Stratégies de formation

Une fois tous ces éléments intégrés dans votre stratégie de développement des ressources humaines, vous procéderez par étapes pour établir une politique de formation la mieux adaptée aux exigences des marchés et aux attentes de la population en matière d’offre culturelle, et aux besoins du personnel.

Cibler les publics

Les stratégies de formation doivent être orientées vers les professionnels des différents maillons de la chaîne de production des filières culturelles et créatives : artistes et créateurs, producteurs, gestionnaires, représentants d’artistes et professions ayant un lien avec la distribution et la commercialisation des produits. Il s’agira de leur transmettre les connaissances en gestion des affaires, en fonctionnement des marchés et en droit de la propriété intellectuelle. En réalité, votre stratégie de formation doit répondre aux besoins des trois grands groupes de professionnels :

  • Les gestionnaires et les dirigeants ;
  • Les artistes et les créateurs ;
  • Le personnel technique.

Répondre aux évolutions technologiques et au changement des tendances

Pour adapter les compétences nationales aux changements occasionnés par l’émergence de nouveaux métiers et l’évolution technologique des filières, certains pays ont décidé d’élargir la gamme des formations offertes par leurs institutions, vouées jusqu’alors à la transmission de savoirs plus traditionnels (conservatoires, école des Beaux-arts, etc.), et parfois même de créer des établissements spécialement dédiés aux nouveaux enseignements. Ainsi, à Bamako, le Conservatoire des arts et des métiers multimédia Balla Fasséké (CAMM) propose depuis 2004 des formations alliant savoirs académiques, arts traditionnels et nouvelles technologies. L’établissement a également mis en place une section en ingénierie culturelle afin de répondre au développement de cette récente profession.

Il ne s’agit pas pour autant de laisser de côté les savoir-faire traditionnels. Il est même recommandé de prendre des initiatives pour appuyer la renaissance d’anciens métiers afin de conforter les cultures ancrées dans la tradition.

De manière générale, pour définir une stratégie visant à suivre l’évolution des modalités de production et de diffusion des biens et services culturels, il convient de se poser les questions suivantes : de quelles connaissances a besoin aujourd’hui un professionnel qui souhaite faire une carrière, en tenant compte des tendances, des technologies de production et du contexte des dix prochaines années ? Disposons-nous de centres de formation et de formateurs capables d’accompagner le processus d’apprentissage dans un monde en perpétuel changement ? Quelles aptitudes devons-nous donner aux futurs professionnels afin qu’ils puissent s’adapter aux exigences à venir?

Intégrer les publics dans des dispositifs pertinents

Une fois établie lors de la phase de diagnostic, la définition des publics et de leurs besoins va conditionner les dispositifs à mettre en œuvre en matière de formation. En particulier, il est important de disposer de stratégies variées qui tiennent compte à la fois des aspirations des professionnels mais aussi du nécessaire développement de programmes d’enseignement en direction du grand public.

Formation initiale officielle des professionnels techniques ou universitaires.

Elle doit offrir un large éventail de formations interdisciplinaires garantissant :

-   L’enseignement des savoir-faire propres aux métiers de la culture ;

-   La transmission de connaissances, d’aptitudes et de capacités adaptées aux exigences du secteur des industries culturelles et créatives ;

-   Des modalités d’apprentissage novatrices et flexibles ;

-   Le partage des expériences professionnelles et des techniques d’enseignement lors de salons, de congrès ou de séminaires.

Formation professionnelle continue. C’est un élément fondamental dans une politique de développement des ressources humaines car elle permet aux professionnels de développer et d’actualiser leurs connaissances pour exercer leur métier ou envisager un changement d’orientation. Ces dispositifs de formation garantissent l’adaptabilité des personnes aux évolutions techniques et artistiques du secteur des industries culturelles et créatives, contribuant ainsi à augmenter la compétitivité des différentes filières. La formation continue peut être formalisée dans le cadre d’un cursus universitaire ou s’inscrire dans un plan de formation d’entreprise répondant aux besoins spécifiques du secteur : formation courte en gestion des tournées, développement de productions cinématographiques, etc.

Formation artistique amateur. Participant à l’éducation des jeunes, elle construit leur personnalité, développe leur sensibilité et favorise les espaces de dialogue et d’échange. En encourageant l’accès aux pratiques culturelles, elle constitue surtout la première étape de la professionnalisation pour de nombreux pays, que votre stratégie devra privilégier pour favoriser l’émergence de futurs talents.

Éducation artistique dans l’enseignement obligatoire général. Il s’agit ici de promouvoir et de développer des activités d’initiation à la culture dans les écoles et les équipements culturels (musées, bibliothèques et centres culturels) de manière à sensibiliser les citoyens à la création artistique. En effet, l’éducation artistique conditionne en partie les goûts du public et contribue à créer les spectateurs, les auditeurs et les consommateurs dont les produits culturels et créatifs ont besoin. Elle garantit non seulement une meilleure sensibilite et une initiation du pbulic, en general, mais fait egalement naître de nouvelles générations de professionnels passionnés par la culture dans ses multiples facettes. La télévision et la radio ont en la matière une grande responsabilité car elles font connaître les domaines et incitent à la consommation de certaines marchandises et certaines œuvres. Elles sont un des principaux mécanismes d’éducation non formelle de la population.

De manière générale, la qualité de l’offre de formation dépend de plusieurs facteurs : la disponibilité et le montant des ressources, l’existence d’infrastructures, la qualité des programmes, le niveau de formation des enseignants, le système d’accréditation des organismes de formation, etc. Ainsi, il est important que le responsable des industries culturelles et créatives entretienne des relations privilégiées avec les autres services gouvernementaux tels que les autres services du ministère de la Culture, ceux du ministère de l’Éducation ou des services des collectivités territoriales — régions, provinces ou villes —, les centres de formation, les universités, les écoles professionnelles, les conservatoires ou les écoles supérieures d’art, les entités organisatrices de séminaires et de formations courtes ainsi que les associations et les syndicats professionnels, nationaux et internationaux telle que l’Organisation internationale du travail.

L’environnement de la formation officielle, y compris la reconnaissance formelle des professionnels, relève le plus souvent de la compétence de l’organisme responsable de l’éducation (ministère, direction, etc.) mais peut aussi dépendre des affaires culturelles, s’agissant notamment des filières techniques. Dans ce cadre, la Direction des industries culturelles et créatives peut contribuer à la définition de programmes de formation continue pour leur assurer une meilleure adéquation par rapport aux réalités du marché.

Les professionnels et les responsables d’entreprises accordent une reconnaissance et une valeur plus ou moins grande aux dispositifs de formation. En particulier, la formation continue est parfois peu valorisée par les entreprises et les institutions car celles-ci exercent leur activité dans un secteur où les relations de travail sont instables et où les dirigeants craignent la fuite de leur personnel vers la concurrence. Pour cette raison, il peut être judicieux de promouvoir des formations non formelles mais adaptées à des besoins précis des entreprises, quitte à les utiliser pour mettre au point des formations plus larges. De plus, au même titre que le personnel des entreprises, il est nécessaire d’orienter directement les dispositifs de formation vers les professionnels indépendants.

Mesures pour la mise en œuvre d’une politique de formation

1. Améliorer la coordination entre le monde de l’éducation et le monde de l’entreprise en favorisant un dialogue permanent.

2. Développer l’adaptabilité des écoles de formation artistique et professionnelle en y intégrant l’enseignement de nouvelles formes d’expression artistique.

3. Inciter les professionnels à la formation continue avec des formules adaptées aux réalités et aux possibilités des divers acteurs. Alors que dans les entreprises consolidées la formation interne doit être développée et doit faciliter l’accès du personnel à une offre spécialisée, les professionnels indépendants doivent pouvoir bénéficier d’avantages fiscaux récompensant leurs efforts de formation.

4. Favoriser l’association des professionnels afin de créer des espaces de dialogue, de connaissance, de formation interne et de participation collective aux orientations stratégiques et aux négociations avec les autres acteurs.

5. Promouvoir des espaces d’échange, de développement et d’innovation de manière à suivre les évolutions du secteur de la formation culturelle.

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