Emancipation contre oppression, dans la réciprocité et le droit

Affiche de la Journée Internationale de commémoration des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique des esclaves © ONU/DIP

L’émancipation des peuples, la paix civile, la justice sociale et le dialogue dans la réciprocité et dans le droit, voilà l’objectif qui a guidé, souvent au prix du sang et du sacrifice, plusieurs générations d’hommes et de femmes qui se sont battus pour conquérir et partager des droits politiques, sociaux, économiques et culturels et participer à l’Universel.

Ce sont les fondements pour lesquels Tagore, Neruda et Césaire, dans des contextes historiques et géo-culturels difficiles et aussi différents que ceux de l’Asie et du sous-continent indien, de l’Amérique latine ou des Antilles, au carrefour de l’Europe et de l’Afrique, se engagés en visionnaires actifs et ont proposé un dialogue basé sur la restauration de l’intégrité de toute personne humaine. Leur projet  n’était pas de convoquer un tribunal de l’histoire, mais en écoutant les mémoires,  de contribuer à l’émancipation des peuples, par l’affranchissement de l’oppression, autant que par l’éradication de servitudes morales ou intellectuelles.

Le combat anticolonialiste de ces trois hommes est un combat d’humanistes résolus, convaincus de la prévalence du droit sur l’exclusion, sur le sectarisme, l’extrémisme, le racisme ou l’intolérance, dérives que nous pouvons tous reproduire contre l’étranger ou le voisin. Tagore, Neruda et Césaire ont partagé l’inaliénable conviction que les valeurs d’un universel responsable ne sont ni l’apanage de quelques peuples, ni le monopole  de quelques groupes à l’intérieur des sociétés.

Tagore fut l’une des premières voix à promouvoir une conscience nationale moderne en Inde en opposition au colonialisme britannique. Il parvient à triompher de l’isolement du sujet colonial pour en faire un sujet universel. Tous ses arguments puisent directement dans la manière dont il ressentit le milieu social et naturel dans lequel il vécut, il y a cent cinquante ans. Ils expliquent sa position contre le colonialisme, la discrimination sociale et raciale et la déshumanisation et adhèrent à sa croyance profonde dans les relations unissant l’être humain à son environnement.

Acteur de son temps, l’émancipation globale et l’universalisme inclusif qu’il prônait eurent une influence déterminante sur les idées adoptées par le Mahatma Gandhi et par Jawâharlâl Nehru. Précurseur, Tagore anticipait avec une grande lucidité les graves menaces qu’apporterait le nationalisme à l’édification de toute nation, particulièrement en Inde. S’élevant contre les « tendances fascisantes » des mouvements nationalistes indiens, il ne cessa de déclarer son opposition à toutes les formes de totalitarisme, quelles qu’en soient les origines, qu’il considérait comme une marque de « déraison » et comme « la source fondamentale de tous les pouvoirs aveugles qui nous poussent contre la liberté et le respect de soi. » La création d’une nation sur une telle base est « la pire forme de cancer que puisse subir l’humanité. »

Tagore fut l’un des inspirateurs de La Déclaration pour l’indépendance de l’esprit, lancée par Romain Rolland et d’autres intellectuels occidentaux, qui fut peut-être la première tentative organisée de mobiliser l’opinion intellectuelle internationale contre la guerre de 1939-1945.

La vie et la poésie de Pablo Neruda se sont profondément engagées dans l’idéal socialiste des droits de l’homme et sont restées fidèles à cette conception idéologique, prise à sa source humaniste. De cette foi militante et des liens noués entre l’expérience chilienne et celle d’autres peuples, d’autres cultures, d’autres combats, l’humanisme poétique nérudien acquiert une dimension universelle. Le poète avait ainsi célébré la résistance du peuple araucan à l’envahisseur espagnol et lutté pour la reconnaissance de ce peuple autochtone  dans son Canto General.

Le jeune poète Césaire affirme, dès la première œuvre, le Cahier d’un retour au pays natal, son engagement pour l’émancipation de tous les hommes. Sa lutte contre l’oppression et pour l’émancipation s’affirme d’abord envers la reconstruction identitaire de l’homme noir. Dès l’incandescence des textes de jeunesse, l’humanisation de tous les hommes guide toute l’œuvre poétique et politique de l’homme Césaire. Avec ses amis Léopold Sédar Senghor, au Lycée Louis le Grand, et Léon Gontran Damas, et les jeunes étudiants d’Afrique où des Etats-Unis, il communie contre les méfaits du colonialisme et la montée du fascisme, lui opposant la primauté de l’émancipation politique, culturelle, économique et sociale.

Tagore, Neruda et Césaire ont ainsi proposé un dialogue au Nord comme au Sud sur l’intégrité de l’homme et son émancipation à l’égard de toutes les formes d’oppression, pour faire progresser l’éradication du racisme, de l’intolérance et de l’exclusion au profit de la promotion et du respect des droits de l’homme.

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