Améliorer le suivi des droits de l’homme au Timor-Leste

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L’année 2012 marque la transition du Timor-Leste vers la démocratie. Des élections présidentielles viennent d’être tenues, le nouveau parlement sera élu en juin et la Mission intégrée des Nations Unies au Timor-Leste, créée au lendemain de l’indépendance, touche à sa fin. Soutenant l’idée que les médias sont un élément incontournable pour consolider une démocratie, l’UNESCO participe au renforcement des capacités des journalistes timorais et leur fournit les outils nécessaires pour qu’ils puissent faire état de l’avancement des questions des droits de l’homme dans leur pays.

En collaboration avec le Centre de développement des médias du Timor-Leste (TLMDC) et la Mission intégrée des Nations Unies au Timor-Leste (MINUT), l’UNESCO a mis en pratique le projet de formation des acteurs médiatiques timorais à couvrir la question des droits de l’homme à travers le pays.

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Le réseau médiatique timorais manque encore de force, de stabilité, et de journalistes à la fois qualifiés et expérimentés. Les études de journalisme viennent de faire leur apparition dans le pays : en 2008, un diplôme de journalisme est institué à l’Université nationale située dans la capitale, Dili, et c’est cette année que les premiers étudiants dans cette filière seront diplômés.

Le Département de la communication et des médias ne dispose pas de suffisamment de professeurs ou d’équipement. Les infrastructures laissent également à désirer : il n’y a pas de studio d’enregistrement radiophonique ou télévisuel, et seulement cinq ordinateurs pour les quelque 80 étudiants.

Par ailleurs, les salaires des personnes travaillant dans les médias restent très bas, comme les journalistes qui gagnent l’équivalent de 30 dollars américains dans le meilleur des cas. Cette situation entraîne une rotation et un renouvellement quasi-permanents des travailleurs qualifiés, ce qui empêche toute véritable professionnalisation du secteur. Par conséquent, la majorité des journalistes sont jeunes, manquent de formation et du savoir-faire requis pour être compétents.

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Les médias sont un acteur indispensable du processus de consolidation des institutions démocratiques. Les professionnels de ce secteur jouent un rôle majeur dans la collecte, la vérification, la production et la distribution d’informations au grand public. C’est pourquoi les journalistes doivent connaître les législations nationales et internationales ainsi que les normes en vigueur en matière de droits de l’homme. Ils doivent en outre être capables de communiquer sur ces questions sensibles de manière informée et documentée.

Au Timor-Leste, la question des droits de l’homme les plus élémentaires n’est pas une grande préoccupation. Cela s’explique par le fait que les textes de lois sont rédigés en portugais, langue que la plupart des Timorais ne connaissent pas, et également par le nombre minime de textes traduits dans leur langue, le tetum. De plus, les institutions officielles se montrent souvent peu coopératives, ce qui rend la collecte d’informations plus difficile encore. À ce propos, l’exemple de la Provedoria des droits de l’homme et de la justice, bureau timorais du médiateur délégué aux droits de l’homme, est édifiant. Cet organisme indépendant est chargé d’enquêter sur les atteintes aux droits de l’homme dans le pays. Mais tant que les enquêtes sont en cours, les informations liées à ces abus demeurent secrètes, empêchant ainsi les journalistes d’y avoir accès.

L’atelier de travail mis en place par l’UNESCO, le TLMDC et la MINUT l’a été à point nommé puisque le pays est actuellement en pleine mutation vers la démocratie. Il a fourni à ses 56 participants des connaissances qui pourront être transmises aux timorais sur les cadres légaux existants et les violations des droits de l’homme qui s’opèrent  dans leur pays.

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Les organisateurs de cette formation ont rassemblé des experts en la matière issus du gouvernement timorais, des Nations Unies et de la société civile, notamment Ivo Valente, Vice-Ministre de la justice, Rui Pereira, de la Provedoria des droits de l’homme et de la justice, Filomena Babo, représentante du secrétaire d’État pour la promotion de l’égalité, Jose Luis Oliveira, militant timorais des droits de l’homme, et le journaliste Hugo Fernandes. Ces personnalités qui œuvrent pour la sauvegarde et le développement des droits de l’homme dans le pays ont fait part à l’assemblée des principaux sujets qui doivent bénéficier d’une importante couverture médiatique.

Selon le directeur du Centre de journalisme d’investigation du Timor-Leste, Gil Da Silva Guterres, qui insisté sur ce point lors de son intervention, ce programme devra encourager les journalistes timorais à pousser plus loin leurs enquêtes sur les graves atteintes aux droits de l’homme que sont « les crimes contre l’humanité restés impunis et les violations des droits de l’homme qui ont eu lieu sous l’occupation indonésienne et au cours de conflits plus anciens comme le soulèvement de 1999 contre le gouvernement indonésien et la vague de violence qui a embrasé le pays avant la crise politique de 2006 ».

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Ce journaliste timorais âgé de 29 ans estime que l’atelier de travail a été organisé « au moment idéal », puisque les journalistes de son pays sont maintenant en mesure « de rapporter des faits d’actualité relatifs aux campagnes des élections présidentielles et législatives ».

L’atelier de travail de l’UNESCO, du TLMDC et de la MINUT était également constitué de sessions spéciales de formation aux compétences journalistiques élémentaires, comme le recueil d’informations, les principes de l’interview, de la narration et de l’écriture journalistique, le tout appliqué à la communication d’informations relatives aux droits de l’homme. Ces sessions ont été dirigées par Allan Thompson, journaliste de carrière et professeur à l’université canadienne de Carleton. Il a reconnu avoir été « constamment impressionné par le dévouement, l’enthousiasme et l’engagement sans faille des participants » tout au long de la formation.

M. Thompson a souligné la qualité du travail effectué lors d’une journée d’enquête de terrain durant laquelle les participants sont partis à la recherche de témoignages sur différents sujets liés aux droits de l’homme, mettant ainsi en application le bagage de connaissance acquis au cours de la formation. Le résultat de cette journée d’investigation a été retranscrit dans le plus grand sérieux sous forme de documentaires radio ou d’articles de presse.

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L’atelier de formation au journalisme et aux droits de l’homme qui s’est tenu à Dili a donc logiquement  été qualifié de succès par l’ensemble des acteurs impliqués dans le projet, qui y ont vu un premier grand pas vers un journalisme de qualité et une meilleure communication sur les droits de l’homme au Timor-Leste.

À la suite de ce projet, l’UNESCO, en collaboration avec le TLMDC et la MINUT, va publier un manuel de communication sur les droits de l’homme à l’usage des journalistes timorais, afin de les aider à écrire, faire vivre et publier leurs reportages sur les droits de l’homme - un engagement supplémentaire pour soutenir le développement des droits de l’homme dans la société timoraise.

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