Rémi est mort ; ses clichés demeurent

Rémi Ochlik remporte le Prix World Press Photo en 2012, deux semaines environ avant sa mort. © Reuters

Assassinat condamné par la DG de l’UNESCO, 23 février 2012

Rémi Ochlik – Syrie – Assassiné le 22 février 2012

Le photojournaliste Rémi Ochlik aurait eu 30 ans en octobre de cette année si une roquette syrienne ne lui avait pas ôté la vie à Homs.

Ochlik est mort, mais sa mémoire demeure dans les photographies saisissantes que l’on peut consulter sur www.ochlik.com, le site de sa propre agence de photos. Les images sont fortes ; elles rappellent tous ces événements tumultueux qui, au cours de la dernière décennie, ont bouleversé notre monde, de l’enchevêtrement confus des guerres d’Afrique centrale au conflit et à la catastrophe qui ont accablé Haïti, ou encore au Printemps arabe – y compris des conflits toujours plus flous où l’on peine à distinguer le bien du mal.

Rémi Ochlik était à peine plus âgé qu’un adolescent lorsqu’il fit ses débuts sur la scène internationale grâce à des photos prises pendant les émeutes et le coup d’État en Haïti. Lorsque les révoltes éclatèrent à l’hiver 2010-2011 en Afrique du Nord, de la Tunisie à la Libye et à l’Égypte, il était déjà un connaisseur expérimenté des zones de conflit.

Ce jeune photographe était connu de ses confrères pour sa modération et même sa prudence dans l’exercice de son métier – un auteur tranquille d’histoires visuelles émanant d’une génération nouvelle. Les plus grands journaux et magazines - Le Monde, Paris Match et le Wall Street Journal – ont tous remarqué son talent et ont largement publié ses travaux.

Ses photos de rebelles libyens dans les villas et palais qu’ils venaient de prendre à leurs anciens maîtres symbolisent à elles seules l’exubérante euphorie du Printemps arabe.

L’un de ses clichés montre un salon richement décoré d’un long canapé douillet, d’un buffet en acajou et d’un chandelier en cristal. Un jeune homme hilare vêtu d’un T-shirt déchire joyeusement une photo de Muammar Khadafi, dont les morceaux volent dans la pièce. Seul le fusil d’assaut, nonchalamment posé sur la table basse, indique qu’il ne s’agit pas là d’une fête ordinaire.

La vieille garde des oppresseurs en uniformes chargés de médailles a été déposée par une jeunesse tout à fait ordinaire. Et sur la photo suivante, Rémi Ochlik donne à voir le corps mutilé de Khadafi, l’homme fort abattu, allongé sur un matelas : les nouveaux maîtres de la Libye sont capables de la même cruauté que ceux qu’ils ont renversés.

En 2012, Rémi Ochlik a remporté le Prix World Press Photo General News pour ses photos intitulées « Battle for Libya ». Deux semaines plus tard, le 22 février 2012, la chance l’abandonnait à Homs.

L’immeuble dans lequel il se trouvait, censé ne pas se trouver dans la ligne de tir, fut touché par un obus de l’armée syrienne. Rémi Ochlik et une correspondante de guerre expérimentée, Marie Colvin, furent tués en même temps que des dizaines d’autres personnes retrouvées dans les décombres. Deux autres photojournalistes et un journaliste français furent également blessés par l’impact.

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Avertissement

La version originale de cet article est parue dans le journal finlandais Ilta Sanomat. Son contenu peut avoir été modifié et/ou mis à jour en fonction des informations parues après publication.

L’UNESCO encourage tous les organes de presse à informer le public de toute atteinte à la liberté de la presse, à mieux faire connaître les risques auxquels font face les journalistes du monde entier et à rendre hommage à ceux d’entre eux qui ont perdu la vie dans l’exercice de leur métier.
 
La version originale en finnois de cet article est disponible ici.

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