13.03.2012 - ODG

Raising water consciousness - "La Croix" (France) and "Le Devoir" (Canada)

Editorial article by Irina Bokova, Director-General of UNESCO and the Chair of UN-Water Michel Jarraud, on the occasion of the launch of the 4th World Water Report. The article was published in French in "La Croix" (France) and "Le Devoir" (Canada).

OP-ED par Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, et Michel Jarraud, Président d’ONU-Eau et Secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale, à l’occasion de la publication du 4ème Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau.  

Relever le défi de l’eau

Le Forum mondial de l’eau s’ouvre à Marseille avec le lancement du 4ème Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, et le constat d’un défi majeur : satisfaire tous nos besoins en eau et supporter le développement économique et humain, sans mettre en péril cette précieuse ressource. La consommation mondiale d’eau progresse à vive allure, beaucoup plus vite que le renouvellement des ressources, menacé par ailleurs par les changements climatiques. En outre, les prélèvements d’eau souterraine, pas toujours facilement renouvelable, ont triplé au cours des 50 dernières années.

Le risque de pénurie d’eau ne menace pas seulement la consommation humaine, il affecte l’ensemble des activités économiques. En effet, l’eau intervient dans pratiquement tous les processus de production. Toutes les sources d’énergie par exemple nécessitent d’importantes quantités d’eau pour leur production et, dans moins d’une génération, la demande globale en énergie aura augmenté de moitié. L’agriculture dépend également de l’eau pour répondre aux besoins en nourriture avec environ 70% de l’eau prélevée dans l’environnement utilisée pour l’irrigation. On estime que la demande de nourriture devrait augmenter de 70% d’ici 2050 du fait de la croissance démographique mais aussi de la modification des comportements alimentaires à travers le monde, avec surtout une hausse de la consommation de viande, dont la production est particulièrement gourmande en eau.

Le défi réside également dans le fait que nous allons devoir gérer cette situation dans un contexte d’incertitude et de risques accrus, car les inconnues liées à la demande et la multiplication des phénomènes extrêmes (inondations, sécheresses), notamment sous l’effet des changements climatiques, rendent la plupart des modèles d’anticipation traditionnels obsolètes.

Il n’y a pourtant pas de fatalité à cette situation. Une première étape consiste à reconnaître le rôle indispensable de l’eau et à lui donner la place centrale qui lui revient dans les politiques publiques nationales et internationales concernant le commerce, l’économie, la sécurité alimentaire et énergétique, la finance, la sécurité et la santé publique. Un immense travail est nécessaire pour faire émerger des institutions capables d’arbitrer les ressources de façon concertée et améliorer la gouvernance de l’eau au niveau mondial, pour le bénéfice de tous les secteurs d’activités, l’Homme et l’environnement. La création en 2003 d'ONU-Eau, mécanisme de coordination de 29 agences de l'ONU pour toutes les questions liées à l'eau douce, constitue déjà un pas dans cette direction, en particulier à travers son Programme mondial d'évaluation des ressources en eau, hébergé par l'UNESCO.

Les technologies et méthodes existent pour améliorer la productivité de l’eau dans de nombreux usages, et particulièrement dans l’agriculture. Entre 1961 et 2001, la productivité de l’eau agricole a augmenté de près de 100%. Toutefois, même si les progrès continuent au même rythme d’ici à 2050, l’agriculture consommera malgré tout 11% d’eau en plus afin de pouvoir répondre à la hausse de la demande de nourriture à l’échelle mondiale. Des investissements dans les infrastructures, le renforcement des capacités humaines et les institutions responsables de l’eau sont donc clé pour la croissance et la réduction de la pauvreté.

Il s’agit également de mieux connaître, afin de mieux les gérer et de s’adapter, les incertitudes et les risques associés aux différents facteurs qui influencent l’état et les usages de l’eau, y compris les changements climatiques, en s’appuyant en particulier sur le recueil de données et d’informations essentielles et, le cas échéant, le développement de modèles et scenarios des futurs possibles.

Il est temps de reconnaître que l’eau est le dénominateur commun de tous les défis mondiaux actuels : l’énergie, l’alimentation, la santé, la sécurité ; et la clé pour tous les relever. Si les gouvernements ne mettent pas explicitement la question de l’eau au cœur des stratégies de développement, celles-ci ont peu de chances d’aboutir. Le 6ème Forum mondial de l’eau à Marseille peut faire émerger des solutions claires en ce sens, reconnaissant le lien entre l’eau et la sécurité énergétique et alimentaire, et préparer le terrain pour le Sommet de l’ONU de Rio+20.




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