La sûreté des journalistes, garantie par les textes, reste menacée dans les faits

© Q. Sakamaki, The Villager

Les journalistes font-ils un métier de plus en plus risqué ? Alors que le droit d’informer est régulièrement réaffirmé par les instances internationales, et que les organisations qui représentent les professionnels de la presse n’ont jamais été aussi nombreuses, le nombre de journalistes pris pour cible ne cesse d’augmenter.

Selon la Fédération internationale des journalistes (FIJ), l'année 2009, qui aura été « l'une des plus sanglantes pour les journalistes, clôture une décennie qui a meurtri le journalisme et qui a enregistré un nombre record d'assassinats de professionnels des médias ».

L’an dernier, l’UNESCO a dénoncé 78 assassinats, ce qui constitue un record depuis que l’Organisation a entrepris de protester systématiquement après chaque meurtre de journalistes en 1997. Dans son dernier rapportipdc2010 safety of journalists report, le Programme international pour le développement de la communication de l'UNESCO (PIDC) constate que « dans la plupart des cas, l’impunité se met en travers du chemin de la justice », ce qui « représente une menace sévère à la liberté d’expression ».

Pourtant, jamais les garanties offertes par le droit international n’ont été aussi universellement reconnues. « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit », affirme l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’ONU en 1948.

Une résolution du Conseil de sécurité de 2006 « condamne les attaques délibérément perpétrées contre des journalistes » (résolution 1738 sur la protection des civils dans les conflits armés). Elle rappelle que ceux-ci « doivent être considérés comme des personnes civiles », à condition qu’ils n’entreprennent aucune action contraire à ce statut.

En 2007, lors d’une conférence en Colombie sur la liberté de la presse, l’UNESCO adoptait la Déclaration de Medellin. Celle-ci réaffirme que « la liberté de la presse ne peut être exercée que si les professionnels des médias sont à l’abri des intimidations, des pressions et de la coercition ». Ce texte demande aux Etats membres « de s’acquitter de l’obligation qui leur est faite de prévenir les crimes contre des journalistes (…) d’enquêter à leur sujet, de les sanctionner ». Dix ans plus tôt, en 1997, l’UNESCO avait déjà adoptée un texte sur l’obligation de prévenir les crimes contre des journalistes (résolution 29).

Outre ces protections juridiques, des organisations de la société civile se sont donné pour tâche de prendre la défense des professionnels des médias. Reporters sans frontières (RSF) édite un Guide pratique du journaliste qui donne notamment des conseils pour affronter une situation post-traumatique. La Fédération internationale des journalistes (FIJ) a édité un manuel de sécurité et mis en place un « Fonds d’entraide » en faveur des journalistes menacés. Quant à l’International News Safety Institute (INSI), il développe des programmes de sécurité pour les médias. RSF fait de même en organisant des stages avec l’armée française au cours desquels sont simulées des conditions de reportage en situation de guerre.

Ces formations, si elles sont incontestablement utiles aux reporters de guerre n’aident guère malheureusement les journalistes menacés pour leurs écrits, particulièrement ceux s’intéressant aux affaires de corruption ou mettant en cause un pouvoir politique rétif à la critique. Or, ce sont ces journalistes couvrant l’actualité locale de leur pays ou de leur région, et non pas les « grands reporters » de guerre, qui constituent la grande majorité des victimes, constate le PIDC. C’est la raison pour laquelle, les organisations de défense de la liberté de la presse militent pour que les Etats où des journalistes sont régulièrement pris pour cible s’engagent concrètement à mettre fin à l’impunité.

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