11.04.2013 - Secteur des sciences sociales et humaines

Politiques d’inclusion sociale : plaidoyer pour une évaluation scientifique et participative

© UN Photo / Paul Banks

Organisé dans le cadre du programme de l’UNESCO pour la Gestion des transformations sociales (MOST), un atelier d’experts sur la mesure et l’évaluation des politiques d’inclusion sociale s’est tenu, les 25 et 26 mars 2013, au Siège de l’UNESCO à Paris, avec pour ambition d’assister l’action du secrétariat de l’Organisation dans l’étude et la cartographie des index et méthodologies existants pour mesurer l’inclusion sociale ou évaluer le niveau d’inclusion des politiques publiques.

Très concrètement, cet atelier d’experts avait pour objectif final d’identifier les méthodes de mesure et d’évaluation les plus efficaces afin d’adapter ou de développer celles étant susceptibles d’avoir un véritable impact sur l’élaboration des politiques publiques et sur les processus d’évaluation des politiques dans tous les États membres de l’UNESCO.

Se tenant la veille de la 11e session du Conseil intergouvernemental du MOST, cette rencontre d’experts, qui se concentrait sur l’une des deux priorités thématiques retenues par les États membres de ce Conseil pour 2012-2013,  a réuni, durant une journée et demie, plus de soixante participants, tous experts et parties-prenantes dans la mise en œuvre, la mesure ou l’évaluation des politiques d’inclusion sociale.

Qu’ils soient chercheurs en sciences sociales, représentants d’organismes d’évaluation des politiques publiques, représentants de différentes agences et fonds des Nations Unies, ou encore d’associations de lutte contre la pauvreté, tous ont pu partager leurs points de vue sur l’efficacité des méthodes et des instruments d’évaluation de l’inclusion sociale, ainsi échanger sur les améliorations à apporter au lien entre la recherche et les politiques sociales dans le domaine de l’inclusion sociale.

L’atelier était divisé en trois sessions : une première session consacrée à la mesure de l’inclusion sociale, une deuxième à l’évaluation des politiques sociales publiques, et une dernière aux liens entre la science, la recherche et la décision politique. Chacune de ces sessions fut organisée autour du même principe : trois ou quatre présentations sur le thème donné, suivies d’un débat où toutes les parties prenantes étaient représentées.

Il s’agissait de s’interroger non seulement sur les catégories de populations visées par les politiques inclusives, mais également sur les indicateurs d’inclusion sociale les plus susceptibles d’être largement partagés, et sur les outils les plus appropriés pour suivre ces indicateurs.

« Nous attendons de cet atelier qu’il contribue au développement d’approches actives de l’inclusion sociale basées sur les évidences », rappelait ainsi la Sous-Directrice générale de l’UNESCO pour les sciences sociales et humaines en ouverture des travaux de l’atelier, précisant qu’il s’agissait notamment de « prendre en considération les questions liées au contexte ». Pour Pilar Alvarez-Laso, l’atelier ne devait cependant pas en rester à un état des lieux. Selon elle, « ce sera une occasion d'identifier les possibilités de coopération entre la communauté scientifique et les entités impliquées dans l'évaluation. »

Durant une journée et demie, les participants, d’horizons et de sensibilités diverses, se sont donc efforcés d’apporter des réponses – et, pour le moins, d’ouvrir des pistes de réflexion - autour de questions préoccupant l’ensemble de la communauté internationale à l’heure où la multiplication des crises financières fait craindre une aggravation de la pauvreté et un accroissement des inégalités sociales.

Quels sont les meilleurs instruments d’évaluation des politiques d’inclusion sociale ? Quelles  données faut-il prendre en compte pour évaluer de manière efficace l’impact d’une politique inclusive ? Comment la recherche en sciences sociales informe-t-elle les décideurs politiques sur des questions d’inclusion sociale ? Pourquoi les décideurs politiques n’utilisent-ils pas davantage le travail des chercheurs, et quelles pourraient-être les méthodes facilitant leur travail en réseau ?

Les travaux de la première session, axée sur la mesure de l’inclusion sociale et de la pauvreté, ont montré très clairement l’intérêt et l’importance de cette mesure, tant au niveau national qu’international. Pour tous, il est apparu crucial de disposer d’instruments de mesure pertinents et robustes non seulement pour appréhender la problématique complexe de l’inclusion sociale, mais également pour en étudier l’évolution, pour comparer les performances des différents pays et pour évaluer l’action politique dans ce domaine. Cette première session a également illustré la grande diversité d’approches et le rôle joué par les institutions et les fournisseurs de données. Elle a permis de progresser dans l’appréhension du phénomène d’inclusion et dans la compréhension de sa multi-dimensionnalité.

Le rôle des ONG est également apparu fondamental dans la discussion sur les indicateurs et leur interprétation. Ainsi, pour les participants à l’atelier, si la quantification statistique est d’une importance primordiale, elle n’est pas suffisante et peut être très utilement enrichie par des informations plus « qualitatives », ainsi que par une approche participative impliquant les acteurs sociaux et les personnes exclues elles-mêmes. C’est une question de démocratie. C’est aussi une question d’efficacité politique : les personnes exclues peuvent aider à trouver les voies, les clefs qui leur permettent de sortir de la pauvreté et de l’exclusion, les décideurs politiques ont beaucoup à apprendre d’une approche réellement participative.

La deuxième session a mis en évidence le lien entre indicateurs d’inclusion pertinents et méthodes d’évaluation. Les présentations effectuées par les experts de l’Union européenne ont ainsi montré la nécessité de constituer une base de données solide, complète et qui permette de discuter, entre Etats Membres, des progrès accomplis dans les politiques inclusives. Si des politiques inclusives sont mises en place, c’est pour qu’elles soient évaluées, améliorées et réexaminées périodiquement. Les études d’impact permettent de mesurer les conséquences prévisibles des politiques inclusives en matière d’amélioration du niveau de vie des populations ciblées et de détecter à l’avance les difficultés qui pourraient surgir au cours de la mise en œuvre.

Les débats de cette deuxième session ont cependant révélé une grande diversité d’approche dans l’évaluation du caractère inclusif des politiques sociales, identifiant, d’une part, les approches basées sur l’évaluation des projets de développement, et d’autre part, les évaluations de politiques inclusives des pays développés.

Enfin, la troisième session a souligné le rôle de catalyseur que doit jouer le programme de l’UNESCO pour la gestion des transformations sociales (MOST), non seulement au niveau des pays, mais aussi au niveau des organisations régionales. L’exemple de l’Association de l’Asie du Sud pour la coopération régionale (SAARC) et de la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) ont ainsi démontré comment, par des mécanismes de collaboration intergouvernementale, une organisation régionale peut donner une impulsion majeure dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la formation, et comment, à travers des groupes d’experts, le lien entre la recherche en sciences sociales et la décision politiques peut être efficacement stimulé.

L’organisation institutionnelle du débat, mise en avant par la représentante de la Commission Economique pour l’Afrique (CEA), a par ailleurs illustré combien, face à l’insuffisance de données et de moyens, il est important d’impliquer les parties prenantes. Le 7e programme cadre de Recherche de l’Union Européenne, également présenté durant cette session, devait quant à lui illustrer le rôle déterminant que peut jouer un programme de ce type dans le renforcement du lien entre la recherche et la décision politique dans le domaine de l’inclusion des jeunes.

Tout en convenant que le lien entre la recherche et la décision politique doit davantage prendre en compte la complexité des indicateurs, la base conceptuelle des politiques d’inclusion sociale et leur contexte, tous les participants semblaient d’accord pour appeler à davantage d’investissements en matière de recherche sur l’inclusion sociale. Pour eux : il ne fait aucun doute qu’un tel investissement permettrait une plus grand efficacité des politiques mises en œuvre grâce à une meilleure compréhension des ressorts de l’inclusion sociale et au renforcement du dialogue nécessaire entre les mondes de la politique, de la recherche et de la société civile.

Les principales réflexions et recommandations formulées durant cet atelier international d’experts furent restituées devant les 35 États membres du Conseil intergouvernemental du MOST réunis à Paris, les 27 et 28 mars 2013.

Il est possible de revoir l’intégralité de l’atelier grâce aux liens suivants :

Sessions du 25 mars 2013

Session du 26 mars 2013

Sessions du 25 et 26 mars 2013




<- Back to: News
Back to top