La cartographie

La cartographie est l’un des outils les plus efficaces pour accompagner la prise de décision et la création de dynamiques de développement dans le secteur des industries culturelles et créatives. Il s’agit de réaliser des études pour analyser une situation donnée, en identifiant les éléments qui la constituent, leurs interrelations et leurs incidences. Les cartographies ne dressent pas une simple description des données mais offrent une interprétation aboutissant à des solutions concrètes pour régler les problèmes identifiés. Il est ainsi possible d’améliorer le processus de prise de décision mais aussi de stimuler l’organisation et la collaboration des opérateurs et de générer ainsi une perception commune du secteur et de ses enjeux.

Exemples de cartographies dans plusieurs pays en développement

En Afrique du Sud : l’identification des industries culturelles menée par le gouvernement a commencé par l’initiative stratégie de croissance pour les industries culturelles (Cultural Industries Growth Strategy, GICS) mise en place par le ministère des Arts, de la Culture et des Sciences et Techniques (DACST). Elle a donné lieu, en 1998, au rapport, L’Afrique du Sud créative : une stratégie pour développer le secteur des industries culturelles. Conscient des changements et des nouveaux enjeux culturels induits par la mondialisation, le DACST lança ce chantier afin d’estimer les retombées potentielles générées par le secteur des industries culturelles. Ce rapport a été accompagné de plusieurs études sectorielles — film et vidéo, musique, artisanat et édition —visant à identifier ces industries mais aussi à estimer leur contribution à la création d’emplois ainsi qu’à l’économie, en fonction des différents maillons des chaînes de production. Ces études sectorielles ont ainsi fourni une base solide à l’établissement des stratégies de développement des industries culturelles sud-africaines. L’élaboration de ce document s’est faite de manière dynamique et participative. Les industries elles-mêmes ont participé au chantier en tant qu’acteurs clés pour l’identification des sous-secteurs mais aussi par le biais de groupes spécifiques chargés de participer à la définition des recommandations stratégiques formulées dans le document. Cette étude conséquente a entraîné de manière directe et indirecte la mise en place de plusieurs projets et de plusieurs agences destinés à soutenir les industries culturelles et à contribuer à leur développement. Depuis 2007, le gouvernement sud-africain mène également un chantier de cartographie de l’économie créative en partenariat avec le British Council. Ce chantier est en cours d’expérimentation dans la province du Gauteng — où il a donné lieu à la publication de plusieurs rapports sectoriels notamment Les industries culturelles du Gauteng : le secteur de l’audiovisuel, ainsi que Le secteur des médias et de l’édition—, dans les provinces du Cap Occidental (Western Cape) et du KwaZulu-Natal.

Au Mali, l’Étude IBF sur la faisabilité d’un programme d’appui au secteur de la culture au Mali dans le cadre du 10e Fonds Européen de développement (FED), commandée par la délégation de la Commission européenne en 2007, a occasionné la réalisation d’une analyse approfondie du fonctionnement et de l’importance du secteur culturel au Mali. Ainsi, les auteurs de l’étude ont notamment cherché à évaluer la contribution quantitative et qualitative de la culture à l’économie nationale, et à faire un état des lieux des filières, des infrastructures et des circuits de diffusion des produits culturels. Pour estimer le poids économique et analyser les caractéristiques de chaque filière, plusieurs sources d’information ont été recoupées :

-   Les statistiques issues des enquêtes et des comptes nationaux ;

-   Des enquêtes de terrain pour estimer le volume d’activité du secteur informel, notamment s’agissant de la vente de produits culturels ;

-   Des entretiens avec les opérateurs culturels pour étudier le fonctionnement, le potentiel, les faiblesses et les contraintes de chaque filière ;

-   Les études réalisées pour certaines filières culturelles.

Les auteurs de l’étude ont ainsi pu estimer la valeur ajoutée du secteur de la culture (artisanat compris) à une contribution de 2,38 % du PIB du Mali pour l’année 2006.

Le programme ICIC (Identification du champ des industries culturelles) Mené depuis 2007 par l’Organisation internationale de la Francophonie dans les pays du Sud membres de la Francophonie, à travers un programme pluriannuel de soutien aux États pour l’observation de l’économie de la culture, il vise à identifier le secteur des industries culturelles selon la méthode du « Profil culturel national ». Cette méthode consiste, grâce à la collecte de données quantitatives et qualitatives, à conduire une évaluation de la situation des industries culturelles et du système institutionnel administratif d'un pays — notamment les pratiques concernant l'accès à l'information, à la formation et aux financements. Expérimenté d’abord dans certains pays de l’UEMOA, des Caraïbes et de l’Asie du Sud-Est, ce programme est en cours dans plusieurs pays d’Afrique centrale.

Un autre exemple: le Chili

Suite à la demande des gouvernements latino-américains de mettre place un réseau régional d’information culturelle intitulé Système d’information culturelle de l’Amérique latine et des Caraïbes, SICLAC, le Chili a entamé un programme de cartographie au cours des années 90.

L’équipe en charge de ce programme a procédé en plusieurs étapes :

-   vérification des sources d’information disponibles et mobilisation d’un réseau d’informateurs ;

-   Élaboration d’un questionnaire (redéfini en permanence) autour duquel s’est constitué un réseau national d’enquêteurs chargés de le diffuser dans toutes les unités politiques administratives du pays, avec l’objectif de couvrir aussi bien le secteur formel que le secteur informel ;

-   Élaboration d’une base de données à partir des résultats obtenus, homogénéisation et tri de ces données.

-   Réalisation d’un répertoire national et d’un atlas culturel à partir des résultats du traitement et de l’analyse de cette base de données.

La pratique de la cartographie ou du diagnostic du secteur des industries culturelles et créatives se développe depuis plusieurs années sur le continent africain mais reste relativement nouvelle. Si certains pays comme l’Afrique du Sud l’ont déjà mise en application, la plupart commencent à peine à l’intégrer dans leurs priorités nationales. Les responsables politiques s’accordent cependant sur l’intérêt de disposer d’un corpus documentaire et analytique en matière de soutien et de développement des industries culturelles et créatives (voir références, page 143) pour étayer leurs décisions et disposer d’outils d’évaluation fiables.

 

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