L'une des missions de la  politique publique  culturelle est d’améliorer la  compétitivité des entreprises et de leurs toute la chaîne  de valeur, depuis la conception  et la création de prototypes jusqu’à la commercialisation, en passant par les processus de production et de développement d’un produit.

Souvent, les produits culturels des pays africains trouvent difficilement leur place sur les marchés internationaux et parfois même sur leur propre marché. Ils y sont concurrencés par des biens et des services plus compétitifs issus de pays considérés comme de gros producteurs au niveau mondial. Ces produits, dont les coûts de production sont déjà amortis sur leur marché d’origine, présentent souvent une meilleure qualité technique et sont proposés à un prix avantageux. En effet, l’étroitesse des marchés africains freine l’essor des industries culturelles et créatives. L’importante fragmentation linguistique, le fort taux d’analphabétisme et la taille souvent restreinte de la population s’ajoutent au faible niveau de vie des consommateurs. Cela contribue au prix élevé (en proportion du pouvoir d’achat) des produits culturels fabriqués localement. Par ailleurs, les filières culturelles et créatives sont marquées par un problème de structuration et de manque de stabilité des marchés. Parvenant difficilement à être rentables, beaucoup d’entreprises ont une durée de vie limitée ou sont obligées de cumuler plusieurs métiers pour limiter les risques financiers de leur activité. Tous ces facteurs concourent à une faible structuration des filières où les différents maillons de la chaîne de production ne sont pas systématiquement assurés par des entreprises spécialisées et donc performantes. À cela s’ajoutent les problèmes de qualité des produits qui, pénalisés par l’insuffisante disponibilité de matériel et de compétences techniques (notamment en ce qui concerne les nouvelles technologies de l’information et de la communication), ne répondent pas toujours aux normes internationales.

Dans ce contexte, pour rendre viables à moyen et à long terme les entreprises culturelles, la priorité de l’action publique est de garantir la stabilité des marchés en favorisant la régularité et la qualité de la production. Favoriser l’innovation dans ce secteur est, à ce titre, une stratégie fondamentale.

Comprendre pourquoi l’innovation est importante

Dans un domaine où la circulation et la consommation des produits reposent en partie sur des bases affectives et exigent un constant renouvellement, l’innovation est un facteur capital, source de compétitivité.

Les arts et les différents produits porteurs d’identité ont été mis en avant pour leur capacité à exprimer et à communiquer de manière inventive des concepts, des biens et des services novateurs. Mais le processus d’innovation implique une dimension supplémentaire à prendre en compte : le développement de la connaissance donne lieu à de nouvelles marchandises, de nouveaux modes de vie, de nouveaux modèles d’organisation mais aussi à de nouveaux comportements. L’enjeu de la stratégie publique est donc de créer les conditions favorables à l’émergence de nouveaux processus de création artistique, de nouveaux modèles de production, de distribution et de diffusion culturelle.

La créativité et l’innovation renvoient de plus en plus à une logique de dialogue et d’interactivité entre les parties en présence. D’une part, les utilisateurs finaux potentiels sont associés en amont au processus d’élaboration et d’évaluation du produit et sont ainsi considérés comme des consommateurs actifs. D’autre part, les processus de production complexes mobilisent les savoirs-faire d’autres disciplines (et d’autres environnements). Ce faisant, l’activité culturelle s’intègre entièrement au reste de l’économie en interagissant avec les autres secteurs.

Ainsi, au-delà du changement technologique, l’innovation dans le domaine des industries culturelles et créatives passe aussi par la réinvention des formes d’organisation, nécessaire pour assumer les risques liés à l’abandon des procédés traditionnels. D’une certaine manière, l’innovation peut être envisagée comme le fruit de la passion de professionnels et de consommateurs actifs à générer des stimulations émotionnelles. La créativité est plus que la manifestation de la liberté d’expression ; elle est également la liberté d’accès, sans barrières sociales, à la production de l’âme humaine et aux valeurs éthiques, esthétiques et identitaires.

Les risques et les tensions que génère l’innovation exigent une attitude positive et curieuse face au changement, et c’est grâce à des expériences pionnières en matière de soutien à l’innovation, fondées sur la responsabilité sociale des entreprises, des universités et des administrations publiques (fonds de capital créatif, programmes de formation de talents, etc.), que l’espace culturel prend toute son ampleur. La faculté de l’action culturelle à inspirer la confiance entre les différents groupes d’une population est particulièrement forte dans les sociétés multiculturelles et plurielles.

Encourager le processus d’innovation

De manière générale, le processus d’innovation passe par diverses phases :

1.   La phase d’émergence : période de changement radical durant laquelle naît un nouveau produit ou une nouvelle marchandise, fruit du processus de création ;

2.   La phase de consolidation durant laquelle le nouveau produit est accepté sur le marché grâce aux innovations dans le développement et la commercialisation ; 

3.   La phase de maturité pendant laquelle l’innovation se concentre sur l’amélioration des procédés et sur son acceptation en tant que standard reconnu par tous.

Correspondant à un changement radical dans le processus de production, la première phase est centrale, tandis que les deux autres sont moins décisives et portent davantage sur la consolidation de l’innovation.

Les entrepreneurs jouent un rôle fondamental dans l’émergence d’une industrie culturelle innovante. Le système de soutien public doit s’adapter de manière à conforter les créateurs et les entrepreneurs les plus inventifs et favoriser la collaboration entre eux, de manière à stimuler une dynamique d’innovation. Dans un contexte de rareté des ressources publiques, la stratégie devrait porter sur la formation, la facilitation matérielle du processus d’innovation, la mise à disposition de moyens techniques, matériels et humains, la création de labels et, de manière transversale, l’établissement d’accords sectoriels.

Encourager les accords pour favoriser la compétitivité sur l’ensemble de la chaîne de valeur

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