Une étude importante lève le voile sur le « Cinéma Invisible » d’Amérique latine

Une étude sans précédent impliquant des experts de différents pays a récemment révélé l'importance grandissante du cinéma communautaire dans quatorze (14) pays d'Amérique latine et des Caraïbes. Crédit photo : Fundación del Nuevo Cine Latinoamericano


Si la radio communautaire a fait parler d’elle, le cinéma communautaire en Amérique latine et aux Caraïbes « est presque aussi invisible que les communautés qu’il représente », déclare l’expert en chef Alfonso Gumucio Dagron. Il était le coordinateur et un des sept chercheurs qui ont réalisé récemment la première étude dans le genre sur le secteur du cinéma communautaire grandissant de la région.

L’avancée technologique permettant plus facilement à tout un chacun de créer ses propres produits audiovisuels, l’Amérique latine et les Caraïbes sont les témoins du plein essor du cinéma communautaire. Les groupes moteurs sont des peuples autochtones, des femmes, des jeunes, des afro-descendants, des travailleurs migrants, des personnes handicapées et beaucoup d’autres encore qui sont trop souvent ignorés par les médias grand public.

Cette recherche sans précédent s’est concentrée sur la compréhension de la méthode de production et de diffusion du cinéma communautaire, ainsi que sur son impact, en documentant les expériences de 55 communautés dans 14 pays. L’étude a été pensée par l’organisation non gou¬vernementale basée à Cuba, Fundación del Nuevo Cine Latinoamericano, avec le soutien du Fonds international pour la diversité culturelle de l’UNESCO.

L’étude a mis la lumière sur un monde dynamique et varié de productions audiovisuelles, avec des communautés créant des documentaires, des longs métrages, du contenu télévisuel et beaucoup plus encore. De même, il a été découvert que la diffusion s’effectuait par des réseaux, des ciné clubs, des centres culturels, des églises, des syndicats, des festivals, des présentations, des événements spéciaux, des écoles et autres espaces éducatifs, des média électroniques, des DVD et des sites Web.

Souvent ce n’était pas le produit fini mais le processus de développement qui était primordial. La participation de la communauté est au cœur de ce processus. Par exemple, le groupe Mascaró en Argentine a organisé des projections avec des personnes qui ont fourni leur témoignage dans le cadre d’un projet audiovisuel qu’ils développaient. L’idée était de tester et de discuter différentes manières pour articuler et éditer le matériel.

« Le cinéma communautaire reflète la relation intime entre la communication, la culture et le changement culturel », a souligné Gumucio Dagron.

En termes d’impact, l’étude a révélé que le cinéma communautaire a revigoré l’identité et l’organisation des communautés, en améliorant très souvent leur sentiment d’estime de soi et de confiance en soi. Le cinéma communautaire va au-delà des groupes. Il permet à un public plus large de s’identifier et de se retrouver dans les récits de vie qui ne sont pas diffusés dans les médias grand public.

L’étude a aussi conclu que des lois et politiques publiques pour la promotion des droits des communautés à communiquer étaient un besoin urgent dans toute la région. « La recherche a renforcé la notion que le cinéma n’est plus le privilège de quelques professionnels... mais il représente un moyen de communiquer qui appartient à tous les peuples et toutes les communautés d’Amérique latine et des Caraïbes », affirme Gumucio Dagron. « Nous espérons que la recherche engagera les États et les institutions publiques et privées à concevoir des politiques et des stratégies qui promouvront le cinéma communautaire ainsi que le droit à la communication».

L’étude a enrichi considérablement la connaissance sur le cinéma communautaire dans la région, alors que les résultats ont déjà suscité beaucoup d’intérêt. Les chercheurs partagent leurs découvertes à grande échelle et des actions de suivi vont bientôt démarrer pour développer des études de cas avec des témoignages audiovisuels d’une dizaine des expériences identifiées dans cette étude.

Les pays impliqués dans cette recherche sont : Argentine, Bolivie, Brésil, Colombie, Cuba, Chili, Équateur, Guatemala, Mexique, Nicaragua, Paraguay, Pérou, Uruguay et Venezuela. Le rapport final peut être téléchargé à partir du site Web du FNCL.

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