02.09.2011 - ODG

“The new Libya will be built in the classroom” – ‘Le Figaro’, France

Editorial article by Irina Bokova, Director-General of UNESCO, published on ‘Le Figaro’ of France, on Friday 2 September 2011. The article, as published in French on ‘Le Figaro’, follows here below.

La Libye Nouvelle se construira sur le banc de l’école

La construction d’une Libye nouvelle se fera sur le banc de l’école sinon elle ne se fera pas pleinement.

En cette heure de transition, une Libye réellement nouvelle doit tout faire pour développer l’esprit et les capacités de sa jeunesse et de ses adultes. Elle doit rassembler une société divisée et meurtrie autour d’un nouvel engagement envers les valeurs des droits de l’homme, de la liberté et de l’égalité.

L’éducation détient les clés de toutes ces portes. A l’occasion de la réunion au plus haut niveau du Groupe de contact sur la Libye, initiée par le Président Sarkozy, l’éducation doit être au premier plan de la reconstruction du pays, de la restauration de l’état de droit et de la réconciliation nationale.

L’heure est grave. Le conflit laisse derrière lui un système éducatif en ruines, des écoles détruites, des bâtiments d’universités calcinés. L’éducation a été profondément touchée par le conflit, dans certaines villes elle en a même été une cible directe.

Ces défis immédiats viennent s’ajouter à la panoplie de problèmes qui ont déjà affaibli l’éducation en Libye depuis longtemps, même si des éléments de progrès avaient été entamés – corruption, manque de financement, discrimination, curricula sans rapport avec les besoins de l’économie. Le système éducatif de la Libye doit être refondé. Il faut agir sur plusieurs fronts. Il faut répondre aux besoins immédiats pour remettre les écoles sur pied, à Benghazi et dans d’autres villes. Nous devons renforcer les capacités de planification et de gestion du secteur de l’éducation dans son ensemble. Il faut mettre en place une nouvelle stratégie pour la formation des enseignants et des professeurs, accompagnée par de nouvelles structures pour l’enseignement et la formation techniques et professionnels – tout ceci, pour améliorer la qualité de l’éducation et son importance pour l’économie et pour l’emploi. Il faut développer une nouvelle approche à la citoyenneté dans les écoles. Il faut assurer l’égalité de l’accès à l’éducation dans toutes les régions du pays, pour toutes les filles ainsi que pour tous les garçons.

Il ne s’agit pas seulement de rouvrir les écoles. Ce ne sera pas assez de remettre les universités en marche. Il faut saisir ce tournant historique pour formuler une vision cohérente du secteur entier, pour renforcer la qualité des professeurs et enseignants, pour lancer de nouveaux curricula en harmonie avec les besoins de la société et de l’économie, pour ouvrir l’éducation à tous les membres de la société, pour promouvoir un nouvel esprit de tolérance et de réconciliation.

L’éducation a été sur la ligne de front du conflit; elle doit être au cœur de la paix, de la construction d’un nouvel Etat démocratique et pluraliste.

Le tournant pour une Libye nouvelle doit aussi être un tournant plus large pour la communauté internationale dans sa gestion des situations post-conflit.

Les communautés frappées par les conflits font souvent des efforts héroïques pour assurer la continuité de l’éducation. Les bailleurs de fonds n’en font pas tant. L’éducation ne représente que 2 % de l’aide internationale. Aucun autre secteur n’affiche un si faible taux d’appels humanitaires financés.

Nous devons en Libye et dans bien d’autres situations, à commencer par le nouvel Etat du Sud Soudan, intégrer l’éducation au centre de tous nos efforts humanitaires et de notre politique pour la reconstruction et le développent à long terme.

Nous devons miser davantage sur l’éducation comme élément clé de l’aide humanitaire et de l’aide au développement. L’éducation ne peut pas rester le parent pauvre des efforts internationaux pour la paix. Sur un terrain ravagé par un conflit, elle est la meilleure façon de consolider la paix. Elle est l’un des tous premiers bénéfices concrets apportés aux communautés qui luttent pour la reconstruction du pays.

Nous devons tirer le maximum de l’éducation comme véritable force de paix. Nous devons garantir des systèmes d’éducation inclusifs et fournir à la jeunesse les compétences et valeurs civiques dont elle a besoin pour échapper à la pauvreté, au chômage et au désespoir économique qui contribuent aux conflits et à la violence. Pour toutes ces raisons l’éducation doit être clairement en première ligne de notre action en Libye. L’UNESCO connaît le terrain, nous maîtrisons les enjeux ; l’organisation est prête à agir pour une Libye nouvelle.

- Irina Bokova




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