20.06.2007 -

Développer la création de contenu télévisuel en Inde

Des clubs de lectrices de journaux participent à la programmation d'une télévision communautaire indienne en zone rurale.

Dans l'Etat d'Andhra Pradesh (Inde du Sud), les discussions des femmes, dont la plupart appartiennent aux basses castes, qui participent aux clubs de lecture inspirent la programmation d'une nouvelle télévision communautaire baptisée Ankuram ("bourgeon" en télougou).

 

Les clubs de lectrices deviennent des espaces populaires de socialisation, qui permettent aux femmes de parler, de débattre et de choisir des articles dans la presse qui donnent des sujets d'émissions diffusées sur la télévision communautaire.

 

La télévision communautaire Ankuram est une initiative de la Fondation Byrraju en collaboration avec l'UNESCO. La chaîne exploite un réseau wifi (projet Ashwini) que la Fondation avait déjà mis en place, un studio de télévision et un réseau câblé local, ce qui permet aux téléspectateurs d'avoir accès aux services et programmes directement chez eux.

 

Cette innovation technologique et sociale est à l'essai dans trois villages (Cherukumilli, Juvvalapalem et I-Bhimavaram) du district de Godavari Ouest (Andhra Pradesh). Les programmes locaux sont diffusés dans 69 villages du district via le réseau câblé.

 

La recherche-action ethnographique (RAE) menée pour déterminer les attentes et besoins de la population locale a montré que les femmes ne pouvaient pas acheter ni consulter la presse. Après discussion avec les responsables communautaires, le chercheur en RAE a fait le nécessaire pour que les centres Anganwadi (centres de la petite enfance) dans les hameaux reçoivent des journaux. Des clubs de lectrices ont vu le jour et les femmes ont commencé à se réunir pour discuter des problèmes qui les touchent : pauvreté, émancipation féminine, alphabétisation, hygiène, besoins en information de la communauté, etc. Issues pour la plupart des basses castes, les femmes n'ont généralement pas le droit de fréquenter les services installés dans le village principal, comme le panchayat (conseil) ou la bibliothèque. Les clubs de lecture de la presse leur ont donc permis de s'informer de ce qui se passe dans le monde. La création des clubs a favorisé l'éducation aux médias, les débats autour des besoins locaux, les relations entre les membres de la communauté et la sensibilisation au projet de télévision communautaire.

 

Mme Paidiswari témoigne : "J'aimerais beaucoup lire les journaux, mais je ne peux pas en acheter. Bien que nous ayons la télé, nous ne regardons pas les actualités tous les jours et les chaînes que nous captons ne diffusent pas les informations qui nous intéressent sur la situation locale. Depuis que je participe aux clubs de lecture, je peux lire la presse tous les jours tôt le matin. J'aime bien les articles d'exemples de réussite de femmes et les actualités locales. Nous ne sommes pas beaucoup à venir tous les jours au centre pour discuter. C'est vraiment très intéressant. Notre anganwadi aaya (nourrice) qui a été à l'école lit tous les journaux et raconte aux autres femmes."

 

Au départ, très peu de femmes venaient au centre puis, avec l'augmentation progressive du nombre de membres, des rencontres hebdomadaires ont été mises en place le jeudi. Parmi les membres, certaines travaillent également comme productrices bénévoles à la télévision communautaire Ankuram. Les discussions et les suggestions des lectrices donnent des idées pour produire du contenu d'intérêt local. Les clubs de lecture contribuent à établir des réseaux sociaux et à créer du capital social essentiel pour assurer la durabilité du projet.

 

Article de Veena Yamini, coordonnateur du projet à la Fondation Byrraju, et Srinivas B, chercheur en RAE.




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