Capital humain et formation

Un des principaux défis de la politique d’appui aux industries culturelles et créatives est de créer et développer les capacités des professionnels à répondre aux exigences et aux enjeux d’un tel secteur.

L’emploi culturel tient dans l’activité économique d’un pays une place particulière qu’il est nécessaire de comprendre. En effet, au-delà de sa contribution directe à l’emploi national, il génère des externalités positives sur le reste de l’économie. L’emploi culturel et créatif s’étend au-delà des secteurs culturels proprement dits car il fournit aux autres activités économiques des ressources humaines pour l’innovation et la créativité. Pour cette raison, et afin de faire bénéficier toute la société de ces retombées, la qualification et la formation des ressources humaines doit être au cœur de toute politique de soutien aux industries culturelles et créatives.

Pour élaborer une stratégie adaptée à chaque contexte, il est indispensable de commencer par un diagnostic de la situation, d’étudier les nouvelles exigences qu’un environnement en mutation peut faire naître et enfin de valoriser le potentiel des capacités existantes.

Spécificité des ressources humaines dans le secteur des industries culturelles et créatives

Dans la majorité des pays, la taille des entreprises culturelles et créatives est souvent très petite, à l’exception des grands médias (presse, radio et télévision) et de quelques autres entités à grande capacité de production et de distribution (comme parfois dans le secteur de l’édition). Cette réalité a des effets sur l’emploi et sur le profil des travailleurs du secteur.

Comparée à d’autres activités économiques, la part du travail indépendant dans le secteur est très importante, ce qui contribue à la généralisation de professionnels sans contrat de travail ou travaillant par intermittence (dans le secteur formel ou informel). Par ailleurs, le caractère aléatoire des débouchés des produits culturels a pour conséquences des carrières discontinues, une organisation atypique du temps de travail (conduisant à une part significative de contrats à temps partiel) ou des horaires de travail inhabituels. Ces caractéristiques concourent à une certaine instabilité et à une vulnérabilité des professions culturelles. Même si cela garantit une flexibilité qui permet aux professionnels de travailler sur plusieurs projets et pour des clients différents, et même si cela favorise leur implication personnelle, cette instabilité génère des effets négatifs, tels que des conditions de travail précaires. Pour cette raison, comme ce sont les artistes qui souffrent en premier lieu de cette situation, le responsable des politiques de soutien aux industries culturelles et créatives doit leur assurer un statut offrant, par un dispositif de protection sociale spécifique, les conditions et les revenus nécessaires à la poursuite de leur activité de création et encourageant la mission sociale et artistique de leur projet.

L’économie de la culture et de la création est, par ailleurs, caractérisée par une concentration de l’activité et du marché du travail dans les grandes villes. Les projets étant temporaires et très disparates, les entreprises ont besoin de se situer aux endroits où il existe une offre importante de professionnels disposant d’expériences variées et pouvant passer aisément d’un projet à un autre. Les villes concentrent également une part importante des centres de formation spécialisés qui attirent beaucoup de jeunes séduits par la proximité des offres d’emploi. Ainsi, les grandes villes constituent de bons viviers pour les employeurs.

Notons aussi que le secteur des industries culturelles et créatives fonctionne essentiellement sur la base de réseaux et sur la confiance entre les opérateurs et avec les fournisseurs qui disposent d’équipes de professionnels spécialisés. À l’image d’un système solaire, les leaders des projets (artistes connus ou grands producteurs) comptent sur un groupe habituel de professionnels et d’entreprises prestataires qui gravitent autour d’eux comme les planètes autour du soleil. Ces planètes comptent elles-mêmes une constellation de satellites représentés par des professionnels de confiance et bénéficiant de nombreuses années de travail en commun. C’est pourquoi le manque de connaissances et d’expérience s’avère pénalisant pour de nombreuses initiatives qui ont du mal à aboutir. Dans de nombreux pays d’Afrique, les professionnels méconnaissent le fonctionnement normal de la filière dans laquelle ils travaillent et se comportent avec méfiance. Il existe notamment un flou autour des métiers qui paralyse parfois les échanges entre les acteurs et freine le développement de la filière. En outre, les relations entre les différents opérateurs souffrent souvent d’un vide juridique : le fait qu’elles soient rarement contractualisées engendre un climat de méfiance contre-productif.

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