06.10.2014 - Education Sector

Enseigner dans le plus grand bidonville d’Afrique

UNESCO/ K. Prinsloo - Deputy Head teacher Margaret Atieno Ochieng teach a class of eight pupils at ehe Kibera Primary School

Si, pour Margaret Atieno Ochieng, enseigner à l’école primaire de Kibera présente chaque jour de nouveaux défis, elle affirme qu’elle ne regrette rien.

« Je pense qu’être enseignant est une source d’inspiration qui vient de l’intérieur, en particulier lorsqu’on enseigne dans les bidonvilles », dit-elle. « Je me dis que je suis là où les enfants ont le plus besoin de moi. » 

Le bidonville de Kibera se situe à cinq kilomètres de Nairobi et compte environ un million d’habitants, ce qui en fait le plus grand bidonville d’Afrique. L’école dessert la population de Kibera et accueille des enfants âgés de 5 à 17 ans. Avec quelque 2 200 enfants et des classes surpeuplées pouvant compter jusqu’à 90 élèves, elle est complètement saturée. 

À l’intérieur de l’école, les salles de classe n’ont que le minimum, certaines ont des vitres cassées et des cadres de fenêtres rouillés. Les portes sont écaillées et le sol est propre, mais ils sont marqués par des années d’usure. Des groupes d’enfants s’agglutinent autour de bureaux en bois bancals, et sont obligés de partager les manuels scolaires, qui sont en nombre insuffisant : « Nous leur donnons des livres mais ils sont volés à la maison ou sur le chemin de l’école », explique Margaret. 

« Nous accueillons des enfants de tous âges, ce qui veut dire que nous avons des élèves âgés de 15 ans et plus dans des classes de primaire », poursuit Margaret. « Ils sont trop grands pour être placés dans les premières classes, et l’enseignant doit donc trouver le meilleur moyen de les prendre en charge. Les lacunes constituent le plus grand défi que nous ayons à relever avec ces élèves trop âgés. Nous tentons d’y remédier en privilégiant le travail en groupe. Nous insistons sur la lecture, nous élaborons des cours spéciaux axés sur les mathématiques simples et les compétences en lecture, et nous leur apprenons à s’exprimer dans leur travail ». 

Margaret est née dans une famille d’enseignants et a exercé dans des bidonvilles durant toute sa carrière, d’abord dans une école du bidonville de Mathare, puis dans une école du bidonville de Majengo, et maintenant à Kibera. Son travail à Kibera n’est pas toujours facile et Margaret doit se couper en deux et assumer jusqu’à 34 cours par semaine. « Nous n’avons pas assez d’enseignants, ce qui signifie qu’en plus d’être la directrice adjointe, j’enseigne également en classe. Je dois donc exercer mes activités d’enseignante parallèlement à mes autres tâches ». 

Ces tâches sont variées : « Je dirige le programme d’alimentation, je publie des manuels et d’autres matériels pour les enfants, je veille au respect de la discipline, je gère les services de conseils et d’orientation, et je dois m’assurer que l’école maîtrise les questions relatives à l’eau et à l’assainissement », dit-elle. 

Même avec cet emploi du temps stressant, Margaret affirme qu’elle essaiera toujours de passer du temps avec les enfants. « Hier, j’ai joué au football avec ma classe pendant le cours d’éducation physique. C’est important de jouer régulièrement avec les enfants, mais à l’école, nous ne pouvons pas les laisser dehors sur l’aire de jeux à cause des déchets déversés et du risque d’intrusion. Mais nous savons aussi que nous devons faire attention à leur croissance et à leur santé, donc nous essayons de trouver des moyens de le faire. » 

L’école sert aussi d’abri pour de nombreux enfants. « Leur environnement n’est pas bon car ils vivent dans la pauvreté et c’est comme une maladie », explique Margaret. « Ils n’ont pas les moyens de se procurer les produits de base , et donc, ils comptent sur l’école pour leur donner de la nourriture. Nous ne donnons pas beaucoup de devoirs car ils n’ont pas d’endroit pour travailler à la maison. Il est préférable qu’ils apprennent à l’école. » 

Il est parfois difficile également d’offrir un environnement d’apprentissage sûr et propre. « L’eau doit être bouillie et il nous arrive de manquer de savon », explique Margaret. « L’école achète de l’eau mais il est difficile de s’occuper des sanitaires et les toilettes ne peuvent pas être nettoyées quatre fois par jour. » 

Malgré ces difficultés, Margaret adore son travail. « J’aime enseigner pour la joie que je ressens lorsqu’un enfant réalise quelque chose pour la première fois », dit-elle. « Je sais que c’est l’éducation qui change la société et, dans le bidonville, seul l’enseignement a le pouvoir d’enrayer le cycle de la pauvreté. » 

Pour Margaret, le travail qu’elle et ses collègues enseignants accomplissent à Kibera dépasse le simple enseignement. « J’ai passé ma vie à enseigner dans les bidonvilles, et je peux voir mon rêve se réaliser – je sais qu’avec le soutien du gouvernement et grâce à l’éducation, aux livres et à la nourriture, nous allons changer le visage des bidonvilles », dit-elle. « Une de nos élèves est partie étudier au Canada. Elle reviendra et deviendra enseignante, afin que d’autres filles puissent partir comme elle. Nos élèves partent, mais ils reviennent aussi, et lorsqu’ils le font, c’est parce qu’ils veulent améliorer la vie de nos enfants. » 

L’UNESCO soutient les efforts visant à améliorer la qualité de l’enseignement dans plus de 60 pays à travers le monde, et mène des actions ciblées afin de renforcer les établissements de formation des enseignants en Afrique subsaharienne, y compris au Kenya. Pour ce faire, l’Organisation fournit des conseils techniques en matière de politiques sur les enseignants, de programmes scolaires et d’examen et d’élaboration des cadres de qualifications.

En partenariat avec la Fondation VARKEY GEMS, des directeurs d’école et des enseignants en sciences, mathématiques et technologie ont été formés en vue de renforcer les pratiques pédagogiques et d’améliorer les performances des filles dans ces matières. En 2013, 90 enseignants/directeurs et 10 responsables du ministère de l’Éducation ont été formés grâce au projet. Cela a permis de créer une masse critique d’agents du changement et de maîtres formateurs en matière d’élaboration de programmes sensibles au genre et d’enseignement et d’apprentissage des sciences et des mathématiques. Des efforts sont actuellement déployés afin de tirer parti des réalisations du projet et de le mettre en œuvre à plus grande échelle.

 




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