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Documents de discussion - no. 4
Licia Valladares et Magda Prates Coelho
Egalement disponible en anglais et en espagnol
Les opinions exprimées dans cette série engagent la responsabilité des auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de l'UNESCO.
© UNESCO
1. LES TENDANCES DU PROCESSUS D'URBANISATION
4. LE PROGRAMME DE RECHERCHE URBAINE POUR LES ANNEES 90
Le présent document, qui donne de l'intérieur un aperçu de la recherche urbaine en Amérique latine, a été établi à partir de trois études dues à des membres du réseau GURI 2 : Rodriguez, Espinoza et Herzer (1995) qui ont rendu compte de la recherche en Argentine, en Bolivie, au Chili, en Equateur, au Pérou et en Uruguay ; Schteingart ]et al. (1995) qui ont étudié le Mexique, la Colombie et l'Amérique centrale et Valladares et Coelho (1995) qui se sont intéressées au Brésil et au Venezuela.
Dans chacune de ces régions, un chef de projet travaillait avec un groupe de chercheurs de plusieurs pays. Des documents d'information avaient été préparés pour donner un aperçu de la littérature existante. Des ateliers organisés à Mexico, Santiago et Rio de Janeiro ont réuni plus de 150 spécialistes qui ont pris part à la discussion et à l'élaboration du programme des recherches urbaines futures en Amérique latine.
Consacrées à différentes sous-régions (telles qu'elles ont été définies aux fins du projet international), les trois études ont une structure similaire, avec des chapitres sur :
La mondialisation de l'économie internationale a commencé à imposer des déplacements substantiels dans les structures spatiales de la production. La décentralisation de l'industrie, le changement technologique et l'orientation croissante vers un commerce à l'échelle mondiale sont autant de facteurs qui ont contribué à transformer la géographie de l'industrie et de l'emploi.
Les réformes d'inspiration néo-libérale et les changements macro-économiques ont eu aussi un impact substantiel sur toute la région. Récession et ajustement se sont traduits par des coupes dans les services publics, la privatisation d'entreprises gérées par l'Etat, la diminution du nombre des créations d'emplois et une baisse des salaires réels. Des politiques de stabilisation rigoureuses instaurées pour faire face à la crise économique et à la dette extérieure ont entraîné une forte chute des indicateurs macro-économiques intérieurs.
Ce scénario a touché différemment chacun des pays puisque ceux-ci se trouvent à des stades différents de développement politique et économique et d'urbanisation et qu'ils sont inégalement tributaires de l'économie internationale.
Les tableaux 1 et 2 présentent des données sur 16 pays d'Amérique latine. Les données du tableau 1 proviennent du rapport sur le développement dans le monde (1991) ; celles du tableau 2 sont tirées pour la plupart des trois études et des résultats de recensements nationaux.
Pays PIB par habitant Indicateur du Population . en dollars developpement humain (million) . 1989 du PNUD 1989 . 1991
Argentine 2160 0.854 32 Bolivia 620 0.416 7 Bresil 2540 0.759 147 Chili 1770 0.878 13 Colombia 1200 0.757 32 Costa Rica 1780 0.876 3 Ecuador 1020 0.655 10 El Salvador 1070 0.524 5 Guatemala 910 0.488 9 Honduras 900 0.492 5 Mexico 2010 0.838 85 Nicaragua - 0.612 4 Panama 1760 0.796 2 Peru 1010 0.644 21 Uruguai 2620 0.905 3 Venezuela 2450 0.848 19
Source : Rapport sur le développement humain, 1991.
Selon le Rapport sur le développement dans le monde, les pays d'Amérique latine appartiennent à la tranche inférieure et à la tranche supérieure des pays à "revenu intermédiaire". Cependant, comme le montre le tableau 1, il y a des différences considérables dans le PNB par habitant. Huit pays ont un PNB par habitant compris entre 1.760 et 2.620 dollars par an et un niveau de vie semblable (indicateur du développement humain, IDH) : Uruguay, Brésil, Venezuela, Argentine, Mexique, Costa Rica, Chili et Panama. Ces pays réunissent 304 millions d'habitants sur un total de 397 millions pour le continent. Les 93 millions restants habitent des pays dont le PNB varie entre un minimum de 620 dollars et un maximum de 1.200 dollars. Le Pérou, l'Equateur et la Colombie se détachent dans ce second groupe parce que leurs résultats sont relativement meilleurs selon le critère de l'IDH.
Le tableau 2 permet de comparer certaines tendances de l'urbanisation.
Country Average Anual Urbanization . Growth of Total. Urban Population Pop. in Pop. in Number of Annual Rates . Population Percentage Average Capital Cities Cities over of Growth of . (%) of Total Annual City as over 1 1 Million the Biggest . Population Growth Rates (%) Mill. as City by . (%) (%) Urb.Pop. by Decade (*)
. 1965-80/80-89/89-2000 1965 / 1989 1965-80/1980-89 1990 1990 1990 60 70 80 . (I) (II) (III) (IV) (V) (VI) (VII) (VIII) (IX) (X) (XI)
Argentine 1.6 1.4 1.1 76 86 2.2 1.8 41 49 3 2.2 1.6 1.5
Bolivia 2.5 2.7 2.8 40 51 3.1 4.3 33 33 1 3.7 3.9 4.0
Bresil 2.4 2.2 1.7 50 74 4.3 3.5 2 47 14 6.8 4.5 1.7
Chili 1.7 1.7 1.3 72 85 2.6 2.3 42 42 1 3.5 2.2 2.0
Colombia 2.5 2.0 1.6 54 69 3.7 3.0 21 39 4 5.8 3.0 -
Costa Rica 2.7 2.4 1.9 38 47 4.7 4.5 77 - - 4.5 3.9 -
Ecuador 3.1 2.7 2.2 37 55 3.5 3.3 21 49 2 4.4 4.2 4.1
El Salvador 2.8 1.4 2.1 39 44 3.2 2.0 25 - - 4.4 - -
Guatemala 2.8 2.9 2.8 34 39 3.5 3.4 23 - - 3.6 2.2 -
Honduras 3.2 3.5 2.9 26 43 5.5 5.5 35 - - 5.5 - -
Mexico 3.1 2.1 1.8 55 72 4.4 3.0 32 45 4 5.4 4.0 -
Nicaragua 3.1 3.4 3.1 43 59 4.6 4.6 44 44 - 6.8 - -
Panama 2.6 2.2 1.6 44 53 3.4 2.9 37 - - 4.8 3.0 -
Peru 2.8 2.3 2.1 52 70 4.3 3.1 41 41 1 5.1 4.5 3.9
Uruguai 0.4 0.6 0.6 81 85 0.7 0.8 45 45 1 0.5 - 0.2
0.2
Venezuela 3.5 2.8 2.2 70 84 4.8 2.7 25 29 2 - 3.8 3.0
Sources :
Rapport sur le développement dans le monde, 1991.
(*) Rodriguez, Espinoza et Herzer, 1993 ; tableau 2.
Valladarez et Coehlo, 1993 ; tableau 5.
Statistical Yearbook for Latin America and the Caribbean, 1992.
Aujourd'hui, l'Amérique latine est un continent majoritairement urbanisé. En 1965, huit des 16 pays - Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou, Uruguay et Venezuela - avaient déjà franchi le seuil d'urbanisation (50 % de la population totale dans les villes). A la fin des années 80, tous les pays d'Amérique latine, à l'exception du Costa Rica, d'El Salvador, du Guatemala et du Honduras, avaient franchi le seuil.
On peut grouper les pays selon leur degré d'urbanisation (tableau 2, colonne V). Le premier groupe (urbanisation supérieure à 70 %) comprend l'Argentine, l'Uruguay, le Chili, le Venezuela, le Brésil, le Mexique et le Pérou. En Argentine, en Uruguay et au Chili, l'urbanisation a commencé très tôt, dès les années 20 et 30. Le Mexique, le Venezuela, le Pérou et le Brésil ont commencé leur "décollage" urbain dans les années 40. Un deuxième groupe, avec une population urbaine de 50 % à 70 %, est constitué par la Colombie, le Nicaragua, l'Equateur, le Panama et la Bolivie. Quant au troisième groupe, il réunit les sociétés à prédominance rurale d'Amérique centrale.
L'urbanisation en Amérique latine a toujours été associée à des taux élevés de croissance démographique. Depuis de nombreuses décennies, cependant, la population urbaine augmente bien plus vite que la population totale. Au cours de la période 1965-1980, alors que le taux moyen de croissance annuelle de la population urbaine dans tous les pays était supérieur à 3 %, celui de la population totale était supérieur à 2 %. Les seules exceptions ont été l'Uruguay, l'Argentine et le Chili, c'est-à-dire les trois pays qui avaient connu une urbanisation précoce (tableau 2, colonnes I et VI).
Un autre aspect traditionnel de l'urbanisation en Amérique latine a été l'ampleur de la migration des campagnes vers les villes, associée à la caractéristique historique de la "ville dominante". Jusque dans les années 60, la population urbaine de la plupart des pays a été fortement concentrée dans les villes principales. Montevideo, Buenos Aires, Mexico, Caracas, Santiago, Lima, San José et Panama sont des exemples bien connus de macrocéphalisme alors que Quito-Guayaquil et Rio de Janeiro-São Paulo ont été des exemples de concentration bicéphale marquée. La Colombie a été le seul pays dont le réseau urbain ait été plus équilibré dans les années 60.
Les résultats des recensements récents font apparaître des changements importants dans les modalités de l'urbanisation :
Le tableau 2 contribue à illustrer ces tendances. Dans la période 1980-1989, les pays d'Amérique latine ont connu un ralentissement de leur taux de croissance démographique. Les seules exceptions ont été le Guatemala, le Honduras et le Nicaragua, derniers pays ruraux du continent, et la Bolivie. Les projections pour l'an 2000 permettent de penser que la croissance démographique se poursuivra à un rythme lent.
Des changements dans le taux de croissance de la population urbaine se sont également produits. Une comparaison entre les périodes 1965-1980 et 1980-1989 montre que si les taux d'urbanisation continuent à être très importants (et plus élevés que les taux de croissance de la population totale), ils ont commencé à ralentir. Le phénomène est visible dans tous les pays, avant tout au Venezuela (où la décélération a été le plus spectaculaire avec un taux tombant de 4,8 à 2,7), ainsi qu'au Mexique, au Pérou et en El Salvador. La seule exception a été la Bolivie où le taux de croissance de la population urbaine est passé de 3,1 % à 4,3 % d'une période à la suivante.
Bien que le rythme d'urbanisation se ralentisse, la plupart des villes continuent à s'étendre. Toutefois, la croissance est désormais moins concentrée dans les capitales. La décélération du taux de croissance (colonne XI) de la plus grande ville de chaque pays est un indicateur très significatif de la tendance à la déconcentration. Depuis les années 70, tous les pays urbanisés à l'exception de la Bolivie ont vu baisser ce taux. Dans les pays hautement urbanisés de l'Amérique latine, l'"explosion métropolitaine" est apparemment révolue, le cas le plus frappant étant celui de São Paulo (où le taux de croissance, qui était de 4,5 dans les années 70 est tombé à 1,7 dans les années 80). La croissance des "villes dominantes" traditionnelles subit également une décélération considérable : en 30 ans, Lima a vu son taux de croissance passer de 5,1 à 3,9 % et Santiago de 3,5 à 2,0 % au cours de la même période.
Le taux de croissance de Mexico est tombé de 5,4 dans les années 60 à 4,0 dans les années 70. La croissance de Buenos Aires était déjà lente dans les années 60 (2,2 %) et elle s'est poursuivie à un rythme régulier (1,5 %) dans les années 80. En Amérique centrale, la tendance est moins nette, encore que des pays comme le Costa Rica, le Guatemala et le Panama aient connu une décélération de la croissance de leurs capitales entre les années 60 et les années 70 (tableau 2, colonne XI). La plupart des pays de la sous-région sont encore à prédominance rurale, et les quelques grandes agglomérations urbaines ont tendance à monopoliser toute la croissance urbaine.
Dans certains pays, le système des villes devient maintenant plus équilibré. En 1990, comme le montre le tableau 2, colonne VIII, six pays seulement sur 16 avaient plus de 40 % de leur population urbaine dans leur capitale : Costa Rica (77 %), Uruguay (45 %), Nicaragua (44 %), Chili (42 %), Argentine (41 %) et Pérou (41 %). Ce sont là les cas où le modèle de la "ville dominante" semble être toujours valable. Les pays dont le réseau urbain est beaucoup moins concentré (colonne X) sont le Brésil (avec 14 villes de plus de 1 million d'habitants), la Colombie (3 villes), l'Equateur (2 villes), le Mexique (4 villes) et le Venezuela (2 villes). Une comparaison des colonnes VIII et IX (population de la capitale et population des villes de 1 million d'habitants ou plus en pourcentage de la population urbaine) montre dans quelle mesure ces pays s'acheminent vers une répartition plus équilibrée de leur population urbaine.
Les nouvelles modalités de l'urbanisation se traduisent par l'importance croissante des villes moyennes. C'est ce qu'ont mis en lumière les trois études. Rodriguez, Espinoza et Herzer signalent que, en Argentine, en Bolivie, au Chili, en Equateur et en Uruguay, les villes moyennes se développent à un rythme plus rapide que la moyenne nationale et que les plus grandes villes. Schteingart rappelle aussi que, en Colombie comme au Mexique, les villes moyennes ont connu une croissance plus forte que les grandes métropoles. Valladares et Coelho 3 ont observé la même tendance au Brésil et au Venezuela.
Les flux migratoires se dirigent surtout maintenant vers les villes moyennes qui jouent le rôle de centres régionaux. Leur récent développement a été lié aussi à des caractéristiques nouvelles de la réorganisation spatiale et économique. Cela vaut pour le Brésil, le Venezuela, le Mexique, le Chili et l'Argentine. Dans la plupart des pays, la migration a changé d'amplitude et de dynamique : le mouvement proverbial de la campagne vers la ville est devenu moins important que la migration entre zones urbaines et à l'intérieur des zones urbaines. En Amérique centrale, ce phénomène ne s'est pas encore produit car la totalité de la population urbaine reste concentrée dans les capitales.
Cette brève analyse des tendances de l'urbanisation en Amérique latine autorise peut-être plus d'optimisme que les projections faites il y a une dizaine d'années qui prévoyaient que le chaos urbain se poursuivrait en raison du déséquilibre entre la demande et l'offre de main-d'oeuvre. La gestion des villes continuera à soulever de grosses difficultés dans une situation caractérisée par la récession, l'insuffisance des ressources et une pauvreté croissante. En 1991, sur les 16 pays d'Amérique latine faisant l'objet du présent document, six seulement (Uruguay, Chili, Costa Rica, Argentine, Venezuela et Mexique) avaient un indicateur du développement humain (IDH) supérieur à 0,8.
Au cours des dernières décennies, la communauté des spécialistes de la recherche urbaine s'est considérablement diversifiée. Elle comprend des géographes, des architectes, des sociologues, des économistes, des anthropologues, des urbanistes, des historiens et des juristes. La recherche a pris un essor dans les programmes de troisième cycle, dans d''innombrables centres de recherche, privés et publics, ainsi que dans les organisations non gouvernementales (ONG). Aujourd'hui, la communauté scientifique dans ce domaine comprend des chercheurs du type habituel faisant partie d'universités, des universitaires travaillant avec des ONG, ainsi que des chercheurs et des planificateurs du secteur public, tous susceptibles de passer d'une catégorie à l'autre.
Plusieurs réseaux de recherche fonctionnent dans certains pays et sous-régions. Toutefois, il y a peu de communication entre les chercheurs hispanophones et lusophones d'Amérique latine. Malgré l'organisation de quelques conférences internationales 4, les chercheurs ont tendance à travailler isolés dans leur sous-région ou leur pays. Il n'existe pas de réseaux d'information à l'échelle continentale, et les instituts de recherche et les programmes de troisième cycle pratiquent très peu les échanges.
En ce qui concerne les activités de recherche futures, les perspectives sont sombres. Les fonds consacrés à la recherche sont en baisse et, dans la plupart des pays, les universités traversent une crise grave, qui compromet déjà la continuité et la qualité des études urbaines.
Les années 60 ont fait date dans le développement des études urbaines en Amérique latine. La priorité élevée donnée aux problèmes urbains au cours de cette décennie s'est manifestée par la création des premiers départements universitaires et centres privés de recherche et de formation dans le domaine de l'aménagement urbain et régional : le Centre d'études urbaines régionales (CEUR) à Buenos Aires, le Centre interdisciplinaire pour le développement urbain (CIDU) et le Centre pour le développement social de l'Amérique latine (DESAL) à Santiago, l'Institut d'études péruviennes (IEP) et le Centre d'études et de promotion du développement urbain (DESCO) à Lima, le Centre pour les études de développement de l'Université centrale du Venezuela (CENDES) à Caracas, le Centre d'études économiques et démographiques du Colegio de México et l'Institut de géographie de l'Université nationale autonome du Mexique, la Division des études de population de l'Association colombienne des écoles de médecine et le Centre interaméricain du logement et de l'urbanisme (CINVA) à Bogota. Au Brésil, le Centre brésilien pour l'analyse et la planification (CEBRAP) et l'Institut universitaire de Rio de Janeiro (IUPERJ), créés vers la fin des années 60, sont rapidement devenus des centres importants où la recherche urbaine a pu s'épanouir. L'Institut brésilien d'administration municipale (IBAM), qui existait déjà, a pris un nouvel essor dans les années 60.
L'importance croissante accordée à la planification a également stimulé la recherche. Dès les années 60, de nombreux gouvernements avaient créé des organismes de planification et incitaient les universités à introduire des cours de planification. Cette tendance est très nette dans le cas du Brésil et du Venezuela.
Le développement de la recherche urbaine en Amérique latine dans les années 60 doit aussi beaucoup à deux réseaux, le Conseil latino-américain de sciences sociales (CLACSO) et la Société interaméricaine des planificateurs (SIAP). Dès la fin des années 60, la Commission du développement urbain et régional du CLACSO ne ménageait pas ses efforts pour promouvoir séminaires et publications. Elle parrainait par exemple la revue chilienne EURE (Revista Latinoamericana de Estudios Urbano Regionales). La SIAP rassemblait la communauté des planificateurs et publiait la première revue latino-américaine à vocation continentale.
Les années 70 ont été particulièrement favorables à un nouveau développement des études urbaines. Dans la plupart des pays, les cours de troisième cycle se sont rapidement multipliés et des cours et des centres spécialisés ont été créés pour former des professionnels. Au Brésil, pas moins de six programmes de maîtrise en planification urbaine et régionale ont été institués dans les universités fédérales de São Paulo, Rio de Janeiro, Brasilia, Porto Alegre, Recife et Salvador. Au Mexique, le Colegio de México a lancé également un programme de maîtrise en développement urbain, cependant que la Faculté d'architecture de l'UNAM élargissait le cours de troisième cycle en études urbaines qui existait déjà. En Argentine, au début des années 70, quelques programmes de troisième cycle ont été créés par des centres de recherche spécialisés, le plus prestigieux étant le Centre d'études urbaines et régionales (CEUR). En Amérique centrale, la Confédération universitaire d'Amérique centrale (CSUCA) a commencé à promouvoir la recherche nationale et comparée. Au Venezuela, la Faculté d'architecture et d'urbanisme de l'Université centrale a institué également un cours de troisième cycle.
Les gouvernements de certains pays ont joué un rôle central dans ce processus. Ils n'ont pas seulement financé des programmes de troisième cycle, ils ont aussi pris l'initiative en créant de nouveaux organismes publics de planification urbaine et métropolitaine (au Mexique, en Colombie et au Brésil). Dans d'autres pays, la recherche urbaine trouvait place au sein d'ONG de création récente (d'inspiration universitaire pour la plupart) et dans des centres de recherche privés, surtout dans les pays où des régimes autoritaires restreignaient le champ et la liberté de la recherche sociale dans les universités (Chili, Argentine et Uruguay). On peut mentionner les exemples bien connus du Centre d'études sociales et d'éducation (SUR) à Santiago, de l'Institut international d'environnement et de développement (IIED-AL) à Buenos Aires, du Centre d'information et d'études de l'Uruguay (CIESU) et du Centre interdisciplinaire pour les études de développement urbain (CIEDUR) à Montevideo.
Des revues spécialisées ont été créées : Medio Ambiente y Urbanización (Argentine), Espaço e Debates (Brésil), Ciudad y Cultura (Pérou), Estudios Demográficos y Urbanos (Mexique), Ciudades (Mexique), Vivienda (Mexique), Revista Urbana (Venezuela), Cuadernos del CENDES (Venezuela), Proposiciones (Chili). Par ailleurs, certaines revues de sciences sociales ont commencé à faire plus de place aux études urbaines, et notamment la Revista Mexicana de Sociologia, la Revista Mexicana de Ciencias Politicas y Sociales et les Estudios Politicos. Au Brésil, Cadernos CEBRAP, DADOS, BIB-Boletim Informativo e Bibliográfico das Ciencias Sociais et Lua Nova ont joué un rôle important. En Colombie, les résultats de la recherche urbaine ont été diffusés par des revues non spécialisées, comme Revista Foro, Ideologia y Sociedad, Economia Colombiana et Coyuntura Social.
Le début des années 80 a été une période constructive parce que les programmes de troisième cycle ont continué à être financés. Sept nouveaux centres d'enseignement supérieur au moins ont été créés au Mexique, la plupart en dehors de la capitale ; six nouveaux programmes de maîtrise et trois cours de doctorat au moins ont été institués au Venezuela. Plusieurs universités du nord-est du Brésil ont inauguré des programmes de maîtrise.
Toutefois, des coupes budgétaires ont bientôt commencé à réduire le financement local des grands projets et des universités. Vers le milieu des années 80, les Conseils nationaux pour les sciences et la technologie du Mexique, du Brésil, du Venezuela et de l'Argentine ne finançaient plus que des bourses d'études. Les restrictions sévères apportées à la recherche en sciences sociales ont commencé à compromettre l'aide à la recherche urbaine. En raison de la crise économique généralisée, les organismes officiels ont réduit fortement leur demande de recherche.
La crise a eu de très fortes répercussions sur le déroulement et le développement des études urbaines en Amérique latine. De nombreux groupes de chercheurs se sont dispersés et beaucoup de projets ont été interrompus, cependant que des pistes de recherche jusqu'alors exploitées commençaient à être abandonnées. De ce fait, la recherche universitaire s'est limitée à la production de thèses et à des projets de recherche isolés, les projets de recherche de grande envergure étant gravement compromis.
Le financement international a été insuffisant pour inverser cette tendance et il est devenu aussi plus diffus. La Fondation Ford, par exemple, avait concentré son aide sur de grands centres de recherche et d'études de troisième cycle en sciences sociales (dont beaucoup participaient à la recherche urbaine) pendant toutes les années 70 ; elle a commencé à diversifier ses subventions en les orientant vers des projets d'ONG menant une action sur le terrain.
Les pays d'Amérique centrale ont constitué une exception. Vers la fin des années 80, ils ont pu développer les études urbaines, en particulier grâce au CSUCA et à la Faculté latino-américaine de sciences sociales (FLACSO). Après une grave crise politique qui avait freiné la recherche au début des années 80, l'Amérique centrale rattrape graduellement son retard avec le concours de l'assistance internationale.
La communauté scientifique a resserré les rangs et joué la diversification, réussissant ainsi à atténuer les effets négatifs de la crise sur les activités de recherche. La constitution, tout au long des années 80, de réseaux de recherche dans de nombreux pays et sous-régions atteste le niveau de maturité de la communauté des spécialistes des études urbaines dans certaines parties de l'Amérique latine. Des réseaux ont été formés pour réunir institutions et chercheurs. Au Mexique, le Réseau national de recherche urbaine a 377 membres répartis dans 24 Etats et la ville de Mexico. Au Brésil, l'Association nationale des programmes de troisième cycle en aménagement urbain et régional (ANPUR) groupe une vingtaine de programmes et de centres de recherche. Basé à Santiago, le REDES, qui a une couverture géographique plus grande, réunit environ 75 membres travaillant dans différents organismes de recherche qui étudient les services urbains. Autre exemple, le Réseau de politique urbaine des villes et administrations locales d'Amérique latine met en contact des universitaires et des fonctionnaires des services de planification municipaux.
Pour rendre compte de phénomènes qu'ils considèrent comme typiques de leur temps, les spécialistes en sciences sociales d'Amérique latine ont élaboré des théories globalisantes. Malgré les particularismes de chaque pays, trois grandes approches au moins ont influé sur la recherche.
Apparue vers la fin des années 50, la première coïncide avec la "découverte" du problème des villes et a été directement liée à l'ampleur croissante de l'urbanisation en Amérique latine. La plupart des pays du continent vivaient alors ce qu'on appelait auparavant la "sururbanisation", situation où le rythme rapide de l'urbanisation ne s'accompagnait pas d'une croissance correspondante de l'industrie, mais qui se caractérisait par une migration de travailleurs quittant un emploi agricole rural à faible productivité pour un emploi ou un sous-emploi urbain à faible productivité aussi. Les symptômes les plus nets de la sururbanisation s'observaient dans les grandes villes où le déséquilibre entre la croissance rapide de la population et les possibilités d'emploi insuffisantes faisait progresser la pauvreté et proliférer les bidonvilles. Les "favelas" au Brésil, les "poblaciones" au Chili, les "barrios" au Venezuela et en Equateur, les "vilas miserias" en Argentine, les "barriadas" au Pérou apparaissaient comme l'expression d'une inadaptation et d'une pathologie. Hauser (1961) et Quintero (1964) montrent à quel point cette opinion prévalait chez les universitaires.
Le souci général du développement et des moyens de remédier au sous-développement a trouvé peut-être sa formulation la meilleure dans la variante latino-américaine de la modernisation (Germani, 1965 ; 1969). La dichotomie ville-campagne a été soulignée et utilisée pour expliquer les difficultés d'ajustement que les hordes de migrants ruraux ont rencontrées en déferlant sur les grandes villes, "incapables" de s'adapter aux possibilités d'emploi fournies par une économie urbaine en expansion et au mode de vie citadin. Une théorie de la marginalité s'est dégagée des réflexions auxquelles les partisans du concept de modernisation se sont livrés sur les transformations sociales. Au Chili, le DESAL a joué un rôle de premier plan dans la diffusion du nouveau paradigme (DESAL, 1969, 1970 ; Vekemans et Venegas, 1966 ; Vekemans, 1969). Héritière du dualisme, la théorie de la marginalité tentait d'expliquer la pauvreté urbaine et le fait que les pauvres récemment urbanisés ne s'intégraient pas dans la vie et l'économie urbaines. Le concept de marginalité, qui avait initialement un caractère géographique et économique, s'est rapidement élargi en un concept sociologique et psychologique. Inspirée par le contexte urbain du Mexique, l'idée d'une "culture de la pauvreté" (Lewis, 1966) a conquis rapidement la notoriété.
Vers la fin des années 60, la sururbanisation et la marginalité avaient toutes deux suscité un large débat (Mangin, 1967 ; Perlman, 1976) en focalisant la discussion sur le rôle des pauvres dans le développement économique et urbain. Après Quijano (1971) et Nun (1969), Cardoso (1971), Oliveira (1972) et Kowarick (1975) sont entrés à leur tour dans les débats. A la suite de leurs recherches, le rôle de l'Etat a été introduit dans l'analyse de l'urbanisation en Amérique latine.
En réaction aux théories jusqu'alors dominantes, de nouvelles façons de voir les vieux problèmes se sont fait jour dans les années 70. La discussion qui opposait le développement au sous-développement est devenue une discussion opposant le développement à la dépendance. Le processus d'urbanisation était alors considéré comme le résultat d'un certain type - capitaliste mais dépendant - de développement économique exerçant des effets particulièrement marqués sur le développement urbain. Les théoriciens parlaient désormais d'"urbanisation dépendante", processus étroitement lié au rapport entre pays périphériques et pays centraux (Castells et Velez, 1971). Cette idée découlait de la théorie de la "dépendance" dont les principaux auteurs avaient été Cardoso et Faletto (1970). Leur prémisse de base était que la dépendance s'exprimait dans l'articulation des intérêts du capitalisme national avec les intérêts du reste du système capitaliste.
Pour les théoriciens de la dépendance, l'Etat jouait un rôle déterminant dans l'industrialisation - et par conséquent dans l'urbanisation - en participant avec le capital et les élites au processus d'accumulation de capital et à la répartition géographique de la main-d'oeuvre. Il appartenait à l'Etat de jeter les bases de la reproduction du processus industriel capitaliste et d'exercer constamment son action en transférant des ressources et des fonds à l'industrie, en régulant le coût du travail, en investissant dans l'infrastructure et, par voie de conséquence, en abaissant les coûts du capital.
Selon les théoriciens de la dépendance, l'industrialisation avait créé une dynamique d'accumulation, tributaire de l'expansion du secteur traditionnel des services. Avec sa capacité grandissante à absorber l'excédent de main-d'oeuvre, le secteur "gonflé" des services était perçu comme jouant un rôle essentiel pour le type d'accumulation urbaine nécessaire à l'expansion du système capitaliste (Oliveira, 1972).
Une conception structurelle de l'urbanisation, nettement et fortement influencée par la pensée marxiste, a commencé à se dessiner et à se développer. Au Brésil, Singer (1968 ; 1971), Kowarick (1975 ; 1979) et Oliveira (1972) en ont été les représentants les plus importants. En Colombie, Pradilla (1982 ; 1987) a été l'un des premiers universitaires à s'engager dans la recherche marxiste.
La notion de "spoliation urbaine" (Kowarick, 1979) est devenue une référence fondamentale pour les nouveaux théoriciens, surtout en ce qui concernait les conditions de reproduction de la main-d'oeuvre dans le contexte du modèle d'accumulation. Le développement de la notion de spoliation coïncide et s'associe avec le concept de "périphérisation" ou ségrégation croissante des pauvres des villes, refoulés vers le pourtour des agglomérations. Dans le processus de spoliation, la périphérie était considérée comme le lieu par excellence de la reproduction des classes populaires.
Dans cette approche, la compréhension du rôle de l'Etat revêtait une importance nouvelle et était considérée comme fondamentale pour la compréhension de l'urbanisation. En premier lieu, l'Etat devait créer l'infrastructure de l'expansion industrielle, en accordant un financement à court et long terme aux entreprises et en investissant directement ; en second lieu, il avait la charge de produire les biens de consommation collectifs liés à la reproduction de la main-d'oeuvre (logement, transport, santé, éducation) ; et enfin, il lui incombait de maintenir l'ordre social, nécessaire au fonctionnement d'un modèle donné d'accumulation.
Cette analyse insistait sur la dimension politique de l'urbanisation tout comme elle soulignait la double spoliation des classes populaires : en tant que main-d'oeuvre asservie au capital et en tant que citadins soumis à la logique de l'expansion métropolitaine qui, de plus en plus, refusait à la classe ouvrière l'accès aux services de consommation collectifs.
Cette perspective nouvelle a facilité l'incorporation du paradigme marxiste français dans la recherche urbaine latino-américaine. Les travaux de Lefebvre, Castells, Lojkine, Topalov et Preteceille, traduits en espagnol et en portugais, ont contribué à la diffusion de la nouvelle sociologie urbaine tout au long des années 70.
L'approche marxiste a renouvelé la réflexion sur les questions urbaines de trois manières :
A la fin des années 80, les chercheurs latino-américains
avaient commencé à mettre en question la sociologie urbaine
marxiste (Santos, 1981 ; Carrion, 1990 ; Unda, 1990 ;
Coraggio, 1990 ; Jaramillo et Cuervo, 1990 ; Duhau,
1991))
(a) l'adoption du modèle de sociologie urbaine
marxiste, essentiellement français, était trop "mécanique"
et ne permettait pas de tenir compte des spécificités des
différentes sociétés d'Amérique latine ;
(b) le postulat d'un Etat omniprésent et monolothique ne tenait pas
compte de la différenciation interne de l'appareil d'Etat et des divers
organismes d'Etat. De plus, cette conception aboutissait à une vue
biaisée des relations entre l'Etat et le large éventail des
acteurs sociaux.
Il n'en demeure pas moins que le renouvellement des études urbaines par la pensée marxiste a laissé un héritage dont l'influence continuera à se faire sentir dans les années 90.
L'un des objectifs du projet relatif à la RECHERCHE URBAINE DANS LE MONDE EN DEVELOPPEMENT était de présenter un panorama mis à jour des principaux sujets traités dans les études urbaines. Des recherches bibliographiques aussi larges que possible ont été menées à bien dans chacune des trois sous-régions d'Amérique latine telles qu'elles étaient définies par le projet. Chaque document donne un aperçu de la littérature et fournit une bibliographie qui ne comporte que les références principales.
Nous nous limiterons ici à un exposé comparatif des sujets principaux identifiés dans chaque sous-région. La présentation qui suit se fonde sur les deux tableaux figurant en appendice, à savoir : tableau 1 : références bibliographiques par thèmes - Brésil ; tableau 2 : thèmes découlant des bibliographies - Argentine, Bolivie, Chili, Equateur, Pérou. Pour le Mexique, la Colombie, le Venezuela et l'Amérique centrale, les données bibliographiques n'ont pas été présentées sous forme de tableau.
Différents systèmes de classement ont été utilisés. Dans le cas du Brésil, le point de départ a été la base de données URBANDATA qui classe 4.000 références selon 21 thèmes (chaque référence figurant sous un ou plusieurs thèmes). La répartition des références selon leur date de publication est également mentionnée. Le tableau 1 indique le mouvement et le flux des publications selon le thème et les préférences des chercheurs au cours des dernières décennies.
Un échantillon bibliographique a été établi pour la sous-région Argentine, Bolivie, Chili, Pérou, Equateur, Uruguay à l'exclusion de ce dernier pays. Une liste de 100 à 150 titres importants pour la compréhension du processus d'urbanisation dans chaque pays a fait l'objet d'une sélection et d'un classement sous 16 rubriques. Cet échantillon est présenté au tableau 2 avec une répartition des thèmes par pays. Les thèmes sont groupés aussi selon deux axes :
Pour le Mexique, l'examen de 1.548 références bibliographiques des années 70 et 80 a permis de dégager huit thèmes. Pour la Colombie, 400 titres ont été examinés mais n'ont pas été classés par thèmes. Les 358 titres provenant des pays d'Amérique centrale concernent pour la plupart le Costa Rica.
L'évaluation entreprise dans les trois sous-régions montre que :
Dans les années 60 et au début des années 70, les chercheurs se sont intéressés à la dynamique démographique générale qui provoquait une accélération de l'urbanisation et des flux migratoires des campagnes vers les villes (Hauser, 1961 ; Durand et Pelaez, 1969 ; Munoz et al., 1973). Avec les processus de migration, d'industrialisation et de modernisation, la dualité ville-campagne a suscité de nombreux débats. La relation entre le migrant et la ville dans le contexte de la "marginalité" a fait l'objet d'innombrables études. Les enquêtes se sont multipliées dans les grands centres comme Lima, Mexico, Rio de Janeiro, Santiago et Caracas pour étudier les modalités selon lesquelles les migrants s'adaptaient au marché du travail, leur intégration à la culture urbaine, leur comportement politique et leur mode de vie dans les "zones marginales" (Mattos Mar, 1961 ; Mangin, 1967 ; Cardona, 1969 ; Ray, 1969 ; Turner, 1969 ; Peattie, 1970 ; Leeds et Leeds, 1970, Montano, 1976).
La modernisation de la société dans le contexte de la transition campagnes-villes est devenue un sujet de première importance pour les études urbaines. Dans tous les pays où l'urbanisation se produisait à un rythme rapide, des enquêtes fondamentales ont fourni une analyse détaillée des éléments constitutifs des processus d'urbanisation, des différents types et degrés d'urbanisation, de l'organisation de divers réseaux urbains et des déséquilibres régionaux (Friedmann, 1966 ; Faria, 1976 ; Unikel et al., 1976 ; Campo, 1977 ; CSUCA, 1978 ; Merrick et Graham, 1979 ; Alvarado et Estaba, 1985). Les chercheurs ont insisté sur deux thèmes : d'une part, le rapport entre l'urbanisation et le développement et, d'autre part, les conséquences de la transformation rapide de la structure de production qui ont réduit l'importance relative de l'agriculture et accru celle des activités non agricoles.
Comme le montrent les trois documents, les thèmes suivants se retrouvaient dans la plupart des pays :
Les années 70 ont vu un autre changement important dans l'orientation de la recherche. La qualité ville-campagne a commencé à devenir plus floue. A la fin de la décennie, en raison des mouvements de population et de la concentration économique du capital et de la main-d'oeuvre dans les agglomérations métropolitaines, l'attention était passée de la ville à la métropole. Le nombre croissant de villes de plusieurs millions d'habitants a amené les chercheurs à considérer le phénomène de la métropolisation comme une spécificité nouvelle du processus urbain. Une attention spéciale a été accordée au rôle des politiques nationales de développement dans la croissance des métropoles, à la polarisation croissante de la structure interne des zones métropolitaines, au délabrement des quartiers centraux et aux perspectives de leur reconstruction et de leur repeuplement (CENDES, 1968 ; Garza, 1985, 1990 ; Geiger et Davidovich, 1986 ; Fernandez et Lungo, 1988 ; Navarro et Gonzalez, 1989).
L'aménagement urbain est apparu comme un besoin et un sujet de recherche (Hardoy et Geisse, 1972). Les problèmes existants, comme la pénurie de logements et l'absence ou la détérioration des services et des infrastructures, se sont intensifiés et multipliés dans toutes les agglomérations métropolitaines. Le lancement de politiques du logement dans tout le continent a déclenché une vague d'études sur le logement insistant sur les politiques de logement pour les personnes à faible revenu, le relogement, la localisation et les services (Garza et Schteingart, 1978 ; Valladares, 1978), ainsi que sur la législation urbaine relative à l'utilisation des sols (Azuela, 1989). Parallèlement, de nombreux travaux ont été consacrés aux logements construits par leurs habitants (CIDU, 1972 ; Alvarado et al., 1973 ; Maricatto, 1979 ; Valadares, 1980 ; Pradilla, 1982 ; 1987 ; Cuenya et al., 1984 ; Gilbert et Ward, 1985).
Dans les années 70, les priorités de la recherche urbaine ont porté sur les sujets suivants :
Cette nouvelle conjoncture a réorienté le programme de la recherche des années 80. Un nouvel ordre de priorité s'est dégagé. Les problèmes d'environnement liés à la qualité de l'air, à l'évacuation des eaux usées et au traitement des déchets industriels et ménagers ont fait désormais l'objet de l'attention de l'université et de quelques organismes publics, donnant lieu à des recherches, en particulier dans des pays comme le Mexique, le Chili, l'Argentine et la Colombie (Jansen, 1984). Les questions de gestion urbaine ont pris une importance croissante dans le contexte de l'expansion "chaotique" des métropoles, de l'insuffisance des services et de l'infrastructure et de l'appauvrissement continu des populations (Cuervo, Jaramillo et al., 1988). La participation de la base à l'administration est devenue un thème central de recherche à mesure que la démocratie institutionnelle était rétablie et que les citoyens commençaient à s'organiser (Cardoso, 1983 ; Alonzo, 1986 ; 1988 ; Jacobi, 1989 ; Assies et al., 1990 ; Nunes, 1990). Dans les quelques pays où il y a eu une réforme et une décentralisation de l'Etat (Mexique, Chili, Argentine, Venezuela), l'administration locale a commencé à retenir l'attention des chercheurs (Torres, 1986 ; Padua et Vanneph, 1986 ; Herzer et Pires, 1988 ; Borja et al., 1989). La municipalité prenait la place de la métropole comme base territoriale des enquêtes (Carrion, Hardoy et al., 1986 ; Delamieras, 1987 ; Duhau, 1988 ; Velardi et al., 1991). Il semblait qu'on pouvait mieux comprendre l'étendue et la diversité des problèmes urbains et analyser les stratégies des différents acteurs sociaux en étudiant le niveau local.
Les sujets de recherche suivants ont pris la première place :
Il est important aussi de relever plusieurs sujets qui étaient mentionnés dans les trois documents mais qui n'apparaissent pas dans les tableaux comparatifs figurant ici. Bien qu'ils n'apparaissent pas comme des thèmes indépendants pour l'ensemble de l'Amérique latine, ces sujets constituent des domaines de recherche importants dans certains pays. Il s'agit notamment de la violence dans les villes avec des études sur la criminalité, la délinquance, le trafic de drogue et la violence contre les enfants et les femmes (Coelho, 1978, 1987 ; Paixao, 1982 ; Pinheiro, 1983 ; Garcia, 1987 ; Coelho, 1988 ; Predazzini et Sanchez, 1992 ; Zaluar, 1994), ainsi que de la vie associative, un intérêt particulier étant porté à la participation du quartier, à l'entraide et à la coopération entre ménages (Lomnitz, 1975 ; Castillo, 1984 ; Zaluar, 1985 ; Massolo et Schteingart, 1987 ; Gonzales de la Rocha, 1991 ; Connolly et al, 1991 ; Coulomb, 1991).
Pays P3C CRU OP CRP ONG Total
Argentine 1 13 1 13 0 28 Bolivia 0 0 2 4 0 6 Amerique Centrale 0 4 1 1 1 7 Bresil 42 12 16 6 8 84 Chili 2 3 0 0 4 9 Colombia 0 4 4 0 3 11 Ecuador 2 0 1 0 2 5 Mexico 4 6 2 0 2 14 Peru 2 2 0 0 3 7 Uruguai 0 1 0 2 0 3 Venezuela 15 21 6 3 0 45 Total 68 66 33 29 23 219
P3C Programme de troisième cycle / CRU Centres de recherche universitaires / OP Organismes publics / CRP Centres de recherche privés / ONG Organisations non gouvernementales
Le tableau 3 réunit des informations sur les institutions qui soutiennent la recherche urbaine dans dix pays différents et en Amérique centrale. Les données figurant dans le tableau ne couvrent pas la totalité des institutions de recherche existantes, mais donnent une idée des proportions dans chaque groupe. C'est seulement pour le Brésil et le Venezuela qu'une liste complète avait été fournie.
Les institutions ont été groupées en cinq catégories :
Dans tous les pays à l'exception de la Bolivie, la recherche urbaine s'effectue dans le contexte universitaire, qu'il s'agisse de cours de troisième cycle ou de centres de recherche universitaires. Pour l'ensemble du continent, ces centres représentent plus de la moitié du nombre total des institutions. Cette concentration s'explique par l'importance donnée dans le passé à l'enseignement supérieur et au développement des institutions. Elle s'explique aussi par le rôle dominant que l'université a conservé dans plusieurs pays (Mexique, Brésil et Venezuela) malgré la crise économique. Il n'en a toutefois pas été de même au Chili, au Pérou et en Argentine, où les régimes autoritaires ont sévèrement restreint la capacité et la liberté des universités en matière de recherche sociale.
Les organismes publics sont importants dans trois pays au moins - Brésil, Colombie et Venezuela - où les organes de planification ont été actifs dans le domaine de la recherche. Par contre, au Chili, en Argentine, en Uruguay et au Pérou, les grandes institutions publiques ne font pas de recherche urbaine. Au Mexique, l'administration publique a très peu agi dans ce domaine.
Les organisations non gouvernementales ont très peu participé à la recherche urbaine dans des pays comme le Mexique, le Venezuela, l'Argentine, la Bolivie et l'Uruguay. Au Brésil, les ONG se multiplient et sont très majoritairement orientées vers l'action. Au Chili, en Equateur et au Pérou, les ONG ont affirmé l'importance d'une association entre la recherche et l'action pratique, et elles réalisent la majorité des recherches actuelles. En Amérique centrale, les ONG commencent tout juste à faire leur apparition.
Seuls quelques pays - Argentine, Uruguay, Bolivie, Brésil et Venezuela - ont vu l'apparition de centres de recherche privés. Créées par des universitaires conscients de l'importance de la recherche appliquée, ces institutions commencent à se qualifier d'ONG.
Dans ce large éventail d'institutions, l'avenir du soutien financier et la production de ressources humaines apparaissent comme des préoccupations communes. En ce qui concerne le financement de la recherche, les documents insistent tous les trois sur la réduction des crédits nationaux et la dépendance croissante vis-à-vis de l'aide étrangère. Même dans les pays (Mexique, Brésil, Venezuela, Colombie) où l'université bénéficiait traditionnellement des investissements de l'Etat, le soutien accordé par celui-ci diminue rapidement en raison des politiques d'ajustement structurel. Les universités ne sont pas les seules à être durement touchées ; il en va de même des différents conseils nationaux des sciences et de la technologie (au Mexique, au Brésil, en Argentine, au Chili, en Uruguay et en Equateur) qui ont édicté de sévères restrictions dans le domaine des sciences sociales en général et dans celui des études urbaines en particulier.
Les informations détaillées présentées pour l'Argentine, le Chili, l'Equateur et l'Uruguay (tableau 6 de Rodriguez, Espinoza et Herzer) montrent que la recherche urbaine dépend essentiellement du financement étranger en provenance de deux sources principales : (a) des institutions internationales (PNUD, BID, CNUEH), dont l'aide est obtenue par l'intermédiaire d'un organisme d'Etat auquel il incombe de répartir les fonds attribués au pays ; (b) des institutions internationales publiques ou privées destinées à favoriser la recherche et à promouvoir le développement (SAREC, IDRC, FORD, VOLKSWAGEN, NOVIB) dont les ressources vont à des centres de recherche privés et à des ONG.
Bien que les informations fournies pour d'autres pays ne fussent pas complètes, il apparaît clairement que ces pays sont eux aussi fortement tributaires du financement international. La Fondation Ford par exemple a joué un rôle décisif dans l'essor de la recherche sociale dans des pays comme le Brésil, le Mexique et le Pérou. Avec l'aide de la Fondation, plusieurs programmes de troisième cycle ont pu être lancés, de nombreux chercheurs ont été envoyés à l'étranger pour y recevoir une formation de haut niveau et la recherche a été favorisée dans certains domaines grâce à un financement spécial.
En ce qui concerne les ressources humaines, l'étude de Rodriguez, Espinoza et Herzer souligne leur importance pour le développement futur des activités de recherche en Amérique latine. Dans certains cas (Amérique centrale, Bolivie, Uruguay), il n'y a pas de programmes de formation au niveau du troisième cycle et les chercheurs doivent être formés à l'étranger ou en travaillant dans des centres de recherche locaux. La plupart des universités ne s'intéressent guère à la recherche appliquée. En matière de gestion urbaine, très rares ont été les tentatives destinées à former des professionnels de la planification et des administrateurs efficaces connaissant bien les problèmes urbains et capables de combiner les connaissances théoriques et le savoir-faire pratique.
- Le programme devrait être prospectif et axé sur l'avenir
Il devrait pouvoir faire sienne la nouvelle dynamique sociale et politique en mouvement, prévoir l'impact des changements structurels sur l'environnement urbain et anticiper le scénario futur fondé sur l'analyse des tendances. La recherche fondamentale joue un rôle important dans la mise en oeuvre de la présente recommandation.
- Le programme devrait tenir compte des politiques
Sans négliger l'importance de l'élaboration du savoir, la recherche urbaine devrait être tournée davantage vers l'action. La recherche peut être très utile pour aider à formuler des politiques sociales et urbaines, faciliter la prise de décision et juger des mérites relatifs de différentes propositions. Les chercheurs devraient concourir à la définition des questions pertinentes et des sujets devant faire l'objet de recherches.
- Le programme devrait stimuler le progrès théorique
La recherche future devrait considérer les problèmes conceptuels identifiés par la recherche actuelle afin de pouvoir formuler des hypothèses et produire une synthèse. Les reformulations conceptuelles associées à un effort de raffinement conceptuel aboutiraient à une interprétation plus sûre des phénomènes urbains. Méthodologiquement, il est nécessaire de combiner les approches interprétatives et analytiques.
- Le programme devrait rechercher des liaisons nouvelles entre les sujets de recherche et les questions qui se posent
Le rapport entre les processus structurels et urbains sera mieux perçu si on évite l'analyse unidimensionnelle et si on renonce à la tradition consistant à étudier les sujets un par un. Il n'existe pas de problèmes urbains indépendants ni de cas isolés. Il conviendrait de rechercher des liaisons et d'étudier les interactions des processus, des secteurs et des niveaux géographiques. Il conviendrait de stimuler la recherche interdisciplinaire ainsi qu'une approche plus pluridimensionnelles des questions.
- Le programme devrait contribuer aussi à promouvoir les études comparatives
La littérature actuelle en Amérique latine se caractérise par l'absence d'études comparatives. Or celles-ci permettraient de mieux comprendre à la fois l'influence des processus mondiaux sur les sociétés nationales et locales et les caractéristiques spécifiques des processus étudiés. De plus, les études comparatives amélioreraient l'analyse des interrelations et contribueraient à dégager des points de convergence entre les tendances et les processus. Elles élargiraient la gamme des questions faisant l'objet de recherches et aboutiraient à une approche plus analytique et moins descriptive.
- Le programme devrait, dans toute la mesure du possible, tenir compte des questions de sexe et de race
Restreindre l'analyse aux variables traditionnelles (âge, éducation, revenu) réduit implicitement la valeur explicative que peut avoir la recherche urbaine. Le sexe et la race, aux fins de la recherche urbaine, ne devraient pas constituer des questions indépendantes. Elles prennent en effet toute leur importance par rapport à d'autres questions (productivité, politique sociale, marché du travail, administration locale, citoyenneté).
Cinq grandes questions se dégageaient des trois programmes sous-régionaux. Nous nous limiterons dans la présente section à un bref exposé des thèmes choisis, tout en recommandant à nos lecteurs de se reporter pour plus de détails aux documents originaux.
Il est important d'examiner les conséquences de la nouvelle division internationale du travail, tant au niveau continental qu'au niveau national. La restructuration de la production, l'ouverture du commerce et la préférence croissante pour les marchés extérieurs ont des répercussions territoriales telles que la nouvelle répartition spatiale de l'industrie et de la population, la réarticulation des relations économiques entre les différentes régions et la restructuration du système des villes. Ces nouvelles conditions économiques internationales et régionales impliquent une augmentation de la concurrence à l'intérieur de la région et, au niveau national, entre les villes. Dans les pays, les régions et les villes, les frontières géographiques traditionnelles ont été modifiées du fait de liens économiques nouveaux. Enfin, la réorientation des flux migratoires internationaux et nationaux a une incidence sur les déséquilibres régionaux. Il faut que toutes ces tendances soient analysées.
En raison des nouvelles données internationales et nationales, il est indispensable d'étudier les modes de fonctionnement et de croissance des villes. Cela se justifie d'autant plus que des changements ont été apportés à leur organisation économique et que l'ajustement structurel a été imposé pour tenter de créer les conditions nécessaires à une croissance économique durable. Il faut étudier les questions à l'origine des principaux changements qui se produisent dans l'industrie, le commerce, les services et le secteur financier. La réorganisation du marché du travail, caractérisée par l'importance croissante de l'économie informelle, du secteur tertiaire et des nouvelles technologies, devrait également faire l'objet de recherches.
Il faudrait aussi insister sur les processus qui sont le plus directement liés à la production de l'espace urbain. La réduction des dépenses publiques, et surtout de celles consacrées aux infrastructures et services urbains, a retenti sur l'environnement bâti des villes selon des modalités qui n'ont pas encore été étudiées. Le ralentissement et l'irrégularité des investissements entraînent la dégradation des villes, en particulier dans les secteurs qui demeurent peu attractifs pour le capital privé. Il est important aussi de comprendre le rôle croissant du secteur privé dans l'économie urbaine et le fonctionnement des marchés du terrain et du logement au moment où l'Etat réduit ses interventions. Le logement locatif est devenu une question essentielle dans la plupart des villes d'Amérique latine et il mérite d'être étudié.
Une autre question importante à prendre en considération est celle de la "productivité des villes" dans le contexte de l'ajustement structurel. Parmi les questions intéressantes pour la recherche future dans ce domaine, il convient de mentionner celles qui ont trait aux finances urbaines, au financement des politiques urbaines (essentiellement celles qui concernent les services et les infrastructures) et les pressions que les dépenses des villes exercent sur le budget national.
Avec la montée en puissance des administrations locales et la participation croissante des citoyens - tendances apparues à la suite de la démocratisation politique en Amérique latine - la recherche sur la gestion urbaine a revêtu une pertinence croissante. Il y aurait lieu de faire des enquêtes sur les processus de décentralisation et de municipalisation en s'attachant aux rapports entre la gestion de la ville et la participation des citoyens et en évaluant ces rapports ; les processus politiques locaux, comme le clientélisme, les groupes d'intérêts et le rôle des intermédiaires non gouvernementaux, sont d'importants domaines d'étude.
Avec l'ajustement structurel, de nouveaux aspects de la gestion urbaine ont fait leur apparition : la réduction des dépenses publiques entraîne la privatisation de services publics et le marché est devenu le mécanisme principal d'allocation des ressources. Les initiatives futures en matière de recherche devront prendre en considération cette tendance nouvelle. La gestion privée de services urbains et sociaux soulève des questions sur les résultats de ce processus en termes de rapport coût/efficacité, qualité des services et coût pour les villes.
Le besoin se fait sentir de mieux comprendre les mécanismes de production et de reproduction de la pauvreté. Quels sont les facteurs agissant sur la transmission de la pauvreté d'une génération à l'autre ? Quelles sont les conditions qui permettent à certaines familles de triompher de la pauvreté alors que d'autres, dans les mêmes circonstances, n'y parviennent pas ?
La pauvreté a un caractère multidimensionnel et il est nécessaire de définir des critères de différenciation interne pour pénétrer les divers aspects de la pauvreté urbaine. Les enquêtes devraient faire état des situations variées qu'on rencontre dans le même groupe cible et qui tiennent à des facteurs tels que l'âge et le nombre de membres de la famille, le sexe du chef de famille, l'éducation et la qualification des membres de la famille et leur insertion dans le marché du travail, le fait que le logement est loué ou acheté et la perception de revenus non monétaires. Les études devraient également distinguer différentes situations de pauvreté dues à une entrée récente dans la catégorie des "nouveaux pauvres" (salariés paupérisés travaillant dans le secteur formel et familles sans abri vivant dans la rue). Les résultats des recherches dans ce domaine permettraient d'améliorer la définition de la structure et de la hiérarchie des besoins.
Dans le contexte de l'ajustement structurel, il est important d'évaluer les politiques sociales en examinant leur efficacité à court et moyen terme pour minimiser les effets de la pauvreté. Les études futures devraient également porter sur les liaisons entre politiques sociales et gestion urbaine dans le contexte d'une municipalisation et d'une privatisation croissantes des services urbains (distribution d'eau, réseaux d'assainissement et d'épuration des eaux usées, enlèvement des ordures, transports, services de santé, etc.). Dans quelle mesure ces actions contribuent-elles à améliorer les conditions de vie des plus démunis et à réduire la ségrégation sociale dans les villes ?
Les changements qui se produisent dans la structure démographique (recomposition progressive de la pyramide des âges), dans la structure économique (fragmentation du marché du travail et montée de nouveaux secteurs liés aux nouvelles technologies) et dans la structure politique (nouveaux acteurs d'intérêts) méritent tous d'être étudiés. Ils sont clairement associés aux processus urbains.
On retrouve tous ces changements dans la ségrégation spatiale, thème qu'il conviendrait d'explorer d'une manière plus approfondie. Il y aurait lieu de stimuler l'étude des valeurs culturelles et de l'identité sociale des différents groupes (jeunes, femmes, nouvelles organisations de base, groupes ethniques, groupes religieux) pour parvenir à une meilleure compréhension de la mosaïque sociale.
La fragmentation dans les villes a donné naissance à des formes nouvelles de sociabilité et d'organisation collective comme l'entraide spontanée et les réseaux de soutien social. L'étude des espaces de socialisation est un élément décisif pour la compréhension des processus d'intégration sociale et pour la lutte contre la fragmentation et l'inégalité sociale.
De nouvelles forces de cohésion fondées sur la religion méritent aussi de retenir l'attention étant donné qu'elles ont le pouvoir de rassembler des forces sociales multiples et de mobiliser un nombre élevé de personnes.
L'étude de ces processus devrait cependant s'accompagner d'une analyse complète de la structure sociale actuelle. Cette approche nous aidera à comprendre les processus d'exclusion sociale en cours et la géographie sociale des villes.
- Financement régulier de la recherche
Il est nécessaire de faire en sorte que des sources de financement soient disponibles pour pouvoir à la fois garantir la continuité des recherches en cours et augmenter les possibilités et le volume d'initiatives nouvelles en matière de recherche.
- Perfectionnement et expansion des réseaux
Il s'agirait d'un soutien pour la constitution de nouveaux réseaux nationaux, du développement durable de ceux qui existent déjà et de l'expansion des réseaux latino-américains.
- Diffusion plus large de l'information et des résultats de la recherche à l'intérieur et à l'extérieur de l'Amérique latine
Il s'agirait de développer les quelques canaux de communication existants et, essentiellement, de créer une base de données latino-américaine. Le projet latino-américain URBANDATA centraliserait et diffuserait des informations bibliographiques, ainsi que des données sur les centres de recherche, sur les chercheurs et sur les projets de recherche en cours.
Pour assurer le développement des communications entre les centres de recherche et pour renforcer les liens entre les communautés universitaires à l'intérieur et à l'extérieur du continent, l'usage du courrier électronique devrait être généralisé.
Etant donné qu'en dehors de l'Amérique latine les publications en espagnol et en portugais sont presque entièrement ignorées, il y aurait lieu de promouvoir la traduction en anglais des textes pertinents.
- Programmes de formation et de perfectionnement
Il s'agirait tout d'abord de former une nouvelle génération de chercheurs capables de travailler avec les techniques modernes. En deuxième lieu, il faudrait favoriser les cours de formation à l'intention des fonctionnaires municipaux, ce qui faciliterait les communications entre les chercheurs universitaires et les organismes publics locaux. Enfin, et ce n'est pas là le moins important, il y aurait lieu de faciliter l'établissement d'une structure pour l'échange permanent de ressources humaines entre les centres de recherche afin de stimuler la recherche comparative et le transfert des connaissances.
Themes Jusqu'à 1950 1950-1960 1960-1970 1970-1980 1980-1990
1 10 23 44 222 297
2 4 12 9 18 87
3 5 8 16 57 46
4 19 41 52 501 319
5 6 12 29 177 227
6 1 0 4 92 219
7 1 7 15 161 246
8 0 0 2 13 66
9 2 1 1 21 70
10 2 2 2 21 47
11 4 2 2 31 117
12 4 1 3 34 75
13 10 10 32 248 467
14 0 0 0 26 31
15 1 6 13 55 72
16 6 7 12 169 318
17 0 0 0 66 297
18 1 0 1 18 89
19 7 11 14 73 209
20 0 1 2 14 61
21 2 0 0 4 35
Tot.Ref
TOTAL 85 144 253 1721 3395 5598
(1.52 %) (2.57 %) (4.52 %) (30.74 %) (60.64 %) (100 %)
Source : Base de données URBANDATA - IUPERJ, 1992.
* Chaque référence a été classée sous une ou plusieurs rubriques thématiques.
Thèmes regroupés
1. Urbanisation, croissance urbaine et migration / 4. Structure interne de la ville / 5. Activités économiques et marché du travail / 7. Aménagement urbain : théories et pratiques / 13. Logement / 16. Pauvreté urbaine / 19. Imagerie sociale et mode de vie urbain
Thèmes émergents
6. Usage des terrains urbains / 8. Politiques publiques / 9. Administration locale et politique locale / 11. Infrastructure et services urbains / 17. Mouvements sociaux / 18. Violence urbaine / 20. Environnement urbain et qualité de la vie / 21. Autres thèmes: Pratiques alternatives en milieu urbain / Préservation du patrimoine historique / Nouvelles technologies
Thèmes stationnaires
2. Evolution historique de la ville / 3. Systèmes urbains / 10. Finances et administration publiques / 12. Transports / 14. Secteur du bâtiment / 15. Structure sociale urbaine
Themes Argentine Bolivie Chili Ecuador Peru Average
% % % % % %
Logement, quartiers populaires 11 7 15 14 25 14.4 Emploi, pauvreté 17 17 18 5 13 14.0 Secteur informel Mouvements sociaux, 10 12 3 17 9 10.2 marginalité Services urbains 9 8 18 7 6 9.6 Processus d'urbanisation 8 5 9 10 9 8.2 Administration locale, politique de la ville 8 7 6 7 8 7.2 Histoire et identité 5 11 2 9 8 7.0 populaire, ethnicité Aménagement urbain 5 3 1 20 5 6.8 Femmes, jeunes, enfants 5 13 5 2 9 6.8 Etudes urbaines 12 3 3 3 3 4.8 Migrations, démographie 3 11 1 3 2 4.0 Environnement 5 2 10 2 1 4.0 Politiques sociales 2 0 9 0 0 2.2 Législation urbaine 0 0 0 1 1 0.4 Médias 0 1 0 0 0 0.2 Economie urbaine, industrialisation 0 0 0 0 1 0.2 TOTAL: 100 100 100 100 100 100
* Thèmes tirés des bibliographies (pourcentage pour chaque pays et pourcentage moyen dans les rapports nationaux).
A côté de quelques références générales sur l'Amérique latine, nous mentionnons également des recensions de la littérature latino-américaine.
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