Pour un nouveau pacte de sens entre l'homme et la nature

Parc National de Rapa Nui, autochtone sculptant une figurine 'moai' © UNESCO

La nécessité de repenser la représentation de l’espèce humaine, ses activités et sa place dans un environnement naturel, dont il n’est qu’une partie intégrante, fait aujourd’hui l’objet d’une prise de conscience croissante et d’un débat international.

Par leur engagement humaniste, Tagore, Neruda et Césaire, longtemps avant que la question écologique et environnementale n’acquière la gravité qu’elle prend actuellement, ont appréhendé l’impératif d’accorder l’épanouissement matériel et collectif de l’espèce humaine avec la nature.

A travers leur lecture sensorielle du monde, imprégnée de leur amour de la Nature et des éléments naturels composant leurs terres natales, Tagore, Neruda et Césaire ont appréhendé l’impératif d’accorder l’épanouissement matériel et collectif de l’espèce humaine avec la nature, rappelant que le respect et l’amour de l’homme pour la nature trouvent un écho partagé dans les sagesses des civilisations occidentales et non occidentales.

A travers leur engagement humaniste, les trois auteurs ont posé un regard anticipatif sur les fractures causées par les dérives économiques, technologiques et scientifiques et ont souligné la nécessité de repenser la représentation de l’espèce humaine, de ses activités et de sa place dans un environnement naturel.

Rabindrânâth Tagore jugeait nature et culture intimement liées. À un niveau, il considérait la culture comme une réponse physique à la beauté de la nature ; et à un autre, comme une réponse émotionnelle ou spirituelle. Sa conception de la nature, vue comme un mouvement créatif perpétuel, reflétait ses origines culturelles.

C’est en restant fidèle à la tradition indienne des Upanishads, tout en étant pertinemment informé des choix et des processus que met en place la civilisation industrielle, dont il a observé les débuts en Occident, que Tagore analyse la rupture matérialiste avec le vivant. De son regard extérieur,  averti des fragiles équilibres comme des phénomènes naturels,  Tagore a une claire prescience des bombes à retardements que l’activité humaine moderne, détachée du respect des éléments et des cycles harmonieux ou imprévisibles de la nature pourrait causer. Il pressent, avec sagesse, la gravité des enjeux écologiques que prépare pour le monde la conception occidentale moderne du progrès comme une fin en soi, « où l’homme veut marcher sur la seule corde raide de l’humanité ». Il évalue que les effets prédateurs de l’arrogance de l’homme, quand il se croit supérieur aux autres composantes de la nature et qu’il s’attache à la recherche effrénée du profit, vont proliférer dans une approche dévastatrice, sacrifier certains humains, mépriser la nature et préparer un divorce entre l’humain et le monde en tous points destructeur.

Conséquence d’une telle prescience, l’écologie et l’environnement occupent une place prépondérante dans ses écrits. Le discours de Tagore fourmille d’allusions à la planète terre et sa flore ainsi qu’à l’univers et ses étoiles. Dans ses poèmes, il renvoie constamment au lien unissant l’homme à la terre. À ses yeux, la terre n’était pas un phénomène abstrait et vague.

La nature chez Neruda n’est pas un simple  paysage. Elle est le lieu de «la nocturne cohabitation  des vies et des morts ». Elle est matrice, mère matérielle. Elle détermine le chant du poète, et, au delà, les rapports entre l’homme et la nature deviennent symbole et modèle pour les relations entre les êtres. Sa poésie «tellurique» parle de l’univers en des métaphores puissantes, des déferlements d’images et de rythmes.

Neruda est un poète immergé dans la respiration et la diversité du monde : plantes, insectes, coquillages, livres, objets de toutes sortes, rien n’échappe à sa curiosité. Sa maison-musée d’Isla Negra en porte témoignage, comme si le poète, en découvreur et en explorateur souhaitait y développer une vision muséographique et une présentation des correspondances objectives entre les objets. Il passait au crible les plages du monde à la recherche de petits exemples de coquilles vides, abandonnées sur le sable par une marée nouvelle. En plus de vingt ans, il aura même accumulé plus de 9000 coquillages, avec 400 spécimens différents de variétés rares ou peu connues, présentés en Janvier 2010 par l'Institut Cervantès de Madrid  qui a exposé la collection dont le poète a fait don à l'université du Chili en 1954.

Pour Césaire, la nature est une école de vie. Elle est même l’école de la vie. Son observation est à la portée de tous. A l’instar du poète, « né du crachat des volcans », qui fréquente et observe chaque feuille, chaque tronc, chaque égout, chaque carrefour de son territoire, chaque arbre, surtout car, pour lui «Un arbre est une morale » : enracinement, jaillissement, déploiement, floraison, pollinisation, germination pour revenir à la racine première. Voilà le cycle de la vie, leçon offerte aux hommes : « En nous l’homme de tous les temps. En nous tous les hommes. En nous, l’animal, le végétal, le minéral. L’homme n’est pas seulement homme. Il est univers...» Nombreux sont ses textes où il nous exhorte à retrouver la sagesse d’une présence et d’une action humaines en harmonie avec la nature.

Les réflexions posées par Tagore, Neruda et Césaire amènent à reformuler le rapport de l’homme à la nature en redéfinissant le sens profond de la durabilité des actions de développement, lequel devrait davantage s’orienter vers une association réfléchie entre respect des rythmes de la nature, gestion de ses ressources , protection de l’environnement et développement durable.

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