Discours de Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, pour l’inauguration de la 10e cérémonie de remise du Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe

Son Excellence Monsieur Abdullah Alneaimi, Délégué permanent des Émirats arabes unis auprès de l’UNESCO,

Monsieur le Directeur général du département de la Culture et de l’Information de l’Émirat de Sharjah,

Madame la Présidente du Jury international,

Excellences,

Mesdames et Messieurs les lauréats,

Mesdames, Messieurs, chers collègues,

Je vous souhaite à toutes et à tous la bienvenue à l’UNESCO à l’occasion de cette cérémonie exceptionnelle.

Exceptionnelle, cette cérémonie l’est à plusieurs titres. D’abord parce que nous fêtons le 10anniversaire de ce Prix pour la culture arabe. En une décennie, ce prix s’est imposé comme un événement fort du calendrier culturel mondial. Nous le devons à la générosité et à l’ambition de Son Altesse le Cheikh Sultan bin Mohammed al-Qassimi, Souverain de l’Émirat de Sharjah et instigateur de ce Prix. Nous le devons également à l’exigence du Jury international, que je salue.

Ce soir, je pense à tous les écrivains, traducteurs, philosophes, sociologues, historiens, artistes, éditeurs, metteurs en scène d’horizons divers, qui sont montés sur cette scène pour témoigner de la vitalité et de la diversité de la culture arabe. Chaque lauréat, en explorant à sa façon un aspect singulier de cette culture, souligne en réalité ce qui relie les cultures entre elles, dans un dialogue universel.

Cet événement coïncide également avec le premier anniversaire des premiers jours du Printemps arabe. Nous devons nous souvenir que la moindre aspiration au mieux-vivre, à la dignité, à la liberté, à l’émancipation des peuples s’incarne dans une culture, dans une langue. La culture, la littérature et les arts ne nous éloignent pas du monde : ils nous aident à le comprendre, à le forger comme nous voulons. Ce renouveau culturel accompagne le renouveau civique. Ce message interpelle l’ensemble de l’humanité et nous encourage à aller de l’avant.

L’UNESCO est le lieu de rencontre de toutes ces cultures, et je me réjouis de cet échange, vivant, des artistes confirmés et des nouvelles formes d’expression artistique du monde arabe.

Mesdames et Messieurs,

J’ai l’honneur de remettre ce soir le Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe à deux personnalités éminentes : M. Elias Khoury, du Liban, et M. João Baptista de Medeiros Vargens, du Brésil. Tous deux monteront sur scène dans quelques instants mais je pense que nous pouvons commencer tout de suite par les applaudir.

Elias Khoury est un intellectuel et un écrivain de renommée mondiale, dont les œuvres ont touché des femmes et des hommes du monde entier. Son roman, La Porte du soleil, sur le sort des réfugiés palestiniens, a été traduit en hébreu et témoigne de son engagement profond à combattre tous les stéréotypes, en montrant que « l’Autre » n’est qu’un reflet du « Je ». Son travail est pénétré d’un sentiment profondément humaniste de la dignité intrinsèque de chaque individu. Naviguant entre de nombreuses cultures sans être prisonnier d’aucune, Elias Khoury s’efforce constamment de défendre les droits fondamentaux des individus et de montrer combien l’expérience et la mémoire sont importantes pour toutes les cultures. Cette approche est ce qui a guidé son travail en faveur de la protection de l’important patrimoine culturel de sa ville natale, Beyrouth. Il est aujourd’hui l’un des observateurs les plus avisés des événements en cours dans le monde arabe.

Le travail de João Baptista de Medeiros Vargens est guidé par des aspirations semblables. Ce travail a jeté une lumière vive, fascinante même, sur les liens entre la société lusophone brésilienne et le monde arabe. Il en résulte une cartographie nouvelle des processus de tissage linguistique, des échanges profonds et de l’enrichissement mutuel entre deux aires culturelles différentes. C’est la première fois que le Prix UNESCO-Sharjah est décerné à une personnalité d’Amérique latine. J’y vois une preuve supplémentaire que le dialogue interculturel ne connaît pas de frontières et que ce dialogue se nourrit des efforts incessants de ceux qu’on peut appeler les « voyageurs de l’esprit ».

Dans un monde qui semble aller toujours plus vite, de nouvelles formes de dialogue entre les cultures sont nécessaires, ainsi que de nouveaux liens fondés sur le respect et la compréhension entre les peuples. La diversité est un grand atout et peut servir de fondement à la paix, mais elle exige de travailler chaque jour contre les forces qui contribuent à la fragmentation de l’humanité et de tout faire pour renforcer les valeurs et les liens que nous avons en partage. 

Le Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe représente à cet égard une initiative majeure.

Je remercie encore une fois Elias Khoury et João Baptista de Medeiros Vargens pour leur engagement en faveur de ces objectifs.

Je vous souhaite à tous une excellente soirée.

 

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