30.01.2012 - Secteur des sciences sociales et humaines

La mesure du développement - comment science et politique se conjuguent

© UN Photo/Kibae ParkChild in Bangladesh Slum

Rythmé par plusieurs ateliers, deux séances plénières et une table-ronde finale sur « Les dérives de la mesure », un colloque international sur « La mesure du développement » se tiendra au Siège de l’UNESCO à Paris du 1er au 3 février 2012. Inauguré par Irina Bokova, la Directrice générale de l’Organisation, ce colloque offrira une occasion unique de s’interroger sur la pertinence des indicateurs de performance économique et de progrès social utilisés dans le monde aujourd’hui.

Alors qu’il ne se passe pas un mois sans que la presse mondiale ne livre à l’opinion publique des données censées éclairer les choix des décideurs politiques en matière de développement, des chercheurs et des économistes de renommée internationale débattront, à l’UNESCO, de la pertinence de ces mesures autour de cinq grandes questions :

  • Comment les chiffres et indicateurs sont-ils produits ? (enjeux techniques)
  • Qui produit ces chiffres et indicateurs ? (enjeux politiques)
  • Chiffre et vérité scientifique ? (enjeux épistémologiques et théoriques)
  • L’accès à l’information statistique (enjeux de sa diffusion)
  • Comment les chiffres et indicateurs sont-ils utilisés dans les politiques ? (enjeux de pouvoir)

Question ancienne, la question de la mesure du développement se pose en effet sous une forme nouvelle dans le contexte contemporain marqué par le creusement des inégalités dans les pays du Nord et par les évolutions rapides de certains pays du Sud.

Ces évolutions invitent à s’interroger sur les concepts statistiques et les outils de mesure. Ceux-ci ont, le plus souvent, fait l’objet d’une exportation technique et intellectuelle à partir des pays du Nord, où ils ont été conçus et utilisés, vers les pays en développement. L’inverse est plus rare.

Désormais, pour l’étude des processus de développement, chercheurs et experts disposent d’outils quantitatifs variés qui peuvent renouveler les modalités de mesure de ces processus. Des informations abondantes et chiffrées, y compris sur les aspects qualitatifs, sont apparemment de plus en plus accessibles grâce aux technologies de l’information et de la communication. En réalité, on peut s’interroger sur les modalités concrètes d’accès à ces données (confidentialité, accès payant) et sur les conditions différenciées entre le Nord et le Sud (fracture numérique).

Mais, au-delà de cette question de l’accès, se pose, plus que jamais, la question de la légitimité des données et indicateurs ainsi diffusés largement. Ceux proposés par les divers producteurs de données se voient, trop souvent, conférer un caractère quasi magique et sont utilisés sans précaution dans le débat social et politique.

Dans bien des cas on pourrait parler de coup de force intellectuel et scientifique quand le public est noyé sous les mesures. L’abondance de ces dernières masque souvent l’absence d’une définition rigoureuse de leur objet. La question de la pertinence des divers indicateurs permettant de mesurer et d’identifier le développement économique et social se pose donc. Et ce d’autant plus que ces indicateurs servent aussi, de plus en plus, à légitimer des types d’intervention et des modes opératoires de l’aide comme des politiques de développement.

Si les débats relatifs à la mesure des performances économiques et du progrès social prennent le plus souvent un aspect technique, cette technicité ne doit pas masquer les enjeux liés à la mesure. L’orientation et le contenu de ces mesures ne sont pas neutres. Leurs dimensions politiques, idéologiques et sociales sont essentielles. L’universalisme des méthodes de mesure, la comparabilité des données, l’articulation des concepts analytiques et statistiques sont à interroger au regard des spécificités des pays et des régions.

Ce sont toutes ces interrogations qui seront au centre des débats de ce colloque international.

Plus d'informations sont disponibles sur le site web du GEMDEV




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