Une intrépide correspondante de guerre tuée au cours d’un reportage sur la détresse des civils en Syrie

Marie Colvin, l’une des correspondantes de guerre les plus brillantes de son temps, a été tuée dans l’exercice de son métier en Syrie, en février 2012. © Reuters

Assassinat condamné par la DG de l’UNESCO, 23 février 2012

Marie Colvin – Syrie – Assassinée le 22 février 2012

Marie Colvin est retournée chercher les chaussures qu’elle avait laissées à la porte, comme le veut la tradition locale, afin de pouvoir quitter l’immeuble. Dans la ville de Homs, elle fuyait un « centre d’information » temporaire administré par l’opposition syrienne et devenu la cible d’une attaque à la roquette et au mortier.

À ce stade, en février 2012, la ville de Homs avait essuyé un bombardement incessant de l’armée syrienne pendant dix-neuf jours. Il avait été décidé d’installer les journalistes dans l’immeuble en question précisément parce qu’il n’était pas dans la ligne de mire. Au fil des jours, Homs se transformait en un tas de ruines fumantes.

Citoyenne américaine âgée de 56 ans, Marie Colvin travaillait pour le journal britannique The Sunday Times depuis 1985. Son expérience de correspondante était sans équivalent. Elle connaissait le Moyen-Orient comme sa poche ; tout au long d’une carrière qui avait duré plus d’un quart de siècle, elle avait, partout dans le monde, couvert presque tous les conflits notables.

Mme Colvin était animée par le besoin impérieux de rendre compte depuis le cœur des zones de combat. Son acharnement à travailler depuis la ligne de front lui avait même laissé un souvenir tangible : le bandeau noir qu’elle portait sur l’œil gauche, arraché en 2001 par un éclat de roquette pendant la guerre civile du Sri Lanka.

Toujours la première arrivée sur les lieux et la dernière à les quitter, Mme Colvin a sans doute sauvé plus de 1 500 femmes et enfants par la détermination dont elle a fait preuve lors de la crise de l’indépendance du Timor oriental. Elle a alors obstinément refusé de cesser de travailler depuis l’immeuble assiégé par les troupes de l’armée indonésienne, jusqu’à ce que la pression internationale oblige les assaillants à permettre l’évacuation de la population civile, et ce à l’issue d’une confrontation de quatre jours.

En février 2012, Mme Colvin travaillait aussi à Homs pour la BBC, Channel 4, CNN et ITN par téléphone satellite. La nuit précédente, elle décrivait encore « le caractère absolument impitoyable » des tireurs d’élite et des bombardements qui ciblaient les civils. Peu après l’envoi de ce dernier papier, un obus tiré depuis les positions du Gouvernement syrien frappa l’étage supérieur de l’immeuble.

L’impact mit un terme à la vie de l’une des correspondantes de guerre les plus brillantes de son temps, maintes fois récompensée pour son courage.

Ce jour-là, le photographe français Rémi Ochlik est mort en même temps que Mme Colvin, alors qu’il couvrait la révolte syrienne à Homs.

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Avertissement

La version originale de cet article est parue dans le journal finlandais Ilta Sanomat. Son contenu peut avoir été modifié et/ou mis à jour en fonction des informations parues après publication.

L’UNESCO encourage tous les organes de presse à informer le public de toute atteinte à la liberté de la presse, à mieux faire connaître les risques auxquels font face les journalistes du monde entier et à rendre hommage à ceux d’entre eux qui ont perdu la vie dans l’exercice de leur métier.
 
La version originale en finnois de cet article est disponible ici.

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