09.07.2009 -

Les TIC vont-elles supplanter le modèle d'université traditionnelle ?

Les universités numériques, le défi de l'égalité d'accès et l'empreinte carbone croissante des technologies de l'information et des communications ont été débattus au cours d'une session parallèle de la Conférence mondiale sur l'enseignement supérieur.

« Maintenir le statu quo dans la prestation de l'enseignement supérieur ne va plus être possible en raison de l'explosion de la demande ainsi que des questions d'équité, d'accessibilité économique et de pertinence », a déclaré le Sous-Directeur général pour la communication et l'information de l'UNESCO, Abdul Waheed Khan, en ouvrant la session. « Le système traditionnel ne peut pas résoudre ces difficultés à lui seul. Nous devons nous poser les questions suivantes : les universités d'aujourd'hui vont-elles devenir les dinosaures de demain ? Va-t-il y avoir de profonds changements dans les contenus de l'apprentissage ? Quel est le rôle des étudiants et des enseignants et comment garantir la qualité et la durabilité sur l'Internet ? »

 

 

Didier Oillo, créateur et Directeur de l'Université virtuelle francophone, spécialiste de la fourniture des TIC aux populations défavorisées et marginalisées, a affirmé que la Conférence mondiale sur l'enseignement supérieur de 1998 avait reconnu le potentiel et l'enjeu que représente la technologie.

 

« Depuis, les sociétés du savoir ont considérablement évolué et ont développé leur propre économie et industrie. Elles comptent de nouvelles technologies de l'information et des communications, des sites et des blogs collaboratifs, des plateformes comme Facebook et Twitter, des systèmes de visioconférence et des outils mobiles. Les jeunes maîtrisent déjà ces différentes nouvelles techniques mais ce n'est pas le cas de tous les enseignants ».

 

Il a expliqué que les rôles évoluaient rapidement dans l'environnement d'apprentissage virtuel, les enseignants endossant davantage le rôle de médiateur et les étudiants acquérant un plus grand contrôle sur leur propre apprentissage. Ces nouvelles technologies devraient maintenant servir à intégrer les pays du Sud.

 

Frits Pannakoek, Président de l'Université ouverte d'Athabasca (Canada) et du Conseil international pour l'éducation ouverte et à distance (CIED), a également relevé les nouveautés depuis la conférence de 1998, lorsque le monde numérique des années 1990 n'était pas réellement connecté et que les TIC étaient sous-développées et d'une disponibilité limitée.

 

« Les contenus n'étaient pas accessibles, les cultures autochtones étaient marginalisées sur l'Internet et l'anglais était la langue dominante », a-t-il expliqué. « Aujourd'hui, le monde n'est toujours connecté, mais il a de moins en moins besoin de fil, les TIC sont toujours réparties de manière inégale à travers le monde mais on assiste à des changements positifs tels que le lancement de l'ordinateur à 100 dollars. Les cultures autochtones ont enfin leur place en ligne et elles sont même très présentes au Canada et en Nouvelle-Zélande ».

 

Il a ajouté que l'anglais avait un peu perdu de sa mainmise avec l'affirmation d'autres langues. Néanmoins, on s'interroge encore sur la qualité de l'apprentissage proposé à travers les TIC et sur le fait que les matériels des pays du Nord dominent, ce qui signifie qu'il n'existe pas vraiment de commerce local des ressources éducatives.

 

« Les étudiants de plus de 18 ans réclament un apprentissage basé sur les TIC, si cela n'est pas proposé en tant qu'option, les établissements traditionnels les perdront », a-t-il prévenu.

 

Le Professeur Zheng Deming a présenté le projet chinois d'apprentissage à distance le plus ancien et le mieux implanté : la télévision universitaire de Shanghai (STVU).

 

La STVU a commencé dans les années 1960. Ce projet utilise la télévision pour améliorer l'accès à l'éducation et elle se sert désormais des TIC pour fournir le même service aux 19 millions d'habitants de Shanghai. Afin de s'adapter à la croissance rapide du pays, l'Université a lancé le projet « Transformer la fracture numérique en opportunité numérique ».

 

« En raison du développement du pays, il nous fallait de toute urgence des travailleurs très qualifiés ou il fallait former à nouveau une énorme main-d'œuvre », a expliqué le Professeur Zheng, Président de la STVU. « Nous voulions également nous assurer que les gés puissent avoir accès aux programmes d'apprentissage tout au long de la vie ».

 

Leur campus virtuel propose désormais 8 programmes destinés à différents groupes comprenant des communautés sous-développées et défavorisées, 400 écoles rurales, 4 millions d'immigrants et les personnes âgées. En 2008, la STVU a figuré parmi les lauréats du Prix UNESCO-Roi Hamad Bin Isa Al Khalifa pour l'utilisation des technologies de l'information et de la communication dans l'éducation.

 

Le Professeur Dele Braimoh, titulaire d'une Chaire UNESCO et Directeur de l'Institut pour l'apprentissage libre et à distance de l'Université d'Afrique du Sud (UNISA), a décrit les difficultés auxquelles sont confrontés étudiants et enseignants dans un pays qui souffre de la pauvreté et qui manque d'infrastructures et de compétences dans le domaine des TIC.

 

« Il y a un fossé entre la complexité de la technologie disponible et les connaissances des enseignants et des étudiants. Nous avons 300 000 étudiants et, pour la plupart, ils abordent l'apprentissage libre et à distance sans formation préalable. Quant aux enseignants, ils adoptent trop souvent une position conservatrice à l'égard des nouveaux modes d'enseignement. En outre, certains de nos étudiants sont trop pauvres pour acheter un ordinateur, sont confrontés à un débit Internet limité et à des coupures de courant incessantes ».

 

Les bénéfices des TIC pour l'enseignement supérieur apparaissent clairement car elles ne dépendent pas du lieu et améliorent l'accès de nombreux groupes a déclaré Peter Hopkinson, Directeur de la section de l'éducation en vue du développement durable (EDD) de l'Université de Bradford et responsable du projet de l'Université nommé « Ecoversity » dont le but est d'intégrer l'EDD dans l'institution et dans tous les aspects de l'apprentissage des étudiants.

 

« Il y a quinze ans, je n'avais ni ordinateur, ni Twitter, ni Facebook. Aujourd'hui, les étudiants n'ont pas besoin de se trouver à un endroit particulier pour apprendre, ils peuvent utiliser des podcasts pour les cours magistraux et télécharger des séances d'explication sur leurs portables. Les bibliothèques sont en ligne et il y a de grands centres de données comme Google. Nous devons nous demander si à l'avenir les gens iront encore à l'université dans le sens où on l'entend », a-t-il ajouté.

 

Toutefois, selon lui, l'essor des TIC entraîne à sa suite un impact environnemental énorme. Au Royaume-Uni, l'empreinte carbone des nouvelles technologies devrait bientôt dépasser celle du trafic aérien.

 

Des inquiétudes ont été formulées concernant la perte potentielle de l'interactivité entre les étudiants et les enseignants et entre étudiants que l'enseignement face à face encourage. « Il ne faut pas oublier que le 'C' de TIC signifie 'communication'. L'enseignement ne peut se faire sans communication mais on entend par là la communication entre les personnes au sein d'une classe comme la communication par l'Internet. La communication doit se faire de manière à venir en aide à l'enseignement supérieur » a conclu M. Khan.




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