Diversité linguistique sur Internet : un aperçu

La diversité linguistique peut en soi faire l'objet de différentes interprétations. La difficulté de mesurer l'utilisation des langues sur Internet est dûe, malgré la myriade de plates-formes des TIC, à cause d'une pénurie de réglementation et d'une croissance phénoménale. Le domaine des indicateurs d'Internet a été en grande partie pris en charge par les entreprises commerciales et il existe un besoin pour des analyses universitaires de grande qualité.

Les compagnies de télécommunications qui profitent de la demande pour des services de technologie et de communication se doivent de garder à l’esprit qu’ils possèdent une responsabilité spéciale en ce qui concerne la diversité linguistique des pays dont ils desservent les marchés. Les sociétés actives dans les domaines du matériel et des logiciels informatiques exercent une influence de même type sur la mise en place linguistique d’Internet, en produisant des ordinateurs qui disposent de claviers, de présentations et de systèmes d’exploitation qui favorisent certaines langues en particulier.

Les gestes posés par les sociétés informatiques tournées essentiellement vers la concurrence pour la domination du marché ont des effets nuisibles sur le climat de l’informatique multilingue et de la diversité linguistique en ligne. Dans de telles circonstances, la prise de conscience ethnolinguistique des compagnies de télécommunications, des sociétés informatiques et des autorités qui régissent Internet ne commencera à s’étendre que si une masse critique de groupes ethnolinguistiques sous-représentés puisse retenir leur attention. Par conséquent, l’enjeu général des biais linguistiques émergents exige une surveillance étroite à l’échelle mondiale, régionale et locale.

La mesure des langues sur Internet peut être utilisée à titre de paradigme pour de nombreux enjeux relatifs à la mesure du contenu. Mais, à proprement parler, si nous ne pouvons pas mesurer cette dimension apparemment simple du contenu d’un site Web, que pouvons-nous mesurer au juste ?

Il nous faut opter pour la mise au point d’indicateurs plus intelligents. Le fait de mesurer la présence des langues sur un nombre global de pages Web suscite de plus en plus de défi s à cause de l’ampleur même de leur contenu, et la présence d’une page sur le Web ne signifie pas pour autant qu’elle soit utilisée ou même qu’elle soit « visitée ». Si nous voulons vraiment mesurer l’impact de la société de l’information, nous avons besoin de statistiques sur les modalités d’utilisation d’Internet et sur ses utilisateurs. À cet égard, les pages Web se présentent tout simplement comme des mesures visant l’offre, dans toute sa diversité ou homogénéité linguistique, et pas nécessairement comme un outil de réflexion de l’utilisation et de la demande.

Dans un marché d’offre excédentaire de pages Web, par exemple en anglais, qui offrent une variété de services, il est possible que de nombreux sites médiocres ne reçoivent que peu ou pas de visiteurs. Il est aussi de notoriété publique que, pendant des années, de nombreux sites Internet ne sont pas mis à jour ou demeurent tels quels.

D’un point de vue économique, la Toile présente certains aspects d’un marché libre et un certain nombre d’échecs du marché. Les sites Web sont élaborés pour répondre aux besoins d’un auditoire particulier. Si l’accès à Internet est peu développé sur le marché intérieur, les sites Web commerciaux seront conçus en fonction d’un marché étranger extérieur et, par conséquent, seront écrits dans une langue internationale comme l’anglais. D’autre part, une faible utilisation d’un site Internet ainsi que les coûts peu élevés d’entretien de sites Web signifient qu’ils peuvent continuer d’exister et d’être enregistrés auprès de moteurs de recherche bien après la dernière visite d’un utilisateur éventuel. D’un point de vue idéal, il nous faut une analyse de sites « utiles » et des visiteurs qui les fréquentent.

Même en tenant compte des limites des présentes études, ces dernières révèlent à quel point les statistiques sur le pourcentage des personnes qui possèdent un ordinateur ou sur le nombre d’abonnements à Internet (deux indicateurs des Objectifs de développement du millénaire) sont peu révélateurs sur les changements fondamentaux en matière d’échange d’information auxquels a donné lieu la société de l’information. Si nous mettons de côté les arguments à l’appui ou à l’encontre de la domination de la langue anglaise, nous pouvons constater dans ce volume la rapide expansion de l’utilisation d’Internet en Asie et, conséquemment, la croissance des sites Web en langues asiatiques et, dans la foulée de l’expansion du Web, les modalités de rapprochement des communautés « néolatines » afin d’examiner la place qu’elles occupent dans une société du savoir mondiale. Il est important de souligner que l’univers numérique fournit un environnement porteur à autant de langues que possible. Cela pourrait assurer une véritable inclusion linguistique numérique.

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