27.10.2010 - La Tribune de Genève

“The Future of Scientific Diplomacy, 60 years after the launch of CERN” – ‘La Tribune de Genève’, Switzerland

Editorial by Irina Bokova, Director-General of UNESCO, published on ‘La Tribune de Genève’ of Switzerland, on Wednesday 27 October 2010. This article is available as published, in French, here below.

L’avenir de la diplomatie scientifique, 60 ans après le lancement du CERN

La réussite de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) est le meilleur exemple des bénéfices directs de la recherche fondamentale, du partage des connaissances et de la formation scientifique de haut niveau. Elle témoigne aussi du rôle de l’UNESCO comme accélérateur de la coopération internationale dans ces domaines.

Le CERN doit son existence à une résolution de l’UNESCO en 1950 pour aider les Européens déchirés par la guerre à s’unir et à rattraper leur retard en physique nucléaire. Aujourd’hui le CERN, fleuron de la construction européenne et partenaire privilégié de l’UNESCO, est aussi la référence absolue dans la science des particules. Ses chercheurs ont plusieurs fois reçu le prix Nobel, c’est au CERN qu’est né le world wide web, c’est grâce au recherches du CERN que sont mises au point les nouvelles thérapies hadroniques, qui vont révolutionner le traitement des cancers.

A l’heure où le monde cherche des solutions à ses crises, nous avons besoin de plus de recherche, de plus d’ingénieurs, et d’identifier les CERN du futur.
L’UNESCO aide chaque jour les Etats à renforcer leurs capacités scientifiques, la qualité des infrastructures, la formation des professeurs et des chercheurs, au plus haut niveau (doctorat, post-doctorat). Elle offre un cadre de coopération scientifique universelle : le CERN compte 20 états membres, mais rassemble une communauté de 8000 scientifiques de 85 nationalités.

La recherche fondamentale a besoin de diversité, d’un grand nombre de centres d’élite, mieux répartis sur le globe. C’est dans ce but que nos deux organisations travaillent ensemble, pour installer des bibliothèques virtuelles dans nombre d’universités africaines par exemple. Nous avons également lancé en Jordanie le laboratoire SESAME qui est, sur le plan de la coopération scientifique, l’équivalent du CERN pour le Moyen-Orient et réunit le Bahreïn, Chypre, l’Egypte, l’Iran, Israël, la Jordanie, le Pakistan, l’Autorité palestinienne et la Turquie. L’UNESCO vient en outre de décider la création à Lisbonne d’un centre de formation doctorale pour des chercheurs des pays en développement, et coopère avec l’Académie des sciences de New York et l’ISESCO pour l’installation de centres de recherche dans le monde islamique.

Notre créativité de demain dépend de la qualité de la formation scientifique aujourd’hui. C’est un enjeu majeur du siècle à venir. Le dernier Sommet des Objectifs du Millénaire pour le Développement à New York a montré la prise de conscience du rôle de l’éducation et de la culture – négligées il y a 30 ans – pour le développement durable, en partie grâce au plaidoyer de l’UNESCO. N’attendons pas si longtemps pour la science !

Les nouvelles technologies révolutionnent le partage des données, et offrent de nouveaux moyens d’avancer. La recherche fondamentale, complexe, coûteuse, est toujours collective : elle est un instrument de paix, en plus d’être un facteur de développement. La diplomatie scientifique est un atout majeur au service des nations : osons y investir maintenant, dans l’intérêt des peuples.


- Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO




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