Savoir, Science et Ethique

Lampe plasma © Luc Viatour

De l’œuvre vie de Tagore, Neruda et Césaire, émane une même vision de précurseurs sur les rapports entre la science, l’homme et l’éthique. Vision d’autant plus précieuse qu’ils ne sont aucunement des praticiens de la science et de la technologie, disciplines qui progressent aujourd’hui à pas de géants.

Les rapports entre l’homme et la science constituent le défi éthique majeur pour l’humanisme du IIIe millénaire, sommé de  réconcilier les savoirs et de réhabiliter l’universalité de la démarche cognitive, comme de rassembler sur la base des passifs, des acquis et des immenses potentialités du domaine scientifique et de ses applications technologiques, les mille et une attentes d’une humanité commune. Il est rendu d’autant plus crucial que les changements radicaux survenus au cours de la seconde moitié du XXe siècle dans les rapports entre l'individu et la société ainsi que la croissance des connections entre science, technologie et économie d'une part, et d'autre part entre la société et le reste de la biosphère, concept holistique et interdisciplinaire,  sont des défis urgents et incontournables.

Fasciné par la prolifération accélérée des découvertes scientifiques, Tagore a invité nombre de scientifiques occidentaux à visiter l’université qu’il a créée à Santiniketan, pour y dispenser leur savoir en sciences fondamentales et appliquées en faveur du développement de l’Inde, en voie d’indépendance nationale. L'extrême richesse des échanges épistolaires et intellectuels entre Tagore et Einstein témoigne par ailleurs du rayonnement interdisciplinaire et transversal de la pensée tagorienne.

Tagore considérait la diversité humaine comme une richesse, mais soutenait la tendance de la civilisation moderne à unifier le monde grâce à une conception colonisée des sciences et des techniques. De la sorte, il récusait toute prétention à la création d’un nouvel être universel par une corporation scientifique qui ne tenait pas suffisamment compte de la morphopsychologie individuelle dont il fallait reconnaître la spécificité et la complémentarité intrinsèques. Il ne se ralliait pas à l’idée pas que la science pouvait créer une civilisation humaine unique à partir de civilisations et de peuples individuels. Les civilisations individuelles ne peuvent se fondre en un tout universel, même s’il semble que le destin naturel de l’humanité soit de rechercher l’unité morale et philosophique.

Pour Neruda, le progrès technologique et l’observation, les sources du savoir scientifique et les sujets exprimés par l’inspiration poétique sont une seule et même matrice de laquelle le poète tient son pouvoir de transformer le réel.

L’œuvre de Neruda s’inscrit dans une exploration de la biodiversité. Inspiré et frappé d'admiration par les dons généreux de la nature, au Mexique, sur les terres des Mayas,  il observe les mystères insondables de l’eau, annonçant les très récentes expériences de la chimie organique et la physique quantique, qui cherchent à découvrir la clé scientifique de la matière vivante et minérale et  avance avec les nano sciences et les nanotechnologies vers les frontières de l’univers quantique.

Tagore, Neruda et Césaire ont salué l’évolution de la pensée et des connaissances scientifiques aux XIXème et XXème siècles, interrogeant par leurs réflexions, l’enjeu éthique qui se pose à la science et aux technologies, devenues des enjeux incontournables de la paix et du développement.

Leurs différences géoculturelles se rejoignent dans une conviction philosophique partagée et commune qui veut que les liens entre savoir, science et éthique soient indissociables des fondements de la solidarité intellectuelle et morale ainsi que du respect de la vie dans sa diversité.

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