Gros plan sur le patrimoine de la Mémoire du monde : langues perdues, langues retrouvées

© Lebanese Ministry of Cultural Affairs
Phoenician alphabet

Le Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO illustre le sort des langues dans le monde : une langue sauvée, une langue disparue et le prototype de tous les alphabets modernes. Ces trois exemples sont emblématiques de la richesse des cultures et de la diversité linguistique que l’on trouve à travers le monde. Si le papiamento a survécu s’élevant au statut de langue officielle, il ne reste que des documents écrits de la langue ǀXam qui perpétuent le souvenir de la vie du peuple San.

Bref catéchisme destiné aux catholiques de Curaçao

© Archives nationales des Antilles néerlandaises
Catecismo Corticu

Aperçu rapide :

Bon Bini. Welcome. Of the world’s some 6,800 languages, over 6,000 of them, like Papiamentu, are spoken by less than a million people.  It’s estimated that half of them are in danger of extinction.

Papiamentu is, in fact, one of the lucky languages.  Spoken on what are known as the ABC Islands of the Netherlands Antilles, it has made the transition from a local Creole dialect to a written and official language. Many other small languages have not shared its fate.

For the Caribbean islands, the turning point came in the early 19th century when missionaries realised that their attempts to evangelise in Dutch were being met with resistance. The Apostolic Prefect at the time, Mgr Martinus Joannes Niewindt, decided to translate the Catholic catechism into Papiamentu and publish it. The first edition came out in 1826 and the second in 1837.

The Catecismo Corticu represents the genesis of writing in Papiamentu and is the oldest surviving printed publication in the language. The publication was a decisive factor in the survival of the language and had a great impact on the history of the islands. With Papiamentu spoken by all the islands’ people, irrespective of race, social class or ethnicity, it has also played a cohesive role in the society.

La Collection Bleek

© Bibliothèque nationale de l’Afrique du Sud
Folklore bochiman

Aperçu rapide :

Alors que le papiamento était promu au statut de langue écrite en pleine période coloniale, la langue des ǀXam, une société de chasseurs-cueilleurs d’Afrique du Sud aujourd’hui disparue appartenant au groupe des San, connaissait un sort moins heureux.

En 1870, la culture de la tribu semi-nomade des San s’effondre avec l’arrivée sur leur territoire des Européens et d’autres Africains. Non seulement les nouveaux venus apportent des maladies, mais ils participent aussi activement à l’élimination des San. Cette même année, Wilhelm Bleek, qui était à l’époque conservateur à la South African Library du Cap, apprend que 28 prisonniers San travaillent sur le chantier de la digue du port. Conscient que leur langue est en voie de disparition, Bleek obtient l’autorisation d’étudier le parler et le folklore des San, assisté par sa belle-sœur, Lucy Lloyd, puis plus tard par sa fille Dorothea.

Bleek a mis au point, pour transcrire la langue ǀXam, un système phonétique qui est toujours utilisé de nos jours par les linguistes. La collection rassemble des documents sur la vie, la religion, la mythologie et le folklore des San. Elle contient des albums de photographies, des carnets avec des relevés de peintures rupestres et des dessins faits par les San, qui constituent un témoignage unique d’une culture juste avant sa désintégration.

Les carnets de Bleek et de Lloyd ont permis aux scientifiques d’interpréter les peintures rupestres d’Afrique australe et de faire avancer l’étude de cette forme d’art ailleurs dans le monde.

L’Alphabet phénicien

© Ministère des affaires culturelles de Liban
Sarcophage d’Ahiram

Aperçu rapide :

C’est en Phénicie, l’actuel Liban, qu’est né l’alphabet phénicien au XIIIe siècle av. J.-C. Cet alphabet consonantique non pictographique est considéré comme l’ancêtre des principaux alphabets qui existent aujourd’hui.

Les Phéniciens étaient une puissante civilisation maritime, qui s’étendait dans tout le bassin méditerranéen jusqu’à Carthage, dans l’actuelle Tunisie. En s’inspirant des systèmes d’écriture rencontrés en Egypte et en Mésopotamie, les Phéniciens inventèrent leur propre alphabet : un alphabet phonétique (mais seules les consonnes étaient notées) dont les signes étaient simplifiés.

Le plus ancien exemple de l’alphabet complet est gravé sur le sarcophage du roi Ahiram, conservé au Musée national de Beyrouth, qui remonte aux environs de 1200 av. J.-C. Il est inscrit au Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO pour son importance mondiale dans l’évolution de l’écriture.

Le Registre de la Mémoire du monde

L’inscription sur le Registre de la Mémoire du monde a pour objectif de susciter l’intérêt du public et de contribuer à la conservation de ce patrimoine documentaire qui nous aide à comprendre notre société dans toute sa complexité.

Au fil des siècles, notre patrimoine documentaire a été durement malmené par les guerres, les troubles sociaux, le pillage, le trafic illicite, la destruction, les mauvaises conditions de conservation et les restrictions budgétaires.

La prise de conscience de cette situation alarmante, associée à la conviction qu’a l’UNESCO que le patrimoine documentaire mondial appartient à l’ensemble de l’humanité et doit être protégé, a abouti en 1992 à la mise en place du programme Mémoire du monde.

Le programme a pour mission d’identifier les collections de bibliothèques et les fonds d’archives présentant un intérêt universel et de contribuer à leur conservation et à leur diffusion. L’inscription d’une collection sur le Registre de la Mémoire du monde, créé en 1995, fait partie de ce processus.

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