BIOGRAPHIES

De gauche à droite : R. Tagore, P. Neruda et A. Césaire

Rabindrânâth Tagore, Pablo Neruda et Aimé Césaire lèguent à notre réflexion trois œuvres-vies marquées par une absence quasi-totale de coïncidences géographiques ou historiques. Même dans le cadre de l’engagement simultané de Pablo Neruda et d’Aimé Césaire, ces trois géants se sont si peu rencontrés ou connus personnellement que, de la deuxième moitié du XIX e siècle au début du XXIe siècle,  les hasards de la chronologie n’ont pas créé entre eux des liens vécus ou des instants partagés qui instaureraient une relation directe entre leurs trois univers.

Néanmoins, les trois auteurs ont en commun de s’être revendiqués comme des hommes animés par une volonté de dialogue et une exigence de responsabilité que leurs œuvres, profondément distinctes et originales, ont nourries des sources asiatiques, africaines, américaines, caribéennes et européennes.

Rabindrânâth TAGORE (1861-1941), poète, musicien éducateur, dramaturge, plasticien né à Calcutta, est l’un des témoins et des acteurs majeurs des débuts de l’ère industrielle et de la première moitié du XXe siècle. À partir de l’Inde, dont il dépassé les clivages sociaux, ethniques et culturels, il nous livre une réflexion sur l’éducation, la science, et le rapport à l’Autre, principalement l’Occident. Son oeuvre considérable nous offre un système philosophique emblématique pour les civilisations d’Asie car elle aborde toutes les questions et les contradictions de sociétés qui ont lutté pour l’indépendance politique, le respect de l’identité culturelle et linguistique, tout en proposant des idéaux et des pratiques de tolérance et de dialogue avec l’Occident qui lui valent le respect et l’admiration universels. Contemporain de Gandhi et de Nehru, Prix Nobel de littérature en 1913, ami d’Einstein et de nombreux artistes et scientifiques, ses travaux d’humaniste en quête d’Universel sont au centre d’une constellation d’intellectuels et de créateurs d’Asie et continuent d’ailleurs  d’avoir une influence sur la communauté mondiale toute entière.

Plus d'informations sur la vie de Rabindrânâth Tagore :

Pablo NERUDA (1904-1973), poète, diplomate, homme politique, dramaturge, essayiste, professeur complètement engagé pour la défense et la reconnaissance des civilisations amérindiennes, et du dialogue des civilisations, égales, de la démocratie. Tant dans l’Espagne de la Guerre civile, aux côtés de Federico García Lorca, qu’au Chili de Salvador Allende, il s’est battu contre la dictature et l’oppression et contre l‘exclusion sociale, raciale, et les destructions des patrimoines civilisationnels et identitaires par les impérialismes hégémoniques d’hier et d’aujourd’hui, qu’il s’agisse des traces douloureuses laissées par les génocides de la conquête européenne au XVe siècle ou des exploitations et du colonialisme du XXe siècle. Prix Nobel de littérature (1971), son oeuvre, rejoint celle de grands intellectuels des Amériques comme Rubén Dario, Gabriel García Márquez, Octavio Paz, Miguel Angel Asturias, Jorge Amado, Jorge Luis Borges, Alejo Carpentier, Julio Cortazar. Citoyen du monde, entre Amériques et Pacifique, il a rencontré Césaire, Nehru, Picasso et ne survécut pas au coup d’État militaire qui a endeuillé le Chili en 1973.

Aimé CÉSAIRE (1913-2008), poète, dramaturge, essayiste, homme politique, né en Martinique, a inscrit son oeuvre contemporaine à l’assaut des citadelles du pouvoir et de l’exclusion pour que l’humanité s’accomplisse dans l’homme émancipé. Inventeur en 1937 du mot « Négritude », utilisé également par Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas et repris par Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon, Wole Soyinka et bien d’autres, qui fut d’emblée une révolution copernicienne. Aimé Césaire a défini ce néologisme conceptuel et historicisé - comme pouvant être de n’importe quelle couleur, car il naquit de la prise de conscience d’une identité niée, en l’occurrence nègre, qui se réconcilie avec l’universel. Vision qu’il a partagée avec André Breton, Pablo Picasso, Michel Leiris, Wifredo Lam, Edgar Morin, Langston Hughes, Claude Mac Kay, Jean Paul Sartre. Refusant de perdre son âme d’homme, frère de tous les hommes, profondément conscient du risque de l’Histoire et de l’appartenance à la Terre et aux règnes du vivant, Aimé Césaire a fait de sa vie politique et de poète, un long combat pour la libération politique et culturelle des peuples colonisés. Combat scandé par la publication d’oeuvres majeures contre les dérives de l’idéologie, l’écrasement des peuples par le colonialisme, l’impérialisme, l’esclavage, les erreurs de l’exercice du pouvoir, l’aliénation culturelle. Il nous lègue une philosophie de l’Histoire, ancrée dans son identité particulière et marquée par la fidélité à l’Afrique, mais qui épouse les aspirations des peuples à "enraciner le souci humaniste dans l’universel".

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