08.03.2003 -

La femme est très peu représentée dans les médias d'Afrique australe

En Afrique australe, on accorde très peu de place au point de vue des femmes dans les médias, et celui-ci est quasiment absent quand l'information aborde certains sujets, tels que la politique, l'économie, le sport et l'agriculture. On donne la parole à des femmes journalistes plutôt qu'à des hommes quand l'information a trait au corps, à la maison et à la beauté.

C'est à la télévision qu'elles trouvent les meilleures opportunités professionnelles - essentiellement en tant que présentatrices -, mais elles n'y exercent que pour une durée limitée, car dans cette partie du monde il n'est pas courant de voir travailler des femmes de plus de cinquante ans, ni dans la presse audiovisuelle ni dans la presse écrite.

 

Voilà quelques-unes des conclusions de l'étude Southern African Gender and Media Baseline Study. Here is the News: Where are the women? Where are the men?", une étude réalisée par le Media Institute of Southern Africa (MISA) et l'ONG Gender Links (GL), et qui a bénéficié d'un soutien financier de l'UNESCO. Elle sera rendue publique au Johannesburg Visitors Resource Centre le 7 mars prochain, à la veille de la Journée internationale de la femme. Cette étude analyse 25 100 informations diffusées au cours du mois de septembre 2002 par 116 médias de douze pays d'Afrique australe : l'Afrique du Sud, l'Angola, le Botswana, le Lesotho, le Malawi, l'île Maurice, le Mozambique, la Namibie, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe.

 

Bien que dans cette région les femmes représentent plus de la moitié de la population, elles ne sont à la source que de 17% des informations ; ce qui signifie que les témoignages, opinions et points de vue des femmes sont fortement sous-représentés. Ce chiffre est légèrement inférieur à celui de 18 % obtenu en 2000 par le Global Media Monitoring Project (GMMP) lors d'une étude intitulée Who makes the news (Qui élabore l'information ?), au cours de laquelle cet organisme avait analysé 16 000 informations diffusées dans 70 pays au cours d'une journée (voir tableau comparatif).

 

La participation des femmes dans la presse écrite est faible : seuls 22 % des journalistes qui rédigent l'information sont des femmes. En réalité, le seul média où les femmes sont présentes presque à égalité avec les hommes, et où l'on peut donc parler de parité, est celui de présentateur à la télévision. Mais même dans l'exercice de ce dernier métier, les hommes sont majoritaires dans tous les pays étudiés, excepté en Angola, au Swaziland et en Zambie. C'est la télévision qui, en général, emploie le plus de femmes, surtout des jeunes ayant entre 20 et 34 ans. En Zambie, par exemple, 63 % des reporters employés par la télévision sont des femmes. Mais, selon les auteurs de l'étude, la raison principale de leur réussite réside dans leur apparence physique plus que dans leur savoir-faire.

 

L'exercice du pouvoir - gouvernement, parlement - lui-même ne suffit pas à faire entendre davantage la voix des femmes dans les médias. Bien que dans la région elles constituent en moyenne 18 % des membres du parlement, elles ne sont à la source que de 6 % des informations politiques. La disproportion est encore plus importante en Afrique du Sud, où 31 % des parlementaires et des membres du gouvernement sont des femmes et où, malgré cela, elles ne représentent que 8 % des politiciens cités dans les médias.

 

Sur certains sujets, les points de vue féminins prédominent : il s'agit des concours de beauté, de la prostitution et de tout ce qui concerne la maison. Sur d'autres, tels que l'agriculture, un domaine où les femmes exécutent la plus grande partie du travail, ce sont paradoxalement les hommes qui s'expriment le plus. A l'île Maurice, par exemple - le « petit tigre » de l'Afrique australe qui ne connaît pas le chômage et où les femmes en tant que force de travail ont joué un rôle crucial dans le développement économique -, les hommes sont à la source de 92 % de l'information économique.

 

Parmi les 25 100 informations analysées, presque un quart avait pour thème la politique et l'économie, 20 % le sport, et 2 % seulement - dont la moitié traitaient d'actes de violence - concernaient de façon spécifique les questions de genre.

 

Dans la plupart des pays du sud du continent africain, les femmes sont d'abord identifiées comme épouses, sœurs ou mères que les hommes sont rarement qualifiés d'époux, frères ou pères. Quand leur travail les met sur la scène pu, les hommes peuvent préserver leur vie privée ; les femmes, au contraire, vivent une tension entre vie privée et vie publique, et l'on attend toujours d'elles qu'elles fassent état de leur identité privée.

 

L'expérience démontre que la parité entre les sexes ne se réalise pas toute seule. C'est pourquoi le but qui sous-tend l'étude du MISA et du GL est précisément de lancer une campagne pour garantir que les voix des femmes et des hommes peuvent se faire également entendre dans les médias sur tous les sujets.

 

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(*)"Southern African Gender and Media Baseline Study. Here is the News: Where are the women? Where are the men?", publié par le Media Institute of Southern Africa (MISA) et Gender Links (GL). Johannesburg, mars 2003, 78 pages.




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