14.12.2010 -

Une conférence et une exposition de photos pour faire entendre les voix des femmes afghanes

L'exposition de photographies "Des voix qui portent : l'actualité par les femmes afghanes" était organisée au Siège de l'UNESCO, à Paris, pour célébrer la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes (25 novembre). La collection présentée fait le portrait de femmes engagées dans tous les domaines de la vie publique (médias, société civile, politique, arts, éducation...), qui participent activement à la reconstruction d'un pays détruit par des années de luttes fratricides.

L'UNESCO a inauguré l'exposition avec une conférence organisée le 22 novembre. La discussion était modérée par Mogens Schmidt, directeur de la Division de la liberté d'expression, de la démocratie et de la paix de l'UNESCO.

 

Pour Jānis Kārkliņš, sous-directeur général de l'UNESCO pour la communication et l'information, l'exposition ne s'attache pas à donner une image de la fragilité des femmes afghanes mais au contraire à mettre en lumière le rôle central qu'elles jouent pour faire avancer le pays et promouvoir leurs libertés fondamentales. Cette vision rejoint la conception qu'a l'UNESCO de l'égalité des genres : un droit fondamental de la personne humaine, une valeur partagée par tous et une condition nécessaire à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement.

 

Si le nombre de femmes travaillant dans les médias a augmenté dans le monde entier, observe M. Kārkliņš, elles sont encore sous-représentées dans les instances de décision, elles touchent des salaires inférieurs à ceux des hommes et les médias continuent à véhiculer des représentations stéréotypées des femmes. L'UNESCO s'attaque à ces problèmes en intervenant sur différents fronts, par exemple en apportant son soutien à la formation et à la protection des journalistes afghanes, qui sont plus menacées que leurs confrères et subissent des discriminations, des entraves sociales et culturelles du seul fait qu'elles sont des femmes.

 

Mohammad Kacem Fazelly, délégué permanent de l'Afghanistan auprès de l'UNESCO, a rappelé que les femmes avaient mené le combat de la défense des droits de l'homme dans le pays depuis le début du XXe siècle, mais les avancées qu'elles avaient réussi à obtenir ont été sérieusement entamées suite aux conflits qu'a connus la société afghane. La constitution afghane de 1977 reconnaissait explicitement l'égalité entre les hommes et les femmes. Cet article a été repris dans la constitution de 2004, grâce à la mobilisation des femmes, qui ont regagné un peu du terrain perdu pendant toutes ces années. M. Fazelly conclut que l'exemple de l'Afghanistan montre que les femmes, lorsqu'elles arrivent à se faire entendre, peuvent accomplir de grandes choses même dans des circonstances difficiles.

 

C'est pourquoi Khorshied Samad, une des commissaires de l'exposition, pense qu'il est si important de dire ce qu'il se passe de positif en Afghanistan : depuis la fin du régime taliban en 2001, les femmes ont repris le chemin de l'école et du travail, elles dirigent des entreprises et des organisations de la société civile, elles ont plus facilement accès au crédit et à la justice. Il y a des femmes parlementaires et le premier parti politique de défense des droits des femmes a vu le jour en 2009. Très important aussi, des centaines de femmes travaillent aujourd'hui dans le secteur, en plein essor, des médias.

 

Il reste cependant de sérieux problèmes. Il faut en particulier assurer une paix durable, ouvrir plus de débouchés économiques pour les femmes, améliorer l'accès à la santé, éliminer la violence domestique et le mariage des enfants, etc. En conclusion, Mme Samad estime que le combat pour les droits des femmes en Afghanistan n'est pas un rêve utopique, mais peut au contraire être un moyen efficace pour faire avancer le pays dans la voie du développement durable, de la sécurité et de la stabilité démocratique. Par conséquent, il faut poursuivre l'engagement en matière de droits des femmes, non pas parce que c'est "une action nécessaire" mais parce que c'est "l'action juste", conclut-elle.

 

Horia Mosadiq, chercheuse afghane pour Amnesty International, a insisté sur le fait que le drame des violences faites aux femmes n'est pas propre à l'Afghanistan, il s'agit d'un problème pressant dans le monde entier. Elle remarque que, bien qu'il y ait des femmes afghanes parlementaires, celles-ci ne sont pas encore suffisamment protégées. Elle exhorte les autorités nationales et la communauté internationale à redoubler d'efforts pour concrétiser les dispositions constitutionnelles relatives à l'égalité des genres et leur donner une place privilégiée dans les négociations de paix avec les Talibans. Mme Mosadiq souligne que les femmes afghanes ont besoin d'être rassurées quant à l'avenir et qu'il est important d'écouter ce qu'elles ont à dire pour définir les orientations politiques.

 

Humaira Habib, qui dirige une radio communautaire pour femmes en Afghanistan, est la principale protagoniste du documentaire de Valentina Monti Girls on the Air, projeté dans le cadre de la conférence. Pour Mme Habib, la sécurité est le principal obstacle auquel se heurtent les femmes afghanes. Au cours des huit dernières années, les risques liés à l'exercice du métier de journaliste ont augmenté à tel point que beaucoup de femmes abandonnent la carrière de reporter pour des emplois plus sûrs, comme présentatrice par exemple. Très souvent, ce choix n'est pas délibéré, les femmes y sont contraintes par des pressions familiales et des restrictions sociales.

 

Pour conclure, Jane Mc Elhone, l'autre commissaire de l'exposition de photographies, observe que la présence continue des femmes afghanes ces dernières années dans les médias a eu un impact important, malgré tous les problèmes en suspens. Elle remarque qu'aujourd'hui la société afghane considère normal qu'elles aient la possibilité de se faire entendre, contrairement à ce qui se passait il n'y a pas si longtemps et malgré le fait que certains préféreraient qu'elles continuent à se taire.




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