11.06.2007 -

Quyaash: une radio féminine, libre qui va durer

Le cybercafé de Radio Quyaash contribue au renforcement des capacités des femmes afghanes en matière de TIC et de médias.

Début 2007, Radio Quyaash s'est connectée au web grâce une demande approuvée par le Programme international de l'UNESCO pour le développement de la communication (PIDC) et financée avec le concours d'Andorre et de la France. Parmi les autres projets du PIDC en Afghanistan, citons le soutien apporté à la radio Voice of Afghan Women et au journal Kabul Weekly.

 

Le cybercafé permet l'accès en ligne à la station et fournit une source de revenus pour soutenir la croissance à long terme de la radio. La durabilité des projets de communication locaux est un problème majeur, notamment en Afghanistan où les fonds manquent pour financer le développement des médias. Le cybercafé est équipé de dix ordinateurs installés dans deux salles séparées pour les hommes et pour les femmes. La subvention de l'UNESCO comprend également un volet destiné au financement de la formation à la navigation et à la recherche sur Internet. Les professionnels des médias ont besoin d'acquérir ces compétences pour pouvoir vérifier les faits et offrir une information aussi fiable que possible.

 

En apportant son soutien au cybercafé de Radio Quyaash, l'UNESCO souhaite contribuer à améliorer l'accès à l'information des habitants de Maïmana, et à renforcer les capacités et l'assurance des utilisateurs, en particulier des femmes, qui découvrent les technologies de l'information et de la communication.

 

Radio Quyaash ("soleil" en ouzbek), qui couvre une superficie de 50 km², a été créée en octobre 2004 avec le soutien de l'IMPACS (Institute for Media, Policy and Civil Society) et Internews. Aujourd'hui, 19 femmes, dont 7 bénévoles, travaillent à la radio qui émet onze heures et demie par jour.

 

Radio Quyaash diffuse une émission juridique ("Miroir des femmes"), qui traite de problèmes tels que le mariage forcé, le mariage des enfants et la violence familiale. Rona Shirzai, directrice de la radio, explique que les auditeurs envoient entre 10 et 15 lettres par semaine pour demander des conseils ou remercier les producteurs. Mais lorsque l'émission a démarré, la radio recevait près de 200 lettres par semaine. Et Rona de conclure : "Nous constatons que notre émission a aidé les gens à résoudre leurs problèmes familiaux."

 

Le pari n'était pas gagné d'avance, reconnaît Rona. "Les gens refusaient de nous parler, les femmes comme les hommes. Ils avaient des préjugés : le journalisme est ‘sale' et les ‘femmes honnêtes' ne peuvent pas être journalistes." Les femmes ont persévéré et réussi à installer progressivement un climat de confiance au sein de la communauté, en faisant voir aux gens que la radio traitait de leurs problèmes et favorisait le développement de la communauté.

 

Les femmes ont également rencontré des problèmes au sein de leur famille, explique Suhaila Saleemi, enseignante dans une école de filles. "Un jour, une dame étrangère est venue à l'école et nous a parlé de la création d'une radio de femmes à Maïmana. Mes collègues m'ont poussée à y participer et j'ai suivi, avec 69 autres femmes, une formation de trois mois mise en place par l'organisation de la dame en question. Six femmes ont été retenues et on m'a proposé de devenir directrice."

 

Quand Suhaila a annoncé la nouvelle à son mari et à sa famille, ils l'ont si mal pris qu'elle a décliné l'offre. Elle a néanmoins continué à travailler à la radio en tant que bénévole. C'est elle qui a présenté la première émission diffusée sur Radio Quyaash. Après l'émission, elle craignait les réactions de sa famille. "Quand ils ont compris que c'était moi qui passait à la radio, ça a provoqué beaucoup de tensions à la maison. Je me suis disputée avec mon mari, mon fils m'a dit qu'il était gêné d'entendre ma voix en public et ma mère m'a demandé de choisir entre elle et la radio." Suhaila n'a pas baissé les bras. Bien que sa famille désapprouve son choix, ils n'essaient plus de l'empêcher de travailler à la radio.

 

L'histoire de Suhaila n'a rien d'exceptionnel. Si l'Afghanistan a connu beaucoup d'évolutions depuis la chute du régime des talibans et si les femmes ont désormais le droit de se montrer et de s'exprimer en public, les traditions ne changent pas du jour au lendemain. Un hommage a été rendu au courage des femmes journalistes afghanes le 3 mai dernier, Journée mondiale de la liberté de la presse, au cours d'une manifestation organisée par les syndicats de journalistes afghans avec le soutien de l'UNESCO, de l'UNIFEM, du PNUD, de la MANUA et d'Internews.

 

Les contraintes auxquelles sont confrontées les femmes journalistes constituent une entrave à la liberté d'information de la radio. Non seulement les journalistes ne peuvent pas faire correctement leur métier, mais les médias subissent aussi d'énormes pressions politiques de la part des autorités locales et des responsables communautaires, qui tentent d'influencer le contenu diffusé. Et il n'existe pas de structures institutionnelles appropriées pour s'attaquer à ces problèmes.

 

Selon le conseiller régional de l'UNESCO pour les médias, Jacky Sutton : "Aujourd'hui, les professionnels des médias afghans doivent défricher le terrain juridique et institutionnel pour clarifier leurs droits et responsabilités. Le défi est double pour les femmes : elles doivent affirmer leur crédibilité en tant que journalistes mais aussi en tant que femmes au sein de la profession."




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