19.10.2012 - UNESCOPRESS

Un tiers des jeunes d’Afrique subsaharienne ne vont pas jusqu’au bout du primaire et se retrouvent sans qualification

[Translate to francais:] © UNESCO/Sven Torfinn/Panos - In Tanzania, apprenticeships are dominated by men

La dixième édition du Rapport mondial de suivi sur l'Éducation pour tous, L'éducation au travail, montre l'urgente nécessité d'investir dans les compétences des jeunes. En Afrique subsaharienne, plus de 56 millions de jeunes, âgés de 15 à 24 ans, n'ont même pas achevé l'école primaire et ont besoin d’alternatives à la formation de base qui les conduira vers l'emploi et la prospérité. Cela représente un tiers de la jeunesse de la région. Près des deux tiers de la population africaine ont moins de 25 ans. Au plan mondial, un jeune sur huit est au chômage et un jeune sur quatre est cantonné dans un emploi qui ne lui permet pas de se hisser au-dessus du seuil de pauvreté. Face à une crise économique qui se prolonge, le manque cruel de qualification des jeunes s'avère plus dévastateur que jamais.

Malgré des progrès importants enregistrés en matière de scolarisation dans des pays comme l’Ethiopie, le Rapport montre que très peu de pays sont en mesure d'atteindre les six objectifs de l'Éducation pour tous (EPT) fixés en 2000 ; certains sont même très loin du but.  Au Nigeria, plus de 10 millions de jeunes ne fréquentent toujours pas l’école. L’Afrique subsaharienne et les pays arabes sont les régions du monde qui enregistrent les pires résultats en matière de ratio de scolarisation garçons/filles.

Le Rapport passe à la loupe les compétences des jeunes, l'un des objectifs de l'EPT les moins étudiés. Il montre qu’aujourd'hui il faut parvenir au moins jusqu'au premier cycle de l'enseignement secondaire pour maîtriser les compétences nécessaires à l'obtention d'un emploi décent. En Afrique subsaharienne, près de 30 millions de jeunes restent exclus de l’école primaire et 30 millions d’adolescents se trouvent hors de l'enseignement secondaire, ce qui les prive des compétences indispensables pour accéder à l'emploi. Le nombre de jeunes non scolarisés dans la région a même augmenté depuis l’année dernière.

La crise de l’éducation est générale : au plan mondial, 250 millions d'enfants (scolarisés ou non mais en âge d’aller dans le primaire) ne savent actuellement ni lire ni écrire. Au Ghana, en 2008, près de la moitié des jeunes filles et un tiers des jeunes garçons ne pouvaient pas lire une phrase même s’ils avaient passé six ans sur les bancs de l’école.  

« Nous sommes face à une jeune génération frustrée par l'inadéquation chronique entre les qualifications et l'emploi. La meilleure réponse à la récession économique et au chômage des jeunes consiste à apporter à ces derniers les compétences fondamentales et la formation dont ils ont besoin pour entrer avec confiance dans le monde du travail », a déclaré Irina Bokova, Directrice générale de l'UNESCO. « Beaucoup de jeunes, et de jeunes femmes en particulier, ont besoin d'accéder à des filières de formation alternatives qui les dotent des compétences nécessaires pour gagner dignement leur vie et apporter leur contribution aux  communautés et à la société ».

En n’investissant pas dans les compétences des jeunes, on laisse ces derniers grossir les statistiques du chômage des pays les plus riches. En Afrique du Sud, près de 9 jeunes sur 10 étaient sans emploi en 2010 ; le taux était encore plus élevé pour ceux qui n’ont pas bénéficié d’un enseignement secondaire. Et dans les pays les plus pauvres, même ceux qui ont eu la chance de trouver du travail se retrouvent coincés dans des emplois particulièrement mal payés.

Ce sont les jeunes défavorisés, en milieu urbain ou rural, qui manquent le plus de qualification. En ville, les jeunes n'ont jamais été aussi nombreux, et leur population continue de croître. Aujourd’hui, les deux tiers de la population urbaine africaine vivent dans des quartiers déshérités où le manque de compétences confine les jeunes dans des petits boulots assurant juste leur subsistance. Cependant, la grande majorité des pauvres et des moins éduqués vit dans les zones rurales. Au Cameroun, un jeune rural non scolarisé est deux fois et demi plus susceptible que son collègue ayant fini l’école secondaire de ne gagner que 1,25 dollar par jour (ou moins).

 Les jeunes ruraux africains se battent durement pour gagner leur vie. La taille moyenne de 80% des fermes africaines est inférieure à deux hectares. Très exposés aux changements climatiques, beaucoup de jeunes agriculteurs ne disposent même pas des compétences nécessaires pour parer à ces évolutions et assurer leur subsistance. Et ceux qui ne travaillent pas dans les fermes doivent être formés de façon urgente à d’autres métiers pour pouvoir trouver des débouchés et éviter de devoir s'exiler en ville pour chercher du travail.

Les plus démunis de tous sont les femmes. Dans huit pays africains, plus de 9 jeunes femmes rurales sur dix n’ont pas terminé le premier cycle de l’enseignement secondaire. Sans ces compétences minimales, ces jeunes femmes voient leurs chances réduites à néant.

Investir dans les compétences des jeunes est une stratégie judicieuse pour les pays désireux de stimuler leur croissance économique. Selon les estimations du Rapport, chaque dollar dépensé dans l'éducation d'un individu génère durant sa vie active 10 à 15 dollars de croissance économique. Au cours de la dernière décennie, ce sont les minéraux et l’énergie qui expliquent les trois quarts de la croissance des exportations africaines, ce qui rend ces pays extrêmement vulnérables aux variations de prix. En diversifiant leurs économies, ils sécuriseraient leur croissance à venir. Mais pour cela, l’Afrique doit s’assurer que ses jeunes disposent des compétences leur permettant de s’adapter à de nouveaux emplois.

Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, l’apprentissage traditionnel reste le principal type de formation accessible à ceux qui ne disposent pas d’un emploi véritable. Au Sénégal, un jeune a quarante fois plus de chances d’être formé par ce biais que par les filières formelles de l’enseignement technique et professionnel. Ces apprentissages doivent être ouverts à tous. Au Ghana, les plus pauvres et les moins éduqués n’ont pratiquement pas de chance de décrocher un apprentissage ; en Tanzanie, les hommes s’y taillent la part du lion.

Pour Pauline Rose, directrice du Rapport mondial de suivi sur l'EPT, « L’éducation et les compétences des jeunes sont les clés du futur développement de l’Afrique. Des millions de jeunes de la région n’ont pas bénéficié d’un enseignement primaire complet et des  millions d’autres n’ont jamais connu l’enseignement secondaire. Ces jeunes, en particulier les femmes et les plus pauvres - urbains ou ruraux -, ne sont pas en mesure d’accompagner les ambitions des nombreux pays africains qui voudraient se hisser au cours des années à venir au rang de pays à revenu intermédiaire. Il faut donner à tous ces jeunes une autre chance d’acquérir les compétences de base, telle que la lecture, et des compétences particulières. C’est nécessaire pour que les jeunes puissent développer leur potentiel et réaliser leurs aspirations ».

Il faut impérativement accroître le financement si l’on veut remédier à ce déficit de compétences et mettre en place sur grande échelle des voies alternatives de formation. Selon les calculs du Rapport mondial de suivi sur l'Éducation pour tous de cette année, outre les 16 milliards de dollars annuels nécessaires à la réalisation de l'éducation primaire universelle d'ici à 2015, universaliser l'accès au premier cycle de l'enseignement secondaire coûterait 8 milliards de dollars.

 

Une réaffectation de l'aide pourrait aider à combler le manque de financement. Le quart de l'aide, soit trois milliards de dollars, est dépensé dans l'enseignement supérieur, et une large part de cette somme ne parvient même pas aux pays en développement : elle sert à accueillir les étudiants de ces pays dans les universités des pays donateurs. Avec la somme dépensée pour un jeune ghanéen étudiant au Japon, on pourrait scolariser 72 jeunes ghanéens dans l’enseignement secondaire de leur propre pays. Ces fonds seraient mieux utilisés s’ils étaient investis pour répondre au  déficit de compétences des jeunes défavorisés des pays les plus pauvres.

Recommandations

Il est urgent  d'agir pour soutenir le développement des compétences des jeunes :

1. Deux cent millions de jeunes doivent avoir accès à d’autres filières pour acquérir les compétences fondamentales ;

2. Tous les jeunes ont besoin d'une formation de qualité aux compétences fondamentales pertinentes dans le premier cycle de l'enseignement secondaire ;

3. Le deuxième cycle de l'enseignement secondaire devrait assurer l'équilibre entre les compétences professionnelles et techniques, notamment  les technologies de l’information, et des compétences transférables comme la confiance et la capacité à communiquer, immédiatement applicables sur le lieu de travail.

4. Les stratégies de compétence doivent cibler les plus défavorisés, en particulier les jeunes femmes et les pauvres en milieu urbain ou rural.

5. Huit milliards de dollars sont nécessaires pour que tous les jeunes des pays en développement accèdent au premier cycle de l'enseignement secondaire. Les gouvernements, ainsi que les bailleurs de fonds et le secteur privé, doivent participer à cet effort de financement.

La publication du Rapport 2012 fait suite au lancement, le 26 septembre dernier, de « L'éducation avant tout », une initiative du Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki moon. Ce dernier a souligné l'importance de mobiliser l'ensemble des parties prenantes pour surmonter les obstacles à la réalisation d'une « éducation de qualité, pertinente et transformatrice ».

« Nos objectifs communs sont simples », a déclaré le Secrétaire général à cette occasion. « Nous souhaitons que tous les enfants aillent à l'école primaire et progressent vers l’enseignement secondaire et un enseignement supérieur pertinent, ce qui les aidera à réussir dans la vie et à devenir des citoyens du monde engagés et productifs ».

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Pour toute demande d'interviews, de photos, d'études de cas, de vidéos ou de citations provenant des groupes de discussion de jeunes du monde entier, ou pour toute autre information concernant le Rapport, prière de contacter :

-          Kate Redman (Paris) k.redman(at)unesco.org +33(0)602049345

-          Marisol Sanjines (New York) m.sanjines(at)unesco.org  + 1 646 201 8036

-          ou rendez-vous sur la page presse du Rapport

 

Pour télécharger le Rapport et autres documents connexes : http://www.efareport.unesco.orgClick here to download the report and other relevant materials.




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