,
environnementaux, scientifiques et technologiques. Les défis et
les options sont multiples, plaçant la ville devant un dilemme :
soit réaffirmer une foi aveugle dans la force de la croissance économique,
synonyme de modernisation et de progrès, en partant implicitement
de l'hypothèse que les bienfaits de cette croissance rejailliront
sur les pauvres et rendront la ville vivable ; soit oeuvrer explicitement
pour un développement sociétal subordonné aux valeurs
de l'équité sociale, de la rationalité écologique,
de l'efficacité économique, de la participation politique,
du pluralisme culturel et de l'intégration. Le spectre de la fracture
sociale, politique et psychologique hante nos sociétés :
enrayer cette tendance, voilà le véritable défi à
l'aube du XXIe siècle. Lutter contre l'exclusion et la discrimination
et promouvoir les droits de l'homme et la paix sont aujourd'hui les mots
d'ordre.
La mondialisation en cours peut se lire comme une épopée
de l'éviction (Sassen, 1994), qui vide les lieux de leur signification
symbolique et prive les individus de leur qualité de vie, comme
si l'endroit où nous vivons ne comptait plus. Face à cette
perte de l'ancrage dans un lieu, il est clair que la reconstruction sociale
des espaces publics grâce à l'exercice d'une véritable
citoyenneté doit accompagner la mondialisation du capital : elle
est même absolument indispensable si nous ne voulons pas aboutir
à un monde de "non-lieux" (Augé, 1992).
Il est essentiel de renouer avec l'art de la ville et sa signification
symbolique. Augustin Berque (1993) propose un séduisant voyage à
travers les villes japonaises, qui montre l'imbrication du lien social
avec les lieux, c'est-à-dire en fait avec la nature. Manuel Castells
(1989), quant à lui, préconise "une série de stratégies
politiques, économiques et technologiques qui pourraient contribuer
à la reconstruction de la signification sociale dans la nouvelle
réalité historique caractérisée par la formation
de l'espace des flux comme espace du pouvoir et des organisations fonctionnelles...
Le nouveau paradigme techno-économique impose l'espace des flux
comme la logique spatiale irréversible des organisations économiques
et fonctionnelles. Le problème devient alors de savoir comment articuler
la signification des lieux avec ce nouvel espace fonctionnel. La reconstruction
d'une signification sociale ancrée dans le lieu exige la mise en
oeuvre de projets sociaux et spatiaux différents, qui interviennent
simultanément sur trois niveaux : culturel, économique et
politique...".
La ville doit être au service de ceux qui y vivent et non de l'économie.
Cette éthique impose de rompre avec une vision étroitement
économiciste de la ville ; il faut sortir du cadre de l'économie
urbaine et de la performance macro-économique, et proclamer "le
sacre du citoyen" (Rosanvallon, 1992), ce qui implique un élargissement
de ses droits civils, politiques et sociaux (Marshall, 1977). Telle
est la voie à suivre si l'on veut que les villes deviennent des
lieux de vie sûrs et démocratiques.
La recherche de stratégies urbaines qui soient socialement et
écologiquement rationnelles devrait être guidée par
les Principes énoncés dans la Déclaration de Rio sur
l'environnement et le développement (juin 1992), et en particulier
le Principe 1, qui dit ceci : "Les êtres humains sont au centre des
préoccupations relatives au développement durable. Ils ont
droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature".
Il s'ensuit que la gestion des transformations sociales dans les villes
devrait viser à développer les capacités et les facilités
à la disposition (entitlements) des individus, et à
élargir l'éventail de leurs choix (6).
Cette réorientation de la réflexion sur le développement
vers la notion de développement humain, c'est-à-dire le développement
des
individus pour les individus - ce qui implique la création
de possibilités économiques pour tous - et par les
individus - ce qui implique une démarche participative - devrait
guider la gestion urbaine, la "gouvernance municipale" et la démocratie
devenant alors les idées-forces qui régiront le devenir urbain.
Il s'agit donc de susciter à l'avenir des solutions urbaines
qui fassent de la ville :
-
une entité capable de gérer les transformations sociales
et d'orienter le changement social dans le sens voulu;
-
un lieu de solidarité et de multi-culturalisme qui favorise la tolérance
et une cohésion sociale durable ;
-
un cadre propice au développement de la citoyenneté et du
bien-être ;
-
un environnement conçu pour une utilisation judicieuse des ressources
naturelles, dans l'optique du développement durable.
Selon cette conception de la modernité, on pourra promouvoir le
droit à la ville, vecteur de l'intégration sociale et de
l'humanisme :
-
en luttant contre la dislocation de la ville et contre l'exclusion sociale
avant que cette dernière ne cristallise dans une fracture territoriale
- la politique française de la ville illustre les limites de la
gestion territoriale de l'exclusion (Belorgey, 1994) - au moyen de politiques
visant à atténuer la pauvreté urbaine, à favoriser
l'intégration sociale et à créer des emplois. Le chômage
est souvent la source de l'exclusion, mais celle-ci n'est pas seulement
économique et sociale, elle est aussi politique, culturelle et symbolique
- la question devenant alors de savoir comment satisfaire l'exigence de
dignité de la population marginalisée (Lapeyronnie, 1993)
;
-
en forgeant des partenariats pour le changement entre la société
civile, l'Etat et le marché, dans le cadre "d'économies mixtes"
qui mettent particulièrement l'accent sur la gestion participative
et la plus grande implication des citoyens ;
-
en donnant des moyens d'action aux communautés locales dans le cadre
de stratégies d'autonomisation urbaine consistant à mettre
à leur disposition les ressources et les techniques qui ne peuvent
être mobilisées localement, en particulier en finançant
les initiatives communautaires (Arross et al., 1994) ; la participation
communautaire, même si elle n'est pas facile à obtenir, est
indispensable à la cohésion sociale ;
-
en renforçant les capacités locales de réaction à
l'évolution rapide de l'environnement et, partant, à la modification
des priorités ;
-
en mettant en oeuvre une stratégie globale et multi-sectorielle
de régénération urbaine centrée sur les quartiers,
qui sont la pierre angulaire de la transformation urbaine (7).
Au-delà du défi conceptuel que représente la vision
de la ville comme élargissement des potentialités humaines,
qui implique une position éthique - défendre le droit à
la ville, vecteur de l'intégration sociale et de l'humanisme, en
permettant l'exercice de la citoyenneté - il est urgent de repenser
en profondeur les outils intellectuels et empiriques de l'étude
des faits et processus sociaux en milieu urbain : en effet, bon nombre
des instruments utilisés jusqu'ici étaient fondés
sur une morphologie urbaine radicalement différente et sont aujourd'hui
mis à rude épreuve par les nouveaux modes de rapports sociaux
qui se font jour. Ceux qui étudient les phénomènes
urbains, et les chercheurs en sciences sociales en général,
sont donc contraints de redéfinir radicalement leur objet d'étude,
et sa représentation conceptuelle - ce qui n'est pas une tâche
facile. Pour pouvoir appréhender pleinement les enjeux et les différentes
options possibles, il est nécessaire d'élaborer de nouveaux
cadres conceptuels et d'adopter d'autres schémas de pensée,
qui témoignent de l'aptitude à une réflexion multi-dimensionnelle
et de la faculté de réinterpréter l'expérience
du passé dans un contexte qui change rapidement.
Selon Guido Martinotti, si l'on veut comprendre la dynamique urbaine
actuelle et les problèmes sociaux qui lui sont associés,
il faut adopter un nouvel éclairage fondé sur l'idée
que l'étude de la ville est par essence systémique et qu'à
l'heure actuelle, le système sur lequel nous devons réfléchir
tend à avoir une extension planétaire. L'un des aspects de
notre appareil conceptuel qui demande à être repensé
en profondeur est l'héritage intellectuel implicite ou explicite
de l'écologie sociale, qui accorde une place prépondérante
à la fonction résidentielle.
Un autre aspect concerne la pertinence des politiques dans l'optique
du changement, c'est-à-dire la capacité de faire face à
l'incertitude et au changement ; de renforcer le "savoir organisationnel"
(Argyris et Schön, 1978) ; de combler le fossé entre théorie
et pratique en favorisant une réflexion agissante (Schön, 1983)
; de faire en sorte que le futur socialement souhaitable se concrétise
grâce à une planification stratégique conçue
comme "un processus d'apprentissage fondé sur une coopération
souple, qui associe une multiplicité d'acteurs représentant
toutes les composantes de la trame sociale et qui vise à une perception
commune des objectifs et des buts, de façon à permettre de
prendre d'un commun accord, sur la base d'un consensus temporaire", des
décisions spécifiques concernant à la fois le présent
et l'avenir (Sagasti, 1988) ; et de favoriser l'innovation (faculté
de réaction et d'adaptation plus rapides).
En outre, une réflexion méthodologique sur les catégories
de l'analyse empirique s'impose : il faut étudier l'histoire des
concepts - distinction entre les tendances universelles et les phénomènes
locaux - et leur signification particulière dans tel ou tel contexte
culturel, en examinant, d'un point de vue multiculturel, selon quelles
catégories les espaces et les territoires urbains sont appréhendés
dans diverses zones linguistiques et différents pays (problèmes
sémantiques, conceptuels, terminologiques, questions liées
à l'exploitation des données résultant de l'observation
empirique).
Lieux de transformations sociales, les villes ont besoin d'être
analysées et observées en utilisant la diversité des
perspectives qu'offrent les sciences sociales. Dans ce domaine, on peut
assigner trois grandes tâches à MOST :
étudier simultanément les différentes facettes
des transformations sociales en cours, c'est-à-dire appréhender
la ville comme un territoire où coexistent diverses réalités
ville planétaire, ville disloquée, ville multi-culturelle
et multi-ethnique, ville gouvernée, ville écologique et ville
technologique - mais aussi comme le lieu où se "gèrent" nombre
des transformations sociales qui façonneront le monde de demain
;
mettre en place une base de connaissances transdisciplinaires faisant
appel à l'urbanisme, la sociologie, la géographie, la science
politique, l'économie politique du développement, l'anthropologie,
l'économie, la théorie organisationnelle, la sociologie des
organisations, l'histoire, les sciences du comportement, la linguistique
et l'architecture, et réfléchir sur la spécificité
de la recherche urbaine aujourd'hui - la problématique territoire-théorie;
encourager la recherche comparative internationale et transdisciplinaire
et la coopération entre centres de recherche urbaine, et communiquer
les informations et connaissances scientifiques aux utilisateurs (responsables,
associations de citoyens, ONG, syndicats, etc.).
S'agissant de la nécessité de renouveler les méthodes
de recherche : les défis ne sont pas seulement conceptuels, ils
concernent aussi la philosophie et la finalité de la recherche,
l'élaboration de propositions et le processus de changement des
politiques (l'essence de la décision et le travail de mise en oeuvre).
La question aujourd'hui n'est pas (tant) de savoir quoi faire, mais comment
le faire. Plutôt que de produire un discours normatif sur ce qu'il
faudrait faire, il s'agit de faire en sorte que les gens participent activement
au balisage de leur propre destin et de construire des villes qui soient
des lieux de désir(s) - individuel et collectif, conscient et inconscient
- des lieux d'utopie, des lieux de démocratie, où le sacre
du citoyen et de la citoyenneté sera le corollaire d'une urbanité
fondée sur la compétence du citadin (Sachs-Jeantet, 1994).
REFERENCES
ALBERTI, M. et al. 1994. La Città sostensible. Analisi,
scenari e proposte per un'ecologia urbana in Europa. Milan, Franco
Angeli & Legambiente.
Les annales de la recherche urbaine. 1992-1993. Espaces publics
en villes. Paris, METTE, n° 57-58.
ANSAY, P. et SCHOONBRODT, R. (dir. publ.). 1989. Penser la ville.
Choix de textes philosophiques. Bruxelles, Editions des archives
d'architecture moderne.
ARGYRIS, C. et SCHON, D. 1978. Organizational Learning : A theory
of Action Perspective. Reading (Mass.), Addison-Wesley Publishing Company.
ARROSSI, S. et al. 1994. Funding Communauty Initiatives.
London, Earthscan.
AUGE, M. 1992. Non-lieux. Introduction à une anthropologie
de la surmodernité, Paris, Editions du Seuil.
BANQUE MONDIALE. 1991. Urban Policy and Economic Development. An
Agenda for the 1990s. Washington, document de politique générale
de la Banque mondiale.
BAUDRILLARD, J. et al. 1991. Citoyenneté et urbanité.
Paris, Editions Esprit.
BELORGEY, J.-M. 1994. Evaluation de la politique de la ville.
Coédition Territoires, n° 345-346 et Hommes &
Libertés, n° 77.
BERQUE, A. 1993. Du geste à la cité. Formes urbaines
et lien social au Japon. Paris, Gallimard.
BONETTI, M., CONAN, M. & ALLEN, B. 1992. Développement
social urbain. Stratégies et méthodes. Paris, L'Harmattan.
BOURDIEU, P. (dir. publ.). 1993. La misère du monde. Paris,
Seuil.
CALDEIRA, T.P.R. 1992. City of Walls : Crime, Segregation, and Citizenship
in Sao Paulo Thèse de doctorat, University of California at
Berkeley (à paraître aux éditions University of California
Press).
CASTEL, R. 1995. Les métamorphoses de la question sociale.
Une chronique du salariat. Paris, Fayard.
CASTELLS, M. 1989. The Informatical City Information, Technology,
Economic Restructuring and the Urban-Regional Process. Londres, Basil
Blackwell.
CASTELLS, M. 1983. The City and the Grassroots. A Cross-Cultural
Theory of Urban Social Movements. Londres, Edward Arnold.
CERTEAU, M. de. 1980. L'invention du quotidien. 1. Arts de
faire. Paris, Gallimard.
CCE (Commission des Communautés européennes). 1992.
Urbanization
and the functions of cities. Regional Development Studies, Brussels.
Etudes de développement régional, Bruxelles.
CCE. 1990. Green Paper on the Urban Environment. Bruxelles.
CMED (Commission mondiale sur l'environnement et le développement).
1988. Notre avenir à tous. Montréal. Les Editions
du Fleuve.
DELARUE, J.-M. 1991. Banlieues en difficultés : la relégation.
Paris, Editions Syros Alternatives.
DELEBARRE, M. avec LE PRIOL, P.Y. 1993. Le temps des villes.
Paris, Editions du Seuil.
DOGAN, M. et KASARDA, J.D. (dir. publ.). 1988. The Metropolis Era.
Newbury Park, California, Sage.
DONZELOT, J. (dir. publ.). 1991. Face à l'exclusion.
Le modèle français. Paris, Editions Esprit.
DONZELOT, J. et ESTEBE P. 1994. L'Etat animateur. Essai sur
la politique de la ville. Paris, Editions Esprit.
DOUGLASS, M. 1992. "The Political Economy of Urban Poverty and Environmental
Management in Asia : Access, Empowerment and Community Bases Alternatives",
Environment and Urbanization, Vol. 4, n° 2, p. 9-32.
DUBET, F. 1994. "La tentation du ghetto", Les collections du Nouvel
Observateur, n° 19, "La France et les Français du XXIe siècle",
p. 72-76.
DUNN, S. (dir. publ.). 1994. Managing Divided Cities. Keele,
Ryburn Publishing/Keele University Press en association avec la Fulbright
Commission, Londres.
ENDA (Environnement et développement du tiers monde). 1991.
Set
Setal : des murs qui parlent. Nouvelle culture urbaine à Dakar,
Dakar, ENDA.
Environment and Urbanization. 1989-1994. Londres, IIED.
FRIEDMANN, J. 1992. Empowerment. The Politics of Alternative Development.
Cambridge, MA, Blackwell Publishers.
FRIEDMANN, J. 1986. "The World City Hypothesis", Development and
Change, Vol. 17, n° 1, p. 69-83.
GEINDRE, F. (dir. publ.). 1993. Villes, démocratie, solidarité
: le pari d'une politique. Rapport pour la préparation du XIe
Plan, Paris. La Documentation française.
GILBERT, A. 1994. Human Ressources : Work, Housing and Migration.
Paris, Commission indépendante pour la population et la qualité
de la vie, UNESCO.
GHORRA-GOBIN C. (dir. publ.). 1994. Penser la ville de demain.
Qu'est-ce
qui institue la ville ? Paris, Editions L'Harmattan.
GIORDAN, H. 1994. Les sociétés pluriculturelles et
pluriethniques. Paris, MOST, Documents de discussion, n° 1, UNESCO.
GRINDLE, M. et THOMAS, J. 1991. Public Choices and Policy Change
: The Political Economy of Policy Reform in Developing Countries.
Baltimore,
Johns Hopkins University Press.
HALFANI, M., McCARNEY, P. et RODRIGUEZ, A. 1993. Towards an Understanding
of Governance. The Emergence of an Idea and its implications for Urban
Research in Developing Countries. Toronto, University of Toronto, CUCS.
HALL, P. 1988. Cities of Tomorrow. Oxford, Blackwell.
HARDOY, J., CAIRNCROSS, S. et SATTERTHWAITE, D. (dir. publ.). 1990.
The Poor Die Young. Housing and Health in Third World
Cities. Londres,
Earthscan.
HARDOY, J. et SATTERTHWAITE, D. 1989. Squatter Citizen. Life in the
Urban Third World. Londres, Earthscan.
HARDOY, J. et SATTERTHWAITE, D. 1992. Environmental Problems in Third
World Cities. An Agenda for the Poor and the Planet. Londres, Earthscan.
HARRIS, N. 1992. Cities in the 1990s. The Challenge for Developing
Coutries. Londres, University College London Press.
HENRY, E. et SACHS-JEANTET, C. 1993. "Envahir, conseiller et gouverner
... La ville d'Amérique latine", in Information sur les sciences
sociales, 32, 2, p. 303-361.
HOLSTON, J. 1989. The Modernist City. An Anthropological Critique
of Brasilia. Chigaco, The University of Chicago Press.
JACQUIER, C. 1991. Voyage dans dix quartiers européens en
crise. Paris, Editions L'Harmattan.
JEANTET, T. 1991. Démocratie directe, démocratie moderne.
Paris, Editions Entente.
KOWARICK, L. (dir. publ.). 1994. Social Struggles and the City. The
Case of Sao Paulo. New York, Monthly Review Press.
LADRIERE, P. et GRUSON, C. 1994. Ethique et gouvernabilité.
Un projet européen. Paris, Presses universitaires de France.
LAPEYRONNIE, D. 1993. "De l'intégration à la ségrégation",
dans Roman, J. (dir. publ.).
Ville, exclusion et citoyenneté.
Paris, Editions Esprit, p. 97-115.
LEFEBVRE, H. 1968. Le droit à la ville. Paris, Editions
Anthropos.
LIPOVETSKY, G. 1983. L'ère du vide. Essais sur l'individualisme
contemporain. Paris, Gallimard.
LOYER, F. 1987. Paris XIXe siècle, l'immeuble et la rue,
Paris, Hazan.
MARSHALL, T.H. 1977. Class, Citizenship, and Social Development.
Chigaco, The University of Chicago Press.
MARTINOTTI, G. 1993. Metropoli. La Nuova morfologia sociale della
citta. Bologne, Il Mulino.
Da MATTA, R. et al. 1992. Brasileiro : Cidadao ? São
Paulo, Cultura Editores Associadas.
NOIROT, P. (dir. publ.). 1994. Le spectre de la déchirure
sociale et politique. Paris, Panoramiques-Corlet-Hommes et Libertés.
OCDE (Organisation de coopération et de développement
économiques). 1994. The multisectoral approach to urban regeneration
: Towards a new strategy for social integration, housing affordability
and livable environments.
OCDE. 1994. Des villes pour le XXIe siècle. Paris, OCDE.
OCDE. 1992. Villes et technologies nouvelles. Paris, OCDE.
OCDE. 1990. L'environnement urbain : quelles politiques pour les
années 1990 ? Paris, OCDE.
OMS (Organisation mondiale de la santé), 1992. Notre planète,
notre santé. Genève.
OMS. 1991. Healthy Cities Project : A Project Becomes a Movement.
Review of Progress 1987 to 1990. Copenhague, OMS.
(ONU). 1992. World Urbanization Prospects 1990. Estimates and Projections
of Urban and Rural Populations and of Urban Agglomerations. New York,
ONU.
PAQUOT, T. 1994. Vive la ville ! Condé-sur-Noireau, Panoramiques-Corlet.
PERRET, B. et ROUSTANG, G. 1993. L'économie contre la société.
Paris, Seuil.
PIORE, M. J. et SABEL, C. 1984. The Second Industrial Divide.
New York, Rinehart et Winston.
PIR Villes (Programme interdisciplinaire de recherche sur la ville).
1994. La Ville. Paris, Le Courrier du CNRS, n° 81.
PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement). 1994.
Rapport mondial sur le développement humain, 1994. Editions
Economica.
PNUD. 1991. Cities, People and Poverty. Urban Development Cooperation
for the 1990s. New York, PNUD.
PNUE (Programme des Nations Unies pour l'environnement). 1992.
Sauvons
notre planète. Défis et espoirs. Nairobi.
de QUEIROZ RIBEIRO, L.C. et dos SANTOS JUNIOR, O.A 1994. Globalizaçao,
Fragmentaçao e Reforma Urbana. O Futuro das Cidades Brasileiras
na Crise. Rio de Janeiro, Civilizaçao Brasileira.
ROMAN J. (dir. publ.). 1993. Ville, exclusion et citoyenneté.
Entretiens de la ville II. Paris, Editions Esprit.
RONCAYOLO, M. 1990. La ville et ses territoires. Paris, Gallimard.
RONCAYOLO, M. et PAQUOT, T. (dir. publ.). 1992. Villes et civilisation
urbaine. XVIIIe-XXe siècle. Paris, Larousse.
ROSANVALLON, P. 1995. La nouvelle question sociale. Repenser l'Etat
providence. Paris, Seuil.
ROSANVALLON, P. 1992. Le sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel
en France. Paris, Gallimard.
SACHS-JEANTET, C. 1994. Humaniser la ville. Les enjeux de la citoyenneté
et de l'urbanité. Paris, Commission indépendante pour
la population et la qualité de la vie, UNESCO, SACHS-JEANTET, C.
1993. "La citoyenneté, projet de civilisation urbaine", Un autre
partage : homme, ville, nature. Toulouse, Erès et UNESCO, p.
173-198.
SACHS, C. 1990. São Paulo. Politiques publiques et habitat
populaire. Paris, Editions de la Maison des sciences de l'homme.
SACHS, I. 1994. "The Environmental Challenge" dans Salomon, J.J., Sagasti,
F. et Sachs-Jeantet, C. (dir. publ.). The Uncertain Quest. Tokyo,
Université des Nations Unies, p. 302-339.
SACHS, I., 1993. Transition Strategies towards the 21st Century,
New Delhi, Interest Publications.
SACHS, I. et SILK, D.1990. Food and Energy : Strategies for Sustainable
Development, Tokyo, United Nations University Press.
SALOMON, J.J. 1992. Le destin technologique. Paris, Balland.
SALOMON, J.J.SAGASTI, F. et SACHS-JEANTET, C. (dir. publ.). 1994.
The
Uncertain Quest. Science, Technology, Development. Tokyo, United Nations
University Press.
SAGASTI F. 1988. "National Development Planning in Turbulent Times :
New Approaches and Criteria for Institutional Design",
World Development,
Vol. 16, n° 4, p. 431-448.
SANSOT, P. 1991. Les gens de peu. Paris, Presses universitaires
de France.
SASSEN, S. 1994. "Le complexe urbain et la mondialisation de l'économie",
Revue internationale des sciences sociales, n 139, p. 56-73
SASSEN, S. 1991. The Global City : New York, London, Tokyo. Princeton,
Princeton University Press.
SCHNAPPER, D. 1994. La communauté des citoyens. Sur l'idée
moderne de nation. Paris, Gallimard.
SCHNAPPER, D. et MENDRAS, H. 1990. Six manières d'être
européen. Paris, Gallimard.
SCHON, D. 1983. The Reflective Practitioner. How Professionals Think
in Action. New York, Basic Books.
SCHWARTZ, B. 1994. Moderniser sans exclure. Paris, La Découverte.
SEN, A. 1983. "Development : Which Way Now ?", Economic Journal 93,
p. 745-762.
SENNETT, R. 1992. The Conscience of the Eye. The Design and Social
Life of Cities. New York, Norton.
SILVER, H. 1994. Social exclusion and social solidarity : Three paradigms.
Genève, Institut international d'études sociales, Discussion
Paper n° 69.
STREN, R. (dir. publ.). 1994. Urban Research in the Developing World.
Volume 1 : Asia. Centre for Urban & Community Studies, Université
de Toronto (autres volumes à paraître dans cette série
: Afrique, Amérique latine et Questions thématiques).
STREN, R., WHITE, R. et WHITNEY, J. (dir. publ.). 1992. Sustainable
Cities. Urbanization and the Environment in International Perspective.
Boulder, Westview Press.
STREN, R. et al. 1992. An Urban Problematique : The Challenge
of Urbanization for Development Assistance. Toronto, Université
de Toronto, Centre for Urban and Community Studies.
STREN, R. et McCARNEY, P. 1992. Urban Research in the Developing
World : Towards an Agenda for the 1990s. Université de Toronto,
Centre for Urban and Community Studies.
STREN, R. et YEUNG, Y.M. 1994. Urban Research in Developing Countries.
Towards an Agenda for the 1990s. The Chinese University of Hong Kong,
Occasional Paper n° 33.
TOURAINE, A. 1994. Qu'est-ce que la démocratie ? Paris, Fayard.
TOURAINE, A. 1992. Critique de la modernité. Paris, Fayard.
URBAN STUDIES, 1994. Special issue : Globalisation, World
Cities and the Randstad. Vol. 31, n° 3.
WIEVIORKA, M. (dir. publ.). 1994. Racisme et xénophobie en
Europe. Une comparaison internationale. Paris, La Découverte.
WIEVIORKA, M. (dir. publ.), 1993. Racisme et modernité.
Paris, La Découverte.
WIEVIORKA, M. 1993. La France raciste. Paris, Editions du Seuil.
Notes
1. Des contributions sur le thème "Les villes, lieux de transformation
sociale accélérée" ont été rédigées
par les spécialistes suivants : Bernd Hamm (Centre d'études
européennes), Peter Feldbauer et al. (Université de
Vienne), Francis Godard (Programme interdisciplinaire de recherche sur
la ville, CNRS), Tae-Il Lee (Institut de recherche coréen sur les
établissements humains), Peter Lengyel (UNESCO), Akin L. Mabogunje
(Université d'Ibadan, Nigéria), Guido Martinotti (Université
de Milan), Mario Polèse (Université du Québec), Ignacy
Sachs (Ecole des hautes études en sciences sociales), Martha Schteingart
(El Colegio de México), Richard Stren et Yue-man Yeung (Centre for
Urban and Community Studies, Université de Toronto, et Hong Kong
Institute of Asia-Pacific Studies, The Chinese University of Hong Kong).
2. Une synthèse des débats a d'abord été
présentée dans le document de discussion "Villes" rédigé
pour la Première réunion intérimaire du Conseil intergouvernemental
du programme MOST en mars 1994 (SHS-94/CONF.202/7). Une version provisoire
du présent document a été examinée lors de
la réunion du Comité directeur scientifique de MOST en juin
1994 (SHS-94/CONF.602/6). Je remercie les membres du Comité pour
leurs précieux commentaires, ainsi que MM. Mario Lungo, Ignacy Sachs,
Richard Stren et Mme Licia Valladares.
3. Pour une typologie, voir Sassen (1994) et pour une analyse de l'impact
de l'évolution économique sur le système urbain européen,
voir CCE (1992). La mondialisation est, semble-t-il, l'un des principaux
phénomènes qui modifient - en bien comme en mal - la vie
urbaine dans les pays en développement au cours des années
90. Il existe de multiples éclairages régionaux sur la ville
à l'ère de la mondialisation : voir par exemple le récent
ouvrage sur l'avenir des villes brésiliennes (De Queiroz Ribeiro
et Dos Santos Junior, 1994)
4. Pour une analyse plus détaillée de la problématique
des "sociétés pluri-culturelles et pluri-ethniques", et du
rôle de MOST, voir le document de discussion MOST établi par
Henri Giordan (1994).
5. Voir le programme L'homme et la biosphère (MAB) de
l'UNESCO, qui vise à améliorer la compréhension des
interrelations entre les composantes physiques, biotiques, sociales et
culturelles du milieu urbain afin de faire des villes un habitat plus vivable
pour les êtres humains et de limiter autant que faire se peut leur
impact sur l'environnement.
6. Amartya Sen (1983) définit l'entitlement comme l'ensemble
des facilités qu'une personne a à sa disposition dans la
société si elle utilise la totalité des droits et
des opportunités qui s'offrent à elle ... Sur cette base,
une personne pourra acquérir certaines capacités, c'est-à-dire
l'aptitude à faire telle ou telle chose, et échouer à
en acquérir d'autres.
7. Selon un rapport de l'OCDE, l'émergence, dans les années
80, de nouvelles formes d'exclusion et de dénuement dans les pays
de l'OCDE a conduit à prendre conscience de ce que la politique
de régénération urbaine doit essentiellement viser
à retisser les liens entre les groupes extrêmement défavorisés
ou marginalisés et les secteurs économiques dominants. La
politique de la ville dans les années 90 se préoccupe de
plus en plus des objectifs sociaux essentiels qui ont trait à la
croissance, à l'égalité et à l'environnement.
Les politiques urbaines devraient être centrées sur les quartiers,
qui sont le fondement de la transformation urbaine ; elles devraient être
coordonnées et multisectorielles, tant au niveau de la ville qu'à
celui du quartier. Les auteurs du rapport réaffirment l'utilité
d'un partenariat entre les pouvoirs publics, les organisations privées
et bénévoles et la communauté, et soulignent pour
finir l'importance d'approches globales et intégrées de la
régénération urbaine. Pour atteindre leurs objectifs,
les programmes de rénovation sociale et d'amélioration du
cadre de vie doivent se déployer sur un vaste front : intégration
sociale ; emploi et formation ; problèmes des sans-abri ; assainissement
de l'habitat ; intégration par l'autonomisation ; cohésion
sociale ; intégration des jeunes ; sécurité dans les
villes ; logement social ; collecte et utilisation des données ;
rôle des partenariats. Face à la difficulté et à
la complexité des problèmes urbains, les politiques ponctuelles
et partielles classiques ont fait la preuve de leur inefficacité.
Les pays membres reconnaissent la nécessité d'une approche
globale pour définir la politique de la ville, mais le passage à
une telle démarche n'est pas facile à opérer (OCDE,
1994).
L'auteur
Céline Sachs-Jeantet, urbaniste, a fait ses études
de doctorat à l'Institut d'Urbanisme de Paris et au Massachusetts
Institute of Technology et a obtenu un Doctorat d'Urbanisme à
l'Université de Paris XII en 1987. Elle a été consultante
pour les affaires urbaines auprès de la Banque Mondiale, l'UNESCO,
l'Université des Nations Unies et du gouvernement français.
Elle est l'auteur de São Paulo. Politiques publiques et habitat
populaire (Paris. 1990. Editions Maison des Sciences de l'Homme) et
coéditeur de La Quête Incertaine. Science, Technologie,
Développement (Paris. 1994. Economica).
Les opinions exprimées dans cette série engagent la
responsabilité des auteurs et ne reflètent pas nécessairement
le point de vue de l'UNESCO.
© UNESCO, 1995
|
|