08.02.2013 - UNESCO Office in Dakar

Journée Mondiale de la Radio (13 février) : Interview sur l’histoire de la radio en Afrique

Jean-Pierre Ilboudo © UNESCO Dakar

A l’occasion de la Journée Mondiale de la Radio (13 février), Jean-Pierre Ilboudo, Chef de la Section Communication et Information au Bureau Régional de Dakar (Senegal) retrace l’implantation de la radio sur le continent africain et sa place en Afrique aujourd’hui.

Comment s'est passée l’implantation de la radio en Afrique ?

La formation des premières stations émettrices dans l’Afrique subsaharienne a des origines diverses liées tantôt à des initiatives privées de colons ou de missionnaires, tantôt à des actions de représentants civiles ou militaires de l’autorité coloniale. Il s’agissait d’une affaire entre Blancs. Dans les régions placées directement sous l’autorité des métropoles européennes, les premiers postes servaient principalement à rediffuser des émissions de la métropole ; en Afrique anglophone, les premiers postes furent installés entre 1926 et 1932.

Dans les colonies françaises de l’Afrique, l’implantation fut plus tardive, entre 1931 et 1939.

Les émissions de radio à cette époque apparurent assez vite comme un moyen de renforcer la colonisation auprès des cadres indigènes ; les premiers contacts des Africains avec la radio furent établis par ceux qui fréquentaient les missions ou les écoles, sans compter les Africains étant allés en métropole (étudiants peu nombreux, soldats plus nombreux).

La radio est apparue comme un instrument de l’administration et un instrument d’éducation sanitaire et agricole.

Mais attention, à cette époque, le prix des postes récepteurs était cher et nécessitant le plus souvent une batterie, donc le cout était trop élevé pour la grande majorité des autochtones ; la radio était donc un objet de la ville.

Quel était l’impact de la radio en Afrique?

La radio a joué un rôle favorable à la prise de conscience politique en vue de l’émancipation progressive : après la colonisation, elle a contribué à la mise en place d’équipes dirigeantes africaines en application de la loi cadre.

Donc, très rapidement, la radio fut utilisée par les nouveaux Etats, parfois même avant l’indépendance (dès 1956 au Cameroun, 1957 au Mali ou en Afrique Anglophone, notamment au Nigeria et Ghana vers 1954), pour soutenir le développement économique et ce, à travers la radio scolaire et la radio rurale ; on utilisa déjà au Ghana des langues ghanéennes pour diffuser des émissions pour les ruraux.

Quelles sont les leçons apprises ?

Premièrement, l’implantation de la a radio a bénéficié de la tradition de l’oralité qui domine l’Afrique.

La radio ne nuit donc pas au système traditionnel d’information, mais au contraire, l’alimente, nourrit les rumeurs.

Deuxièmement, la radio a d’abord été un phénomène urbain avant de devenir un phénomène rural en Afrique. Car même après les indépendances, l’on a diffusé à l’intention des ruraux (agriculteurs pour l’essentiel) des chroniques et autres émissions agricoles en français ou en anglais.

Il a fallu la concertation d’organisations comme la FAO et l’UNESCO, qui s’inspirant du modèle des tribunes radiophoniques en vogue dans le Canada des années 1941, pour organiser deux conférences en 1966 - au Rwanda pour l’Afrique francophone et dans l’actuel Tanzanie pour l’Afrique anglophone.

Ces conférences promouvaient l’adoption des tribunes radiophoniques qui fonctionnaient déjà en Inde en 1951, au Ghana en 1956 et au Niger en 1962. C’est à partir de ces réunions que naquirent les premières radios agricoles, puis les radios éducatives rurales, entre 1968 et 1972 ; elles sont les ancêtres des radios communautaires qui émergent après les années 1990.

Troisièmement, le pouvoir et l’information sont étroitement liés en Afrique, car, l’information est un élément clé d’une politique d’unité nationale. Donc nous avons vu la censure au nom de la construction de l’Etat et une utilisation de la radio par l’Etat comme instrument de domination politique exactement comme au temps de la colonisation et la personnalisation du pouvoir.

Quelle est la situation de la radio aujourd’hui ?

Le paysage radiophonique Africain est aujourd’hui pluraliste et un système de radio indépendante, dans sa ligne éditoriale, libre de la vielle censure gouvernementale prend progressivement forme.

L’écoute de la radio à travers les nouvelles technologies de l’information, notamment l’internet (webcasting) et surtout par le téléphone mobile est très important en Afrique aujourd’hui, surtout en milieu rural, ou les radios communautaires qui diffuse en langues locales sont souvent le moyen le plus utiliser pour se tenir informer.

En ce qui concerne les radios communautaires en milieu rural, la nécessité de mener une réflexion sur leur statut juridique et réglementaire et la nécessité de mener une campagne pour valoriser leur statut, afin de les sortir de leur condition de radio de seconde zone est capitale.

La création des lexiques spécialisés pour les animateurs des radios communautaires face à l’émergence de mots et de concepts nouveaux tels que : le mondialisation, les OMD, les OGM, le changement climatique, les biocarburants……, reste d’actualité pour éviter l’introduction du « bruit » sémantique dans la diffusion des émissions radiophoniques par l’utilisation des emprunts linguistiques étrangers aux langues locales.

Quelle place de la radio pour l’avenir ?

Comme la radio a une place prépondérante dans les systèmes d’information des Etats africains, elle réserve une fonction particulièrement importante dans la politique de développement.

L’Afrique est écartelée aujourd’hui entre l’aspiration à une modernisation dont les formes importées sont les plus apparentes dans ses grandes villes et la recherche de son identité définie par une meilleure compréhension de ses traditions, de sa langue, de ses coutumes.

L’importance de la radio tient à la facilité de son intégration dans la société traditionnelle mais aussi à la force d’intégration qu’elle peut représenter en permettant à la culture traditionnelle et au monde paysan de se faire entendre par le public des villes.

La radio est peut-être le moyen le mieux adapté au maintien et à la conservation de la tradition orale et d’un équilibre entre l’homme et la nature qu’il est dangereux de rompre sans savoir exactement comment le remplacer.




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