La création d’une radio communautaire au Népal donne une voix aux femmes

Jumla, Nepal d'ouest - © UNESCO/Terhi Ylikoski

21 jours : c’est le temps qu’il a fallu à une antenne radio pour être transportée au long des 360 km qui séparent la capitale, Kathmandou, de Jumla, région éloignée et montagneuse de l’ouest du Népal. Ces deux lieux sont séparés par vallées et montagnes, mais aussi par des ponts et des routes régulièrement détruits par les moussons et les glissements de terrain.

Un groupe de femmes attendait patiemment de célébrer l’arrivée de l’antenne et de commencer à diffuser. Radio Nari Aawaaj signifie « la voix des femmes » et c’est la première station de radio communautaire de Jumla.

Ramila Budha danse - © UNESCO/Terhi Ylikoski

Selon Gauri Khatayat, dirigeant d’Hamro Aawaaj, Hamro Sarokar (l’ONG à l’origine de la création de la radio), « Ce fut une journée radieuse. Nous avons dansé et rit. Nous avons appelés et demandés à tous nos proches et amis d’écouter. »

Dans les régions escarpées et montagneuses du Népal, la radio est souvent le seul moyen d’obtenir de l’information. En 15 ans, le secteur de la radio communautaire au Népal est devenu un des plus actif et vibrant du monde avec près de 200 stations de radio. Cependant, la plupart sont dirigées par des hommes. Les femmes n’ont eu jusqu’ici que peu d’opportunités de profiter des radios communautaires, encore moins d’en diriger.

Radio Nari Aawaaj, établie avec le soutien du Programme international pour le développement de la communication de l’UNESCO, est une des premières stations de radio communautaires au Népal dirigée par et pour des femmes. Ramila Budha, une auditrice régulière de la radio déclare : « pour la première fois nous avons la possibilité d’exprimer nos opinions, nos centre d’intérêts et d’être écoutées. Nous parlons en notre nom et non par l’intermédiaire de quelqu’un d’autre ».

Gauri Khatayat - © UNESCO/Terhi Ylikoski

La station de radio émet depuis trois mois, sa popularité grandit car elle a rapidement gagné la confiance des femmes de Jumla. La station a été installée dans le centre du village pour davantage d’accessibilité. « Il est important pour nous que les femmes se sentent autorisées à se rendre à la station pour partager leurs pensées et préoccupations », ajoute Gauri Khatari.

Une des émissions les plus populaires s’intitule « Reposons-nous un moment », des personnes invitées peuvent y partager leur réflexions à l’antenne. 

Chanter est un moyen confortable pour les femmes de s’exprimer. Gauri Khatayat nous fait part d’une anecdote de la veille : « Un groupe de 24 femmes, sur le chemin du retour à la maison après avoir collecté du bois dans la forêt, s’est arrêté à la station pour chanter une chanson sur les défis auxquels elles font face, comme le fait que les garçons soient envoyés à l’école alors que les filles doivent rester à la maison et participer aux tâches ménagères ».

Radio Nari Aawaaj (Voix des femmes) - © UNESCO/Terhi Ylikoski

Ramila Budha est satisfaite du contenu des émissions qui couvrent de nombreux sujets d’ordre critique pour les femmes mais elle suggère d’étendre leur couverture. « Il devrait y avoir davantage de programmes de formation. Les femmes ne peuvent rien faire sans compétences pratiques. A travers la station, les femmes pourraient apprendre à cultiver des légumes de qualité, cuisiner des repas équilibrés et se nourrir correctement pendant leur grossesse ».

La station aide à l’autonomisation des femmes de Jumla. Ces dernières ont pu prendre confiance en elles en réalisant les mêmes choses que les hommes et, pour la première fois, elles peuvent exprimer des opinions.

Radio Nari Aawaaj aide aussi à créer une solidarité entre les femmes et leur a donné une plateforme où partager leurs joies, leurs peines, sans se préoccuper de leur caste ou de leur niveau social. Les programmes, divertissants et éducatifs, rendent également les longues journées de travail plus supportables.

© UNESCO/Terhi Ylikoski
Kabita Mahat

Kabita Mahat, une autre auditrice régulière, se réjouit de voir ses congénères prouver qu’elle peuvent réaliser quelque chose d’utile pour leur communauté, même dans les contrées les plus éloignées. Mahat, comme beaucoup de membres de sa communauté écoute Radio Nari Aawaaj sur son téléphone portable, cependant, elle précise :  « il arrive que mon mari me demande d’arrêter, il ne supporte pas que j’en apprenne plus que lui ».

Le chemin qui a mené à l’établissement de la radio a été ardu. Il ne s’agissait pas uniquement du transport de l’antenne à Jumla, mais aussi de parvenir à surmonter les stéréotypes qui prévalent encore dans la communauté. Les hommes étaient sceptiques quant à la capacité des femmes à diriger une station de radio. Maintenant, les diffusions de la radio ne changent pas uniquement la vie des femmes mais modifient aussi irrémédiablement l’attitude des hommes.

© UNESCO/Terhi Ylikoski
Ramila Budha

Ramila Budha ajoute que « la violence domestique est importante à Jumla. Les femmes ont peur de leur mari, elles ont peur d’être battues ou jetées dehors. Les émissions traitent de ces problèmes et les maris ont maintenant davantage conscience des droits des femmes et de la possibilité de conséquences légales à la violence domestique ».

Gauri Khatayat partage l’avis de Ramila Budha sur les changements perceptibles dans le comportement des hommes de Jumla. « Au début, les hommes nous rabaissaient, prétendaient qu’une femme ne pouvait pas diriger une station de radio. Maintenant, leur attitude commence à changer, nous leur avons prouvé qu’ils avaient tort et beaucoup nous ont déjà félicité pour notre succès ».

En l’espace de quelques mois, Radio Nari Aawaj prouve qu’un petit projet peut avoir un impact fort et positif sur la vie des gens. Avec le soutien de l’UNESCO, la station de radio prouve quotidiennement que l’autonomisation des femmes peut être une force puissante et parvenir à rendre une communauté plus attentive à l’égalité des genres, au bénéfice des femmes comme des hommes.

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