Gros plan sur le patrimoine de la Mémoire du monde : l’esclavage en Amérique latine et aux Caraïbes

Un Anglais de la Barbade (Patrimoine documentaire de la Barbade des personnes des Caraïbes réduites en esclavage)

Le Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO répertorie des collections d’archives sur l’esclavage dans les colonies espagnoles et britanniques en Amérique latine et aux Caraïbes, qui témoignent de la souffrance et des mauvais traitements infligés aux esclaves ainsi que du déclin de la traite transatlantique orchestrée par la Grande-Bretagne.

Le 22 août 1791, inspirés par la Révolution française, les esclaves de la colonie française de Saint-Domingue (actuelle Haïti) prirent les armes contre leurs maîtres.

Cette révolte s’inscrit dans le mouvement d’opposition à l’esclavage qui se développe à la fin du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne, en Europe continentale et dans certaines parties des Etats-Unis, et qui allait aboutir à l’abolition de la traite transatlantique et à l’émancipation des esclaves dans les Amériques.

C’est pourquoi le 23 août est la date choisie pour célébrer la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition. Pendant la traite transatlantique, les Africains voyageaient durant des mois entassés dans des cales insalubres et beaucoup arrivaient en très mauvais état de santé. On les gardait quelque temps avant de les vendre pour les engraisser et pouvoir en tirer un meilleur prix.

Trois collections majeures inscrites au Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO témoignent de cette période de notre histoire mais permettent aussi de comprendre les conséquences durables qu’a eu l’esclavage sur la société contemporaine.

Patrimoine documentaire des personnes des Caraïbes réduites en esclavage (Barbade)

© Barbados Museum & Historical Society/Nègres au travail

Aperçu rapide :

Inscrit en 2003, le Patrimoine documentaire de la Barbade des personnes des Caraïbes réduites en esclavage dépasse par son importance les frontières de l’île.

Conservée au Barbados Museum and Historical Society (Musée et société historique de la Barbade), cette collection comprend des documents juridiques, des livres de comptes de plantations, des inventaires de cargaison, des livres rares ainsi que des peintures et des gravures originales, couvrant les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Elle présente un grand intérêt pour l’étude de l’esclavage en général, dans la mesure où le système britannique en vigueur à la Barbade a servi de modèle pour le développement des économies de plantations aux Caraïbes et en Amérique du Nord.

Les actes notariés et les testaments conservés montrent que les esclaves étaient considérés comme des marchandises et non comme des êtres humains ; on pouvait les vendre pour rembourser une dette ou les donner en cadeau.

A mesure que la population noire devint majoritaire sur l’île, les propriétaires des plantations mirent en place un système politique et économique extrêmement répressif pour contrôler les faits et gestes des nombreux esclaves et mater toute tentative de révolte. Des réglementations interdisaient aux esclaves de quitter leur plantation sans autorisation spéciale, de jouer du tambour ou d’autres instruments forts et leur imposaient de nombreuses autres restrictions.

Registres des esclaves des Antilles britanniques (1817-1834)

© Archives nationales, Saint-Kitts/Original du Registre des esclaves, St. Christopher

Aperçu rapide :

  • Année de soumission : 2008
  • Année d'inscription : 2009
  • Pays : Bahamas, Belize, Dominique, Jamaïque, Saint-Kitts, Trinité-et-Tobago, Royaume-Uni
  • Lien vers l'inscription

Après la révolte des esclaves de Haïti, la Grande-Bretagne subit des pressions croissantes de la part des abolitionnistes et adopta en 1807 une loi interdisant la traite des esclaves dans l’Empire britannique. La loi d’abolition de l’esclavage entrera en vigueur en 1834, mais les hommes, les femmes et les enfants devaient rester en apprentissage auprès de leur ancien maître pendant une période de quatre ans.

Pour recenser la population d’esclaves et lutter contre le trafic illégal, le gouvernement britannique mit en place des registres d’esclaves dans ses colonies antillaises. La plupart furent compilés dans les années 1816-1817, à l’exception du registre du Honduras qui ne sera mis en place qu’en 1834. Le gouvernement britannique créa également un registre central à Londres dans lequel étaient consignées toutes les transactions d’esclaves : ventes, héritages, cessions et transferts intercoloniaux.

L’ensemble de ces archives détenues par les gouvernements des Bahamas, de Belize, de Dominique, de la Jamaïque, de Saint-Kitts, de Trinité-et-Tobago et du Royaume-Uni constituent les Registres des esclaves des Antilles britanniques (1817-1834), qui sont venus enrichir la Mémoire du monde de l’UNESCO en 2009.

Les registres furent les premiers documents officiels d’êtres humains qui n’étaient jusque-là que des biens et qui devaient vivre, travailler et mourir sans identité. Ces archives d’une grande richesse fournissent un témoignage historique unique sur le plus grand système esclavagiste qui ait jamais existé.

Negros y Esclavos

Aperçu rapide :

La collection “Negros y Esclavos” conservée aux Archives nationales de Colombie a été inscrite en 2005. Elle contient des documents sur l’arrivée des Africains dans les colonies espagnoles de la Nouvelle-Grenade, c’est-à-dire la Colombie, l’Equateur, le Venezuela et le Panama actuels.

Etant donné l’omniprésence de l’Eglise catholique dans les colonies espagnoles et son penchant à tout consigner, nous disposons de documents sur les mauvais traitements infligés aux esclaves, leurs plaintes, comment on les vendait, le travail qu’ils faisaient, et même des actes de mariage entre esclaves.

La collection colombienne a une valeur inestimable, car rares sont les documents produits à Cartagena entre le XVIe et le XVIIIe siècle qui sont parvenus jusqu’à nous. Les Archives nationales de Bogota possèdent, avec les Archives des Indes à Séville, les seuls documents conservés.

La collection a été numérisée en Colombie pour la mettre à la disposition des chercheurs et pour protéger les originaux. Cependant, dans certaines îles, des documents ont été détruits ou sérieusement endommagés par le climat tropical associé à la négligence et aux catastrophes, naturelles ou causées par l’homme. Les ressources financières sont insuffisantes pour assurer la conservation adéquate de ces documents inestimables, dont certains ne sont plus exposés au public en raison de leur fragilité.

L’inscription sur le Registre de la Mémoire du monde devrait contribuer à la conservation du patrimoine documentaire. A ce jour, environ 193 documents, allant des enregistrements de musique folklorique aux films et aux manuscrits anciens, sont répertoriés dans le Registre.

Le Registre de la Mémoire du monde

L’inscription sur le Registre de la Mémoire du monde a pour objectif de susciter l’intérêt du public et de contribuer à la conservation de ce patrimoine documentaire qui nous aide à comprendre notre société dans toute sa complexité.

Au fil des siècles, notre patrimoine documentaire a été durement malmené par les guerres, les troubles sociaux, le pillage, le trafic illicite, la destruction, les mauvaises conditions de conservation et les restrictions budgétaires.

La prise de conscience de cette situation alarmante, associée à la conviction qu’a l’UNESCO que le patrimoine documentaire mondial appartient à l’ensemble de l’humanité et doit être protégé, a abouti en 1992 à la mise en place du programme Mémoire du monde.

Le programme a pour mission d’identifier les collections de bibliothèques et les fonds d’archives présentant un intérêt universel et de contribuer à leur conservation et à leur diffusion. L’inscription d’une collection sur le Registre de la Mémoire du monde, créé en 1995, fait partie de ce processus.

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