La liberté de la presse en Asie du Sud redonne une voix aux laissés pour compte

Radio Mewat - © UNESCO

En Inde, la Journée mondiale de la liberté de la presse 2012 a été célébrée au cours d’une conférence portant sur le thème « Voix rurales : redonner une voix aux laissés pour compte ». L’événement est le fruit des efforts conjoints de l’UNESCO, de l’Institut pour la recherche et le développement rural (IRRAD) et de la fondation Sesame Workshop India. Organisée dans les locaux de l’IRRAD, à Gurgaon, la rencontre a rassemblé plus de 150 participants parmi lesquels des représentants de l’ordre médiatique, d’associations professionnelles, d’agences de développement, du gouvernement, du monde académique et d’organisations de la société civile.

En 2012, la Journée mondiale de la liberté de la presse s’est déroulée alors que la presse sud-asiatique était soumise à des défis considérables. Les journalistes de la région ont répondu à ces défis en cherchant à s’engager dans un certain professionnalisme qui reflète bien la richesse et la diversité de l’Asie du Sud dans son ensemble.

La sécurité physique est une question toujours présente dans la plupart des pays d’Asie du Sud. L’amélioration relative des conditions de sécurité dans la région a peut-être été atteinte grâce au choix de limiter les risques pris par les journalistes qui travaillent sur des sujets sensibles. Cela étant, la très nette détérioration d’une situation déjà mauvaise au Pakistan éclipse les petits progrès constatés ailleurs.

Lancement du rapport d’observation de la liberté de la presse en Asie du Sud - © UNESCO

Le journalisme a été un choix de carrière périlleux lors des longues années de conflits internes au Népal et au Sri Lanka. Avec la fin des conflits et le processus de réconciliation politique qui suit son cours, les journalistes ont découvert que certaines passions apparues en temps de guerre étaient toujours d’actualité. Ainsi, il est fréquent que les journalistes qui osent rapporter plusieurs aspects d’une même histoire ou militer pour le respect de normes élémentaires d’impartialité fassent l’objet d’agressions verbales.

Avec le soutien de l’UNESCO, la Fédération internationale des journalistes a travaillé sur différents indicateurs pour publier, le 3 mai, un rapport d’observation de la liberté de la presse en Asie du Sud :

Radio Bundhelkand - © UNESCO

Bien que l’Inde soit la plus grande démocratie au monde et que chaque groupe social soit libre de s’exprimer comme il l’entend, les médias communautaires demeurent le seul moyen d’expression et de participation au débat politique pour certains groupes sociaux qui n’ont pas accès aux médias grand-public. La liberté d’expression est donc une valeur primordiale pour ces médias communautaires ; elle leur permet de faire entendre la voix des communautés les plus marginalisées, c’est-à-dire les plus rurales et celles souffrant de retards de développement. Cette idée a été mise au cœur des débats lors de la conférence de Gurgaon.

Shigeru Aoyagi, directeur du Bureau de l’UNESCO à New Delhi, a commencé son intervention en rappelant que le thème central de la conférence rendait hommage au rôle majeur que jouent les médias communautaires pour la promotion de la démocratie et d’une bonne gouvernance. Il a également souligné la grande efficacité des radios communautaires non seulement en tant qu’outil de développement, mais aussi comme canal de communication à double sens ; il a ensuite reconnu que les politiques de mise en place de radios communautaires sont totalement en accord avec l’article 19 de la Constitution indienne, qui consacre la liberté de parole et la liberté d’expression comme principes fondamentaux. Citant la phrase d’Amartya Sen qui dit que faire entendre les laissés pour compte est une forme de développement, il a analysé en détail les divers obstacles qui se dressent aujourd’hui face au secteur de la radio communautaire en Inde : disponibilité des fréquences radio, procédures d’octroi de licence, durabilité et restrictions de contenus…

Radio Bundhelkand - © UNESCO

L’impact positif de la communication participative au sein des communautés rurales a été mis en avant au cours de la conférence et de ses différentes sessions ; cette pratique a été célébrée comme un succès créatif des médias alternatifs dans leur diversité, ce qui comprend les radios communautaires, les journaux en langues vernaculaires, les peintures murales, l’affichage public, le théâtre de rue, les bandes dessinées et les chansons. Il a été rappelé que les communautés devaient faire partie intégrante du processus de développement et que les ressources nécessaires à la communication et les lacunes politiques devaient être identifiées.

Iskra Panevska, conseiller pour la communication et l'information en Asie, a observé :

« En donnant une voix aux communautés rurales, aux ouvriers du développement et aux autorités locales, l’acceptation des choix politiques mis en œuvre est grandement facilitée. Un autre impact positif des médias communautaires est qu’ils incitent les gens à participer et à agir ; ils sont un moyen simple de transmettre des nouvelles idées, de nouvelles pratiques, de nouvelles technologies. Plus important encore, les médias communautaires permettent de surmonter les obstacles de la langue, de l’illettrisme, de la différence culturelle et de l’isolation physique. »

L’environnement politique à la tête des opérations médiatiques en Inde a fait l’objet d’un examen approfondi lors de la conférence de Gurgaon pour la Journée mondiale de la liberté de la presse 2012. Les défauts et les manquements de certaines politiques ont été désignés, de brèves recommandations ont été faites. Le grand final de la conférence s’est tenu lors d’une session de mise en place d’actions collective et de programmes de coopération. Les retours obtenus des participants ont indiqué un optimisme certain quant aux plans d’actions et aux partenariats mis en place. Mme Jane Schukoske, directrice de l’IRRAD, avait fait remarqué que la rencontre était conçue comme « une plateforme de partage d’idées novatrices et de discussions politiques afin de permettre, tous ensemble, aux communautés rurales d’accéder plus facilement aux médias ». Chacun de ces objectifs ont fait l’objet d’une session de travail particulière et des recommandations ont été faites pour parvenir à atteindre les résultats attendus.

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