18.10.2012 -

Interview sur le mouvement social féminin et les violences basées sur le genre

@UNESCO/Tine Ismaïla - Maréma Touré Thiam, Coordonatrice régionale SHS

L’UNESCO Dakar a accueilli du 2 au 3 octobre 2012 l’atelier de validation et de partage des résultats des études sur le mouvement social féminin et les violences basées sur le genre au Sénégal. Marema Toure Thiam, Chef de la Section Sciences Humaines et Sociales (SHS) du bureau régional de l’UNESCO à Dakar, présente les conclusions principales de l’atelier.

  1. Quels sont les principaux résultats qui ressortent des deux études ?

Les deux études ont ouvert un réel débat conceptuel et théorique sur les deux thématiques.

Tout d’abord, autour de la notion de « Mouvement social féminin ». Peut-on réellement postuler l’existence d’un mouvement social féminin au Sénégal ? Si l’on nie son existence, cela équivaudrait à refuser aux femmes sénégalaises qui s’organisent dans des associations la possibilité de revendiquer une certaine historicité. Au Sénégal, toute fille qui naît appartient déjà à une forme d’organisation, que soit autour de la classe d’âge, ou au sein de leur fratrie etc. Ce phénomène est consubstantiel à notre culture.

Au final, l’atelier a retenu de reconnaître l’existence de ce mouvement tout en suggérant de conjuguer ce concept au pluriel. Il existerait au Sénégal des mouvements sociaux féminins. Cette pluralité ne relève pas uniquement de l’addition de plusieurs organisations. Elle traduit aussi la diversité des intérêts autour desquels les femmes se mobilisent. Cela confirme, s’il en était encore besoin, que les femmes en elles-mêmes ne constituent pas une entité monolithique.

Le thème des violences basées sur le genre (VBG) a aussi fait l’objet d’un débat conceptuel et méthodologique. Le fait que les femmes et les filles soient les principales victimes des violences basées sur le genre n’autorise pas le social scientist à confondre cette notion avec celle de Violences faites aux Femmes et aux Fille (VFFF).

Parler de VBG, c’est admettre que ces violences trouvent leurs racines dans la société patriarcale, qui est fondée sur la subordination des femmes. Les VBG sont avant tout l’expression de la domination des femmes dans la société. C’est aussi reconnaître que les femmes ne sont pas seulement victimes de la violence, elles peuvent aussi en être les vecteurs. Les femmes africaines présentes à l’atelier, en leur qualité d’expertes mais aussi d’épouses, souvent victimes de la tyrannie des belles-sœurs et des belles-mères, ne sont pas privées d’évoquer ces aspects. Tout cela induit des conséquences méthodologiques importantes. Les faits trouvant leurs origines dans la société, qui est composée d’hommes et de femmes, c’est à l’échelle de la société qu’il faut chercher leurs réponses.

2. Quel est l’apport principal des deux jours de discussion ?

Les résultats ont été amendés en fonction des remarques apportées lors de l’atelier et l’on peut donc considérer que les études ont été validées.

Nous avons aussi revu la typologie des violences basées sur le genre, à l’instar de celle des organisations féminines, et nous y avons ajouté plusieurs problématiques émergentes. Nous avons ainsi évoqué la violence académique, perpétrée dans les écoles, ironiquement cristallisée par la notion de NST, ou Note Sexuellement Transmissible (pour parodier les MST – maladies sexuellement transmissibles - qui ont parfois un lien congénital avec les NST). Les participant(e)s se sont aussi appesantis sur des phénomènes comme « la mise à la retraite sexuelle anticipée » des femmes, que les hommes imposent à leurs épouses, perçue comme une violence conjugale pernicieuse. Ces concepts sont sociologiquement controversés, mais ils ont alimenté la réflexion sur la notion de violences basées sur le genre.

Au cours de l’atelier, nous avons retenu la conclusion de l’impérieuse nécessité de re-politiser la lutte des femmes. Les débats ont permis de préciser que la re-politisation ne signifie pas que les femmes doivent forcément s’engager dans les organisations politiques partisanes. Il s’agit de remettre la question de l’égalité des sexes au cœur du combat des femmes et d’œuvrer pour une transformation sociale positive. La question des femmes est un enjeu éminemment politique. Elle a une forte dimension idéologique qu’il faut réinsérer dans l’action des mouvements sociaux féminins.

3. Et pour la suite ?

Les recommandations sont destinées à éclairer les politiques publiques. Elles s’adressent à plusieurs acteurs (les structures gouvernementales, la société civile, les partenaires) qui sont engagés dans la planification des politiques publiques.

Les recommandations mèneront à des actions concrètes. La Ministre de la Femme, de l’Enfance et de l’Entreprenariat Féminin, Mme Mariama Sarr, qui a présidé la Cérémonie de clôture de l’atelier, a réaffirmé l’engagement du Gouvernement du Sénégal et l’intention de son ministère en particulier à intégrer les recommandations de l’atelier et à les traduire en actes. Nous en sommes ravis de ces résultats, surtout car le genre et l’Afrique sont des priorités transversales de l’UNESCO.

Les deux études sont actuellement en train d’être réviser pour intégrer les commentaires reçu lors de la réunion. Ils seront disponibles sous peu.




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