30.03.2010 -

L'UNESCO appelle les organisations de femmes à participer à la promotion de la liberté d'information en Afrique

Dans le cadre des célébrations de la Journée internationale de la femme, l'UNESCO a organisé une table ronde à Paris le 16 mars 2010. Les intervenants ont discuté du rôle majeur que la liberté d'information pouvait jouer dans la promotion des droits et de l'autonomisation des femmes en Afrique. Cette rencontre a également servi au lancement officiel d'un manuel de référence publié par le Réseau des femmes africaines pour le développement et la communication (FEMNET), avec le concours de l'UNESCO.

Intitulé Liberté d'information et droits de la femme en Afrique, cet ouvrage compile des études de cas de cinq pays africains : Cameroun, Ghana, Kenya, Afrique du Sud et Zambie. Il constitue la première étape d'une initiative plus large visant à encourager la participation des femmes dans l'élaboration, l'adoption et l'application de lois sur la liberté d'information dans la région.

 

Deux des chercheuses ayant contribué à l'ouvrage sont intervenues dans le cadre de la table ronde : Carlyn Hambuba (FEMNET) du Kenya, pays qui n'a pas promulgué de loi sur la liberté d'information, et Chantal Kisoon (Commission sud-africaine des droits de l'homme), qui a pris part à l'élaboration de la loi sur la promotion de l'accès à l'information adoptée par l'Afrique du Sud en 2000.

 

Dans leur discours d'ouverture, les représentants de l'UNESCO Gulser Corat et Wijayananda Jayaweera ont souligné que le manuel de référence abordait des thèmes fondamentaux, liés de manière intrinsèque aux priorités mondiales de l'UNESCO (l'égalité des sexes et l'Afrique) ainsi qu'au mandat de l'Organisation, qui consiste à promouvoir la liberté d'expression. Konji Sebati, délégué permanent de l'Afrique du Sud auprès de l'UNESCO, a affirmé qu'il voyait la liberté d'information comme un droit fondamental et essentiel à la gouvernance démocratique, à l'autonomisation, au développement socio-économique, à la compréhension géopolitique et à la tolérance. « Il ne sera pas possible de satisfaire les besoins prioritaires en Afrique sans la participation des femmes du continent. Et si l'information fait défaut, comment pourront-elles participer ? », a-t-il ajouté.

 

Les panélistes africains réunis autour de la table ronde ont exprimé leur inquiétude face à la faible participation des organisations de femmes dans les processus visant à promouvoir la liberté d'information dans la région, alors que ces associations pourraient agir plus efficacement si l'information circulait mieux. Les intervenants ont montré que les organisations de femmes participeraient davantage si elles étaient sensibilisées sur la liberté d'information et ses bénéfices en termes socio-économiques. Les participants ont également mentionné d'autres difficultés, notamment les doutes quant à l'exactitude des données communiquées par les gouvernements, la complexité de la législation sur la liberté d'information et l'incapacité à la promouvoir au niveau local.

 

Dans le cas de l'Afrique, il faut également prendre en compte le fait que les organisations de femmes, qui ont participé activement à l'abolition de l'apartheid, peuvent percevoir la demande d'accès à l'information comme un acte d'opposition envers un gouvernement qu'elles ont aidé à mettre au pouvoir. Les panélistes ont par ailleurs souligné la nécessité d'établir des structures de protection pour les professionnels qui diffusent l'information et de la véhiculer dans une langue compréhensible par toutes les couches de la population.

 

Les intervenants ont convenu qu'en améliorant l'information, les médias pouvaient jouer un rôle crucial dans le développement des droits des femmes, mais qu'il ne fallait pas en conclure pour autant que le droit de savoir passait uniquement par la presse. Les professionnels des médias doivent se tenir au courant de la question des droits des femmes et des instruments internationaux conçus pour les garantir afin de pouvoir jouer leur rôle à part entière. Parmi les autres sujets abordés, on peut citer l'importance de la formation continue, la promotion du leadership des femmes et d'un environnement de travail répondant au principe d'égalité des sexes, les syndicats de journalistes, les associations professionnelles ou l'établissement dans les organes de presses de politiques et de programmes en faveur de l'égalité des sexes qui soient bien définis, suivis et évalués. Les intervenants ont également souligné qu'il était important d'encourager les professionnels des médias à éviter tout stéréotype dans les portraits qu'ils font des femmes.

 

En Inde, la législation sur la liberté d'information a vu le jour car les militants de base, conscients que le droit de savoir facilitait l'accès à tous les autres droits, ont exigé une responsabilité politique. Les femmes ont participé activement à la lutte menée pour le Right to Information Act, une loi adoptée en 2005. L'expérience de l'Inde montre qu'il est essentiel de continuer le combat une fois les lois promulguées pour en garantir l'application effective. Aruna Roy a encouragé les femmes à participer à ce type d'actions. Elle a également suggéré aux panélistes africains de parler aux femmes de la démocratie, du pluralisme et des problèmes qu'elles rencontrent, tant au niveau de la discrimination sexuelle que de l'appartenance religieuse ou de la pauvreté. Il est nécessaire de comprendre les divisions qui existent entre les femmes elles-mêmes et de réfléchir à la meilleure façon qu'elles ont d'agir ensemble et de travailler sur les relations qu'elles entretiennent les unes avec les autres.

 

Le manuel de référence Liberté d'information et droits de la femme en Afrique constitue le début d'un projet durable. L'UNESCO, faisant le bilan des idées ayant émergé de ces débats, prévoit de continuer à collaborer avec FEMNET pour diffuser ses ouvrages, mais aussi pour créer et mettre en &uvre d'autres activités de suivi.




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