Agir au niveau local

Tout comme au niveau national, le secteur des industries culturelles et créatives est un moteur puissant du développement des collectivités territoriales. La production et la commercialisation de biens et services culturels constituent en effet l’un des pôles de dynamisme de l’économie des villes et des régions. Cela est particulièrement visible dans les grandes métropoles où foisonnent une myriade d’acteurs et où le fonctionnement industriel de la production culturelle est le plus manifeste, notamment dans les domaines de la musique, du cinéma, du design ou de la mode. Les villes comme Los Angeles, Bombay, Kingston, Johannesburg ou Kinshasa sont des espaces où la créativité locale donne naissance à de nouvelles esthétiques et à de nouvelles activités économiques à contenu culturel. En Afrique, la vitalité économique de Lagos est fortement imprégnée par le phénomène « Nollywood », de même que Kinshasa est réputée pour son bouillonnement musical. Dans une moindre mesure, l’activité des industries culturelles et créatives dynamise de façon significative des villes de plus petite taille, notamment lorsqu’elles hébergent des centres artisanaux, historiques et touristiques ou lorsqu’elles organisent des festivals emblématiques. Les retombées du secteur culturel et créatif se répercutent sur les revenus des populations, sur les entreprises travaillant en amont et en aval de la création mais aussi sur les recettes des collectivités locales.

Les activités culturelles ont toujours un rapport avec un territoire local, une ville, un quartier, un district. En outre, elles ont tendance à se regrouper dans des villes pour disposer d‘une taille de marché suffisante, d’un vivier de professionnels et des réseaux nécessaires à leur développement. Ce faisant, elles génèrent de l’activité pour d’autres secteurs économiques dont elles consomment les produits ou à la production desquels elles contribuent par des services et des compétences. Elles contribuent à l’économie et génèrent des ressources pour les populations et pour les collectivités locales.

Il est donc dans l’intérêt des collectivités locales de conforter cette tendance de fond en élaborant et en mettant en oeuvre des stratégies de soutien à ce secteur. Celles-ci doivent être définies de manière à utiliser la culture et la création comme levier du développement territorial, mais aussi en vue de garantir à la population l’accès aux produits qu’elles font naître et qui sont vecteurs d’épanouissement personnel et de cohésion sociale. Déjà mises en oeuvre par certaines collectivités africaines, ces stratégies de soutien contribuent à leur rayonnement national, régional et international en véhiculant une certaine image de marque. On relève des initiatives remarquables en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Ainsi, la ville et la province du Cap ont, dans la filière du cinéma, pris diverses mesures fiscales, techniques et matérielles destinées à développer l’accueil des tournages ; ces mesures ont entraîné l’éclosion de nouvelles activités et de nouveaux métiers comme les laboratoires, les sociétés de location de matériel et les agences de casting. La province du Gauteng où se situe Johannesburg a également défini un cadre stratégique de développement des industries créatives. Considérée comme un territoire à fort potentiel culturel et créatif, cette province, et plus précisément, son département du sport, des arts, de la culture et des loisirs conduisent des programmes de soutien à plusieurs filières à travers plusieurs leviers : le renforcement des capacités des opérateurs et des entrepreneurs, le soutien aux artistes, le développement de l’accès au marché ou encore l’établissement de systèmes de production locaux ou clusters.

Les collectivités locales constituent donc une force d’intervention potentiellement importante dans le champ culturel lorsqu’elles sont confortées par la volonté politique nationale ou régionale de leur transférer davantage de compétences et de moyens en la matière. En Afrique comme dans d’autres régions du Sud, la décentralisation de l’action publique est, en effet, une priorité gouvernementale depuis le début des années 1990. En première ligne, ce sont souvent les villes qui se voient transférer la charge des affaires culturelles sur leur territoire et, avec elle, la mission de mettre en place des politiques de soutien au secteur culturel et créatif.

Bien entendu, le champ d’action des collectivités locales varie d’un pays à l’autre selon son histoire, son organisation juridique et son degré de décentralisation. Les autorités locales d’un État unitaire aussi décentralisé soit-il n’ont pas les mêmes marges de

manoeuvre que celles d’un État fédéral. Mais, s’agissant du secteur des industries culturelles et créatives, elles font face au même défi, celui de créer les conditions nécessaires à son développement.

Pour cela, les politiques à mettre en oeuvre doivent, comme au niveau national, être définies en concertation avec les acteurs institutionnels et les acteurs privés du secteur. Les responsables assignés à cette mission doivent aussi procéder par étapes en veillant à distinguer les actions de court terme, qui répondront aux besoins urgents des opérateurs, des programmes de long terme plus structurants pour les filières.

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