Soutien aux médias en Haïti : mesures d’urgence et actions à moyen terme

Depuis le séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier, détruisant les maisons, les vies et les moyens d’existence de millions d’Haïtiens dans les principales villes du pays, les organisations humanitaires internationales se sont mobilisées pour venir en aide aux sinistrés. Pourtant, plus d’un mois après la catastrophe, les journalistes présents sur place témoignent des problèmes rencontrés par les secours et des souffrances que continue à endurer le peuple haïtien.

Actions immédiates pour l’UNESCO

Des ONG de premier plan (AMARC et Internews) ont demandé si l’UNESCO accepterait d’accueillir dans ses locaux, pendant une courte période, les journalistes et en particulier les professionnels des radios communautaires (comme le Réseau des femmes des radios communautaires haïtiennes), dont les bureaux ont été détruits. Auprès de l’UNESCO, ils pourront avoir une place plus visible dans le réseau de communication de l’aide humanitaire.

Entreprendre une évaluation exhaustive des besoins, en étroite collaboration avec le ministre des Communications et en consultation avec les médias locaux et les organisations internationales.

Organiser des formations ciblées pour les journalistes en suivant le cursus de l’UNESCO sur le reportage en situation de conflit. Les tensions politiques qui règnent dans le pays, aggravées par le séisme et ses conséquences sociales, justifient un soutien dans ce domaine.

Entreprendre une évaluation des besoins liés aux dommages subis par les Archives nationales et le patrimoine documentaire d’Haïti, dans le cadre du programme Mémoire du monde.

Actions à moyen et long terme

Une fois l’urgence humanitaire passée, il faudra aider le gouvernement et ses partenaires à remettre sur pied les médias qui ont été frappés par le séisme du 12 janvier, dans la capitale mais aussi dans les provinces, notamment dans les villes de Petit-Goâve, Grand-Goâve et Léogâne, qui ont été sérieusement touchées.

Il s’agit là d’un projet en plusieurs étapes, qui exigera un soutien suivi et flexible. Il est escompté qu’à la fin du projet le sous-secteur de la communication en Haïti fera preuve d’indépendance, de liberté d’expression et de pluralisme.

Résultats prévus

  • Développer un secteur des médias indépendant et pluraliste, avec notamment la création d’une radiotélévision publique au service de l’intérêt général qui puisse émettre dans tout le pays.
  • Promouvoir l’égalité des genres et une participation accrue des femmes dans les médias.
  • Améliorer l’accès à l’information pour tous les citoyens par la reconstruction des radios et centres multimédia communautaires existants et de nouvelles créations.
  • Aider à la reconstruction d’associations des médias indépendantes dans un environnement ouvert.
  • Reconstruire les bibliothèques, les archives et les services de documentation, fondements des sociétés de l’information et du savoir.

Propositions

Soutien aux organisations professionnelles pour former les journalistes sur le reportage en situation de conflit et la sensibilisation aux risques

Les journalistes et les rédacteurs doivent faire preuve de leur professionnalisme. Le respect des règles déontologiques et professionnelles est indispensable pour tirer le meilleur parti du rôle central que joue le journalisme dans nos sociétés modernes. Après le séisme et dans le contexte haïtien, les médias doivent traiter ces questions en respectant les règles déontologiques et professionnelles les plus exigeantes. Nous avons connu par le passé des exemples terribles de médias déchaînés qui ont contribué à attiser des conflits. C’est pourquoi nous proposons de former les professionnels des médias pour la couverture de la phase de reconstruction.

Activité 1 : Organisation de formations pour et par les associations locales de journalistes.

Activité 2 : Diffusion d’un cursus sur

Développement d’un secteur des médias indépendant et pluraliste

En l’absence d’une infrastructure juridique et matérielle favorable à l’indépendance des médias, il est impossible d’envisager des changements sur le long terme. Une infrastructure moderne est indispensable pour garantir de meilleures conditions d’exercice du journalisme et le développement d’un véritable pluralisme. Des mesures juridiques et matérielles, comme des actions de formation et de renforcement des capacités, doivent être prévues afin de permettre à tous les acteurs de tirer profit des nouvelles conditions.

Pour reconstruire le paysage médiatique, il faut également donner aux organisations professionnelles les moyens de créer des réseaux horizontaux et verticaux au sein de la société haïtienne. Ces associations professionnelles créent un esprit de corps qui pousse les professionnels des médias à se mobiliser pour obtenir des conditions de travail garantes d’une presse libre et indépendante.

Activité 3 : Assistance en matière d’infrastructures et de réformes juridiques.

Activité 4 : Soutien à l’audiovisuel de service public.

Activité 5 : Assistance matérielle et renforcement des capacités de la Maison de la presse (le centre opérationnel mis en place par RSF qui devrait devenir une Maison de la presse).

Activité 6 : Soutien à l’Association des journalistes haïtiens.

Promotion de l’égalité des genres dans les médias

A l’heure actuelle, les femmes ne représentent qu’un faible pourcentage dans les médias haïtiens, et ce malgré l’existence d’organisations très actives de femmes professionnelles des médias. L’égalité des genres est un facteur important de la modernisation du paysage médiatique en Haïti. L’amélioration de l’accès à la formation et à l’emploi des femmes est un moyen de prendre en compte le point de vue des femmes dans les médias, mais aussi de bâtir une société plus égalitaire. Ces objectifs ne peuvent pas être atteints uniquement en augmentant le nombre de femmes qualifiées. Il faut également apporter un soutien sérieux aux organisations professionnelles de femmes et promouvoir la place des femmes dans les médias.

Activité 7 : Soutien aux femmes dans les médias (intégration des capacités professionnelles des femmes dans toutes les formations ; organisation et soutien de formations et de groupes de discussion pour traiter la situation particulière des femmes haïtiennes dans les médias, etc.).

Amélioration de l’accès à l’information pour tous

Le libre accès des citoyens à l’information est une condition fondamentale de la bonne gouvernance, de la démocratie et du développement. Dans les sociétés où l’information est restreinte, il règne un climat propice aux rumeurs, à la corruption et à l’injustice.

L’accès à l’information suppose également de donner aux populations les moyens de créer des médias et une information adaptés à leurs communautés. Les radios communautaires ont prouvé qu’elles étaient le moyen de communication le plus efficace et viable pour mettre en place ce type d’accès à double sens. Une radio communautaire bien gérée est en mesure de fédérer la communauté autour d’un projet commun, de former les jeunes et les moins jeunes à l’utilisation des nouvelles technologies et à la liberté d’expression, de favoriser l’intégration à long terme des médias et des nouvelles technologies de l’information au sein de la vie communautaire.

Activité 8 : Soutien aux radios et centres multimédia communautaires.

Activité 9 : Accès à Internet dans les cybercafés et les écoles.

Reconstruction des archives et des bibliothèques

Dans les années 1990, l’UNESCO et le PNUD ont entrepris un projet d’assistance à la modernisation des Archives nationales. Dans le cadre de ce projet, des formations ont été organisées pour former le personnel dans différents domaines et des équipements ont été fournis pour améliorer le microfilmage et l’informatisation des archives.

L’UNESCO a également travaillé en étroite collaboration avec la bibliothèque des Pères du Saint-Esprit (qui aurait été détruite) pour numériser des documents importants de son fonds, dans le cadre du programme Mémoire du monde. Des copies sont peut-être conservées ailleurs, mais les originaux d’une valeur inestimable, qui avaient été mis en lieu sûr pendant le régime Duvalier, ont probablement aujourd’hui disparu.

Les informations en provenance d’Haïti sont encore très contradictoires. Bibliothèques sans Frontières a annoncé que le toit du bâtiment abritant les Archives s’était effondré. C’est dans les Archives que sont conservés les registres d’état civil et leur disparition aurait de graves conséquences pour l’identification des victimes et les droits des survivants.

On rapporte que des détenus en fuite ont mis le feu aux archives du ministère de la Justice pour détruire les preuves de leurs méfaits, ce qui pourrait entraîner des atteintes à d’autres droits de l’homme. Il faut également tenir compte du risque de destruction des documents dû aux conditions climatiques. En zone tropicale humide, les moisissures et autres champignons se multiplient rapidement et la pluie ne va pas arranger les choses.

Les bibliothèques jouent un rôle important dans la construction des communautés. Leur réouverture ou leur reconstruction contribuera à redonner espoir aux populations déplacées et déshéritées, en plus de leur offrir un endroit où obtenir des informations de toutes sortes et même retrouver des amis et des parents.

Après une première étape d’identification des dommages et d’évaluation des besoins en matière de protection, de reconstruction et de développement des bibliothèques, des archives et des services de documentation, nous proposons de reconstituer les archives vitales attestant des droits des citoyens (registres d’état civil, titres de propriété, archives juridiques, etc.) et de former le personnel de ces établissements (en particulier des institutions nationales, des services de la fonction publique et des établissements d’enseignement).

Le partenaires officiels dans le secteur du patrimoine sont l’ICA, l’IFLA et le CCAAA, qui pourront travailler avec nous dans le cadre du Bouclier bleu afin d’assurer une action coordonnée.

Activité 10 : Reconstruction des bibliothèques, des archives et des services de documentation, fondements des sociétés de l’information et du savoir ; notamment : les bibliothèques publiques ; les écoles, universités et autres établissements d’enseignement ; et les services de la fonction publique.

Retour en haut de la page