Sensibiliser les citoyens d’Europe du Sud-Est à l’utilisation des conseils de presse

© Shutterstock

La démocratie exige une sphère publique pluraliste et bien informée. Pour cela, il faut des médias qui luttent pour la vérité et accomplissent un travail journalistique impartial et de qualité. Le niveau de participation et d’investissement des citoyens dans la société dépend de la capacité des médias à susciter leur intérêt pour une grande diversité de sujets. La société civile a également un rôle important à jouer dans la responsabilisation des médias. Mais comment peut-elle assurer ce rôle ? Un des moyens est la capacité à distinguer les organes médiatiques qui n’offrent pas des contenus de qualité ; l’autre est de pouvoir porter plainte auprès d’un mécanisme d’autorégulation des médias, comme un conseil de presse, lorsqu’on considère que les normes professionnelles du journalisme sont bafouées.

En Europe du Sud-Est, cinq conseils de presse ont été mis en place à ce jour pour contribuer à la responsabilisation des médias, mais les citoyens n’y font pas encore suffisamment appel. Le nombre de plaintes déposées varie énormément d’un pays à l’autre, certains conseils ne recevant que 30 à 40 plaintes par an. Ce faible nombre ne s’explique pas par le respect scrupuleux des normes journalistiques, mais plutôt par la méconnaissance des citoyens de leur droit à saisir un conseil de presse et à exiger des informations de qualité.

Dans le cadre du projet « Responsabilisation des médias en Europe du Sud-Est et en Turquie » financé par l’Union européenne, l’UNESCO a soutenu une série d’activités de sensibilisation pour permettre aux citoyens de mieux utiliser leurs conseils de presse. Ces activités, adaptées aux besoins et spécificités de chaque conseil de presse, allaient de campagnes publiques régionales à la création de sites web ou la promotion audiovisuelle de ces organes.

Ces activités de sensibilisation se sont traduites par un accroissement du nombre de plaintes déposées par les citoyens, d’après les données fournies par les conseils de presse. Cependant, comme le souligne la consultante Catherine Speller dans le rapport sur l’analyse des besoins des conseils des médias en Europe du Sud-Est, « le type d’activité mis en œuvre par les conseils pour promouvoir une large sensibilisation culturelle de leurs services exige des efforts constants, afin que les organisations deviennent partie intégrante des communautés au sein desquelles elles sont implantées ».

Nous répertorions ci-dessous une série d’activités réussies organisées par les conseils de presse en Europe du Sud-Est.

Nouveaux sites web avec dépôt de plainte en ligne

© Council of Media Ethics of Macedonia

L’UNESCO a soutenu la conception et la création de deux sites interactifs pour le Conseil de presse du Kosovo et le Conseil de déontologie des médias de Macédoine, dans l’ex-République yougoslave de Macédoine. Les deux sites offrent la possibilité aux usagers de remplir un dépôt de plainte en ligne. Un an après sa création en décembre 2013, le Conseil de déontologie des médias de Macédoine avait reçu plus de 40 plaintes des citoyens de tout le pays. Avant 2014, le Conseil de presse du Kosovo recevait en moyenne une trentaine de plaintes par an. En 2015, plus de 200 plaintes avaient étaient déposées, soit une augmentation de plus de 200 % depuis la création du nouveau site.

Liens :

Rencontres régionales avec le public et les journalistes

Campagne publique à Bihać, en Bosnie-Herzégovine. © Conseil de presse de Bosnie-Herzégovine

En Bosnie-Herzégovine, le conseil de presse a organisé une campagne publique de sensibilisation baptisée « Citoyens et journalistes en lutte pour la vérité ». Cette campagne, qui s’est déroulée dans 35 villes du pays, a rassemblé plus de 1200 participants.

Une enquête demandait aux participants des propositions pour améliorer le travail d’information des médias et lutter contre le journalisme non professionnel. Ces activités ont également permis d’informer la société civile sur les procédures de dépôt de plainte auprès du Conseil de presse de Bosnie-Herzégovine.

Interview de Marina Tuneva après un événement local à Stroutmitsa, en ERY Macédoine. © Conseil de déontologie des médias de Macédoine

Dans l’ex-République yougoslave de Macédoine, six débats régionaux ont été organisés en 2015 dans les villes de Bitola, Ohrid, Chtip, Stroutmitsa, Tetovo et Koumanovo. Environ 130 membres du public, des représentants d’organisations de la société civile, d’institutions médiatiques et des journalistes ont suivi ces rencontres. Des membres du conseil d’administration, de la commission des plaintes et du bureau exécutif ont présenté le travail du Conseil de déontologie des médias de Macédoine. L’Association des journalistes avait également délégué des représentants afin d’assurer son soutien au concept d’autorégulation des médias. Ces rencontres ont bénéficié d’une vaste couverture médiatique qui a contribué à la promotion du conseil. Plus de 20 articles ont été consacrés à ces événements locaux. En outre, des membres du conseil ont accordé 10 interviews à des organes de presse nationaux et 20 à des organes régionaux.

Transparence dans le traitement des plaintes des citoyens

Débat public en Serbie. © Conseil de presse de Serbie

Pour promouvoir le conseil de presse au moyen d’une approche innovante, le Conseil de presse de Serbie a organisé des débats publics de sa commission des plaintes sur des sujets d’actualité dans les médias serbes. Il s’agissait d’inviter les participants à aborder les questions relatives à la déontologie des médias. L’administrateur du site web du conseil de presse et des réseaux sociaux a coordonné la promotion des débats, créé le logo pour les événements et réalisé une vidéo des débats. L’idée était de former deux équipes : une proposant des arguments en faveur des entorses faites au code de déontologie, l’autre des arguments contre, afin de mieux comprendre le travail du conseil de presse et son importance.

Impression et diffusion d’exemplaires du code de déontologie

L’UNESCO a financé l’impression de 5000 exemplaires de la nouvelle édition du code de déontologie des journalistes serbes. Le code a été largement diffusé lors du premier Salon des médias de Belgrade, qui s’est tenu du 28 octobre au 1er novembre 2015. En 2014, l’UNESCO avait également financé l’impression d’exemplaires du code de déontologie du Conseil de presse du Kosovo.

Meilleure visibilité des conseils de presse auprès des usagers des médias

[Translate to francais:] In Bosnia and Herzegovina, the Press Council organized a broad campaign with media outlets belonging to the press council to encourage them to regularly publish on their webpages or in their print editions information for readers on how to file complaints with the press council of the country.

En Bosnie-Herzégovine, le conseil de presse a organisé une vaste campagne pour encourager les organes médiatiques membres du conseil à publier régulièrement sur leur site web ou leurs éditions imprimées des informations destinées aux lecteurs concernant les procédures pour déposer des plaintes auprès du conseil de presse de leur pays.

Les quotidiens Oslobodjenje et Vecernji list BiH, les magazines Start BiH, BH Dani et Slobodna Bosna et les portails internet startbih.info, slobodna-bosna.ba, oslobodjenje.ba et klix.ba ont publié une annonce avec le message :

« Utilisez vos droits ! Citoyens : vous avez le droit de porter plainte contre les informations inexactes diffusées dans la presse écrite et dans les médias en ligne. »

Le Conseil de presse de Bosnie-Herzégovine a également organisé 20 émissions de radio intitulées « Zoom : votre voix dans les médias ». Ces émissions hebdomadaires d’un peu plus d’un quart d’heure abordaient différents sujets liés à la déontologie des médias, la liberté de la presse et les divers problèmes auxquels doivent faire face les journalistes. Diffusées à travers tout le pays, les émissions étaient ensuite disponibles sur la page Facebook du conseil de presse.

En septembre et octobre 2015, quatre émissions ont été réalisées et diffusées sur radio Antena M. au Monténégro, afin de débattre du nouveau projet de code de déontologie, des questions d’actualité liées au journalisme et des problèmes posés par les normes professionnelles et déontologiques dans les médias monténégrins. L’émission diffusée chaque mercredi entre 10 heures et 11 heures du matin était animée par Sonja Novakovic, journaliste à radio Antena M.

Expliquer l’importance de l’autorégulation des médias aux professionnels des médias

Dans l’ex-République yougoslave de Macédoine, le Conseil de déontologie des médias de Macédoine (CDMM) a mené des entretiens avec des praticiens et des spécialistes des médias pour expliquer l’importance de l’autorégulation des médias :

Enes Osmancevic : La promotion des normes professionnelles et déontologiques auprès des journalistes et des rédacteurs est d’une importance capitale pour préserver la profession sur Internet

Enes Osmancevic. © CMEM

CDMM : Dans quelle mesure les mécanismes de régulation et d’autorégulation sont-ils efficaces pour lutter contre les entorses aux normes professionnelles et déontologiques dans les médias en ligne ?

Enes Osmancevic: Les mécanismes de régulation sont définis par l’Etat et mis en œuvre par un organe qui doit être indépendant. La régulation implique des sanctions : des amendes, voir la suppression du droit de diffusion. L’autorégulation se fonde sur l’acceptation volontaire de codes déontologiques, dont la mise en œuvre est sous la responsabilité du conseil de presse, comme c’est le cas en Bosnie-Herzégovine. L’autorégulation ne prévoit pas de mécanismes de sanction. Son rôle est de protéger les médias de l’ingérence politique et le public du mauvais journalisme. Au cours de ces dernières années, le Conseil de presse de Bosnie-Herzégovine a reçu chaque année plus de 1000 plaintes de citoyens concernant le contenu publié dans la presse écrite et les médias en ligne. Il semblerait donc que le public est plus conscient des entorses faites aux normes déontologiques, mais aussi de la crédibilité du conseil de presse. Par ailleurs, la résolution d’un grand nombre de plaintes passe par la médiation, par la publication d’un correctif. La promotion des normes professionnelles et déontologiques et leur mise en œuvre cohérente sont des efforts constants, qui permettent d’un côté de professionnaliser les médias et de faire avancer les normes journalistiques et de l’autre d’éduquer le public et les consommateurs pour promouvoir l’éducation aux médias et la culture.

Katerina Blazevska : La défense collective des normes professionnelles ne peut être efficace que si elle se fonde sur un combat individuel

Katerina Blazevska. © CMEM

« Chaque journaliste doit considérer quand et comment il a à respecter les normes professionnelles, lorsqu’il est confronté à la censure ou à l’autocensure, si la liberté du métier de journaliste est soumise à l’assujettissement économique, c’est-à-dire la dépendance financière et les convictions politiques de son employeur », déclare Katerina Blazevska dans l’entretien accordé au Conseil de déontologie des médias de Macédoine.

Le CDMM s’est entretenu avec Katerina Blazevska de la situation du métier de journaliste dans le pays pendant la transition et au cours des 15 dernières années du point de vue des normes professionnelles et déontologiques.

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