16.07.2012 - Secteur de la Communication et de l'information

De nouveaux pas vers la démocratie et la presse libre au Libéria

Luisa Handem Piette, consultante pour l’UNESCO à Monrovia, estime que le développement de la liberté de la presse repose fondamentalement sur des médias dont la durabilité est assurée. Elle travaille au sein du projet de l’UNESCO financé par le gouvernement danois. - © UNESCO

La liberté d’information est un élément indispensable pour l’instauration d’une démocratie, la reconstruction et la consolidation de la paix dans les sociétés post-conflit. L’information permet aux citoyens de juger les actions de ceux qui les gouvernent et d’être en mesure de faire des choix plus judicieux pour l’amélioration de leur condition. Le projet de l’UNESCO financé par DANIDA, en cours de mise en œuvre sur la période 2011-2012, a pour objectif le renforcement de la liberté d’information dans les pays de l’Union du fleuve Mano (Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone et Guinée), fragilisés après une décennie de violents conflits et de trouble civil et politique.

L’UNESCO souhaite s’associer aux pays de la région dans leurs efforts pour inscrire une stabilité durable dans le cadre d’une gouvernance démocratique après les périodes de trouble. En premier lieu, cela signifie assainir l’environnement médiatique, le rendre plus juste, responsabiliser ses acteurs pour une meilleure transparence.

Le Libéria a été choisi pour être le pays pilote de ce projet. En 2005, le pays élit un gouvernement de renouveau, qui semble apte à panser les plaies d’une nation meurtrie par quinze années de guerre civile et de sang. Au cours du premier mandat du gouvernement Sirleaf, des améliorations ont pu être constatées en ce qui concerne la liberté de la presse au Libéria, explique Luisa Handem Piette, consultante pour l’UNESCO à Monrovia.

Membre du Knight International Journalism Fellowship,  programme phare de l’ICFJ (Centre international pour les journalistes), Handem Piette est mandatée au Libéria par l’UNESCO jusqu’en août 2012. Elle nous a fait part des avancées concrètes qui ont eu lieu dans le pays en quelques années, ainsi que des défis à venir : « Le Freedom of Information Act (FOI), ou loi sur la liberté d’information, voté en 2010, est un véritable symbole pour le peuple libérien. Le Libéria est le premier pays d’Afrique de l’Ouest à avoir adopté une telle législation ; parmi les 56 pays que compte l’Afrique sub-saharienne, seuls quatre sont dotés d’une législation sur la liberté d’information, et le Libéria en fait partie. » La loi FOI garantit le libre accès à l’information détenue par l’administration publique, tout comme elle marque le début d’une nouvelle ère pour la liberté de la presse au Libéria.

Handem Piette fait également l’éloge du travail accompli par Lewis Brown, Ministre libérien de l’information, afin de faire progresser la liberté de la presse dans son pays. « A l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai 2012 à Monrovia, M. Brown a annoncé la dépénalisation de la diffamation dans le pays. C’est une avancée remarquable quand on connaît le nombre de poursuites qu’ont dû essuyer les journalistes par le passé, poursuites qui  se traduisaient par de lourdes sanctions financières  en cas d’opposition au gouvernement et qui ont imposé un climat d’autocensure. Cette annonce, gage de bonne volonté, rassure les journalistes qui ne seront plus sous le coup de poursuites judiciaires lorsqu’ils voudront simplement dire la vérité. »

Le développement de la liberté de la presse repose fondamentalement sur des médias dont la durabilité est assurée.

Pendant des années, les médiaux locaux ont été principalement soutenus par les Nations unies, les ONG internationales et le gouvernement libérien. Le projet pilote lancé par l’UNESCO au Libéria vise à bouleverser un ordre établi vu comme un frein au foisonnement et à la prospérité des médias. « Le secteur a longtemps choisi de ne pas investir dans des médias considérés comme étant de mauvaise qualité », déclare Handem Piette. « L’UNESCO a mis en place une série de mesures dont le but est de changer cette vision des médias pour inverser la tendance. Nous cherchons à ce que les investisseurs libériens prennent conscience de tout le potentiel dont regorgent les médias du pays. »

Entre l’automne 2011 et l’été 2012, l’UNESCO a contribué à la création d’entreprises dédiées à l’activité médiatique et d’ateliers de développement des compétences, auxquels ont pris part une sélection d’acteurs de la scène médiatique du Libéria. Ces résultats sont à mettre au crédit de trois organisations partenaires de l’UNESCO : le Liberia Media Centre (LMC), le Centre d’étude des médias et de renforcement de la paix (CEMESP) et le Centre international pour les journalistes (ICFJ) de Washington. Sur le terrain, l’UNESCO s’est associée trois grandes stations de radio : le Système de Radio Télévision du Libéria (LBS), Sky FM et la Radio pour la démocratie des femmes au Libéria (LWDR), et cinq grandes enseignes de la presse écrite : le Daily Observer, Inquirer, et Public Agenda and Heritage. Les médias sélectionnés comptent parmi les plus suivis à travers le pays et ceux dont l’influence est par conséquent plus grande, et/ou ceux qui sont le plus susceptibles de parvenir à l’autosuffisance et d’attirer des revenus.

De plus, en novembre 2011 le programme  d’échange sur les médias, l’économie et la durabilité a vu le jour. Issu de la collaboration de l’UNESCO et de l’ICFJ en coopération avec IREX et SPARK, il rassemble chaque mois une trentaine de chefs d’entreprises locaux, de propriétaires de groupes médiatiques et de journalistes afin d’envisager un accroissement des investissements privés dans les médias libériens. Parmi les résultats les plus visibles, citons la plateforme de publicité en ligne lancée en novembre 2011 par Heritage. Dès son apparation, les revenus publicitaires du journal ont connu une augmentation de 25% par rapport au trimestre précédent. « Cette expérience est une franche réussite, car c’est la première fois qu’un groupe médiatique libérien met en place une campagne de publicité en ligne », analyse Handem Piette. « Auparavant, les journaux n’offraient à voir que des logos statiques en guise de publicité, il n’y avait pas de liens interactifs. Le modèle économique d’Heritage est révolutionnaire, une véritable source d’inspiration pour les médias au Libéria. »

Les activités de l’UNESCO au Libéria, dont les résultats sont pleins de promesse depuis l’application du projet de renforcement de la liberté d’information dans les États de l’Union du fleuve Mano, financé par le gouvernement danois, rendent plus facile la mise en place d’initiatives pilotes susceptibles d’être par la suite étendues aux pays de la région. « Ce qu’il y a de bien, c’est qu’entre le Libéria, la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone et la Guinée, chaque pays peut s’inspirer des expériences de ses voisins, voir quelles législations y sont en vigueur et sonder les environnements médiatiques pour mettre en place leur propre paysage médiatique. Une avancée plus que bienvenue », conclut Handem Piette.




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