13.09.2013 - Secteur des sciences sociales et humaines

Anticiper les dilemmes bioéthiques du 21e siècle

© CNRS / Jérôme Chatin

Pour marquer le 20e anniversaire du programme de bioéthique de l'UNESCO, des experts de différentes régions du monde se sont réunis à son Siège à Paris, le 6 septembre 2013. Leur tâche a consisté à réfléchir sur les réalisations passées et à anticiper l'avenir de la bioéthique au niveau mondial au cours des 20 prochaines années, ainsi que le rôle que l'UNESCO devrait jouer dans ce domaine.

Le programme de bioéthique de l'UNESCO a été créé il y a deux décennies, lorsque les progrès réalisés par les scientifiques, notamment en termes de déchiffrage de notre patrimoine génétique, nous ont permis de découvrir l'unité fondamentale de tous les membres de la famille humaine. Cette découverte a en même temps ouvert la voie à une utilisation sans scrupules de cette nouvelle connaissance.

Le résultat a été la naissance de la bioéthique globale dédiée à canaliser les progrès réalisés dans les sciences de la santé et de la vie en vue de l'amélioration du bien-être des femmes et des hommes. L'UNESCO a élaboré des instruments juridiques uniques au niveau international, tels que la Déclaration internationale sur les données génétiques humaines et la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l'homme, et a créé le premier organe délibérant, global, multidisciplinaire et multiculturel dans le domaine de la bioéthique : le Comité international de bioéthique.

Quels seront les principaux défis en matière de bioéthique pour les vingt prochaines années? Pour certains, la réponse réside dans les inégalités croissantes dans la répartition des ressources, ou dans la nécessité de lutter pour l'égalité d'accès de tous aux bienfaits de la science et de la technologie, notamment dans le domaine de la santé. Comme l’a dit un expert, la bioéthique est née comme réponse à la montée en puissance rapide de la science médicale et de la technologie, mais aujourd'hui, le principal défi bioéthique est le pouvoir de l'argent.

Certains experts ont identifié la tension existant entre la préservation de la liberté au niveau scientifique et les efforts à faire pour contrôler et réguler la science et la technologie comme le principal défi bioéthique de l'avenir. D'autres ont souligné l'importance persistante des dilemmes bioéthiques fondamentaux sur l'identité et sur l'individualité, la différence entre la procréation et la production, les relations entre les générations et l'obligation de chercher des remèdes aux maladies qui nous affectent.

Il a également été noté que la gouvernance de l'innovation scientifique et technologique s’éloigne de plus en plus de la sphère publique. Tout en reconnaissant que le système international actuel est fondé sur l'idée d'Etats souverains qui sont les principaux titulaires d’obligations pour faire respecter les droits fondamentaux de leurs citoyens, les experts ont reconnu le caractère de plus en plus transnational et privatisé des innovations scientifiques et ont exhorté l'UNESCO à trouver des moyens de rassembler, autour d’un cadre de gouvernance éthique, les acteurs non-étatiques en possession de connaissances scientifiques, telles que les entreprises privées, les organisations professionnelles, les ONG et les instituts de recherche.

Traditionnellement, la bioéthique a été un champ de la connaissance réactif, réagissant à la percée scientifique et technologique post factum, en évaluant les effets négatifs et en veillant à ce qu'ils ne se reproduisent plus. La tâche de la bioéthique du 21e siècle, selon les experts, sera d'améliorer considérablement l'approche anticipative de la discipline.

Tous les participants se sont mis d’accord sur un point – à savoir que la science au 21e  siècle va changer profondément la façon dont nous vivons. La connaissance, qui est en pleine expansion dans tous les domaines de recherche et en particulier dans les sciences biologiques et de la vie, pousse continuellement les limites de ce que nous pouvons faire. Cependant, la science n'a pas d’orientation éthique intrinsèque –  elle reste muette sur la question de ce que nous devrions faire. Par conséquent, afin d'assurer l'existence même des êtres humains et de la planète, la réflexion bioéthique devra continuer d’aller de pair avec la recherche scientifique et l'innovation technologique.




<- Back to: Bioethics
Back to top