Gros plan sur le patrimoine de la Mémoire du monde : la réforme de l’enseignement en Pologne et au Nicaragua

© Académie polonaise des arts et des sciences/Brouillon de l'acte établissant la Commission de l'éducation nationale polonaise

Le Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO répertorie des archives polonaises qui retracent la création du premier ministère de l’Instruction publique au XVIIIe siècle et une collection nicaraguayenne sur la campagne nationale d’alphabétisation menée avec succès dans les années 1980, où sont conservés tous types de documents, des journaux de bord aux tee-shirts.

Imaginez ce que serait votre vie si vous ne saviez pas lire. Si vous n’arriviez pas à déchiffrer le sens des mots de cet article, un panneau de signalisation, un dépliant d’information sur une campagne de vaccination ou le mode d’emploi d’un pesticide.

Dans le monde, un adulte sur cinq est analphabète. Chaque année à l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, l’UNESCO rappelle que savoir lire et écrire est le premier pas vers l’autonomisation. L’information, la prise de décision et le développement social passent par l’alphabétisation.

Deux collections inscrites au Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO témoignent de deux moments historiques qui ont énormément contribué à l’amélioration du niveau d’alphabétisation et de l’accès à l’éducation dans leur pays.

Archives de la Commission de l’éducation nationale polonaise

© Académie polonaise des arts et des sciences/Carte des écoles nationales avec propriété

Aperçu rapide :

Dans l’Europe du XVIIIe siècle, l’Union polono-lituanienne entreprit une grande réforme de son système éducatif qui allait présider à la naissance du premier “ministère de l’Education” au monde. En 1773, le parlement polonais créa la Commission de l’éducation nationale, organisme laïc chargé de l’instruction publique.

En vingt ans, la Commission mena une réforme générale. Elle créa un système d’écoles tertiaires, secondaires et paroissiales qui suivaient des programmes d’enseignement complètement nouveaux, en utilisant des manuels scolaires rédigés en polonais. La Commission prônait l’éducation universelle pour les enfants de toutes origines sociales et mit en place l’instruction pour les filles, ce qui était révolutionnaire à l’époque. On y enseignait de nombreuses matières, telles que les mathématiques, l’éducation morale, la poésie, la physique, la chimie, l’histoire et la géographie.

Cette révolution de l’enseignement s’inscrit dans la philosophie des Lumières, qui donnait la primauté à la raison et à la science sur la croyance religieuse.

Le travail de la Commission prit fin en 1795, mais il permit de semer les graines de l’identité nationale polonaise et d’établir les principes de l’éducation de base qui sont encore aujourd’hui en vigueur. Inscrites au Registre de la Mémoire du monde en 2007, les Archives de la Commission de l’éducation nationale rassemblent les documents qui témoignent de ce travail de 1773 à 1794.

Une partie des archives fut détruite pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les documents qui ont pu être sauvés sont conservés dans quatre emplacements en Pologne et sont progressivement numérisés pour faciliter leur accès.

Croisade nationale d’alphabétisation au Nicaragua

Aperçu rapide

La Croisade nationale d’alphabétisation au Nicaragua est un autre exemple de ce que peut faire une forte volonté politique pour transformer le paysage éducatif d’un pays.

Cette campagne de cinq mois débuta en mars 1980, peu de temps après le renversement de la dictature de la famille Somoza et la prise de pouvoir par le gouvernement sandiniste.

Environ 60 000 jeunes furent envoyés dans les zones rurales pour apprendre à lire et à écrire à la population pauvre et analphabète du Nicaragua. Dans le même temps, des enseignants volontaires venus de l’étranger s’associèrent à la Croisade pour préparer le matériel didactique et former les jeunes nicaraguayens à leur mission. Selon les estimations, un demi-million de personnes apprirent à lire au cours de ces cinq mois, ce qui ramena le taux d’analphabétisme de plus de 50 % à 12 %.

La collection inscrite au Registre de la Mémoire du monde en 2007 témoigne de l’extraordinaire mobilisation des Nicaraguayens pour aider leurs compatriotes les plus défavorisés.

Elle contient des lettres, des entrevues, des journaux de bord, des cartes, des manuels d’alphabétisation et même des tee-shirts. Sont également conservés des témoignages enregistrés dans les zones rurales dans lesquels les gens décrivent comment ils ont survécu à l’oppression de la dictature de Somoza.

Ces enregistrements sur cassette sont uniques et il est nécessaire d’en faire des copies pour les sauvegarder. Les fréquentes catastrophes naturelles et le climat tropical du Nicaragua sont des menaces permanentes pour la survie de ces archives.

Le Registre de la Mémoire du monde

L’inscription sur le Registre de la Mémoire du monde a pour objectif de susciter l’intérêt du public et de contribuer à la conservation de ce patrimoine documentaire qui nous aide à comprendre notre société dans toute sa complexité.

Au fil des siècles, notre patrimoine documentaire a été durement malmené par les guerres, les troubles sociaux, le pillage, le trafic illicite, la destruction, les mauvaises conditions de conservation et les restrictions budgétaires.

La prise de conscience de cette situation alarmante, associée à la conviction qu’a l’UNESCO que le patrimoine documentaire mondial appartient à l’ensemble de l’humanité et doit être protégé, a abouti en 1992 à la mise en place du programme Mémoire du monde.

Le programme a pour mission d’identifier les collections de bibliothèques et les fonds d’archives présentant un intérêt universel et de contribuer à leur conservation et à leur diffusion. L’inscription d’une collection sur le Registre de la Mémoire du monde, créé en 1995, fait partie de ce processus.

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