Qu’entend-on par industries culturelles et créatives ? Définitions

Le concept d’industrie culturelle a été introduit par T. Adorno et M. Horkheimer dès 1947. D’abord née de l’analyse critique de la standardisation et de la reproduction de masse des produits de contenu (il s’agissait alors de la radio, de la télévision et du cinéma), la notion d’« industries culturelles » trouve un nouvel essor à la fin des années soixante-dix à travers une analyse économique des modalités de production et de diffusion des biens et services culturels, notamment dans les travaux de recherche de B. Miège et al. en France.

Faisant l’objet de nombreuses variantes, la définition des industries culturelles est, de plus, soumise aux profonds changements des techniques de production, de reproduction, de distribution et de consommation des produits culturels. Elle peut cependant être formalisée comme « l’ensemble en constante évolution des activités de production et d’échanges culturels soumises aux règles de la marchandisation, où les techniques de production industrielle sont plus ou moins développées, mais où le travail s’organise de plus en plus sur le mode capitaliste d’une double séparation entre le producteur et son produit, entre les tâches de création et d’exécution ».

Dans les années quatre-vingt-dix, le concept d’industries créatives voit le jour en Australie puis se développe au Royaume-Uni. Ces industries ont été définies comme « toute industrie qui a pour origine la créativité individuelle, l’habileté et le talent et qui a le potentiel de produire de la richesse et de l’emploi à travers la création et l’exploitation de la propriété intellectuelle ». La notion de créativité est liée à la capacité de générer de nouvelles idées. Si les industries culturelles y font appel tout comme les industries créatives, les premières requièrent également un contenu culturel, artistique ou patrimonial. De même, si ces deux notions s’appuient sur les droits de la propriété intellectuelle (et notamment pour les premières le droit d’auteur et le copyright), les industries créatives n’y font pas systématiquement appel ; elles reposent essentiellement sur la créativité et potentiellement sur une image de marque. Ainsi, au-delà des industries culturelles traditionnellement reconnues que sont l’édition, le cinéma, la musique, la radio, la télévision et les arts de la scène ainsi que, depuis peu, les jeux vidéo, la notion d’industries créatives peut inclure l’architecture, le design, la publicité, l’artisanat, la mode ou le tourisme culturel.

Parallèlement, des concepts proches, bien que différents, ont émergé ces dernières années tels que les industries de contenu voire les industries protégées par le droit d’auteur (copyright industries).

Les définitions varient selon les domaines d’activité que chacun choisit d’y inclure et ce choix a une incidence sur la mesure de l’importance économique et culturelle du secteur mais aussi sur les orientations et la justification des politiques de soutien. Toutes ces approches ont cependant un point commun : l’origine des produits issus de ces secteurs est la création et celle-ci est d’une part soumise à des règles industrielles et d’économie de marché et, d’autre part, généralement dépendante des droits de la propriété intellectuelle. Par ailleurs, les notions d’industries culturelles et créatives recouvrent les biens et services issus de modalités de production et de reproduction plus ou moins industrielles. Sont ainsi prises en compte les filières industrielles, semi-industrielles et non industrielles pourvu qu’elles donnent lieu à la création de produits mis sur le marché et soumis à un processus de marchandisation leur conférant une valeur marchande. D’autre part, ces concepts ne se limitent pas au produit en tant que tel ; ils incluent les secteurs d’activité permettant aux biens, aux services et aux activités de contenu culturel, artistique ou créatif d’arriver jusqu’au public et/ou sur le marché : la reproduction et la duplication, le support technique, la promotion, la diffusion, la circulation, la vente et la distribution, etc.

La frontière entre ces deux concepts d’industries culturelles et d’industries créatives demeure cependant encore incertaine. Si, pour certains, la notion d’industries créatives peut même remplacer celle des industries culturelles, c’est parce qu’elle dépasse et englobe en réalité cette dernière. Cependant, il a été décidé de maintenir tout au long de ce guide, l’utilisation des deux dénominations de manière à laisser un champ d’intervention suffisamment large tout en mettant en exergue la spécificité des biens et services culturels qui véhiculent des contenus symboliques et qui possèdent, en plus de leur valeur économique, une valeur sociale contribuant au bien-être collectif.

Ainsi, en prenant comme référence le cadre pour les statistiques culturelles de l’UNESCO (2009), le guide s’appuie sur une définition des industries culturelles et créatives entendues comme les secteurs d’activité ayant comme objet principal la création, le développement, la production, la reproduction, la promotion, la diffusion ou la commercialisation de biens, de services et activités qui ont un contenu culturel, artistique et/ou patrimonial.

Ainsi, les principales caractéristiques des industries culturelles et créatives sont :

  • L’intersection entre l’économie et la culture ;
  • La créativité au cœur de l’activité ;
  • Le contenu artistique, culturel ou inspiré de la création du passé ;
  • La production de biens et de services fréquemment protégés par la propriété intellectuelle — droit d’auteur et droits voisins
  • La double nature : économique (génération de richesse et d’emploi) et culturelle (génération de valeurs, de sens et d’identité) ;
  • L’innovation et le renouvellement créatif ;
  • Une demande et des comportements du public difficiles à anticiper ;
  • Un secteur marqué par la non-systématisation du salariat comme mode de rémunération du travail et la prédominance de micro-entreprises.

Le champ que vous choisirez de couvrir dépendra de vos préférences et celles des acteurs concernés, de votre contexte particulier mais aussi du potentiel avéré de création de richesse et d'emploi. Ainsi la première question à laquelle il faut répondre dans l'élaboration et la formulation des politiques d'appui aux industries culturelles et créatives concerne le choix des secteurs d'activités sur lesquels vous souhaitez intervenir. Toutes les activités et secteurs évoqués ci-dessus ne sont pas toujours concernés par une politique de soutien aux industries culturelles et créatives. Il est cependant essentiel d'en tenir compte.

Il est important de ne pas se perdre dans les définitions et de faire vos choix en fonction de votre environnement, mais surtout des ressources et des besoins des opérateurs : artistes, créateurs, professionnels et petites, moyennes et grandes entreprises qui produisent des biens et des services culturels, distributeurs et exposants, associations professionnelles et organisations à but lucratif, centres de recherche et autres organisations de la société civile et de l'État.

Le cadre de l’UNESCO pour les statistiques culturelles de 2009

Un cadre conceptuel définissant la culture à des fins statistiques. La version révisée de 2009 reflète les nouveaux concepts liés à l'économie de la culture, les nouvelles technologies qui ont radicalement transformé la culture et ses moyens d'accès, les politiques et les pratiques culturelles, ainsi que le patrimoine immatériel. Les domaines culturels couverts par le cadre sont :

 

  • Héritage culturel et naturel
  • Arts de la scène et festivités
  • Arts visuels et artisanat
  • Livre et presse
  • Audiovisuel et médias interactifs
  • Design et services créatifs

Parallèlement, le tourisme, le sport et les loisirs sont couverts par le cadre en tant que domaines périphériques.

(voir le cadre de l'UNESCO pour les statistiques culturelles 2009 :www.uis.unesco.org/Library/Documents/FCS09_FR.pdf)

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