14.12.2013 - ODG

« La liberté d'expression et la sécurité des journalistes sont des piliers des sociétés démocratiques », déclare la Directrice générale de l’UNESCO au Conseil de sécurité des Nations Unies à New York

© UN/PDI - Director General participates in Security Council Arria Event on the Protection of Journalists, 13 December, UN, New York.

« Il est essentiel pour la démocratie et la bonne gouvernance de s'assurer que chaque journaliste peut faire son travail en toute sécurité », a déclaré la Directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova.

Lors de sa visite à New York, Irina Bokova a participé à l'événement informel du Conseil de sécurité sur la protection des journalistes organisé le 13 Décembre par la France et le Guatemala.

Participaient à cet événement Mme Fatou Bensouda, Procureure de la Cour pénale internationale et M. Christophe Deloire, président de Reporters sans frontières, ainsi que M. David Rohde journaliste d’investigation à Thomson Reuters, M. Frank La Rue, Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à la liberté d' expression et d'opinion et Mme Anne -Marie Capomaccio, chef du Bureau de la Radio France International à Washington.

Les débats ont eu lieu devant des membres du Conseil de sécurité, les États membres de l'ONU, des journalistes et des membres de la société civile, animés par S.E M. Gérard Arraud, Ambassadeur de France auprès des Nations Unies.

Toutes les interventions ont unanimement exprimé leur satisfaction suite à l'adoption récente par l'Assemblée générale des Nations Unies de la résolution sur la sécurité des journalistes et la question de l'impunité, le 26 Novembre 2013, qui représente une avancée majeure depuis de la résolution 1738 sur la protection des journalistes dans les conflits armés adoptée en 2006. Les États membres ont également fait l'éloge de l'Assemblée générale pour sa décision de déclarer le 2 novembre Journée internationale pour mettre fin à l'impunité pour les crimes contre les journalistes - en mémoire des deux journalistes français enlevés et assassinés dans la région de Kidal, au Mali , le 2 novembre 2013.

Les Etats participants ont fait le point et partagé leurs expériences sur la situation des attaques envers les professionnels de l'information, à la fois dans les situations de conflit et en temps de paix.

Les débats ont souligné qu'il est primordial que les gouvernements nationaux assurent la protection et la sécurité des journalistes dans la conduite de leurs activités d'information et d'enquête. L'approche préventive déployée par la Cour pénale internationale, déployée dans les travaux et enquêtes menées dans un certain nombre de pays en conflit, a été signalée comme un moyen utile de développer un système d'alerte précoce pour lutter contre les violations et lutter contre l'impunité, ainsi que pour élaborer des mesures appropriées de sécurité des journalistes et des professionnels des médias dans les pays touchés par un conflit.

Les différents orateurs ont souligné les défis croissants pour les journalistes qui opèrent dans des conditions difficiles et des situations dangereuses, que ce soit dans les situations de conflits armés ou non, et pour les gouvernements qui doivent garantir un environnement libre et sûr pour les journalistes.

Le journaliste d'investigation David Rohde a déclaré que "l’assassinat et l’enlèvement sont les forme ultimes de la censure ", tout en soulevant la question de la violence et l'intimidation systématiques des journalistes locaux et des professionnels des médias.

La couverture des conflits comme moyen d'établir un dialogue entre les communautés belligérantes a également été examinée par Reporters sans frontières dans le cadre de l'évolution du journalisme. La question de savoir si les crimes contre les journalistes et les professionnels des médias doivent faire l'objet de mesures et de peines judiciaires spéciales a été également examinée dans la lutte contre l'impunité, en soulignant que les rapports sur les violations des droits humains et des rapports périodiques pourraient s’avérer insuffisant compte tenu de l'augmentation des attaques contre les journalistes.

Les interventions ont également porté sur le rôle crucial de la volonté politique et du développement du système judiciaire comme éléments fondamentaux de la protection effective des journalistes et de la lutte contre l'impunité, se référant à l'importance primordiale de ces deux aspects dans le suivi de la mise en œuvre du plan global d'action de l’ONU sur la sécurité des journalistes et la question de l'impunité, approuvé par le Conseil des chefs de secrétariat des Nations Unies en avril 2012.

Irina Bokova a exprimé " la nécessité d'agir à plusieurs niveaux, de la collecte de données et des preuves de violence contre les journalistes, y compris via des indicateurs de genre pour l’analyse des violences envers les femmes journalistes, jusqu’à la sensibilisation mondiale et le renforcement du travail collectif de l'Organisation des Nations Unies par le biais le plan global d’action sur la sécurité des journalistes et la question de l'impunité, coordonné par l’UNESCO. »

En ce qui concerne la mise en œuvre effective du Plan d'action des Nations Unies, l'accent a été mis sur la formation des journalistes, propriétaires de médias, des forces de sécurité et du système judiciaire ainsi que sur l'élaboration de normes pour la protection des journalistes, et le rôle clé des associations de médias à cet égard.

Tous les participants ont exprimé l'importance d'un tel événement ouvert dans le cadre du Conseil de sécurité, soulignant que les attaques croissantes contre les journalistes devraient conduire le Conseil de sécurité à assurer un suivi systématique de la question dans son ordre du jour. La nécessité d’une plus grande vigilance et de la sensibilisation et de l'éducation constante sur cette question ont été fortement soulignées. La responsabilité des acteurs non étatiques dans les crimes contre les journalistes et les travailleurs des médias a été identifié par de nombreux intervenants comme un défi croissant pour les gouvernements dans des situations de conflit et de troubles civils.

Dans le même contexte, «le recours croissant aux techniques de terreur" inspirées du terrorisme et des groupes terroristes a été souligné comme une nouvelle tendance à la hausse des conflits, brouillant les distinctions entre les belligérants de nature différente - y compris les acteurs non étatiques – les journalistes indépendants et les reporters de guerre. La nécessité d'une évaluation de la menace sous la forme d'une analyse de sûreté et de sécurité a été soulignée dans ce contexte, afin de mieux définir l’équilibre entre sûreté et sécurité.

Dans la même perspective, la question de l'évolution du statut des journalistes a été exprimée comme un défi pour les États face à l'émergence de blogueurs et de journalistes indépendants, et la difficulté d'obtenir des données précises à cet égard.

Dans la même veine, les journalistes présents ont souligné que le problème ne réside pas nécessairement dans les évolutions de la profession de journaliste mais plutôt dans les mutations au fil des années de l’environnement dans lequel ceux-ci opèrent.

Les progrès réalisés dans un certain nombre de pays a été présenté lors de la réunion, y compris via le partage d'expériences de pays comme la Tunisie, le Guatemala, le Honduras, la Colombie, le Mexique et le Brésil. Dans cet esprit, la nécessité d'accompagner les pays en transition démocratique à élaborer des cadres et la formation nécessaires pour assurer un environnement propice à la sécurité et la protection des journalistes a été particulièrement soulignée. La volonté exprimée par le Brésil d’assurer la formation des magistrats sur des questions de liberté d'expression, ainsi que de développer la recherche en utilisant les indicateurs de sécurité des journalistes, qui viennent d’être mis au point par l'UNESCO, pour établir des données de référence, a également été soulignée.

La Directrice générale a également eu un déjeuner consacré au programme et budget récemment adopté par l'UNESCO pour les deux prochaines années avec des journalistes de divers journaux et agences de presse, parmi lesquels le New York Times, CBS, Associated Press, The Washington Post, Reuters, AFP, le Wall Street Journal, XINHUA , The Huffington Post et Al Jazeera Amérique.




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