31.05.2012 - UNESCOPRESS

L’insuffisance des ressources scolaires et pédagogiques handicape l’éducation en Afrique subsaharienne

© UNESCO/M. Hofer - Classes surchargées en République démocratique du Congo.

Classes surchargées, enseignants insuffisamment formés ou trop peu nombreux, manuels scolaires en nombre insuffisant, toilettes inexistantes ou sans séparation entre filles et garçons : tel est le lot d’un grand nombre d’élèves du primaire dans l’Afrique subsaharienne. C’est le constat que dresse l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU) dans une étude sur les ressources scolaires et pédagogiques en Afrique subsaharienne*. Or tous ces facteurs nuisent à la réussite scolaire des élèves.

Premier constat de l’enquête réalisée par l’ISU : un élève d’Afrique subsaharienne a tous les risques de se trouver dans une classe surchargée.  La taille des classes dans les écoles primaires publiques peut atteindre jusqu’à 67 élèves au Tchad, contre une moyenne inférieure à 30 dans l’ensemble des pays de l’OCDE. En plus d’être grandes, de nombreuses classes du primaire sont des classes multigrades, c’est-à-dire qui rassemblent plusieurs niveaux. Dans la plupart des cas, ces classes regroupent deux niveaux mais le Cap-Vert, le Congo, la Guinée, Madagascar, le Mali, le Niger et le Tchad font état de classes comprenant trois années d’études ou plus.

Ce sont les premières années qui sont généralement les plus chargées, ce qui est préoccupant lorsqu’on sait que ces années sont cruciales pour l’avenir des élèves.  Ainsi à Madagascar, au Rwanda, au Tchad et au Togo, on trouve en moyenne au moins 20 élèves de plus en première année de primaire qu’en dernière année. Au Tchad, les classes de première année d’études rassemblent en moyenne 85 élèves. « La situation du Tchad est particulièrement préoccupante, note cette étude de l’ISU, car les études ont montré qu’en Afrique, les classes comptant plus de 70 élèves ont un effet négatif sur l’apprentissage des enfants ».

Parallèlement, l’Afrique subsaharienne continue d’être confrontée à une forte demande d’enseignants, liée à l’augmentation régulière du nombre d’élèves et au nombre des enseignants qui chaque année  quittent la profession. Au Burkina Faso, au Niger et au Tchad, le personnel enseignant doit plus que doubler d’ici 2015 pour parvenir à l’Enseignement primaire universel. Pour remplacer les enseignants qui quittent chaque année le système public, plus de deux millions d’enseignants supplémentaires devront être recrutés dans la région afin de faire face à la demande croissante d’éducation. Parmi les 38 pays (sur les 45 que compte la région) qui auront besoin de recruter, cela représente une augmentation égale à 75% du personnel enseignant actuel.

L’étude de l’ISU présente des données sur le nombre d’enseignants ayant suivi une formation initiale. Ces diplômés sont généralement considérés comme pleinement qualifiés. La comparaison entre le nombre d’enseignants ayant reçu une formation initiale accréditée avec l’effectif total du personnel enseignant dans les écoles publiques du primaire permet d’estimer l’efficacité des systèmes d’éducation. Cette efficacité varie considérablement d’un pays à l’autre puisqu’au Togo, les nouveaux diplômés représentent à peine 3% des enseignants alors qu’à Madagascar, le pourcentage atteint 22%. Il atteint plus de 15% en Angola, au Cameroun, au Congo et au Malawi.

Autre constat : le nombre de manuels de lecture et de mathématiques est insuffisant, ce qui contraint les élèves à partager leurs ouvrages. La situation est particulièrement préoccupante en République centrafricaine où il existe en moyenne un manuel de lecture et de mathématiques pour 8 élèves. Au Cameroun on compte en moyenne un manuel de lecture pour 11 élèves et un livre de mathématiques pour 13 enfants.

Par ailleurs, de nombreuses écoles d’Afrique subsaharienne ont peu ou pas accès aux services de base tels que l’eau potable, les toilettes ou l’électricité. L’absence de toilettes propres, sûres et séparées pour les garçons et les filles tend à décourager les enfants, notamment les filles, d’aller à l’école régulièrement. Cette situation est pourtant la règle dans de nombreuses écoles publiques primaires de la région. Le manque est particulièrement criant dans cinq pays : la Côte d’Ivoire, la Guinée équatoriale, Madagascar, le Niger et le Tchad où au moins 60% des écoles sont dépourvues de toilettes. En revanche, les écoles de Maurice et du Rwanda sont bien équipées et les sanitaires ne sont pas mixtes.

Il est à noter que dans la plupart des pays, les écoles sont plus fréquemment équipées de toilettes que de dispositifs d’accès à l’eau potable. Il existe cependant des exceptions à l’image de Maurice et du Rwanda où toutes les écoles ont accès à la fois aux toilettes et à l’eau potable. En Côte d’Ivoire, au Ghana, à Madagascar et au Tchad en revanche, les écoles ont plus fréquemment accès à l’eau qu’à des toilettes. La majorité des écoles primaires ne sont pas reliées au réseau électrique. Au Burkina Faso, au Burundi, au Cameroun, en Gambie, en Guinée, au Malawi, au Niger, en République démocratique du Congo et au Togo, 80% des écoles n’ont pas l’électricité.

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*Cette étude rassemble des données collectées dans 45 pays d’Afrique subsaharienne dans le cadre d’une initiative destinée à mieux répondre aux besoins de la région en matière d’indicateurs et d’analyses sur l’éducation. Elle a été lancée en partenariat avec l’institut panafricain d’éducation pour le développement (IPED) et l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA). Il s’agit de la première étude de ce type. Elle sera mise à jour chaque année.

Plus d’information sur l’étude

Contact média : Agnès Bardon, service de presse de l’UNESCO à Paris

Tel. : +33 (0)1 45 68 17 64, a.bardon(at)unesco.org

Institut de statistique de l’UNESCO à Montréal : Jennifer Morrow

Tel. : +514 343 75 29, j.morrow(at)unesco.org




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