Les différents types d’informations rentrant dans l’élaboration d’un diagnostic

Afin que le diagnostic soit le plus précis possible, il est nécessaire de disposer de — et/ ou d’élaborer — des données statistiques et d’autres informations quantitatives et qualitatives sur les problématiques du secteur des industries culturelles et créatives. Chacune d’entre elles pourra être analysée grâce à des indicateurs permettant de comparer dans le temps et dans l’espace les données les plus significatives. Il est donc nécessaire d’identifier les indicateurs permettant de mesurer l’impact de vos actions.

Avant tout, vous devrez répondre à deux questions : que souhaitez-vous mesurer  ? pourquoi souhaitez-vous le mesurer ? Les réponses devront être les plus précises possible de manière à générer des informations et des indicateurs pleinement utiles à la définition et à l’évaluation de votre politique. Leur pertinence et leur praticité récompenseront le temps, l’énergie et l’argent investis. D’autre part, il est préférable de disposer de systèmes d’information appropriés et réalistes que de systèmes prétendument complets et parfaits mais qui exigent beaucoup de temps et de moyens financiers.

À la page 43 est présenté un tableau d'indicateurs de diagnostic correspondant aux variables de l’offre, de la demande, de l’emploi, du commerce, de la valeur ajoutée, de la formation, de la gestion d’entreprise et de l’action gouvernementale dans le secteur des industries culturelles et créatives. Il est possible de définir d’autres indicateurs pour chacune de ces variables pourvu qu’ils soient adaptés à votre réalité.

Quelle méthodologie utiliser ?

Avant de choisir la méthodologie la plus pertinente par rapport à vos objectifs et à vos moyens, il est nécessaire de répondre à une question essentielle ; quelle définition de l’industrie culturelle et créative choisissez-vous ? Il est important de choisir une délimitation adaptée à la réalité de votre territoire, qu’il soit national, régional ou local.

Les différentes méthodologies existantes pour élaborer un diagnostic des dynamiques de production, de distribution et de consommation du secteur des industries culturelles doivent remplir les conditions minimales suivantes :

Être participatives : elles doivent prendre en compte les intérêts et les besoins des différents acteurs (publics et privés, grands et petits, centraux et marginaux, etc.) ;

  • Être fiables, sans aller jusqu’à une exhaustivité parfaite ;
  • Être périodiques de manière à permettre un suivi de l’activité du secteur dans le temps et l’évaluation des résultats de votre politique ;
  • Être claires et compréhensibles ;
  • Faciliter les points de comparaison avec les autres secteurs économiques, dans le temps et l’espace ;
  • Être accessibles et pertinentes par rapport à votre politique : vos finalités doivent être claires et communicables tout au long du processus de diagnostic. 

Par ailleurs, d'autres techniques d'evaluation economique existent pour connaitre la situation de ce secteur. Elles ne sont pas applicables dans tous les pays compte tenu de la disponibilité des données qu’elles requièrent, mais connaître leur méthodologie et leur apport peut être très utile :

Lévaluation de la contribution économique du secteur. Elle consiste à estimer l’importance économique directe du secteur évalué, en terme de production, de revenu et d’emploi. On parle d’effets directs pour les différencier des effets indirects ou induits qui peuvent être étudiés à travers d’autres méthodes. L’indicateur de la contribution du secteur au PIB (calculé par le rapport entre la valeur ajoutée du secteur et le PIB du pays) est le plus approprié car il mesure la création de revenus réellement générée par le secteur (les dépenses en intrants et en consommations intermédiaires étant déduites du chiffre d’affaires). Pour utiliser cet indicateur, il est nécessaire de disposer d’une nomenclature la plus détaillée possible de manière à pouvoir identifier et agréger la valeur ajoutée des activités culturelles. Cela nécessite donc des efforts importants en termes de temps et surtout de moyens financiers de la part des Directions nationales de la statistique, efforts qui seront récompensés par l’intérêt et la praticité de cet indicateur.

Lanalyse de la structure de production. Elle fait référence à l’évaluation des agrégats économiques comme la production, la consommation des ménages, l’exportation ou la demande totale. L’avantage d’un tel diagnostic est qu’il permet d’établir quels sont les maillons qui génèrent le plus de produits, de revenus, de valeur ajoutée, d’échanges ou d’emplois. Il est également possible d’identifier les forces comme les goulots d’étranglement de la chaîne de production d’un sous-secteur et de connaître le degré de compétitivité des sous-secteurs. Ce type d’analyse permet de quantifier le nombre d’entreprises qui composent chaque maillon de l’industrie culturelle en question et d’estimer le degré de concentration ou d’ouverture à la libre entrée des entreprises sur les marchés. À partir de ces informations, il est possible d’établir des hypothèses sur les interrelations entre les maillons. Ces hypothèses peuvent compléter l’analyse qualitative des acteurs de l’industrie, les corroborer ou les réfuter.

Lanalyse des effets indirects. Elle consiste à analyser les effets économiques du secteur étudié sur le reste de l’économie. Il s’agit de l’analyse de l’effet multiplicateur de production, d’emploi et de revenus calculés sur la base de la matrice intrant-produit. Le multiplicateur peut ainsi mesurer l’augmentation de la production dans d’autres secteurs, induite par l’augmentation d’une unité de production dans le secteur des industries culturelles et créatives. Il permet de calculer la contribution indirecte du secteur — au-delà de son poids économique — découlant des interrelations existantes entre lui et le reste de l’économie. Ainsi, la croissance du secteur culturel entraîne celle d’autres secteurs économiques par la demande en biens intermédiaires qu’elle induit. Par exemple, l’industrie du livre utilise du papier, ce qui génère des débouchés supplémentaires pour l’industrie du papier. Cependant, ce modèle d’analyse très sophistiqué est exigeant en termes d’information. Il convient donc de l’appliquer lors d’une étape postérieure aux deux modèles présentés ci-dessus. Par ailleurs d’autres méthodologies peuvent être appliquées pour mesurer la contribution indirecte du secteur des industries culturelles et créatives. Il s’agit d’évaluer en termes qualitatifs et quantitatifs son interaction avec les autres activités économiques. À titre d’exemple, il est possible d’estimer l’impact d’un festival sur les activités locales de restauration, d’hébergement et de transport. 

Lanalyse de la chaîne de production. Cette approche consiste à examiner les interrelations des activités ou des industries choisies avec le reste de l’économie. Il s’agit d’un modèle similaire à celui de l’analyse du degré d’intégration, mais il ne nécessite pas d’élaboration de matrice intrant-produit. La technique consiste à évaluer, en termes qualitatifs et/ou quantitatifs, l’interaction de l’activité de l’industrie culturelle et créative et les autres activités économiques. Les interrelations qui sont le plus souvent analysées dans les cartographies actualisées sont celles liées aux fournisseurs et aux consommateurs.

Lanalyse « cluster ». Cette analyse consiste à établir un lien de causalité entre le niveau de compétitivité d’une activité économique et son degré d’organisation (notamment au niveau de ses relations avec ses industries connexes), d’une part, et le niveau et la localisation de la demande d’autre part. Cette technique qualitative est fondée sur des enquêtes réalisées auprès des représentants des filières pour examiner les facteurs rentrant dans la détermination de leur niveau de compétitivité. Un des outils les plus utilisés pour ce type d’analyse est le diamant de Porter qui consiste à analyser les quatre composantes clés sur lesquelles repose le niveau de compétitivité d’un secteur : a) la stratégie, la structure et le degré de concurrence des sociétés d’une activité ; b) la proximité spatiale des industries situées en amont et en aval de cette activité ; c) l’état des facteurs de production, des industries connexes et des fournisseurs ; d) l’état et la nature de la demande. Ainsi, la compétitivité d’une entreprise dépend-elle de la compétitivité de ses fournisseurs en intrants, qui dépendent à leur tour de celle de leurs propres fournisseurs. Mais la compétitivité d’une entreprise dépend également de la qualité de l’offre de services et de biens de capital, du niveau de recherche et de développement dans chaque filière, et aussi de l’état des circuits de distribution et des institutions de formation. D’autres techniques pour l’analyse de clusters peuvent être utilisées : l’analyse intrant-produit, l’analyse graphique et l’analyse de concentration géographique et économique.

 Le diagnostic de la demande et du niveau de consommation : cette méthode consiste à évaluer les comportements explicites ou implicites de consommation et de pratiques culturelles à partir de questionnaires et d’indicateurs statistiques sur l’ensemble de la population ou sur des segments spécifiques ( jeunes, populations rurales, analphabètes, analphabètes numériques). Ces comportements (fréquence de consommation, préférences, dépenses culturelles, motivations, etc.), ainsi que les raisons de la non- consommation sont analysés en fonction des caractéristiques socio- économiques (âge, niveau de revenus, niveau d’éducation, lieu de résidence, etc.) ou des valeurs psychosociologiques de la population étudiée (identité, capital culturel, habitudes de communication, etc.). Le traitement et l’analyse de l’information existante ou collectée peuvent être évalués selon différentes méthodes statistiques (qualitatives ou économétriques). La connaissance du comportement du public en matière de consommation culturelle et de préférences acquises sera d’une grande utilité pour la mise en œuvre de politiques de développement de l’offre des industries culturelles.

Quelle que soit la methode de diagnostic choisie, elle permetra d'identifier les problèmes ou les situations négatives qui affectent de manière concrète un secteur donné. C’est pourquoi, dans le processus de planification des politiques publiques, il est important que les responsables consacrent du temps et des ressources à l’examen en profondeur de ces problèmes. Dans ce cadre, et pour illustrer leur démarche, ils peuvent utiliser la méthode de « l’arbre à problèmes » qui est un outil permettant d’élaborer un dispositif pour remédier à une situation problématique donnée.

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